La concurrence fiscale en Europe : une contribution au
débat
MARINI (Philippe), Rapporteur général
Document
fourni par le Sénat
RAPPORT D'INFORMATION 483 (98-99) - COMMISSION DES
FINANCES
Table des matières
N° 483
SÉNAT
SESSION ORDINAIRE DE 1998-1999
Rattaché pour ordre au procès-verbal de la séance du 30 juin
1999
Enregistré à la Présidence du Sénat le 26 juillet 1999
RAPPORT D'INFORMATION
FAIT
au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation (1) sur la concurrence fiscale en Europe,
Par M. Philippe MARINI,
Sénateur
Rapporteur général
(1) Cette commission est composée de : MM. Alain Lambert, président ; Jacques Oudin, Claude Belot, Mme Marie-Claude Beaudeau, MM. Roland du Luart, Bernard Angels, André Vallet, vice-présidents ; Jacques-Richard Delong, Marc Massion, Michel Sergent, François Trucy, secrétaires ; Philippe Marini, rapporteur général ; Philippe Adnot, Denis Badré, René Ballayer, Jacques Baudot, Mme Maryse Bergé-Lavigne, MM. Roger Besse, Maurice Blin, Joël Bourdin, Gérard Braun, Auguste Cazalet, Michel Charasse, Jacques Chaumont, Jean Clouet, Yvon Collin, Jean-Pierre Demerliat, Thierry Foucaud, Yann Gaillard, Hubert Haenel, Claude Haut, Alain Joyandet, Jean-Philippe Lachenaud, Claude Lise, Paul Loridant, Michel Mercier, Gérard Miquel, Michel Moreigne, Joseph Ostermann, Jacques Pelletier, Louis-Ferdinand de Rocca Serra, Henri Torre, René Trégouët.
|
Impôts et taxes - Union européenne. |
Le présent rapport a pour objectif d'alimenter la
réflexion et le débat sur les questions posées par la concurrence
fiscale en Europe.
Il rend compte des conclusions d'une étude commandée par la
commission des finances du Sénat à l'Observatoire français des
conjonctures économiques (OFCE).
Il s'agissait d'identifier plus précisément les aspérités
associées à un état paradoxal de la construction européenne.
Celui-ci est en effet caractérisé par une intégration de plus en
plus complète des marchés (biens, services, capitaux), par les
progrès réalisés dans le domaine des libertés d'aller et de venir
(libertés d'établissement, de circulation, ...), par une
unification monétaire très largement accomplie mais aussi par une
harmonisation fiscale si limitée que des phénomènes de concurrence
fiscale ont tout lieu d'être redoutés.
Le cahier des charges imposé à l'OFCE et qui a fait l'objet d'un
suivi attentif demandait donc à l'institut :
- de préciser la situation et l'évolution de la fiscalité et des
prélèvements obligatoires dans l'Union européenne ;
- d'évaluer les effets des écarts de taxation sur les marchés des
biens, des capitaux et du travail ;
- d'explorer les voies d'harmonisation envisageables.
L'étude ici présentée, et qui n'engage ni l'OFCE ni la commission
des finances du Sénat, répond très largement aux questions posées,
ce dont il faut vivement féliciter ses auteurs.
Par son ampleur, par la complexité technique des sujets qui y sont
abordés, elle représente un document dont les précieux
enseignements appellent approfondissements et prolongements.
La commission des finances du Sénat s'emploiera à faire progresser
la réflexion en la matière, indispensable effort pour éclairer un
sujet qui, pour être économique et technique, n'en est pas moins
avant tout politique et risque d'échapper aux Parlements nationaux,
compte tenu de l'équilibre institutionnel - on est tenté d'écrire
le déséquilibre institutionnel- qui caractérise le fonctionnement
actuel de l'Union européenne.
Selon l'étude ici présentée, l'Union économique et
monétaire recèlerait un potentiel dangereux de concurrence fiscale
entre les Etats membres mais ce diagnostic concernerait davantage
le champ du possible que celui de l'expérience, les auteurs
insistant sur le caractère globalement restreint des phénomènes de
concurrence fiscale observés jusqu'à présent.
Ce diagnostic appelle quelques nuances de précision et de
complément qui constituent autant de témoignages des difficultés
d'appréhension des phénomènes de concurrence
fiscale.
L'Union économique et monétaire accroîtrait le risque d'une concurrence fiscale entre les États en Europe. Celle-ci présenterait des dangers de toutes sortes.
A. UN RISQUE ACCRU DE CONCURRENCE FISCALE ENTRE LES ÉTATS
Les risques de concurrence fiscale entre États européens
identifiés dès la fin des années 80 se sont encore accrus du fait
de l'adoption de l'euro.
L'étude rappelle que la constitution du marché unique européen
programmé pour le 1er janvier 1993 mais effectif
dès 1990 pour les mouvements de facteurs, de capitaux en
particulier, avait déjà suscité de nombreuses inquiétudes portant
sur ses effets sur les systèmes fiscaux nationaux.
L'on supposait notamment que la liberté des flux de richesse et
des mouvements de population exercerait une pression à la
convergence spontanée ou à l'harmonisation négociée des systèmes de
prélèvement réduisant beaucoup l'hétérogénéité des systèmes
nationaux de prélèvements. Celle-ci ne résisterait pas aux risques
de détournement de trafic dont la perspective pouvait constituer à
son tour un puissant ferment de concurrence fiscale.
Selon l'étude, si ces craintes apparaissent rétrospectivement
avoir été excessives, l'union monétaire et ses conditions de
réalisation - le Pacte de stabilité et de croissance- sont
susceptibles de constituer pour l'avenir un accélérateur de
concurrence fiscale.
L'adoption de la monnaie unique prive les gouvernements du
contrôle de la politique monétaire et de change qui étaient deux
instruments majeurs d'ajustement économique via leurs effets
supposés sur la compétitivité. Dans ces conditions, la fiscalité
reste le seul instrument directement accessible aux gouvernements
pour améliorer l'attractivité et la compétitivité de leur
territoire économique national.
Le Pacte de stabilité et de croissance renforcerait en outre la
probabilité d'un usage concurrentiel de la fiscalité. Le coût en
déficit public -strictement réglementé par le Pacte- d'une
politique de relance budgétaire serait atténué en cas d'une baisse
des impôts grâce aux détournements d'assiette taxable qu'elle
susciterait par rapport à l'hypothèse contraire d'une augmentation
de la dépense publique.
Ces risques sont d'autant plus grands que l'Union européenne
réunit tous les attributs d'une zone de surenchères
fiscales.
La diversité des économies nationales y est accusée.
D'abord, se côtoient en Europe des petits pays très ouverts et des
grands pays relativement moins dépendants de l'extérieur. Or, les
modèles théoriques ainsi que l'expérience pratique démontrent que
les premiers sont naturellement plus tentés de manipuler les
prélèvements aux fins d'attirer des facteurs qui leur font
défaut.
Ensuite, les pays européens se situent très différemment sur
l'échelle des préférences publiques ce dont témoignent les niveaux
très disparates des dépenses publiques dans les différents Etats de
l'Union.
Dépenses totales des administrations publiques
(En % du PIB nominal)
|
1997 |
|
|
Suède |
62,3 |
|
Danemark |
56,4 |
|
France |
54,2 |
|
Finlande |
54,1 |
|
Belgique |
51,7 |
|
Italie |
50,6 |
|
Autriche |
49,8 |
|
Zone euro |
49,3 |
|
Pays-Bas |
48,7 |
|
Allemagne |
47,9 |
|
Portugal |
43,9 |
|
Grèce |
42,9 |
|
Espagne |
42,2 |
|
Royaume-Uni |
41,0 |
|
Irlande |
34,7 |
Source : OCDE. Perspectives économiques de
l'OCDE. Décembre 1998.
Les pays dans lesquels la place des dépenses publiques dans le PIB
est relativement importante sont " ipso facto "
ceux dans lesquels les marges de manoeuvre sont les plus
réduites.
Enfin, l'Union européenne qui repose sur le principe si nécessaire
de subsidiarité ne comporte en matière fiscale aucun mécanisme
susceptible de passer outre la volonté d'un des Etats-membres.
Ainsi l'accroissement des risques de concurrence fiscale entre
Etats du fait de l'approfondissement de l'Union européenne n'a pas
trouvé de correctif institutionnel. Les règles européennes
d'adoption de mesures fiscales demeurent en effet soumises à la
condition d'unanimité, reflet d'un respect absolu du principe de
souveraineté nationale dans le domaine de la
fiscalité.
B. UNE CONCURRENCE FISCALE DANGEREUSE :
Globalement, l'étude ne relève pas de phénomènes accusés
de concurrence fiscale observables en Europe à ce stade. Selon
elle, " le Marché unique ne semble pas avoir eu de
conséquences majeures sur la concurrence
fiscale.... ".
Elle mentionne toutefois deux exceptions : la fiscalité des
placements financiers des ménages pour laquelle elle juge que le
" moins-disant " fiscal a été la règle pendant
plusieurs années et la fiscalité directe des sociétés dont les taux
statutaires ont eu tendance à converger à la baisse.
Mais elle identifie les dangers que ferait naître une
intensification de la concurrence fiscale.
Le premier d'entre eux réside dans l'atténuation qui en
résulterait de la souveraineté réelle des Etats-membres . Dès
lors que la fiscalité est un objet et un instrument de la
concurrence entre Etats, la libre détermination par chaque Etat de
son niveau et de sa structure de prélèvements obligatoires risque
d'en être profondément affectée. La concurrence fiscale qui repose
sur le respect absolu du principe de souveraineté est ainsi
susceptible de déboucher sur une remise en cause de ce même
principe. La question est alors de déterminer quels Etats sont les
mieux à même de défendre leurs prérogatives nationales et quels
sont ceux qui sont les plus vulnérables.
Pendant de ce premier danger, celui d'une perte de capacité à
financer les fonctions collectives par assèchement des recettes
publiques en constitue un deuxième. La concurrence fiscale est
susceptible de provoquer des enchaînements tels que les dépenses
publiques ne seraient plus finançables par l'impôt ou les
cotisations sociales. Dans cet engrenage non-coopératif, les Etats
les plus lourdement endettés partent avec un handicap puisque leur
capacité à trouver dans l'emprunt un mode de financement alternatif
à l'impôt est réduite. On observera que la concurrence fiscale, si
elle devait se traduire par un endettement public supplémentaire,
pourrait avoir des effets négatifs sur l'évolution des conditions
monétaires dans la zone euro. Ce danger est toutefois largement
sous contrôle du fait des règles du Pacte de stabilité et de
croissance.
En vérité, un troisième danger qui résulterait d'une
intensification de la concurrence fiscale paraît de nature à
limiter celui qu'on vient de mentionner. Il s'agit du risque de
voir les systèmes fiscaux nationaux se déformer aux dépens des
bases économiques les moins mobiles. Dès lors que l'objectif
des pratiques fiscales concurrentielles est d'attirer des
richesses, la tentation est grande de compenser les pertes de
recettes fiscales résultant des allégements de l'imposition des
facteurs les plus mobiles en accroissant celle des facteurs plus
" sédentaires ". Cette recomposition des systèmes fiscaux
est susceptible de poser des problèmes d'équité des systèmes
fiscaux. Il en va ainsi au regard de l'équité horizontale puisque
des contribuables ayant des revenus comparables peuvent supporter
des prélèvements différents selon l'origine de ces revenus. Il en
va également ainsi au regard de l'équité verticale puisque
l'inégale taxation des revenus selon leur origine est susceptible
de déboucher sur une taxation plus lourde des contribuable les
moins bien dotés.
A ce sujet, l'étude mentionne certains travaux aux termes desquels
entre 1981 et 1995 le taux effectif d'imposition des revenus de
l'épargne dans l'Union européenne aurait diminué de 10 % en moyenne
alors que la taxation du travail augmentait de 7 %. Ces
travaux s'inscrivent dans une perspective identique à celle
soutenue par le commissaire européen en charge des affaires
fiscales, M. Mario Monti lors de son audition le 2 octobre
1997 par la commission des finances du Sénat. Celui-ci avait alors
indiqué qu'entre 1981 et 1995, le taux implicite de prélèvement sur
le facteur immobile qu'est le travail avait crû de 34,9 à 42 %,
tandis que ce même taux était passé, pour les autres facteurs, de
45,5 à 35 %. Il avait attribué 4 points du taux de chômage
européen, qui s'élevait alors à 10,6 % à ce phénomène de distorsion
fiscale. 1(*)
Les effets économiques de la concurrence fiscale font ressortir
une dernière catégorie de dangers. La concurrence fiscale est
susceptible de perturber l'allocation des ressources d'au moins
deux façons.
D'abord, en faussant les prix et les coûts, elle peut favoriser le
développement artificiel d'activités économiquement non justifiées
au détriment de projets qui, eux, le seraient. A l'origine de
distorsions de concurrence, la compétition fiscale est susceptible
d'exercer les mêmes perturbations que n'importe quelle
subvention.
Ensuite, et c'est l'optique privilégiée dans les propos rapportés
plus haut, ses effets sur la répartition effective des revenus
peuvent être de nature à pénaliser les revenus les plus utiles à la
croissance - les revenus consommés - au profit des ree.s
thésaurisés.
L'étude jointe, du fait de son caractère novateur et de
la richesse de ses développements, pourrait sembler à un lecteur
trop pressé comporter quelques ambiguïtés. Une sorte de paradoxe
pourrait en ressortir, la concurrence fiscale étant présentée tout
à la fois, comme seulement virtuelle et extrêmement dangereuse.
La réalité est sans doute plus nuancée et la complexité du
phénomène mérite une approche plus précise.
Il reste alors à aborder la difficile question des prolongements
pratiques à apporter, autrement dit à envisager les modalités d'une
maîtrise de la concurrence fiscale.
A. POUR UN APPROFONDISSEMENT DE L'ANALYSE DES PHÉNOMÈNES DE CONCURRENCE FISCALE EN EUROPE
De même qu'il est probablement excessif de considérer que l'union monétaire change radicalement les données de la concurrence fiscale, il serait hâtif de conclure à partir de constats trop globaux ou mal compris que celle-ci est restée très limitée jusqu'à présent.
1. Les effets de l'adoption de l'euro sur la concurrence fiscale ne doivent pas être caricaturés
Sur un plan théorique, l'adoption de l'euro est sans
doute de nature à lever certains obstacles au développement de
pratiques concurrentielles dans le domaine fiscal. Elle peut
paraître supprimer deux facteurs d'inhibition de la concurrence
fiscale entre Etats européens :
le polycentrisme monétaire européen qui comportait le risque de
faire supporter un coût très élevé à un État tenté par la
concurrence fiscale soit que les autres dévaluent leur monnaie pour
contrer ses initiatives, soit que les déficits accumulés par lui
entraînent une pénalisation financière via une hausse des taux
d'intérêt ;
la situation dégradée des finances publiques (déficit + dettes)
supposée surmontée dans un contexte de croissance molle qui
supposait de particulières précautions.
En outre, l'adoption d'un signe monétaire unique favorise les
comparaisons de prix et, du même coup, ôte le masque monétaire -
l'illusion monétaire dans le jargon - derrière lequel pouvaient se
dissimuler les écarts de taxation.
Ces considérations générales restent à vérifier en
pratique. Il est sans doute plus tentant qu'avant l'euro
d'utiliser le levier fiscal à des fins compétitives mais il est
sûrement excessif de considérer qu'un tel levier puisse se
substituer à la dépréciation monétaire.
Le Pacte de stabilité et de croissance limite l'utilisation de la
politique budgétaire comme instrument de politique économique quel
que soit le levier utilisé - la fiscalité ou les dépenses
publiques. En outre, la situation des finances publiques en Europe
n'est pas telle que les gouvernements puissent à court terme
envisager sans précaution de recourir à l'arme fiscale.
Il est toutefois essentiel de prendre conscience qu'en union
monétaire les pays disposant de marges de manoeuvre budgétaires
acquièrent par là-même un avantage considérable au service de leur
compétitivité.
En effet, ils sont plus que les autres en mesure de se livrer à
des pratiques fiscales concurrentielles.
Enfin, les effets de la meilleure comparabilité des prix résultant
de l'adoption d'une monnaie unique ne peuvent être entièrement
établis tant que celle-ci n'aura pas reçu tous ses prolongements
pratiques. Ces effets sont sans doute potentiellement très
importants. Ils méritent à ce titre une analyse complémentaire. Il
serait erroné de les apprécier à travers les seuls impôts indirects
appliqués aux biens et services d'autant que le régime actuel de
TVA tend à neutraliser les distorsions associées aux écarts de
taxation à l'exception limitée des produits accessibles aux
frontaliers. En revanche, les écarts de prélèvements entre États
européens laissent supposer des écarts de compétitivité fiscale
considérables dont tous les effets restent à élucider -
v.infra.
2. La concurrence fiscale est déjà vive en Europe
Parmi les difficultés majeures de tout travail sur la
concurrence fiscale figure celle d'établir des indicateurs fiables
révélant l'existence de tels phénomènes. Ce problème, déjà
important lorsqu'il s'agit d'analyser les phénomènes ponctuels de
concurrence fiscale, devient considérable lorsqu'il s'agit de
raisonner sur de grands agrégats.
En ce sens, il est certes loisible d'observer, d'une part,
l'augmentation du taux de pression fiscale et d'autre part,
l'hétérogénéité des structures et des niveaux de prélèvements en
Europe.

Source : OCDE. Statistiques des recettes
publiques. 1997.
A partir de l'idée que la concurrence fiscale aurait du
se traduire par une baisse du taux de pression fiscale globale et
par une homogénéisation des niveaux et des structures de
prélèvements obligatoires, on pourrait en inférer que la
concurrence fiscale entre pays européens appartient seulement au
domaine du virtuel.
Une telle conclusion serait erronée. L'évolution et la situation
d'ensemble des prélèvements obligatoires en Europe n'autorisent pas
en soi à conclure à l'inexistence de la concurrence fiscale entre
pays européens. En revanche, les exemples abondent de pratiques
fiscales concurrentielles.
Les phénomènes de concurrence fiscale ne peuvent être correctement
mesurés qu'à partir de données fines. Toute référence trop globale
risque en effet d'être trompeuse. La seule considération
d'indicateurs globaux ne renseigne que peu sur la composante
fiscale des décisions des agents économiques qui ne dépendent pas
des taux moyens apparents de prélèvements mais des taux marginaux
effectifs qu'ils supportent.
En outre, la comparaison des différentes structures nationales de
prélèvements en fonction de leur nature, si elle a le mérite de la
simplicité, ne reflète pas en soi l'incidence économique de ces
prélèvements.
Mais, pour s'en tenir dans un premier temps aux grandes
caractéristiques des systèmes fiscaux européens qu'on vient de
mentionner, il convient de dissiper les interprétations erronées
qu'on pourrait en donner.
Les écarts de fiscalité en Europe, plutôt que de traduire
l'absence de concurrence fiscale entre Etats, pourraient bien être
le résultat d'une compétition sourde et, en tout cas, manifestent
l'existence d'une hiérarchie des performances des Etats en matière
de compétitivité fiscale.
La hausse tendancielle de la pression fiscale en Europe qui
concerne des données très agrégées a été très variable selon les
États. Forte en France, elle a été beaucoup plus mesurée en
Allemagne ou au Royaume-Uni par exemple. Si l'on ne peut établir
que dans ces pays la maîtrise de la dérive des prélèvements
obligatoires serait le reflet de pratiques fiscales
concurrentielles, une telle hypothèse mérite d'être posée et
soigneusement étudiée.
Le maintien d'une certaine hétérogéïté des systèmes fiscaux en
Europe ne peut quant à lui servir de démonstration à l'absence de
concurrence fiscale.
Sans doute, de la même manière que pour l'évolution de la pression
fiscale globale, il paraît difficile de conclure sans plus d'examen
que les écarts de niveau constatés entre États ou ceux concernant
la structure des prélèvements obligatoires résulteraient de
stratégies gouvernementales axées autour de la recherche d'un
avantage concurrentiel dans le domaine fiscal.
Pour autant, il serait pour le moins paradoxal de fonder sur la
diversité des niveaux et modes de prélèvements le diagnostic d'une
absence de concurrence fiscale. On est naturellement plus enclins à
y voir le résultat d'une telle concurrence même si d'autres
facteurs peuvent jouer.
On peut probablement tirer du constat de l'hétérogénéité fiscale
en Europe une autre conclusion. Si hétérogénéité fiscale il y a, il
est assez probable que certains "se débrouillent " mieux que
d'autres, ce qui pourrait inciter les États les moins performants à
s'ajuster.
Ces développements soulignent tout l'intérêt d'une tentative de
typologie des États en fonction de la compétitivité de leurs
systèmes fiscaux.
Il convient sans doute de mesurer plus finement les performances
divergentes de chacun sous cet angle. La probabilité d'écarts
significatifs semble importante compte tenu de la variété des
systèmes fiscaux en Europe et des phénomènes de concurrence fiscale
déjà observables. Ils pourraient augurer d'une recrudescence des
tensions fiscales entre États européens.
En toute hypothèse, ces écarts sont l'expression d'une diversité
des situations d'ores et déjà acquises par les différents États sur
l'échelle de la compétitivité fiscale qui, au fond, est l'objectif
pratique de la concurrence fiscale.
Les phénomènes ponctuels de concurrence fiscale entre Etats
européens d'ores et déjà observables ne doivent d'ailleurs pas être
minimisés.
Ainsi que mentionné plus haut, leur repérage n'est certes pas
aisé. Une partie des travaux en cours dans les enceintes
internationales qui se consacrent à ce sujet consiste d'ailleurs à
forger des indicateurs plus fiables. L'étude jointe comporte une
illustration des difficultés d'appréhension du phénomène. Elle
relève en effet que l'un des domaines dans lesquels la concurrence
fiscale s'est exercée avec le plus de virulence est celui de
l'impôt sur les sociétés. A l'appui de cette observation elle fait
valoir la convergence des taux statutaires d'impôt sur les
sociétés. Pourtant, elle souligne plus loin le maintien d'une
grande hétérogénéité des systèmes de taxation des bénéfices des
entreprises en Europe qui résulte de la variété des règles
utilisées pour définir l'assiette du prélèvement ce qui, pour les
auteurs, est plutôt le signe de l'absence de phénomène de
concurrence fiscale. Il y a là une contradiction. Mais, celle-ci
semble seulement apparente.
Il suffit pour la résoudre d'éviter une vision trop restrictive
des phénomènes de concurrence fiscale en Europe.
Il faut considérer la fiscalité comme un élément, parmi d'autres,
de la position concurrentielle des différentes économies
européennes. Plutôt que de se pencher sur les évolutions des
différents systèmes fiscaux qui peuvent sans doute traduire la
réponse donnée par les gouvernements à la pression concurrentielle
des partenaires, il est possible, pour appréhender l'intensité de
la concurrence fiscale et la position des différents Etats au
regard de ce critère, de s'en tenir à la comparaison des niveaux de
pression fiscale s'exerçant sur chacune des bases taxables. Dans
une telle optique, le maintien d'importants écarts de prélèvement
sur les bénéfices des entreprises ne traduit plus l'absence de
concurrence fiscale mais la diversité des positions
concurrentielles occupées par les Etats européens au regard de
cette catégorie de prélèvements.
A partir de cette "grille de lecture", les développements
consacrés par l'étude ici présentée à l'impôt sur les sociétés, à
la fiscalité des produits de l'épargne mais aussi aux charges
salariales révèlent d'une part, l'existence de positions
concurrentielles très disparates au regard du critère de la charge
associée à chacun de ces prélèvements et, d'autre part, mais pour
certains impôts seulement -en particulier l'imposition des revenus
de l'épargne- une tendance au mimétisme fiscal.
Ces observations qui concernent les régimes généraux des
impositions étudiées se doublent du constat d'une multiplication de
régimes spéciaux apportant des dérogations aux règles générales.
Celles-ci sont souvent appliquées cas par cas si bien qu'il est
difficile d'en faire un recensement exhaustif qui, seul,
permettrait de mesurer concrètement leur contribution à la
concurrence fiscale entre Etats européens. Mais leur foisonnement
est à lui seul l'indice d'une vraie bataille fiscale livrée pour
attirer capitaux, activités et emplois.
B. LES ÉCUEILS D'UNE MEILLEURE MAÎTRISE DE LA CONCURRENCE FISCALE
Les questions posées par la maîtrise de la concurrence fiscale sont d'un point de vue doctrinal extrêmement ardues. Sous un angle plus pratique, elles sont, en l'état de la construction européenne, quasiment insolubles.
1. Les problèmes de principe posés par la maîtrise de la concurrence fiscale en Europe
a) La question de la souveraineté fiscale
La détermination des règles fiscales appartient sans
conteste à un domaine régalien par excellence. Il s' agit, en
principe, de l'une des expressions majeures de la souveraineté
nationale. Sa libre expression peut donc légitimement déboucher sur
des règles fiscales pouvant paraître appartenir à la catégorie des
pratiques de concurrence fiscale. En sens inverse, elle est
susceptible d'être étroitement déterminée, voire entravée, par la
concurrence fiscale exercée par les tiers. En bref, la coexistence
des souverainetés fiscales, érigée en principe, est susceptible de
produire une concurrence fiscale supprimant progressivement toute
souveraineté.
Ce risque, globalement théorique, est toutefois important et très
concret s'agissant des prélèvements sur les facteurs mobiles (impôt
sur les sociétés, taxation des produits de l'épargne, ...).
Pour ces catégories d'imposition au moins, un choix doit alors
être effectué entre le maintien absolu des souverainetés nationales
et donc l'acceptation des conséquences d'une éventuelle concurrence
fiscale et des atténuations apportées aux souverainetés nationales
qui consistent à adopter des règles internationales plus ou moins
ambitieuses, c'est-à-dire encadrant plus ou moins étroitement
l'exercice de la souveraineté fiscale.
b) La question de la portée des règles internationales
En soi, l'édiction de règles internationales n'est
d'ailleurs pas incompatible avec la préservation des souverainetés
fiscales.
Mais, deux conditions s'imposent pour que cette compatibilité de
principe perdure en pratique. Il faut, d'une part, que
l'application de ces règles à un Etat résulte de sa décision
propre, et, d'autre part, que ces règles ménagent jusqu'à un
certain point sa capacité à moduler ses décisions fiscales.
Cette dernière condition renvoie à la question de la portée des
règles internationales adoptées dans le domaine fiscal.
L'étude jointe rend bien compte des évolutions doctrinales qui
sont intervenues à ce sujet au cours des années 90 à l'occasion des
négociations conduites en Europe sur la question de la concurrence
fiscale.
A l'origine, et le rapport Ruding de 1992 s'inscrivait dans cette
démarche, ces négociations visaient à déboucher sur une
harmonisation des règles fiscales la plus complète possible.
Les blocages rencontrés ont incité la Commission européenne à
privilégier une orientation plus modeste qui devait déboucher sur
le "Code de bonne conduite". Avec lui, il n'est plus question
d'établir des règles uniformes contraignantes mais, s'inspirant du
concept de "concurrence loyale", d'éliminer les pratiques de
concurrence fiscale les plus excessives.
Une telle démarche a, théoriquement, des mérites importants. Elle
est logique avec le principe de non-discrimination qui est un
complément essentiel au fonctionnement harmonieux du Marché unique.
Elle préserve, en pratique, un espace pour le libre exercice de la
souveraineté fiscale des Etats tout en prohibant la "licence"
fiscale. Elle respecte ainsi pleinement le principe de subsidiarité
qui fonde la construction européenne.
Néanmoins, il est difficile de voir en elle la solution qui
permettrait de maîtriser la concurrence fiscale entre Etats
européens. Limitée à l'imposition des bénéfices des entreprises,
elle repose sur des concepts qui demeurent vagues et n'est assortie
d'aucune sanction.
c) L'Europe n'est pas seule
La maîtrise de la concurrence fiscale en Europe, à la
supposer achevée, poserait la question de la compatibilité de ses
modalités avec les règles fiscales en vigueur dans le reste du
monde.
A cet égard, même en tenant acquise la capacité de régler les
problèmes posés par les paradis fiscaux ou zones off-shore -qui,
d'ailleurs, existent aussi en Europe-, il serait illusoire
d'imaginer que leur seule suppression suffirait à éliminer les
risques de "détournements de trafic" pour des motifs fiscaux.
On en conclut à la nécessité de lier le processus des négociations
entre Etats européens avec celui engagé dans les enceintes
internationales comme l'Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE).
2. La complète maîtrise des problèmes de concurrence fiscale est hors de portée compte tenu de l'état actuel de la construction européenne
Les traités successifs qui constituent les actes
fondateurs de l'Union européenne ayant toujours pris soin de
préserver la souveraineté fiscale des Etats membres, le droit
communautaire fiscal ne peut se former que sur la base de
l'unanimité. L'accord de chaque Etat est donc requis dans le
domaine fiscal. Cette procédure est en soi évidemment peu propice à
l'adoption de réglementations harmonisées.
L'histoire du processus européen de maîtrise de la concurrence
fiscale dont on a donné un exemple, avec les projets relatifs à
l'impôt sur les sociétés, l'illustre assez.
Cet obstacle de principe s'inscrit, rappelons-le, dans un contexte
pratique où les intérêts des différents Etats membres sont
divergents. L'occasion se présente de le vérifier au moment même de
la rédaction de ce rapport avec les difficultés d'adoption de la
proposition de directive visant à garantir un minimum d'imposition
effective des revenus de l'épargne2(*).
Il paraît réaliste de tenir compte de cette situation et, sans
renoncer à infléchir la position des partenaires en intervenant au
besoin dans des domaines où la règle majoritaire prévaut, de
s'attacher à démontrer sa propre compétitivité fiscale plutôt que
de se reposer sur l'illusion d'une utopie fiscale
européenne.
C. LA SITUATION DE LA FRANCE AU REGARD DE LA CONCURRENCE FISCALE APPARAÎT GLOBALEMENT MAUVAISE
L'étude qu'on présente ici procède à une analyse
détaillée et successive des grandes catégories de prélèvements que
sont l'impôt sur les sociétés (chapitre II), les cotisations
sociales (chapitre III), l'impôt sur le revenu
(chapitre IV) et la TVA et les droits d'accises
(chapitre V).
Cette méthode analytique dont il convient de saluer la minutie
débouche sur des enseignements précieux.
Toutefois, elle ne peut rendre compte à elle seule de façon
exhaustive de la réalité de la concurrence fiscale.
L'une des lacunes de l'étude, inévitable compte tenu de l'extrême
dispersion des prélèvements en question, vient du défaut de prise
en compte de la fiscalité locale. Or, celle-ci revêt une grande
importance en France si bien que les diagnostics qu'on peut établir
sur l'imposition des entreprises ou celle des ménages ont toutes
chances d'être tronqués si l'on ne prend en compte ni la taxe
professionnelle ni la taxe d'habitation dont le nombre de
redevables est d'ores et déjà supérieur à celui des foyers fiscaux
supportant effectivement l'impôt sur le revenu.
Une seconde faiblesse de l'étude, également compréhensible compte
tenu des difficultés de l'entreprise, est, malgré les efforts
accomplis en ce sens, de ne pas toujours parvenir à présenter un
bilan complet des prélèvements sur chacune des bases taxables ou
effectuées à raison des différentes opérations imposées. Il
conviendra à l'avenir de déployer des efforts supplémentaires afin
de mieux appréhender les effets d'empilement des prélèvements sur
la matière fiscalisée.
Ce complément d'analyse associé à une synthèse par pays -et non
plus impôt par impôt- permettrait sans doute de dissiper le
paradoxe fréquemment relevé au fil de l'étude selon lequel notre
pays apparaît comme l'un de ceux où la pression fiscale est la plus
élevée en Europe -v. tableau ci-dessus- en occupant, impôt par
impôt, une position souvent moyenne au regard de cet indicateur.
Cette situation n'est d'ailleurs pas vraiment suprenante, car elle
ne fait que traduire l'absence de choix stratégiques en politique
fiscale des gouvernements successifs, qui ont cumulativement fait
usage de toutes les assiettes fiscales concevables, en application
de raisonnements en général plus politiques ou budgétaires
qu'économiques .
|
Prélèvements obligatoires au sens strict |
|
|
Etats-Unis |
27,9 |
|
Japon |
28,5 |
|
Portugal |
33,4 |
|
Espagne |
33,7 |
|
Royaume-Uni |
35,1 |
|
Canada |
37,2 |
|
Allemagne |
38,2 |
|
Grèce |
41,4 |
|
Union européenne |
42,4 |
|
Italie |
43,5 |
|
Pays Bas |
43,9 |
|
Autriche |
44,1 |
|
France |
45,7 |
|
Belgique |
46,6 |
|
Finlande |
48,8 |
|
Danemark |
51,9 |
|
Suède |
51,9 |
|
Source : OCDE |
|
Note : les chiffres sont ceux de 1995 pour la
Grèce, le Japon, les Etats-Unis et le Canada. Pour le Royaume-Uni
et l'UE, données Eurostat
Dans ces conditions, les conclusions que l'on tirerait de l'étude
sur la situation relative de la France apparaîtraient sans doute
globalement moins rassurantes.
Le niveau des prélèvements obligatoires est, de fait, en
France, particulièrement préoccupant au regard de la compétitivité
fiscale et place notre pays en mauvaise situation pour affronter
une recrudescence éventuelle de la concurrence fiscale.
Cette situation se vérifie dans le domaine des impôts
indirects où, avec le Danemark, la Suède, la Finlande, la
Belgique, l'Autriche et l'Italie, la France est parmi les pays qui
taxent le plus la consommation.
Evolution des taux de TVA normaux entre 1990 et 1998
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1998 |
|
|
Allemagne |
14 |
14 |
14 |
15 |
15 |
15 |
15 |
16 |
|
Autriche |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
|
Belgique |
19 |
19 |
19,5 |
19,5 |
20,5 |
20,5 |
21 |
21 |
|
Danemark |
22 |
22 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
|
Espagne |
12 |
12 |
13(1)/15(2) |
15 |
15 |
16 |
16 |
16 |
|
France |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
20,6 |
20,6 |
20,6 |
|
Finlande |
- |
- |
- |
- |
22 |
22 |
22 |
22 |
|
Grèce |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
|
Irlande |
23 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
|
Italie |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
20 |
|
Luxembourg |
12 |
12 |
15 |
15 |
15 |
15 |
15 |
715 |
|
Pays-Bas |
18,5 |
18,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
|
Portugal |
17 |
16 |
16 |
16 |
16 |
17 |
17 |
17 |
|
Royaume-Uni |
15 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
|
Suède |
23,46 |
23,46 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
Source : Commission européenne. European Tax
Handbook, IBFD publication 1998
(1) A partir du 1er janvier 1992
(2) A partir du 1er août 1992
Mais, on le vérifie surtout dans le domaine des impôts directs
et des prélèvements sociaux.
En matière d'impôt sur les sociétés, c'est-à-dire sans même
prendre en compte l'imposition des entreprises à la taxe
professionnelle qui dégraderait encore la performance française ni
les régimes spéciaux plus développés dans des pays apparemment
moins bien classés comme les Pays-Bas, le tableau ci-dessous montre
l'importance relative des contraintes fiscales sur les
investissements des entreprises en France.
Taux de rendement avant impôt requis pour un rendement
net de 5 % :
investissements intérieurs
(En %)
|
Mode de financement |
Actifs |
|||||
|
Auto-financement |
Augmentation de capital |
Endettement |
Machines |
Bâtiments |
Stocks |
|
|
Allemagne |
6,83 |
3,42 |
3,33 |
3,17 |
7,24 |
7,50 |
|
Autriche |
6,75 |
6,75 |
4,50 |
5,58 |
6,09 |
6,67 |
|
Belgique |
5,38 |
5,38 |
2,88 |
2,53 |
5,93 |
7,18 |
|
Danemark |
6,54 |
6,54 |
4,37 |
5,18 |
6,15 |
6,67 |
|
Espagne |
6,82 |
4,93 |
4,51 |
5,22 |
6,34 |
6,53 |
|
France |
6,65 |
4,39 |
4,54 |
4,91 |
6,01 |
7,04 |
|
Finlande |
6,13 |
4,44 |
4,44 |
4,95 |
5,57 |
6,07 |
|
Irlande |
6,34 |
6,09 |
4,31 |
5,01 |
5,96 |
6,50 |
|
Italie |
6,91 |
4,40 |
4,40 |
5,43 |
5,74 |
6,62 |
|
Luxembourg |
6,34 |
6,34 |
4,40 |
5,14 |
5,94 |
6,47 |
|
Pays-Bas |
7,06 |
7,06 |
4,76 |
6,09 |
6,14 |
6,75 |
|
Portugal |
6,64 |
5,11 |
4,22 |
5,04 |
5,84 |
6,75 |
|
Royaume-Uni |
6,36 |
5,11 |
4,49 |
5,18 |
5,77 |
6,25 |
|
Suède |
6,15 |
6,15 |
4,46 |
5,11 |
5,80 |
6,26 |
|
Moyenne |
6,49 |
5,44 |
4,26 |
4,90 |
6,04 |
6,66 |
Calcul des auteurs (législation 1998)
Les taux d'imposition sur les revenus des actionnaires
(dividendes, intérêts et plus-values) sont supposés nuls ainsi que
le taux d'inflation. On suppose pour les colonnes 4, 5 et 6,
c'est-à-dire pour chaque type d'actifs, que l'entreprise finance
son investissement par autofinancement (55 %), par
augmentation de capital (10 %) et par endettement (35 %).
De même, pour chaque mode de financement, colonnes 1, 2 et 3,
on suppose que l'investissement réalisé est constitué pour
50 % de bâtiments, pour 28 % de machines et 22 % de
stocks.
Lecture : si une société française investit en France, pour
qu'elle soit en mesure d'assurer à ses investisseurs français un
taux de rendement après IS de 5 %, il faut qu'elle obtienne un
taux de rendement avant impôt de 6,65 %, lorsque la filiale
est financée sur les bénéfices non distribués de la société-mère,
un taux de 4,39 % dans le cas d'une augmentation de capital et
un taux de 4,54 % dans le cas où l'investissement est financé
par endettement.
Ce tableau ne peut bien entendu tenir compte des réformes en cours
dans plusieurs pays, en particulier en Allemagne, et qui
détérioreront encore la situation relative de la France, au moment
où le gouvernement s'apprête à réaffecter à d'autres usages la
surtaxe " exceptionnelle et temporaire " à l'impôt sur
les sociétés.
En matière de cotisations sociales, le tableau ci-après
rend compte de l'exceptionnel dynamisme des prélèvements en
France.
Evolution des cotisations employeurs et salariés de
1970 à 1995
dans les 15 pays de l'UE
(En % du PIB)
|
Cotisations employeurs |
Cotisations salariés |
|||||
|
70-80 |
80-88 |
90-96 |
70--80 |
80-88 |
90-96 |
|
|
Belgique |
+ 2,5 |
+1 |
- 0,2 |
+ 0,6 |
+ 1 |
0 |
|
Danemark |
- 0,1 |
- 0,2 |
- 0 |
- 0,7 |
+ 0,6 |
+ 0,1 |
|
Espagne |
+ 4 |
- 0,2 |
- 0,1 |
+ 1,3 |
- 0,7 |
- 0,1 |
|
France |
+ 2,6 |
+ 0,1 |
+ 0,3 |
+ 2,2 |
+ 1 |
+ 0,1 |
|
Grèce |
+ 0,7 |
+ 1,1 |
+ 0,4 |
+ 1 |
+ 0,6 |
+ 0,9 |
|
Irlande |
+ 1,8 |
+ 0,3 |
- 0,3 |
+ 0,4 |
+ 0,5 |
- 0,3 |
|
Italie |
+ 0,7 |
+ 0,1 |
+ 1,1 |
+ 0,1 |
+ 0,3 |
+ 0,4 |
|
Luxembourg |
+ 2 |
- 0,8 |
- 0,3 |
+ 1,3 |
- 0,2 |
+ 0,2 |
|
Pays-Bas |
+ 2 |
- 0,1 |
- 0,4 |
+ 1,4 |
+ 1,9 |
+ 0,5 |
|
Portugal |
+ 1,7 |
+ 0,6 |
+ 0 |
+ 0,9 |
+ 0 |
+ 0,2 |
|
Allemagne |
+ 1,9 |
+ 0,1 |
- 0,8 |
+ 1,3 |
+ 0,2 |
+ 0,8 |
|
Royaume-Uni |
+ 0,9 |
+ 0,1 |
- 0,2 |
+ 0 |
+ 0,8 |
+ 0,2 |
Source : OFCE et CEPII (pour la période
1980-1988) et OCDE (pour la période 1990-1996)
Ce dynamisme s'inscrit dans un contexte où les cotisations
sociales sont les plus élevées
d'Europe.
Cotisations sociales dans les 15 pays de l'Union européenne
(En % du PIB)
|
1990 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
|
|
France |
19,3 |
19,6 |
19,1 |
19,3 |
19,7 |
|
Pays-Bas |
16,7 |
18,1 |
18,4 |
18,3 |
17,1 |
|
Suède |
15,1 |
13,7 |
13,8 |
14,4 |
15 |
|
Belgique |
14,8 |
15,8 |
15,3 |
15,2 |
14,9 |
|
Allemagne |
13,7 |
15,1 |
15,3 |
15,5 |
15,5 |
|
Autriche |
13,5 |
14,8 |
15,2 |
15,3 |
15,3 |
|
Italie |
12,9 |
13,8 |
13 |
13,1 |
14,8 |
|
Espagne |
12,1 |
13,1 |
13 |
12,3 |
12,1 |
|
Luxembourg |
11,8 |
12,3 |
11,8 |
11,8 |
11,9 |
|
Moyenne UE |
11,5 |
12,2 |
12,1 |
12,2 |
12,2 |
|
Grèce |
11,2 |
12,3 |
12,4 |
12,6 |
12,4 |
|
Finlande |
9,9 |
12 |
12,6 |
12,7 |
12,4 |
|
Portugal |
8,7 |
8,7 |
8,9 |
9,4 |
9 |
|
Royaume-Uni |
6,2 |
6 |
6,2 |
6,3 |
6,2 |
|
Irlande |
5,2 |
5,4 |
5,2 |
4,9 |
4,5 |
|
Danemark |
1,5 |
1,6 |
1,6 |
1,6 |
1,6 |
Source : OCDE (1998)
Sans doute faut-il tenir compte pour apprécier les prélèvements
sur les actifs du niveau de l'imposition des revenus. Le tableau
ci-après démontre que le produit de l'impôt sur le revenu dans le
PIB est relativement en France, même si cette proportion est en
croissance sensible.
Le poids de l'impôt sur le revenu des personnes
physiques
dans les Etats de l'UE
(En % du PIB)
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
|
|
Allemagne |
10,10 |
10,40 |
10,91 |
10,58 |
10,39 |
10,70 |
9,4 |
|
Autriche |
8,59 |
9,10 |
9,25 |
9,39 |
8,49 |
8,85 |
9,2 |
|
Belgique |
14,13 |
13,70 |
13,90 |
13,64 |
14,50 |
14,62 |
14,3 |
|
Danemark |
25,61 |
26,10 |
26,38 |
26,44 |
27,73 |
27,56 |
27,8 |
|
Espagne |
7,48 |
8,10 |
8,43 |
8,40 |
8,14 |
8,09 |
7,7 |
|
Finlande |
17,49 |
17,40 |
18,33 |
16,24 |
17,42 |
16,19 |
16,9 |
|
France |
5,18 |
5,90 |
5,96 |
6,10 |
6,16 |
6,17 |
6,4 |
|
Grèce |
5,09 |
4,80 |
4,02 |
3,72 |
4,32 |
4,90 |
5 |
|
Irlande |
11,11 |
11,60 |
11,33 |
11,32 |
11,36 |
10,35 |
10,5 |
|
Italie |
10,29 |
10,50 |
11,28 |
11,87 |
10,59 |
10,81 |
10,8 |
|
Luxembourg |
10,21 |
9,10 |
9 |
9,13 |
9,54 |
9,37 |
9,8 |
|
Pays-Bas |
11,01 |
12,30 |
11,60 |
12,05 |
9,24 |
8,31 |
7,6 |
|
Portugal |
4,92 |
5,60 |
6,80 |
6,27 |
6,18 |
6,09 |
6,6 |
|
Royaume-Uni |
10,38 |
10,30 |
9,90 |
9,29 |
9,43 |
9,68 |
9,3 |
|
Suède |
21,41 |
18 |
17,98 |
18,28 |
18,66 |
17,53 |
18,4 |
|
Moyenne UE |
21,41 |
18 |
17,98 |
18,28 |
18,66 |
17,53 |
18,4 |
Source : Statistiques Recettes Publiques. OCDE
1998.
Mais ces données ne rendent pas compte du poids de l'impôt sur le
revenu supporté par les actifs et, encore moins de la répartition
de ce prélèvement entre les différents actifs.
A cet égard, la situation de la France où près de la moitié des
foyers fiscaux ne sont pas imposés, est caractérisée -v. tableau
ci-dessous- par une forte progressivité du
barème.
Caractéristiques des barèmes d'imposition des pays de l'Union européenne
|
Nombre de tranches |
Taux minimum |
Taux maximum |
Tranche exonérée |
|
Seuil corres-pondant à la tranche la plus élevée (multiple du SMO) |
|
|
Allemagne |
25,9 % |
53 % |
Oui |
21 % |
2,1 |
|
|
Autriche |
5 |
10 % |
50 % |
Non |
3 % |
2,4 |
|
Belgique |
7 |
28 % |
58 % |
Non |
14,6 ou 18,5 % |
2,3 |
|
Danemark |
3 |
12 % |
32 % |
Non |
1,5 % |
0,98 |
|
Espagne |
18 |
20 % |
56 % |
Oui |
31 % |
2,1 |
|
Finlande |
7 |
7 % |
39 % |
Oui |
31 % |
2,1 |
|
France |
7 |
10,5 % |
54 % |
Oui |
21 % |
2,4 |
|
Grèce |
6 |
5 % |
45 % |
Oui |
36 % |
5,3 |
|
Irlande |
2 |
27 % |
48 % |
Non |
18,7 % |
0,7 |
|
Italie |
7 |
10 % |
51 % |
Non |
2,2 % |
8,4 |
|
Luxembourg |
18 |
10 % |
50 % |
Oui |
23 % |
1,3 |
|
Pays-Bas |
3 |
6,35 % |
60 % |
Non |
12,4 % |
1,6 |
|
Portugal |
4 |
15 % |
40 % |
Non |
2,5 % |
4,6 |
|
Royaume-Uni |
3 |
20 % |
40 % |
Non |
4,4 % |
1 |
|
Suède |
2 |
|
100 SEK + 25 % du salaire brut |
Non |
4,4 % |
1 |
(1) SMO : salaire moyen ouvrier.
Source : La situation des salariés au regard de l'impôt et
des transferts sociaux, OCDE, 1997 et Dictionnaire permanent
fiscal, 1998
En tout état de cause, une comparaison de l'incidence du cumul des
cotisations sociales et de l'impôt sur le revenu démontre l'effet
négatif de son niveau sur le coût du travail,et le coin
socialo-fiscal (rapport entre le revenu disponible du salarié et le
coût du travail) est en France très élevé par rapport à la
situation prévalant en Allemagne et au
Royaume-Uni.
|
Comparaison des situations du salarié français par rapport aux salariés allemand et britannique |
|||||||
|
Pays |
France
|
Allemagne
|
Royaume-Uni |
||||
|
Couple avec 2 enfants |
Célibataire |
Couple avec 2 enfants |
Célibataire |
Couple avec 2 enfants |
Célibataire |
||
|
Salaire brut mensuel |
|||||||
|
- Coût du travail |
134 |
134 |
121 |
121 |
110 |
110 |
|
|
- Salaire net |
85 |
85 |
79 |
79 |
92 |
92 |
|
|
- Revenu disponible après impôt |
84 |
70 |
83 |
75 |
90 |
80 |
|
|
- Revenu disponible/coût salarial |
0,63 |
0,52 |
0,69 |
0,62 |
0,82 |
0,73 |
|
|
Salaire brut mensuel |
|||||||
|
- Coût du travail |
129 |
129 |
115 |
115 |
110 |
110 |
|
|
- Salaire net |
85 |
85 |
84 |
84 |
91 |
91 |
|
|
- Revenu disponible après impôt |
71 |
58 |
72 |
61 |
68 |
66 |
|
|
- Revenu disponible/coût salarial |
0,56 |
0,45 |
0,62 |
0,53 |
0,62 |
0,60 |
|
|
Salaire brut mensuel |
|||||||
|
- Coût du travail |
124 |
124 |
105 |
105 |
110 |
110 |
|
|
- Salaire net |
92 |
92 |
94 |
94 |
97 |
97 |
|
|
- Revenu disponible après impôt |
65 |
54 |
57 |
50 |
69 |
68 |
|
|
- Revenu disponible/coût salarial |
0,52 |
0,44 |
0,54 |
0,48 |
0,63 |
0,62 |
|
Source : Calculs des auteurs
*
* *
Chacun peut se rendre compte des effets néfastes qu'exercent sur le dynamisme de notre économie des prélèvements obligatoires excessifs, eux-mêmes étroitement liés au niveau des dépenses publiques. Ce n'est pas le moindre intérêt de la riche substance de l'étude ici présentée que de nous rappeler que nos règles fiscales ne peuvent plus être appréciées en dehors de la prise en compte de celles qu'édictent nos voisins. Elle montre, de plus, que notre structure fiscale n'exprime aucun choix véritable, chacun des gouvernements passés ou présent ayant utilisé simultanément ou successivement les instruments les plus divers. Raisonner en fonction de la compétitivité des agents économiques, organiser la fiscalité pour conférer à notre système fiscal une vraie cohérence économique constituent autant de défis qu'il importe de relever au plus vite.
SOMMAIRE
Pages
AVANT-PROPOS 1
INTRODUCTION GÉNÉRALE ET PRÉSENTATION DE L'ÉTUDE LA CONCURRENCE
FISCALE EN EUROPE : LA SEULE ARME ENTRE LES MAINS DES
GOUVERNEMENTS ? 1
I. DES SYSTÈMES FISCAUX NATIONAUX TRÈS DISPARATES DANS L'UNION
EUROPÉENNE 1
A. LES TAUX DE PRESSION FISCALE GLOBALE 1
B. LA STRUCTURE DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES 1
II. LE JEU DANGEREUX DE LA CONCURRENCE FISCALE 1
A. QUELQUES ENSEIGNEMENTS DE LA CONCURRENCE ENTRE COLLECTIVITÉS
LOCALES 1
B. UN JEU NON COOPÉRATIF ENTRE ETATS MEMBRES DE L'UNION EUROPÉENNE
1
III. LA FISCALITÉ DES SOCIÉTÉS 1
IV. PRÉLÈVEMENTS SUR LES REVENUS DES PERSONNES 1
A. LE FINANCEMENT DE LA PROTECTION SOCIALE 1
B. PROBLÈMES D'ÉQUITÉ HORIZONTALE DANS LA FISCALITÉ DIRECTE DES
MÉNAGES 1
C. VERS UN NOMADISME FISCALO-SOCIAL ? 1
V. LA MODESTE HARMONISATION DES FISCALITÉS INDIRECTES 1
A. LES RÈGLES COMMUNES 1
B. L'ÉTAT DES LIEUX 1
VI. EN GUISE DE CONCLUSION : CONCURRENCE, HARMONISATION OU
" BONNE CONDUITE " ? 1
VII. RÉSUMÉ DE L'ÉTUDE 1
CHAPITRE PREMIER : UNE CONCURRENCE FISCALE NON MAÎTRISÉE
PRÉSENTE DES DANGERS 1
I. LA CONCURRENCE FISCALE EST SUSCEPTIBLE D'ENGENDRER UNE
DYNAMIQUE DE " MOINS-DISANT " FISCAL MAIS LA COOPÉRATION
EST DIFFICILE À METTRE EN OEUVRE 1
A. CONCURRENCE FISCALE ET MOBILITÉ PARFAITE DU CAPITAL
PHYSIQUE : UN MODÈLE DE CONCURRENCE SUR LES TAUX D'IMPOSITION
1
B. ÉQUILIBRE FISCAL ET COOPÉRATION : LA COOPÉRATION EST NON
SEULEMENT DIFFICILE À METTRE EN OEUVRE MAIS ELLE PEUT NE PAS ÊTRE
SOUHAITABLE 1
C. LA CONCURRENCE FISCALE CONSTITUE UNE CONTRAINTE SUPPLÉMENTAIRE
POUR LES ETATS ENDETTÉS 1
II. LA CONCURRENCE FISCALE AFFECTE L'ÉQUITÉ HORIZONTALE ET
VERTICALE DES SYSTÈMES DE PRÉLÈVEMENT 1
A. LA CONCURRENCE FISCALE FAIT PESER UNE CHARGE FISCALE EXCESSIVE
SUR LES BASES LES MOINS MOBILES 1
B. LA CONCURRENCE FISCALE PEUT CONDUIRE À TERME À REMETTRE EN
QUESTION LE PRINCIPE DE NON AFFECTATION DE L'IMPÔT 1
III. CONCURRENCE FISCALE ET POLITIQUE DE REDISTRIBUTION
1
A. POLITIQUE FISCALE ET MIGRATION 1
B. POLITIQUE DE REDISTRIBUTION ET MOBILITÉ DES INDIVIDUS 1
ANNEXE 1 : LE MODÈLE STANDARD DE CONCURRENCE FISCALE
1
ANNEXE 2 : MOBILITÉ DE LA BASE IMPOSABLE ET EXTERNALITÉS
FISCALES 1
ANNEXE 3 : L'ÉQUILIBRE DE NASH FISCAL 1
ANNEXE 4 : INCIDENCE D'UNE POLITIQUE DE REDISTRIBUTION
QUAND LES TRAVAILLEURS QUALIFIÉS ET NON QUALIFIÉS SONT MOBILES
1
GLOSSAIRE 1
CHAPITRE II L'IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS : DES "ÉCARTS NON
NÉGLIGEABLES" 1
I. LE POIDS DE L'IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS DANS LES PAYS DE
L'UNION EUROPÉENNE 1
II. UNE MESURE DES ÉCARTS DE FISCALITÉ : LE COÛT DU CAPITAL
1
A. LES LÉGISLATIONS NATIONALES ET INTERNATIONALES 1
B. LE COÛT DU CAPITAL ASSOCIÉ AUX INVESTISSEMENTS INTÉRIEURS ET
TRANSNATIONAUX EN EUROPE : DES ÉCARTS NON NÉGLIGEABLES 1
III. RÉGIMES DÉROGATOIRES ET COMPORTEMENTS D'OPTIMISATION
1
IV. FISCALITÉ ET COMPORTEMENTS DE DÉLOCALISATION 1
V. L'ÉVALUATION DES PROPOSITIONS DE LA COMMISSION 1
ANNEXE II.1 LE CALCUL DU COÛT DU CAPITAL DES INVESTISSEMENTS
DIRECTS EN EUROPE 1
ANNEXE II.2. LES SYSTÈMES D'IMPOSITIONS DES REVENUS
INTERNATIONAUX DES PAYS MEMBRES DE L'UNION MONÉTAIRE 1
ANNEXE II.3. LES DIRECTIVES ADOPTÉES PAR LA COMMISSION ET LES
RECOMMANDATIONS DU RAPPORT RUDING 1
ANNEXE II.4. LES PERSPECTIVES EN MATIÈRE D'HARMONISATION : LES
TRAVAUX EN COURS 1
CHAPITRE III COTISATIONS SOCIALES ET COÛT DU TRAVAIL EN
EUROPE 1
I. LE POIDS DES COTISATIONS SOCIALES DANS LES PAYS DE L'UNION
EUROPÉENNE 1
II. LE FINANCEMENT DES PRESTATIONS SOCIALES SELON LES
DIFFÉRENTS RISQUES 1
III. TAUX MOYENS DE COTISATIONS SOCIALES : UNE TRÈS GRANDE
DIVERSITÉ 1
IV. COTISATIONS SOCIALES, COÛT DU TRAVAIL ET EMPLOI 1
V. L'IMPACT MACROÉCONOMIQUE D'UNE RÉDUCTION CONCERTÉE DES
COTISATIONS EMPLOYEURS 1
VI. CONCLUSION 1
CHAPITRE IV : IMPÔT SUR LE REVENU ET FISCALITÉ SUR LES
REVENUS DE PLACEMENT 1
I. LE POIDS DE L'IMPÔT SUR LE REVENU ET SES CARACTÉRISTIQUES
DANS LES PAYS DE L'UNION EUROPÉENNE 1
A. DÉTERMINATION DE LA BASE IMPOSABLE 1
B. LES ALLÉGEMENTS D'IMPÔT 1
C. BARÈMES D'IMPOSITION AU TITRE DE L'IMPÔT SUR LE REVENU 1
D. LA PRISE EN COMPTE DES CHARGES DE FAMILLE DANS LE CALCUL DE
L'IMPÔT 1
II. COMPARAISON DE LA PRESSION FISCALE ET SOCIALE PESANT SUR
LES REVENUS DU TRAVAIL DES MÉNAGES DANS LES PAYS DE L'UNION
EUROPÉENNE 1
A. PRESSION FISCALE ET SOCIALE PESANT SUR LES REVENUS DU TRAVAIL
1
B. LA SITUATION DU SALARIÉ FRANÇAIS PAR RAPPORT AUX SALARIÉS
ALLEMAND, BRITANNIQUE ET NÉERLANDAIS : QUELQUES ÉLÉMENTS DE
COMPARAISON 1
III. L'IMPOSITION DES REVENUS DE L'ÉPARGNE 1
A. UNE GRANDE DIVERSITÉ DES SYSTÈMES D'IMPOSITION DES INTÉRÊTS
VERSÉS AUX RÉSIDENTS 1
B. UNE TENDANCE À DÉTAXER LES INTÉRÊTS VERSÉS AUX NON-RÉSIDENTS
1
C. LES PROPOSITIONS CONCERNANT LA LOCALISATION DE L'ÉPARGNE
FINANCIÈRE 1
ANNEXE 4.1 SITUATION MATRIMONIALE ET IMPÔT SUR LE REVENU
1
ANNEXE 4.2 LA PRISE EN COMPTE DES CHARGES DE FAMILLE 1
CHAPITRE V TVA ET DES DROITS D'ACCISE 1
I. LA TVA 1
II. LES DROITS D'ACCISE DANS L'UNION EUROPÉENNE ET L'OCDE : UNE
ÉTUDE COMPARÉE 1
III. L'IMPACT DES ACCISES SUR LA CONSOMMATION : ESTIMATION DES
ÉLASTICITÉS. 1
A. ESTIMATION DES ÉLASTICITÉS SUR LA BASE DE LA NOMENCLATURE
"ACTIVITÉS ET PRODUITS", NIVEAU 16. 1
B. ESTIMATION DES ÉLASTICITÉS SUR LA BASE DE LA NOMENCLATURE PAR
PRODUITS, NIVEAU 90. 1
IV. DROITS D'ACCISE ET DEPROTECTION EFFECTIVE 1
V. CONCLUSION 1
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1
ANNEXES GENERALES 1
I. ANNEXE I : CONCURRENCE FISCALE ET LOCALISATION DES
ENTREPRISES À UN NIVEAU INFRAÉTATIQUE 1
A. 1. CONCURRENCE FISCALE ET LOCALISATION DES ENTREPRISES À UN
NIVEAU INFRAÉTATIQUE 1
B. CHARGE FISCALE LOCALE : QUELQUES ÉLÉMENTS DE COMPARAISON
AVEC L'ALLEMAGNE, LE ROYAUME-UNI, L'IRLANDE ET LE DANEMARK 1
C. CONCURRENCE FISCALE ET RÉGIONS FRONTALIÈRES 1
D. CONCLUSION 1
EXAMEN EN COMMISSION 1
Cette étude a été réalisée pour la Commission des
Finances du Sénat par une équipe constituée autour du Département
des études de l'Observatoire français des conjonctures économiques
(OFCE), sous la direction de Jacques Le Cacheux, directeur du
département des études de l'OFCE et professeur d'économie à
l'université des Pau et des Pays de l'Adour (UPPA). L'ensemble des
travaux a été coordonné par Réjane Hugounenq (département des
études, OFCE) et Thierry Madiès (maître de conférences à
l'université d'Evry). Ont collaboré aux différents chapitres :
Antoine Bouët (professeur à l'UPPA et directeur du CATT), Claude
Emonnot (maître de conférences à l'UPPA), Danièle Meulders
(professeur à l'université libre de Bruxelles, Dulbéa) et Julie
Etienne (ULB, Dulbéa).
Les auteurs tiennent à remercier le Sénateur Lambert qui, en
qualité de rapporteur général de la commission des finances du
Sénat, a donné l'impulsion à cette étude et a, grâce à des
discussions fructueuses, permis d'en mieux définir la
problématique. Ils remercient également les équipes de la
Commission des Finances et du Service des études du Sénat pour les
conseils prodigués en cours d'étude. Marc Bouche et Laure Pasquier,
stagiaires au département des études de l'OFCE au printemps 1998,
méritent aussi des remerciements, pour l'excellent travail d'amorce
sur le calcul d'indicateurs synthétiques pour l'impôt sur les
sociétés.
Les conclusions de cette étude n'engagent ni le Sénat ni
l'OFCE.
A la fin des années quatre-vingt, la réflexion sur la
concurrence fiscale en Europe avait été alimentée par la crainte
que l'achèvement du Marché unique européen, programmé pour le 1er
janvier 1993 en ce qui concerne les biens et services, mais
effectif dès 1990 pour les mouvements de capitaux, produise des
détournements de trafic et des mouvements de facteurs, engendrant
ainsi une pression à la convergence spontanée ou à l'harmonisation
négociée des systèmes fiscaux nationaux des Etats membres. Les
efforts d'harmonisation ont toutefois été modestes et le Marché
unique ne semble pas avoir eu de conséquences majeures sur la
concurrence fiscale, à l'exception de deux domaines : la fiscalité
des placements financiers des ménages, pour laquelle le "
moins-disant " fiscal a été la règle pendant plusieurs années ; et
la fiscalité directe des sociétés, dont les taux statutaires ont
tendu à converger. Avec l'achèvement de l'union monétaire
européenne, les risques de concurrence fiscale en Europe sont à
nouveau perçus comme une menace sur ce qui reste de souveraineté
budgétaire et fiscale des Etats membres. L'introduction de l'euro
apparaît en effet comme une étape décisive dans l'unification du
marché européen, susceptible de renforcer la concurrence et
faciliter la mobilité des entreprises et des capitaux. Ayant aliéné
leur souveraineté monétaire et soumis à une contrainte forte sur le
solde des finances publiques par le Pacte de stabilité et de
croissance, les Etats membres verraient ainsi leurs marges de
manoeuvre se réduire encore davantage si la concurrence fiscale
devait s'exercer librement ; faute de pouvoir dévaluer leur
monnaie, des gouvernements pourraient être tentés de recourir à
l'arme de la concurrence fiscale pour améliorer la compétitivité de
leurs entreprises et l'attractivité de leur territoire. Alors que
certains voient dans cette perspective une contrainte bienvenue,
obligeant les Etats-Léviathans à se restreindre et à se réformer,
d'autres soulignent les dangers d'une concurrence fiscale sans
règles, qui aboutirait à des inefficiences, à une répartition peu
équitable du fardeau des prélèvements obligatoires et à une
contraction excessive des dépenses publiques et de la protection
sociale en Europe.
Dans ce nouveau contexte, les propositions récemment faites par
les instances européennes témoignent d'une volonté de pragmatisme
et tranchent avec l'approche retenue jusqu'au début des années
quatre-vingt-dix, quand la Commission avait pour objectif premier
la création d'un Marché unique européen. A l'époque,
l'harmonisation fiscale visait à supprimer les entraves à la libre
circulation des marchandises et des capitaux et à éliminer - ou du
moins à réduire - les distorsions de concurrence entre Etats
membres. Cela supposait de minimiser les différences entre les
législations fiscales nationales, notamment celles concernant les
taux et le mode de détermination des bases imposables pour les
prélèvements dont l'assiette était la plus mobile. Le rapport
Ruding (1992) qui s'est penché sur l'impôt sur les sociétés est
typique de cette approche et du peu de cas fait au processus même
de coordination. De même, l'échec de la mise en place du régime
définitif de TVA a mis en lumière l'attachement des Etats membres à
leur souveraineté budgétaire et fiscale et la nécessité de composer
avec les Etats les plus réfractaires. La Commission européenne
insiste aujourd'hui sur le caractère contre-productif (ou "
dommageable " pour reprendre l'expression désormais consacrée)
d'une concurrence fiscale non maîtrisée. Ainsi, l'accent est mis
davantage sur le risque que constitue la concurrence fiscale pour
les finances publiques des Etats membres que sur les avantages à
attendre, en termes d'efficacité, d'un Marché parfaitement
unifié.
Cette introduction n'a pour ambition que de présenter brièvement
un état des lieux des systèmes fiscaux dans les pays de l'Union
européenne (UE), de résumer les principales conclusions de l'étude
et d'esquisser quelques pistes de réflexion concernant
essentiellement certains éléments de la fiscalité directe et des
systèmes de protection sociale. La première partie présente les
caractéristiques globales des prélèvements obligatoires. La
question de la localisation des entreprises et des activités
productives, et des conséquences éventuelles des écarts de
fiscalité sur ces décisions, est abordée dans la deuxième partie,
tandis que la troisième évoque les prélèvements sur les revenus des
personnes. La quatrième partie rappelle les modestes progrès
accomplis en matière d'harmonisation des fiscalités indirectes. La
cinquième partie précise la nature du jeu non coopératif de la
concurrence fiscale. Quelques éléments de conclusion sont présentés
dans la sixième partie, tandis que la septième résume le contenu
des cinq chapitres de l'étude.
La manière la plus commune de comparer les fiscalités nationales est de s'appuyer sur les indicateurs globaux que sont la pression fiscale et la structure des prélèvements obligatoires. Ces indicateurs commodes sont cependant doublement trompeurs : d'une part, en effet, ils sont sensibles au degré de socialisation de certaines consommations importantes, telles que la santé, l'éducation, etc., et aux techniques de financement de certaines politiques, telles que la politique familiale, la politique du logement, etc. -incitations fiscales (type quotient familial) ou prestations (type allocations familiales)- ; d'autre part, ils ne renseignent guère sur les incitations pesant sur les choix des différentes catégories de contribuables, qui ne dépendent pas des taux moyens apparents de prélèvement, mais des taux marginaux effectifs, a priori sans rapport avec les précédents.
A. LES TAUX DE PRESSION FISCALE GLOBALE
Les graphiques 1 a, b et c montrent que le taux de pression fiscale globale -ratio du total des recettes de prélèvements obligatoires au PIB- a connu une hausse tendancielle dans tous les pays de l'UE depuis plusieurs décennies. Toutefois, les dernières années ont enregistré une certaine stabilisation dans la plupart des pays, interrompue par la récession du début des années quatre-vingt-dix et la nécessité, en Europe, de respecter les critères de finances publiques du traité de Maastricht. Au regard de cet indicateur, la France se situe un peu au dessus de la moyenne des pays membres de l'UE ; la stabilisation du taux de pression fiscale globale y est moins nette.
1a. Evolution des taux de pression fiscale dans les
pays de l'UE

Source : OCDE, Statistiques des recettes
fiscales, 1997.
1b. Evolution des taux de pression fiscale dans les pays de
l'UE

Source : OCDE, Statistiques des recettes
fiscales, 1997.
1c. Evolution des taux de pression fiscale dans les pays de
l'UE

Source : OCDE, Statistiques des recettes
fiscales, 1997.
B. LA STRUCTURE DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES
La comparaison des structures nationales de prélèvements obligatoires selon la nature des prélèvements - classification quelque peu arbitraire et ne reflétant pas nécessairement l'incidence économique des prélèvements - fait ressortir la grande hétérogénéïté des pays européens en matière de fiscalité (graphique 2). La France apparaît singulière, notamment dans la faible part des recettes de l'impôt direct sur les revenus des personnes et dans l'importance des prélèvements sur les salaires (cotisations sociales). Cette singularité doit cependant être relativisée, dans la mesure où les cotisations sociales salariés s'apparentent à un prélèvement à la source sur les revenus - du seul travail, il est vrai. En outre, la montée en puissance de la Contribution sociale généralisée (CSG), dont l'assiette est beaucoup plus large que celle des cotisations sociales qu'elle a remplacées -- notamment au début de 1998 -- atténue sensiblement la singularité française : le système fiscal français apparaît aujourd'hui plus proche de celui des pays partenaires, avec un double prélèvement sur les revenus des personnes -- un prélèvement proportionnel, à la source, à taux modéré sur presque tous les revenus (CSG+RDS), et un prélèvement fortement progressif sur les revenus moyens et élevés (l'impôt sur le revenu des personnes, payé par environ la moitié des foyers fiscaux), dont les taux marginaux les plus élevés sont aujourd'hui parmi les plus hauts d'Europe.
2. Structures des prélèvements obligatoires en
1996
En % des recettes fiscales et totales

Source : OCDE, Statistiques des recettes
publiques, 1997.
Le chapitre 1 présente une synthèse des différentes analyses théoriques existantes sur la concurrence fiscale et ses conséquences. L'union monétaire devant engendrer une plus grande mobilité des biens et services, des capitaux, des entreprises et, peut-être, des personnes, au sein de l'espace européen, l'application de tels raisonnements au contexte européen peut être fondée sur deux ordres de considérations : celles qui ressortent de l'analyse de la concurrence fiscale entre collectivités territoriales au sein des espaces monétairement intégrés (Etats unitaires ou fédérations) ; et celles qui relèvent des mécanismes macroéconomiques de la concurrence entre Etats nationaux au sein d'une zone économiquement intégrée.
A. QUELQUES ENSEIGNEMENTS DE LA CONCURRENCE ENTRE COLLECTIVITÉS LOCALES
Relativement peu nombreuses en France, les analyses, théoriques et empiriques, de la concurrence fiscale entre collectivités locales abondent, au contraire, dans les fédérations existantes et singulièrement aux Etats-Unis et au Canada. Concernant la fiscalité directe des personnes, les consommations collectives et la protection sociale, il en ressort que la mobilité individuelle aboutit à une ségrégation géographique selon le revenu qui, en l'absence de péréquation fiscale, risque de creuser de manière cumulative les inégalités de potentiel fiscal entre collectivités. Concernant la fiscalité sur les entreprises, et bien que les travaux empiriques existants ne mettent pas clairement en évidence un effet des écarts de fiscalité sur les choix de localisation des activités, la concurrence fiscale -- au sens large, incluant les subventions et autres facilités consenties aux entreprises, notamment dans les cas de nouvelles implantations -- entre collectivités locales semble avérée. Elle engendre, comme pour les prélèvements sur les ménages, des phénomènes de concentration spatiale des activités et un renforcement cumulatif des inégalités de potentiel fiscal ; mais elle est, en outre, à l'origine de gains d'aubaine pour les entreprises nouvellement installées et d'un surcroît de charges fiscales pesant sur les assiettes les moins mobiles.
B. UN JEU NON COOPÉRATIF ENTRE ETATS MEMBRES DE L'UNION EUROPÉENNE
Dans le contexte de l'union monétaire européenne, les règles institutionnelles et les incitations qui pèsent sur les choix des gouvernements nationaux sont sans doute de nature à engendrer des comportements opportunistes et non coopératifs, que la situation de chômage massif et persistant risque de rendre plus attrayant encore si la concurrence se renforce sur les marchés des biens et services et les marchés financiers et si la mobilité des entreprises s'en trouve accrue. En effet, avec l'adoption de la monnaie unique, les gouvernements nationaux perdent le contrôle de la politique monétaire -- déjà, il est vrai, entre les mains de banques centrales indépendantes, mais nationales -- et de la politique de change, qui leur ont jusqu'à présent permis, au sein du Système monétaire européen (SME), de se livrer à des pratiques non coopératives visant à accroître la compétitivité de l'économie nationale par rapport à celles des partenaires : alors que les dévaluations compétitives et la " désinflation compétitive " apparaissaient ainsi comme les deux modalités possibles d'un même jeu non coopératif dans le SME, la concurrence fiscale par l'abaissement des charges sur les entreprises et sur les coûts de production a des effets similaires sur la compétitivité et devient donc, dans l'union monétaire, une arme d'autant plus attrayante que l'unification monétaire en renforcera les conséquences en termes de répartition spatiale des activités et des emplois. En outre, la contrainte que fait peser le Pacte de stabilité et de croissance sur les politiques budgétaires nationales, qui restent le seul instrument de politique macroéconomique entre les mains des gouvernements, pourrait rendre les perspectives de la concurrence fiscale plus séduisantes encore, dans la mesure où une relance par allégement de la fiscalité stimulerait davantage la croissance de l'assiette des prélèvements qu'une hausse des dépenses publiques, engendrant ainsi un moindre creusement du déficit public, mais aux dépens des partenaires.
D'une importance potentielle considérable pour les décisions de localisations des entreprises, la fiscalité des sociétés n'a pas non plus fait l'objet d'une harmonisation négociée dans l'UE, en dépit des propositions avancées par la Commission (Rapport Ruding, 1992). La concurrence fiscale qui s'est développée en Europe -- et plus largement au sein de l'OCDE -- a abouti à une certaine convergence des taux statutaires d'imposition des bénéfices des sociétés, à la baisse dans la plupart des pays (tableau 1). Toutefois, en raison du maintien de règles très disparates en matière de détermination de l'assiette, les taux marginaux effectifs d'imposition des bénéfices des sociétés résidentes dans les différents Etats membres continuent d'afficher d'importants écarts. En outre, des différences de traitement fiscal demeurent entre sociétés résidentes et sociétés étrangères, et entre les différentes activités des établissements des sociétés multinationales : bien que le traitement fiscal des différents types d'investissements directs étrangers fasse le plus souvent l'objet d'accords bilatéraux, voire d'arrangements ad hoc négociés au cas par cas, qui rendent les évaluations pratiquement impossibles, on peut penser que la concurrence fiscale qui s`exerce pour attirer certains types d'activités -- sièges sociaux, centres de coordination -- est forte en Europe.
1. Evolution des taux nominaux d'imposition des sociétés (1990-1998)
|
1990 |
1991 |
1993 |
1994 |
1998 |
|
|
Allemagne (1) |
50/ 36 |
50 / 36 |
50 / 36 |
45 / 30 |
45 / 30 (2) |
|
Belgique |
43 |
39 |
39 |
39 |
39(3) |
|
Danemark |
40 |
38 |
38 |
34 |
34 |
|
Espagne |
35 |
35 |
35 |
35 |
35 |
|
France (1) |
37/42 |
34 / 42 |
34 |
33,3 |
36.2/3 (4) |
|
Irlande |
43 |
43 |
40 |
40 |
32 |
|
Italie (1) |
36 |
36 |
36 |
36 |
37 |
|
Luxembourg |
34 |
33,33 |
33,33 |
33,33 |
30 |
|
Pays-Bas |
35 |
35 |
35 |
35 |
35 |
|
Portugal |
36,5 |
36 |
36 |
36 |
34 |
|
Royaume-Uni |
35 |
34 |
33 |
33 |
31 |
Source : A tax guide to Europe 1994, édition
Arthur Andersen, Les impôts en Europe 1997 Eura Audit, European Tax
Handbook, IBFD publication 1998.
(1) Le premier taux indique le taux d'imposition sur les bénéfices
réinvestis (non distribués) et le second le taux d'imposition sur
les bénéfices distribués.
(2) Une surcharge de 5,5% est appliquée à ce taux.
(3) Une surcharge de 3% est appliquée à ce taux.
(4) Le taux normal est de 33,3 mais supporte une surcharge de 10%
ou 25% selon les cas.
L'impôt sur les sociétés repose sur le résultat des
entreprises et de ce fait, affecte le rendement des
investissements. Les entreprises sont généralement imposées dans le
pays dans lequel elles s'installent et sont donc incitées, si elles
le peuvent et toutes choses égales par ailleurs, à se localiser
dans les Etats à faible fiscalité. Dans ce cas, le choix d'un lieu
d'implantation repose sur la comparaison du taux de rendement
qu'obtiendrait une entreprise pour un investissement donné dans
chaque Etat membre. Cela suppose l'analyse comparative des systèmes
fiscaux nationaux. Les entreprises peuvent aussi investir dans un
Etat membre à travers une filiale. Il faut alors tenir compte, non
seulement du régime fiscal du pays de résidence de la société mère,
mais aussi celui du pays d'implantation de la filiale et de
l'interaction entre les deux.
En l'état actuel des choses, l'hétérogénéité des systèmes de
taxation des bénéfices est grande entre les pays de l'Union
européenne. La charge fiscale due à l'IS pesant sur les entreprises
dépend non seulement des taux de prélèvement faciaux, mais aussi de
la définition de l'assiette du prélèvement qui est le plus souvent
très différente d'un pays à l'autre. Pour ce qui est du barème
d'imposition, les taux nominaux varient de 28% pour la Finlande et
la Suède à plus de 40% pour l'Allemagne, la Belgique et la France.
Parmi l'ensemble des pays, seule l'Allemagne taxe différemment les
bénéfices réinvestis et les bénéfices distribués. Enfin dans
certains cas, comme l'Irlande, le Luxembourg ou le Royaume-Uni, le
taux d'imposition dépend du montant du bénéfice imposable. La
détermination de la base imposable varie elle aussi en fonction des
pays. Par exemple, si des provisions pour la hausse des prix sont
autorisées en France, elles ne le sont pas en Allemagne. En
revanche, tous les pays autorisent la déductibilité des intérêts
sur les emprunts et l'amortissement des actifs, mais les méthodes
utilisées varient selon les pays et selon le type d'actifs. Par
exemple, en France, seul un nombre limité d'éléments incorporels
sont amortissables, alors qu'ils le sont tous dans d'autres Etats
membres.
Pour effectuer des comparaisons internationales pertinentes, il
faut tenir donc compte de l'ensemble de ces aspects des codes
fiscaux nationaux et construire des indicateurs fiscaux
synthétiques. Dans le chapitre 2, nous proposons, en nous appuyant
sur une méthode développée dans la littérature économique consacrée
aux choix d'investissement des entreprises, des comparaisons
européennes fondées sur un tel indicateur synthétique, le taux de
rendement avant impôt sur les sociétés3(*) que doit procurer à l'investisseur un
investissement marginal effectué dans chacun des pays membres pour
rapporter in fine un taux de rendement net de 5%. Autrement dit,
plus la charge fiscale pesant sur les entreprises est forte, plus
le taux de rendement avant impôt de l'investissement devra être
élevé pour assurer à l'investisseur un taux de rendement après IS
de 5%. Les pays pour lesquels le taux de rendement avant impôt est
le plus faible sont a priori ceux vers lesquels les entreprises
devraient se diriger. Ce taux tient compte de la multiplicité des
paramètres fiscaux nationaux mais repose sur des hypothèses fortes
quant à la nature de l'investissement (composition en actifs et
mode de financement utilisé). Les écarts du taux de rendement selon
les pays ne sont pas négligeables ; ils reflètent l'importante
hétérogénéité des systèmes d'imposition des sociétés en Europe,
constituant ainsi une mesure des incitations potentielles à la
délocalisation.
La question des choix de localisation se pose avec une acuité
particulière pour les sociétés transnationales, ayant des
établissements -filiales ou succursales- dans plusieurs pays
européens. En effet, et en faisant abstraction des impôts que les
actionnaires doivent acquitter sur les dividendes perçus, au titre
de l'impôt sur le revenu des personnes, une société transnationale
peut subir des prélèvements à trois niveaux : les bénéfices peuvent
être imposés à l'impôt sur les sociétés au niveau de la filiale
dans le pays où ils sont produits ; ils font éventuellement l'objet
d'un prélèvement à la source lors de leur distribution à la société
mère ; enfin, les bénéfices au moment de leur distribution peuvent
être imposés à l'impôt sur les sociétés au niveau de la société
mère.
Nous présentons donc également, dans le chapitre 2, les taux de
rendement avant impôt pour des investissements transnationaux
effectués dans quatorze des quinze pays membres par une société
multinationale. Tout comme dans le cas des investissements
intérieurs, les écarts de taux de rendement ne sont pas
négligeables et l'on constate que dans tous les Etats membres, les
investissements étrangers et nationaux, d'une part, et les
investissements réalisés à l'étranger par une société résidente et
les investissements intérieurs, d'autre part, ne sont pas soumis à
la même pression fiscale. Autrement dit, actuellement, une
multinationale française sera imposée différemment selon l'Etat
dans lequel elle investit. De même, les investissements étrangers
réalisés sur le sol français ne subissent pas la même pression
fiscale que les investissements français. Ni le principe de
neutralité à l'importation des capitaux, ni celui de la neutralité
à l'exportation des capitaux ne sont respectés4(*). Ces conclusions sont encore renforcées si l'on
considère d'une part, les régimes préférentiels accordés par
certains Etats membres à de grandes entreprises et d'autre part,
que les comportements d'arbitrage pour la localisation des
investissements ne sont pas les seuls effets potentiels des
différentiels de fiscalité. Les grandes entreprises sont en effet
capables d'exploiter ces différences en minimisant leurs impôts par
l'emploi de diverses techniques : manipulation des prix de
transferts à l'occasion de transactions effectuées entre des
établissements ou des filiales situées dans des pays différents ;
utilisation des formes alternatives de revenus que sont les
royalties et les redevances etc..
On peut donc conclure qu'actuellement -- et en dépit des
directives de la Commission européenne -- les différentiels
d'imposition pesant sur les entreprises sont importants dans l'UE.
Cette situation, que ce soit pour les investissements intérieurs ou
transnationaux, ne constitue toutefois pas une condition suffisante
de la délocalisation des entreprises. L'incidence d'un différentiel
positif de taux de rendement entre deux pays dépend du degré de
mobilité du capital physique et de l'importance du facteur fiscal
dans le choix de localisation des entreprises. Or celui-ci n'est
pas le seul critère pris en compte. D'autres facteurs interviennent
comme par exemple la volonté de pénétrer certains marchés ou encore
les coûts salariaux. Cependant, la prudence est de rigueur en la
matière. Les analyses, théoriques et empiriques, de la concurrence
fiscale entre collectivités locales qui abondent dans les
fédérations existantes et singulièrement aux Etats-Unis et au
Canada, apportent des éclairages quant aux effets potentiels de la
concurrence fiscale et notamment dans le domaine de la fiscalité
des entreprises. Bien que les travaux empiriques existants ne
mettent pas clairement en évidence un effet des écarts de fiscalité
sur les choix de localisation des activités, la concurrence fiscale
-- au sens large, incluant les subventions et autres facilités
consenties aux entreprises, notamment dans les cas de nouvelles
implantations -- entre collectivités locales semble avérée. Elle
engendre, comme pour les prélèvements sur les ménages, des
phénomènes de concentration spatiale des activités et un
renforcement cumulatif des inégalités de potentiel fiscal ; mais
elle est, en outre, à l'origine de gains d'aubaine pour les
entreprises nouvellement installées et d'un surcroît de charges
fiscales pesant sur les assiettes les moins mobiles. Les effets
obtenus au niveau local pourraient bien se reproduire au niveau
européen.
Les propositions de la Commission ne visent actuellement plus
l'harmonisation, mais la lutte contre la concurrence fiscale
dommageable. Ainsi a-t-elle mis au point, en accord avec les Etats
membres, un " code de bonne conduite " visant à éliminer l'ensemble
des régimes préférentiels dont l'objectif est d'attirer les
entreprises étrangères. Aussi, l'Irlande serait en train d'éliminer
le taux préférentiel de 10% accordé aux entreprises étrangères et
de le remplacer par un taux de 12,5% pour l'ensemble des
entreprises sur son territoire. En revanche, les propositions d'un
taux minimum pour les entreprises et d'un rapprochement de
l'ensemble des dispositions applicables aux sociétés sont
abandonnées. Pour le Commissaire européen au Marché intérieur Mario
Monti5(*), des taux de prélèvements
obligatoires différents reflétant des choix nationaux de poids des
services publics ne sont pas contradictoires avec les exigences
d'un marché unique harmonieux. La concurrence fiscale qui
résulterait par exemple, d'une diminution des taux permise par une
gestion rigoureuse des finances publiques relève de la concurrence
saine.
Ces prises de positions minimales ne peuvent s'expliquer que par
la contrainte que constitue pour l'avancée de l'harmonisation le
processus de décision à l'unanimité. Il est clair que la
suppression des régimes préférentiels est souhaitable, mais la
frontière qui sépare ces régimes du droit commun n'est pas toujours
claire. De fait la distinction entre la concurrence fiscale
dommageable et saine concurrence semble ténue.
Les autres éléments de la fiscalité pesant sur les entreprises
-notamment les taxes locales et les charges sur les salaires- n'ont
pas été harmonisés et demeurent très hétérogènes. La pression
concurrentielle semble, cependant, inciter les gouvernements des
Etats membres à alléger ces prélèvements pour réduire leur
incidence sur les coûts de production ou sur le seul coût de la
main-d'oeuvre. Ainsi, en France, plusieurs allégements de charges
patronales sur les salaires ont été mis en oeuvre au cours des
années récentes (cf. infra). De même, la réforme de la taxe
professionnelle amorcée dans le projet de loi de finances pour 1999
-suppression progressive de la part salariale de l'assiette- va
dans le sens d'une réduction du coût de la main-d'oeuvre.
Toutefois, malgré leur poids non négligeable dans l'ensemble des
charges des entreprises, ces éléments de la fiscalité pesant sur
les entreprises ne peuvent faire l'objet d'une comparaison
européenne chiffrée précise, en raison même de la grande diversité
des situations locales.
Bien que la mobilité des personnes au sein de l'espace européen soit, en pratique, relativement faible, la concurrence fiscale a déjà des conséquences en matière de fiscalité des revenus de personnes, que le renforcement de l'intégration pourrait encore accentuer. Au nom de la subsidiarité, ni la fiscalité directe des personnes, ni les prélèvements obligatoires destinés à financer les systèmes nationaux de protection sociale n'ont fait l'objet de la moindre harmonisation négociée. Pourtant, les prélèvements directs sur les revenus des personnes pourraient, à l'avenir, subir des pressions fortes qui sont susceptibles de remettre en cause les principes d'équité -- horizontale et verticale -- qui fondent ces systèmes et l'ampleur de la protection sociale qui caractérise les Etats européens.
A. LE FINANCEMENT DE LA PROTECTION SOCIALE
Généralement très développée dans tous les pays de l'UE,
bien qu'assurée selon des modalités très diverses, la protection
sociale est financée dans des proportions très variables par des
cotisations sociales et des impôts. En France, où les prélèvements
sur les revenus d'activité -- cotisations sociales employeurs et
salariés -- pourvoyaient traditionnellement de manière
prépondérante au financement des différentes branches de la
Sécurité sociale, les évolutions récentes ont sensiblement modifié
la répartition entre les types de financement, avec la montée en
puissance de la CSG et sa substitution progressive à certaine
cotisations sociales, et avec la prise en charge par le budget
général de l'Etat des baisses de cotisations sociales consenties
sur les bas salaires.
Dans tous les pays européens, les pressions qui s'exercent sur la
protection sociale et son financement sont comparables : la
tendance au vieillissement démographique, inégale selon les pays
mais partout présente, menace l'équilibre des régimes de retraite
par répartition et alourdit les charges des assurances maladie ; le
chômage réduit le nombre de cotisants aux différentes caisses et
engendre d'importantes dépenses de transferts, soit d'allocations
chômage -dont la durée et les montants ont été généralement amputés
au cours des dernières années-, soit d'autres revenus de
substitution (préretraites, RMI, notamment) ; enfin la faible
croissance économique de la présente décennie et la baisse, partout
sensible depuis le début des années quatre-vingt, de la part des
salaires dans le revenu national -au bénéfice des revenus de la
propriété et de l'entreprise- ont pesé sur les recettes de
cotisations sociales.
Indépendamment du niveau et du contenu précis de la protection
sociale, la question de son financement pose un problème dont
l'analyse est complexe et donne lieu à des conclusions assez
discordantes. En effet, l'analyse économique incite à conclure que,
dans un marché du travail fonctionnant sans rigidités, l'ensemble
des cotisations sociales, employeurs et salariés, pèse, en dernier
ressort, sur le salarié, de sorte qu'à long terme, ni leur niveau,
ni leur répartition entre employeurs et salariés ne devraient avoir
d'incidence sur le coût de la main-d'oeuvre supporté par
l'employeur. Il en va de même si l'on suppose que la régulation du
marché du travail s'opère par l'intermédiaire d'une courbe de
Phillips, l'ajustement à une augmentation des cotisations
s'effectuant alors par le biais d'une montée temporaire du chômage,
qui exerce une pression à la baisse sur les salaires nets. Les
données présentées dans le chapitre 3 montrent effectivement qu'en
moyenne, il n'y a pas de corrélation entre le poids des cotisations
sociales et le coût unitaire moyen de la main-d'oeuvre dans les
différents pays européens, en dépit de la très grande diversité des
modalités de financement de la protection sociale.
Au-delà de ces considérations moyennes, de nombreuses études
récentes, en France notamment, concluent à une incidence importante
des cotisations sociales, patronales en particulier, sur le coût de
la main-d'oeuvre peu qualifiée, en raison notamment de l'existence
de contraintes légales sur le salaire minimum. Réduire le coût de
la main-d'oeuvre, notamment la moins qualifiée, afin d'inciter les
entreprises à embaucher, est devenu, au cours des années récentes,
l'une des modalités privilégiées de la politique de l'emploi dans
la plupart des pays européens, conduisant parfois à des pratiques
qualifiées de " dumping social ". Dans le même temps, la volonté
d'augmenter les salaires directs, voire les salaires nets, de
certaines catégories de personnels -les cadres, en particulier- a
incité certains gouvernements européens à alléger les prélèvements
fiscaux et sociaux sur leurs revenus d'activité. De telles mesures
ne peuvent déboucher que sur l'une ou l'autre des deux évolutions
suivantes : soit une réduction des dépenses de protection sociale,
soit une augmentation compensatoire de la fiscalité générale. Les
chapitres 3 et 4 de la présente étude dressent un état des lieux de
ces prélèvements et de l'interaction entre fiscalité directe sur
les revenus d'activité et prélèvements sociaux dans les principaux
pays européens. Ils montrent qu'en dépit de la grande diversité des
situations, les tensions qu'engendrent ces prélèvements sont, pour
l'heure, limitées.
B. PROBLÈMES D'ÉQUITÉ HORIZONTALE DANS LA FISCALITÉ DIRECTE DES MÉNAGES
La fiscalité directe sur les revenus des personnes
relevant, dans tous les pays européens, du principe de résidence
-imposition dans le pays de résidence de la personne, quelle que
soit l'origine géographique de ses revenus -la faible mobilité des
individus devrait limiter les problèmes de concurrence fiscale sur
ce type de prélèvements. Cependant, certaines sources de revenus
-notamment les placements financiers- sont particulièrement
mobiles, et l'unification monétaire devrait encore accroître
l'intégration financière. En raison des difficultés de coordination
des autorités fiscales des différents pays membres et des
importantes différences existantes en matière de secret bancaire,
les revenus des placements financiers à l'étranger peuvent donner
lieu à évasion fiscale. C'est donc sur ce type de revenus que,
faute d'harmonisation négociée, la concurrence fiscale s'est
exercée avec la plus grande vigueur, depuis la libéralisation
complète des mouvements de capitaux. Elle a, dans un premier temps,
engendré une tendance générale à l'allégement de la pression
fiscale sur ce type de revenus, qui a toutefois été partiellement
corrigée au cours des années récentes sans grandes conséquences
apparentes sur les flux de placements (chapitre 4).
Un tel allégement de la fiscalité directe sur les revenus de
placements pose, à l'évidence, un problème d'équité horizontale,
dans la mesure où des revenus d'un même montant mais de nature
différente supportent des prélèvements différents. Parce que les
patrimoines financiers sont relativement plus concentrés que les
revenus, l'équité verticale est également mise à mal.
Le risque de voir s'accentuer la concurrence entre institutions
financières au sein de l'union monétaire a incité récemment la
Commission européenne à proposer à nouveau une retenue à la source
non libératoire sur les revenus d'intérêt, qui constituerait donc
une borne inférieure à l'imposition de tels revenus et limiterait
ainsi la concurrence fiscale. Une telle solution présente cependant
des faiblesses évidentes dans un environnement financier libéralisé
à l'égard de l'ensemble du monde, et non des seuls pays membres de
l'UE.
C. VERS UN NOMADISME FISCALO-SOCIAL ?
Un éventuel accroissement de la mobilité des personnes au sein de l'espace européen risquerait dès lors d'engendrer, par le jeu de la concurrence entre des systèmes fiscalo-sociaux nationaux caractérisés par des dosages variables d'universalité -dans les prestations sociales (revenu minimum, assurance maladie, allocations diverses) et dans l'accès aux consommations collectives (éducation, etc.) et de contributivité (pour la retraite notamment) -deux types de mouvements migratoires : d'une part, les personnes sans ressources pourraient être tentées d'établir leur résidence dans les pays où les prestations à caractère universel dont les plus généreuses, tandis que les personnes à revenus élevés s'établiraient -comme on l'observe déjà depuis longtemps- dans les pays leur offrant les meilleures conditions en termes de prélèvements directs sur les revenus ; d'autre part, dans la mesure où la redistribution qu'opèrent les systèmes fiscalo-sociaux et de dépenses publiques ne s'effectue pas seulement entre les individus appartenant à différentes classes de revenus, mais pour chacun d'eux sur l'ensemble de leur cycle de vie, les individus les plus mobiles pourraient être tentés par le " nomadisme fiscalo-social ", changeant de résidence selon les coûts et bénéfices offerts par chacun des systèmes nationaux aux différentes étapes de la vie. De telles évolutions remettraient inévitablement en cause les mécanismes de solidarité financière qui fondent, plus ou moins explicitement, le financement des dépenses publiques et de la protection sociale dans tous les pays de l'Union.
Dès les premières années de la construction européenne, la nécessité de doter tous les pays membres d'instruments de fiscalité indirecte comparables pour éviter les distorsions de concurrence dans le Marché commun a été mise en avant. Elle s'est traduite par l'adoption généralisée du système de TVA, puis par les premières directives d'harmonisation des assiettes dans les années soixante-dix. A la suite de l'Acte unique européen, l'harmonisation des fiscalités indirectes des Etats membres a constitué l'une des priorités de la Commission européenne qui craignait que des différences trop marquées entraînent d'importants détournements de trafics dans les échanges de biens et services. Pourtant, les progrès de l'harmonisation des fiscalités indirectes ont été modestes, sans que cela entraîne, apparemment du moins, de graves distorsions dans un marché européen des biens et services désormais unifié. Le chapitre 5 présente un état des lieux de la fiscalité indirecte en Europe, mettant l'accent sur les droits d'accises et l'évaluation de leur incidence économique.
A. LES RÈGLES COMMUNES
Les négociations d'harmonisation des fiscalités indirectes dans l'UE, à la fin des années quatre-vingt, n'ont abouti qu'à la définition d'un régime " transitoire " pour la TVA, qui détermine des règles communes pour le nombre de taux -- un taux normal et un taux réduit, avec, dans la plupart des pays, un taux " super-réduit " ou taux zéro pour les produits considérés comme devant être aidés --, le classement des produits selon les taux, et fixe des taux planchers -- respectivement 15% et 5%. Cet accord minimal, qui a fait disparaître les taux majorés, permet d'éviter la concurrence fiscale par la baisse des taux tout en laissant aux Etats la liberté de les ajuster à la hausse en cas de besoin, ce qui s'est produit pour la plupart d'entre dans les années quatre-vingt-dix pour faire face à la détérioration des équilibres des finances publiques ou dans le cadre de réformes fiscales nationales réduisant le poids des prélèvements directs pour accroître celui des indirects.
B. L'ÉTAT DES LIEUX
La modeste harmonisation ainsi négociée a engendré une certaine convergence des taux normaux de TVA, qui s'est effectuée à la hausse. La fourchette des taux normaux demeure cependant assez large -- de 15% à 22% au sein de l'Euroland, et jusqu'à 25% si l'on inclut le Danemark et la Suède (tableau 2). En outre, les Etats n'ont pu se mettre d'accord sur le passage au régime " définitif " proposé par la Commission, qui aurait substitué au principe actuel de destination le principe de taxation à l'origine. Dans le régime " transitoire " en vigueur, la distinction demeure entre les ventes sur le territoire national et les exportations intra-communautaires, qui sont, du point fiscal, traitées comme les exportations au reste du monde. Le maintien du principe de destination permet sans doute une plus grande liberté des Etats en matière de taxation des produits, mais constitue une entrave administrative à la libre circulation des biens et services au sein du Marché unique européen, en raison des formalités qu'il implique. Il est, de plus, à l'origine de fraudes dont l'ampleur est difficile à évaluer. Toutefois, l'expérience européenne récente, de même que celle des fédérations existantes, suggère que le maintien d'écarts substantiels de taxation indirecte est viable et n'est pas incompatible avec un degré élevé d'intégration des marchés des biens et services.
2. Evolution des taux de TVA normaux entre 1990 et 1998
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1998 |
|
|
Allemagne |
14 |
14 |
14 |
15 |
15 |
15 |
15 |
16 |
|
Autriche |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
|
Belgique |
19 |
19 |
19,5 |
19,5 |
20,5 |
20,5 |
21 |
21 |
|
Danemark |
22 |
22 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
|
Espagne |
12 |
12 |
13(1)/15(2) |
15 |
15 |
16 |
16 |
16 |
|
France |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
20,6 |
20,6 |
20,6 |
|
Finlande |
- |
- |
- |
- |
22 |
22 |
22 |
22 |
|
Grèce |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
|
Irlande |
23 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
|
Italie |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
20 |
|
Luxembourg |
12 |
12 |
15 |
15 |
15 |
15 |
15 |
15 |
|
Pays-Bas |
18,5 |
18,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
|
Portugal |
17 |
16 |
16 |
16 |
16 |
17 |
17 |
17 |
|
Royaume-Uni |
15 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
|
Suède |
23,46 |
23,46 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
Source : Commission européenne, European
Tax Handbook, IBFD publication 1998.
(1) A partir du 1/01/1992.
(2) A partir du 1/08/1992.
Peu de progrès ont été accomplis en matière d'harmonisation des accises, dont l'importance n'a pourtant cessé de croître au cours des années récentes et qui sont susceptibles d'engendrer des distorsions de concurrence potentiellement beaucoup plus grandes que celles résultant des différences de taux de TVA, en raison de leur non-déductibilité pour les entreprises -notamment en ce qui concerne les taxes sur les produits pétroliers. En outre, la tendance actuelle à la mise en place d'une fiscalité " écologique ", qui pèsera également sur les coûts de production, nécessiterait aussi un effort d'harmonisation, si l'on veut éviter une concurrence fiscale sur ces nouveaux instruments.
Les analyses et évaluations présentées dans cette étude
débouchent sur des conclusions mitigées : l'hétérogénéïté des
systèmes fiscaux en Europe demeure certes considérable ; mais les
manifestations tangibles de la concurrence fiscale sont, à ce jour,
limitées. Elles concernent à l'évidence davantage la fiscalité sur
l'assiette la plus mobile, à savoir le capital, avec d'une part les
prélèvements sur les revenus des placements financiers des ménages,
d'autre part la fiscalité directe sur les bénéfices des sociétés.
Les évaluations présentées plus haut montrent qu'il existe, pour
les entreprises, des incitations non négligeables à la mobilité, du
moins pour certaines activités, certains types d'investissements,
certains modes de financement. Encore convient-il de souligner,
qu'en raison de la complexité des règles de détermination de
l'assiette imposable, les moyennes présentées recouvrent sans doute
une diversité plus grande encore des situations individuelles. En
outre, la multiplicité des circonstances particulières ne permet
pas d'inclure dans ces évaluations la totalité des prélèvements qui
pèsent sur chaque catégorie d'agents économiques. Or la fiscalité
est caractérisée, dans tous les pays européens et singulièrement en
France, par un empilement de prélèvements, avec des règles de
déductibilité différentes selon les cas, notamment en ce qui
concerne la fiscalité locale et les prélèvements sociaux. Pour
chaque agent économique, l'incitation fiscale à la mobilité est, en
principe, la résultante nette de cet empilement de prélèvement, que
l'étude conduite ici par type de prélèvement ne permet pas
d'appréhender complètement. Cependant, une évaluation exhaustive de
l'ampleur effective de cette incitation fiscale à la mobilité se
heurte à deux types d'obstacles : d'une part, la grande diversité
des situations individuelles, notamment en ce qui concerne la
fiscalité locale ; d'autre part, la nécessité, pour évaluer
l'incidence des différents prélèvements, de faire des hypothèses
sur le mode de fonctionnement des différents marchés sur lesquels
opère l'agent considéré, notamment les marchés du travail pour les
prélèvements sur les salaires.
Il est cependant très probable que l'achèvement de l'unification
monétaire en Europe suscite un renforcement de la concurrence
fiscale entre Etat membres. Si elle devait se déployer sans règles
et sans contraintes communes, cette concurrence aboutirait
inéluctablement à une moindre redistributivité des systèmes de
prélèvements obligatoires, à une réduction de la protection sociale
et une paupérisation des secteurs publics nationaux. Pour contrer
de telles évolutions, qui remettraient profondément en cause le "
modèle européen " jusqu'à présent dominant -que l'on pourrait
qualifier, à la suite des Allemands, " d'économie sociale de marché
"-, il convient, au minimum, d'éviter la " concurrence fiscale
dommageable ", en instituant des règles qui encadrent et limitent
les actions des Etats : le " code de bonne conduite " actuellement
négocié en Europe, mais également la politique européenne de la
concurrence et, à une échelle plus large, les négociations
conduites au sein de l'OCDE peuvent sans doute y contribuer. Mais
ces règles minimales risquent de se révéler insuffisantes dans de
nombreux domaines et la dynamique de l'intégration européenne
pourrait alors requérir une nouvelle réflexion sur la manière de
concilier la subsidiarité et la souveraineté fiscale des Etats
membres avec une harmonisation plus poussée de pans entiers des
systèmes nationaux de prélèvements obligatoires, voire avec
l'émergence d'une véritable fiscalité européenne : l'invention,
pragmatique et progressive, d'un modèle européen de " fédéralisme
budgétaire et fiscal ".
L'étude qui suit, réalisée pour la Commission des
finances du Sénat, s'attache à préciser la réalité actuelle de la
concurrence fiscale en Europe et les évolutions probables de
celle-ci dans le nouveau contexte de l'union monétaire. Elle est
centrée sur les prélèvements directs et les droits d'accise,
laissant ainsi de côté la TVA et les impôts sur les revenus de
placements mobiliers des ménages, qui avaient fait l'objet d'une
grande attention lors de l'achèvement du marché intérieur européen
(voir, notamment, la précédente étude réalisée par l'OFCE sur le
thème de l'harmonisation fiscale en Europe, en 1990 : Sterdyniak et
alii, 1991).
Le premier chapitre est consacré à l'analyse théorique de la
concurrence fiscale entre entités gouvernementales dans un espace
économiquement, financièrement et monétairement intégré ;
s'appuyant essentiellement sur les travaux traitant du cas des
gouvernements locaux dans les fédérations, ce chapitre met en
exergue les principales conclusions des analyses théoriques de la
concurrence fiscale. Il conclut à l'existence de nombreuses
inefficiences dans la concurrence fiscale entre gouvernements.
Le deuxième chapitre traite de l'impôt sur les sociétés. Il
présente et met en oeuvre une méthode permettant d'obtenir un
indicateur synthétique des conditions d'imposition du capital
investi dans les entreprises des pays : le taux d'imposition
effectif, qui mesure l'écart entre le taux de rendement brut -avant
impôt- du capital et son taux de rendement net d'impôt sur les
sociétés. Le calcul d'un tel indicateur pour différentes
configurations envisageables de décisions d'investissement
d'entreprises européennes résidant dans l'un des pays membres et
investissant dans le même ou chez l'un des voisins, permet
d'évaluer l'intensité moyenne actuelle de la concurrence fiscale
pour attirer les implantations d'entreprises. Le chapitre conclut à
un degré relativement faible de concurrence fiscale en moyenne ;
mais il souligne également que celle-ci peut être forte sur
certains types d'investissements, et qu'elle est susceptible de
s'intensifier à l'avenir, ce qui pose la question de
l'harmonisation de l'impôt sur les sociétés dans l'Union
européenne.
Le troisième chapitre fait le point sur la question des
cotisations sociales et de leur lien avec le coût de la
main-d'oeuvre. Synthétisant de nombreux travaux existants, il
insiste sur la nécessité de distinguer les cotisations sociales
ouvrant droit à des prestations proportionnelles au salaire
-chômage et retraite, essentiellement-, qui ont un caractère
assurantiel et s'apparentent à un salaire différé, de celles qui
financent des prestations " universelles ", qui s'apparentent à
l'impôt. Les modes de financement de la couverture sociale sont
aujourd'hui en Europe extrêmement divers, et le France apparaît
relativement singulière dans ce domaine. Globalement pourtant, il
en ressort que la hiérarchie des niveaux de coût de main-d'oeuvre
en Europe ne reflète pas celle des taux de cotisations sociales.
Quant à la concurrence fiscale sur ces prélèvements, elle apparaît
actuellement limitée.
Le quatrième chapitre étudie en détail et compare les modalités de
l'imposition directe du revenu des ménages dans les pays de l'Union
européenne. Il met l'accent sur la progressivité des barèmes et sur
les questions de traitement fiscal des couples et des enfants. Là
encore, c'est l'extrême diversité qui frappe. Ce chapitre conclut à
la faiblesse de la concurrence fiscale sur ce type de prélèvement,
sans toutefois nier sa possibilité pour certains segments de la
population des ménages.
Le cinquième chapitre traite de l'imposition indirecte et plus
précisément des droits d'accise. Après avoir présenté la situation
actuelle en Europe et hétérogénéïté qui prévaut en ce domaine, ce
chapitre s'attache à évaluer les conséquences économiques des
droits d'accise, en estimant des élasticités-prix et revenu des
demandes des biens concernés, ainsi que des degrés de déprotection
effective liés à ce type de prélèvement. Il conclut que ceux-ci
sont, généralement faibles pour les consommations privées, mais
potentiellement plus importants pour les biens intermédiaires
taxés.
L'objet de ce chapitre est de présenter les principaux enseignements de l'analyse économique sur les effets de la concurrence fiscale entre Etats ou plus généralement entre collectivités publiques. En effet, sauf à considérer que les gouvernements nationaux ont un comportement prédateur que la concurrence entre Etats pourrait permettre de contenir, il faut bien reconnaître qu'une concurrence fiscale non maîtrisée pose de sérieuses questions eu égard aux objectifs d'équité et de redistribution traditionnellement assignés au système de prélèvement. Il n'en demeure pas moins que la coopération fiscale est difficile à mettre en oeuvre, notamment quand il existe des Etats, souvent de petite taille et très ouverts, dont la fiscalité est particulièrement avantageuse.
La littérature sur la concurrence fiscale entre collectivités locales ou entre Etats pour attirer du capital physique s'est très largement développée dans le cadre du modèle d'incidence de Harberger (1962), et ce, depuis l'article précurseur de Zodrow et Miezskowsky (1986). Dans ces conditions, les mécanismes fondamentaux de la concurrence fiscale peuvent être décrits de façon très simple, moyennant quelques hypothèses simplificatrices. Ainsi, dans un premier temps, on supposera que la concurrence fiscale ne porte que sur les taux de prélèvement et que les règles de détermination de la base imposable sont partout les mêmes. En outre, l'impôt est prélevé dans tous les Etats selon le principe de la source et les investisseurs privés sont supposés parfaitement mobiles entre les différents Etats. Enfin, les revenus du capital sont supposés versés à des actionnaires privés qui ne résident dans aucun des Etats en concurrence et on fait abstraction de la fiscalité des revenus personnels.
A. CONCURRENCE FISCALE ET MOBILITÉ PARFAITE DU CAPITAL PHYSIQUE : UN MODÈLE DE CONCURRENCE SUR LES TAUX D'IMPOSITION
Dans le modèle standard de concurrence fiscale (pour une
présentation formelle du modèle, voir Annexe 1), l'économie
considérée est celle d'une union monétaire, ce qui permet
d'éliminer tout risque de change. On suppose que le capital
physique est mobile à l'échelle de l'union tandis que les
individus, et donc la main-d'oeuvre, sont parfaitement sédentaires.
Le capital et le travail servent à fabriquer un bien privé
composite qui est utilisé, soit sous forme de consommation
intermédiaire pour fabriquer un bien collectif destiné aux seuls
ménages, soit directement sous forme de consommation finale par les
ménages. Autrement dit, le bien-être de ces derniers dépend à la
fois de la consommation de bien privé et de bien collectif.
Chaque gouvernement taxe le capital physique (dont l'assiette est
supposée homogène dans tous les pays) investi sur son territoire
pour financer le bien collectif fourni aux ménages. En revanche, il
n'existe pas d'imposition sur les revenus du travail et le capital
est seulement taxé à la source). Chaque unité de capital physique
est détenue par un actionnaire unique qui l'investit dans le pays
qui lui offre le rendement après impôt le plus élevé possible. Le
capital physique pouvant se déplacer sans supporter de coût
irrécupérable, le retour net sur investissement est le même à
l'équilibre dans tous les pays. Enfin, le volume global d'épargne,
et donc de capital physique, dans la zone est considéré comme
exogène 6(*).
Dans ces conditions, la mobilité spatiale du capital physique
place les Etats en situation de concurrence face aux implantations
économiques. Un Etat qui déciderait d'augmenter unilatéralement son
taux d'impôt verrait baisser le capital industriel investi sur son
territoire pendant que les autres pays bénéficieraient d'un
supplément de base imposable. Dans ces pays, le bien-être des
ménages s'accroîtrait car l'augmentation de la base imposable
constitue une externalité fiscale positive que les gouvernements
peuvent utiliser, soit pour augmenter leurs dépenses publiques à
pression fiscale inchangée, soit pour baisser la pression fiscale
sur les entreprises pour un niveau de dépenses donné, soit enfin
pour faire les deux (pour une définition formelle du concept
d'externalité fiscale, voir Annexe 2).
La concurrence fiscale est généralement modélisée sous la forme
d'un jeu non coopératif entre Etats, chacun d'entre eux souhaitant
attirer le plus de capital physique possible. Le concept de
solution utilisé pour résoudre ce jeu est l'équilibre de Nash (pour
une présentation formelle de l'équilibre de Nash, voir Annexe 3).
On suppose ainsi que chaque gouvernement choisit son taux d'impôt
sur le capital de façon à maximiser l'utilité de l'individu
représentatif en considérant comme donné les taux d'impôt de ses
concurrents.
La théorie microéconomique nous enseigne qu'un gouvernement qui
cherche à satisfaire au mieux les ménages qui résident dans sa
juridiction, doit déterminer la quantité de bien public qu'il offre
(et donc le taux d'impôt qu'il doit prélever sur le capital
physique) de telle façon que l'avantage marginal que retirent les
ménages de la consommation du bien collectif soit précisément égal
à son coût marginal.
Or, les gouvernements ne s'intéressent qu'au seul bien-être des
ménages résidents. Ils vont par conséquent surestimer le coût
marginal de la dépense publique car ils prennent en compte dans
leur calcul non seulement le coût unitaire de production du bien
public (supposé ici égal à un) mais aussi le coût lié au fait
qu'une augmentation du taux d'impôt sur le capital industriel se
traduit par des délocalisations de capital physique. Or celles-ci
sont à l'origine d'une baisse du revenu des ménages résidents
(équation (E.12) de l'Annexe 3) et donc de leur consommation de
bien privé qui n'est pas totalement compensée par la consommation
supplémentaire de bien collectif, celle-ci étant trop faible compte
tenu de la perte de matière imposable et donc de recettes fiscales
subie.
Par conséquent, à l'équilibre, l'avantage marginal retiré par les
ménages d'un franc supplémentaires de dépenses publiques financé
par une augmentation de l'impôt sur le capital physique, est
supérieur au coût marginal de production exprimé en terme de bien
privé sacrifié (équation (E.14) de l'Annexe 3).
On montre alors généralement que les gouvernements, soumis au
risque de délocalisation du capital physique ou de toute autre base
mobile, taxent trop faiblement ce facteur pour offrir le bien
collectif en quantité suffisante.
B. ÉQUILIBRE FISCAL ET COOPÉRATION : LA COOPÉRATION EST NON SEULEMENT DIFFICILE À METTRE EN oeUVRE MAIS ELLE PEUT NE PAS ÊTRE SOUHAITABLE7(*)
Ce premier résultat, formalisé par l'équation (E.14) de
l'Annexe 3, signifie tout simplement que les ménages de l'Union
verraient leur niveau de bien-être s'améliorer s'ils pouvaient
consommer davantage de bien collectif, donc si le taux d'impôt sur
le capital était plus élevé. Tel serait le cas si les Etats
coopéraient, autrement dit si chaque pays choisissait la meilleure
politique fiscale, de son point de vue, mais en tenant compte à la
fois des influences qu'il subit mais aussi des effets de ses choix
sur le bien-être des autres pays. En effet, les sorties de capital
physique, consécutives à l'augmentation du taux de prélèvement dans
un pays, ne sont pas une perte sèche pour tous les Etats de l'Union
car certains d'entre eux vont forcément bénéficier de cet afflux
d'investissements directs.
Par conséquent, si l'on considère que la concurrence fiscale entre
collectivités publiques n'est pas souhaitable, il faut coopérer. La
coopération fiscale peut prendre la forme d'une consolidation
fiscale des espaces en concurrence. Celle-ci existe déjà à
l'intérieur des Etats. La coopération à l'échelle européenne est
plus complexe. La consolidation fiscale, qui d'un point de vue
économique, est la plus efficace, est actuellement pour des raisons
politique impossible à mettre en oeuvre. Le prélèvement de l'impôt
devrait, en effet, être transféré à un niveau supranational, ce qui
remettrait en cause non seulement le principe de subsidiarité, mais
supposerait en outre l'existence d'une Europe fédérale dont la
légitimité démocratique ne soit pas contestée. Une solution
apparemment moins radicale, mais qui dans les faits conduit au même
résultat, suppose une harmonisation des taux de prélèvements et des
règles de détermination de la matière imposable dans le cadre d'une
coordination décentralisée.
La théorie économique montre en effet qu'un équilibre coopératif,
par opposition à un équilibre non coopératif, augmente le niveau de
bien-être dans tous les pays par rapport à celui qu'elles
atteignent dans un équilibre non coopératif. S'il existe une entité
supranationale dont la légitimité démocratique n'est pas contestée
-ce qui n'est pas le cas au niveau européen-, l'équilibre
coopératif est atteint si l'on délocalise le (ou les) impôts dont
l'assiette est très fortement mobile à un niveau supranational ou
si l'on harmonise complètement les prélèvements.
A un niveau infra-étatique, la consolidation fiscale constitue un
moyen puissant de réduire la concurrence fiscale
La première solution découle naturellement du modèle standard de
concurrence fiscale présenté ci-dessus. La consolidation fiscale
consiste, soit à réduire le nombre de collectivités publiques en
concurrence en imposant une fusion, soit à élargir la zone de
prélèvement de l'impôt. Cette solution, irréalisable au niveau
européen, permet, en revanche de justifier, d'un point de vue
théorique, la délocalisation d'un impôt comme la taxe
professionnelle à un niveau supracommunal (Madiès, 1997) 8(*) . En effet, plus le nombre de
collectivités locales à l'intérieur d'un même espace géographique
est élevé, plus les externalités fiscales qui contraignent les
décisions fiscales des élus locaux sont importantes et génératrices
de distorsions. C'est ce que font clairement apparaître les
équations (E.7), (E.8) et (E.9) de l'Annexe 2 : le retour net sur
investissement, comme les externalités fiscales et l'offre du biens
publics locaux, sont fonction du nombre de collectivités ou plus
exactement du " pouvoir de marché " qu'a chaque collectivité sur la
matière imposable.
L'équation (E.14) de l'Annexe 3, quant à elle, permet de
déterminer le taux d'impôt choisi par chaque collectivité à
l'équilibre de Nash et montre simplement que l'offre de services
publics locaux est, à la marge, d'autant plus élevée que le nombre
de collectivités locales en situation de concurrence est faible et
donc qu'elles possèdent une part élevée de matière imposable.
A l'inverse, la diminution du nombre de collectivités permet à une
collectivité isolée de financer davantage de services publics
locaux, pour un coût identique en terme de bien privé, car les
externalités fiscales sont réduites. L'utilité des individus
augmente donc au fur et à mesure que l'on élargit l'aire de
perception de l'impôt local sur les entreprises (à recettes
fiscales inchangées). La raison est tout à fait intuitive : une
collectivité qui augmente seule son taux d'impôt local, pourrait
certes financer davantage de services collectifs mais au détriment
du revenu privé des ménages résidents. Or, comme on l'a déjà
souligné, une partie de la baisse de revenu privé, due aux
délocalisations, est un simple transfert de pouvoir d'achat vers
d'autres collectivités. En réduisant le nombre de collectivités en
concurrence, on internalise une partie de ces externalités, ce qui
permet d'augmenter le bien-être des ménages.
Interprété de façon plus large et davantage conforme à la réalité,
ce résultat signifie que si les entreprises ont choisi d'installer
leur activité dans une agglomération donnée en fonction de critères
de localisation autres que la fiscalité locale, une stratégie
concevable de réduction des surenchères consiste à élargir le
territoire de perception de l'impôt local sur les entreprises au
territoire jugé pertinent en matière de développement économique
local, une solution étant la création d'un groupement économique
sur un périmètre supra-communal.
L'argument soulevé n'est toutefois pas nouveau - il s'inscrit dans
la conception traditionnelle du fédéralisme financier qui préconise
d'ajuster les " territoires " d'usage et de financement des
services publics locaux - mais il permet d'envisager toutes les
formes possibles d'intégration fiscale interterritoriale (taxe
professionnelle de zone, taxe professionnelle d'agglomération et
pourquoi pas taxe professionnelle départementale) à défaut d'avoir
voulu un jour imposer la fusion de communes comme cela a été le cas
ailleurs.
Le Conseil des impôts (1989, 1997) a souligné que l'élargissement
de la circonscription fiscale pourrait être recherché à un niveau
infra-départemental et a examiné le cas des zones d'emploi définies
par l'INSEE ainsi que celui des circonscriptions administratives,
arrondissements ou cantons9(*) .
Les simulations, opérés à produit fiscal constant, à partir d'un
taux unique calculé au niveau de ces différents groupements
montrent clairement
(1) Que " l'éventail des taux de taxe professionnelle est
proportionnel au nombre et à la taille des collectivités locales :
la réduction des écarts de taux sera d'autant plus grande que le
taux sera calculé dans des circonscriptions en nombre limité ;
(2) Que dans le cas des arrondissements et des zones d'emploi, les
taux s'établiraient en règle générale à un niveau plus faible que
dans le cas d'une remontée de la taxe professionnelle au niveau
départemental. "
La concurrence fiscale avantage les petits pays, ce qui rend
difficile tout processus d'harmonisation concernant la fiscalité
sur les entreprises et les revenus du capital
A défaut de pouvoir délocaliser l'impôt sur le bénéfice des
sociétés au niveau européen, la seule solution possible consiste à
harmoniser les taux et les règles de détermination de l'assiette de
façon à rapprocher les taux marginaux effectifs. Cependant, dès
lors que la concurrence fiscale concerne deux pays de taille
différente, l'analyse économique montre que les petits pays
constituent des " paradis fiscaux " (" tax havens "). Par
conséquent l'harmonisation fiscale sera difficile à mettre en
oeuvre.
Un certain nombre de travaux, parmi lesquels ceux de Bucovetsky
(1991) et Wilson (1991), montrent que si la concurrence fiscale
s'exerce entre pays de taille différente, les petits pays n'ont pas
intérêt à coopérer car ils verraient leur bien-être se détériorer.
Cela s'explique simplement dans le modèle de ces deux auteurs par
le fait que la différence de taille (exprimée en terme de
population) implique que l'élasticité de l'offre de capital
industriel n'est plus la même selon qu'un pays a une population
plus ou moins importante. Autrement dit, les délocalisations
(exprimées en nombre d'unités de capital par tête perdues par une
pays donné) sont d'autant plus importantes qu'un pays est
petit.
La concurrence fiscale s'exercant de façon plus aigue sur les
petits pays que sur les grands, les premiers sont incités à choisir
des taux d'impôt plus faibles que les seconds. De façon symétrique,
les grands pays sont moins sensibles au coût (en terme de
diminution du revenu privé) d'une augmentation du taux d'impôt sur
les entreprises car les pertes de capital industriel par tête sont
plus faibles. Le taux d'impôt d'équilibre est donc plus élevé dans
les grand pays, ce qui confère une externalité positive aux petits
pays qui deviennent plus attractifs pour les investisseurs
privés.
Toutes choses égales par ailleurs, (1) les petits pays sont
incités à taxer plus faiblement le capital que les grands, (2) à
l'équilibre, les petits pays sont généralement importateurs nets de
capital et le bien-être des ménages est plus élevé dans les petits
pays que dans les grands, (3) une harmonisation des taux de
prélèvement est par conséquent diffcile à mettre en oeuvre car elle
pénalise les petits pays.
Devant la difficulté de coopérer, il peut être souhaitable de
mettre en place un taux d'impôt minimum sur les entreprises plutôt
que d'imposer une convergence vers un taux moyen européen, même si
celui-ci provoque des délocalisations d'investissements directs
dans le reste du monde. On peut en effet penser que, non seulement
les coûts de mobilité des entreprises tendront à diminuer dans le
futur à l'échelle européenne, mais, qu'en outre ces coûts sont plus
faibles entre pays européens qu'entre les pays européens et le
reste du monde. On rappellera que le rapport Ruding avait préconisé
une harmonisation poussée des taux de l'impôt sur les sociétés en
suggérant un taux minimal de 30 % afin d'éviter une concurrence
destructrice entre Etats-membres10(*).
C. LA CONCURRENCE FISCALE CONSTITUE UNE CONTRAINTE SUPPLÉMENTAIRE POUR LES ETATS ENDETTÉS
Supposons maintenant que les différents pays de l'Union
puissent s'endetter. Le niveau d'endettement devient alors une
variable de décision entre les mains des gouvernements pour
financer le bien collectif au même titre que l'impôt sur le capital
physique. Pour comprendre les mécanismes en jeu, Jensen et Toma
(1991) utilisent un modèle à deux périodes (deux exercices
budgétaires par exemple) qui est une extension du modèle de
référence présenté ci-dessus.
A la première période, les gouvernements peuvent choisir de
financer l'offre de biens publics, soit par un impôt sur le
capital, soit par un emprunt qui prend la forme d'une obligation du
gouvernement, achetée par l'individu représentatif. A la deuxième
période, en revanche, les recettes fiscales tirées de l'impôt sur
le capital sont utilisées pour rembourser l'annuité de la dette et
pour financer les dépenses publiques de deuxième période.
L'objectif de chaque gouvernement est de maximiser l'utilité totale
des ménages-résidents sur les deux périodes du jeu. Les variables
stratégiques sont, à la première période, le taux d'impôt sur le
capital et le niveau d'endettement, et en deuxième période
uniquement le taux d'impôt.
La théorie économique ne permet pas d'obtenir des résultats
véritablement tranchés. En effet, les taux d'impôt choisis par les
gouvernements en deuxième période dépendent étroitement de la pente
des fonctions de réactions des collectivités, celles-ci étant
définies comme le taux d'impôt d'équilibre qui maximise l'utilité
de l'individu représentatif d'un pays à la deuxième période, étant
donné le taux d'impôt prélevé par la collectivité concurrente en
deuxième période et les niveaux d'endettement choisis par les deux
gouvernements à la première période.
Compte tenu du signe indéterminé des fonctions de meilleure
réponse, la concurrence fiscale entre deux pays peut conduire, en
théorie, à ce qu'elles s'endettent à la première période ou qu'au
contraire elles dégagent un excédent primaire.
Si la meilleure réponse pour les deux gouvernements consiste à
augmenter leur taux d'impôt, l'équilibre parfait en sous-jeux se
caractérise par un endettement à la première période pour les deux
Etats. Jensen et Toma montrent alors que l'offre du bien public et
l'utilité de l'individu représentatif sont, par rapport à
l'équilibre sans endettement, plus élevés à la première période.
L'offre du bien public peut toutefois être sous-optimale, optimale
voire sur-optimale à la première période, selon que le taux d'impôt
d'équilibre est respectivement positif, nul ou négatif. Dans ce
dernier cas, les Etats s'endettent pour subventionner le
capital.
En revanche, dégager un surplus primaire à la première période,
permet à un Etat d'avoir une marge de manoeuvre supplémentaire à la
deuxième période. L'utilité et l'offre du bien public sont alors
plus élevées à la deuxième période mais plus faibles à la première
période que dans l'équilibre sans possibilité d'endettement (ou
d'excédent budgétaire). Si le modèle, dans ce cas, permet de
conclure à une offre insuffisante du bien public à la première
période, il ne permet pas toutefois de conclure pour l'offre du
bien public à la deuxième période.
Dans tous les cas, l'offre de bien publics à la deuxième période
est inefficace et d'autant plus faible que les gouvernements
augmentent leur niveau d'endettement (pour un même montant) à la
première période. Toutes choses égales par ailleurs, la dette doit
être remboursée à la deuxième période, ce qui réduit en fin de
compte l'offre de bien publics. En effet l'augmentation du taux
d'impôt sur le capital, si elle a un effet positif sur la dépense
publique locale, se heurte à la contrainte de la concurrence
fiscale et de la mobilité du capital, qui empêche cette
augmentation de compenser totalement la baisse liée à
l'endettement. L'endettement vient aggraver en quelque sorte
l'insuffisance de l'offre de biens publics en deuxième période.
Toutes choses étant égales par ailleurs, la concurrence fiscale
aggrave les difficultés d'un pays dont le niveau d'endettement est
plus élevé que celui de ses partenaires car il ne dégage pas
suffisamment de recettes fiscales pour financer ses dépenses
publiques (hors charges d'intérêt). En ce sens, le Pacte de
stabilité budgétaire peut se justifier par le fait qu'en union
monétaire, la concurrence fiscale et sociale devient plus vive
entre les Etats.
Dès lors que les Etats peuvent taxer une variété de bases imposables, plus ou moins mobiles, se trouve posée la question de l'incidence de l'impôt. En effet, le risque est grand que les gouvernements soient tentés d'exonérer les bases les plus mobiles quitte à taxer davantage les bases les moins mobiles. Si l'on considère, en outre, que les agents économiques déterminent leur choix de localisation en tenant compte non seulement des différentiels de pression fiscale mais aussi des services collectifs, la concurrence fiscale peut contraindre les gouvernements à taxer les revenus et les activités en se référant davantage au " principe d'équivalence ".
A. LA CONCURRENCE FISCALE FAIT PESER UNE CHARGE FISCALE EXCESSIVE SUR LES BASES LES MOINS MOBILES
La littérature sur la concurrence fiscale suggère que la concurrence fiscale pourrait se traduire à terme par une exonération des bases les plus mobiles pendant que les bases immobiles seront plus lourdement taxées, ce qui pose un problème d'équité horizontale des systèmes fiscaux. En effet, comme le montre l'équation (E.12) de l'Annexe 3 dans le modèle standard présenté ci-dessus et l'illustration graphique figurant dans l'encadré 1, le capital industriel étant supposé mobile, la charge fiscale liée à l'impôt sur le capital va reposer en définitive sur le facteur travail supposé immobile.
1. Taxation du capital et charge fiscale excédentaire
:
une illustration graphique
Le graphique 1, tirée du modèle de Oates et Schwab
(1991), va nous permettre d'illustrer ce résultat en prenant soin
toutefois de noter que cette illustration graphique est réalisée en
équilibre partiel (et non plus général). Cela pose un certain
nombre de problèmes en terme d'incidence que nous développerons
plus loin.
Sur cette figure, apparaissent l'offre et la demande de capital
dans un pays donné. L'offre est parfaitement élastique car aucun
pays n'a la possibilité d'influer sur le retour net sur
investissement, r (concurrence fiscale pure et parfaite) et la
courbe de demande est décroissante car, par hypothèse, le rendement
marginal du capital est décroissant.
On suppose qu'initialement le pays en question décide de ne pas
taxer le capital. Le stock de capital est alors égal à K* et il est
déterminé, à l'équilibre, par la règle d'égalisation de la
productivité marginale du capital et de son coût, r. La production
de bien privé est alors égale à la surface abcd (l'intégrale de la
productivité marginale du capital).
Le revenu provenant de la vente de cette production se répartit
alors de la façon suivante : le capital recoit ebcd, soit rK*. Les
rendements d'échelle étant supposés constants, les profits sont
nuls à l'équilibre et en vertu de la règle d'épuisement du produit,
le facteur travail reçoit le résidu, soit abe.
Si l'on suppose maintenant que ce pays décide de taxer le capital
en prélevant une taxe unitaire égale à t, alors la demande de
capital se déplace vers le bas (fk - t). Le nouvel équilibre
s'établit en K** et la valeur de la production de bien privé
diminue et son montant est égal à aifd. Le revenu du capital avant
impôt est donc égal au revenu net efgd plus les impôts hige. Le
retour net sur investissement diminue donc de la surface gbcf du
fait de l'impôt. Celle-ci est égale au produit de r par la
variation du stock de capital (K* - K**). Les K* - K** unités de
capital sont toutefois investies ailleurs et rapportent donc r dans
les autres pays.
Par conséquent, l'impôt sur le capital, bien que taxant ce
facteur, n'a pas d'effet sur les revenus du capital. Comme on va le
voir, la charge fiscale est translatée sur le facteur immobile, le
facteur travail11(*). Le salaire
diminue, en effet, des surfaces hige et ibg, soit hibe.
La surface hige est égale au montant d'impôt payé par le capital
qui est translaté sur le facteur travail. La surface ibg représente
a contrario la baisse des salaires qui n'est pas compensée par le
supplément d'impôt payé par le capital. Autrement dit, pour
n'importe quel taux d'impôt positif, la baisse des salaires ne
compense pas le gain de recettes fiscales.
1. Charge fiscale excédentaire et taxation du capital

Dans ces conditions, il serait préférable de taxer directement le
facteur travail plutôt qu'indirectement comme cela est le cas quand
on impose une taxe sur le capital prélevée à la source. En effet,
l'offre de travail étant supposée parfaitement inélastique et les
ménages étant parfaitement sédentaires, l'imposition des revenus du
travail a un effet équivalent, du point de vue de l'efficacité
économique, à un impôt forfaitaire (ou de capitation).
Si les Etats pouvait prélever un impôt de capitation sur tous les
individus résidents pour financer l'offre de biens collectifs
destinés aux ménages, alors (1) ils n'auraient aucun intérêt à
taxer le capital physique, (2) les biens collectifs seraient
financée exclusivement par l'impôt de capitation, (3) le montant
par tête de l'impôt de capitation serait précisément égal au coût
marginal du bien collectif de sorte que l'offre de biens collectifs
serait optimale. En évitant toute distorsion des incitations
auxquelles sont soumis les individus dans leurs choix
microéconomiques, l'impôt de capitation présente donc l'avantage de
s'apparenter à " un véritable prix des services publics". Les
contribuables payent pour les services publics commme ils paient,
en tant que client, pour un bien ou un service marchand
indépendamment de leur revenu ou de leur situation personnelle.
Mais un tel impôt censitaire suppose que les bénéfices des services
publics sont répartis de manière plus ou moins uniforme sur
l'ensemble de la population adulte résidente, ce qui est loin
d'être évident dans de nombreux cas (éducation, santé, ...).
On montre plus généralement que l'incidence de l'impôt sur le
capital industriel dépend de l'élasticité relative de l'offre de
capital et de l'offre de travail. L'élasticité de l'offre de
capital dépend, nous l'avons vu (équation E.8 de l'annexe 2), de la
taille du pays et plus précisément de la part de capital investi
dans ce pays.
On notera qu'un impôt peut réduire la base imposable même si
celle-ci n'est pas mobile. L'exemple le plus simple est
l'imposition des revenus du travail qui décourage l'offre de
travail. Dans ce cas, c'est l'élasticité de l'offre de travail qui
détermine le " coût " de la dépense publique supplémentaire. On
remarquera cependant que, si le travail n'est pas mobile, le nombre
d'heures perdues par le pays qui taxe les revenus du travail est
une perte sèche pour l'économie tout entière, alors que, si les
travailleurs sont mobiles, la base imposable se déplace vers
d'autres pays, ce qui permet d'éviter une perte d'efficacité au
niveau global.
Si l'offre nationale de travail est imparfaitement élastique, si
les pays en concurrence possèdent une part très faible du stock
global de capital, et si leurs recettes fiscales proviennent
uniquement d'un impôt sur le capital physique prélevé à la source
et d'un impôt sur les revenus du travail, alors on montre que le
taux d'impôt sur le capital est nul à l'équilibre ou plus
exactement qu'il il tend vers zéro quand le nombre de pays en
concurrence est proche de l'infini. En effet, quand le nombre de
pays est très élevé, la concurrence fiscale est très vive et
l'offre de capital qui s'adresse à chaque pays peut être considérée
comme infiniment élastique tandis que l'élasticité de l'offre de
travail est (par hypothèse) imparfaitement élastique. Ainsi,
conformément aux enseignements de la théorie de la fiscalité
optimale, les gouvernements ne taxent, à l'équilibre, que le seul
facteur travail et renoncent par conséquent à taxer le capital.
Si, en revanche, la concurrence fiscale oppose plusieurs pays de
grande taille qui possèdent chacun une part importante du stock
global de capital, alors l'offre de capital qui vient s'investir
dans chaque pays ne peut plus être considérée comme parfaitement
élastique. En effet, la politique fiscale menée par chaque
gouvernement va influer sur le retour net du capital industriel au
niveau de l'économie dans son ensemble. Ainsi, un pays qui
augmenterait son taux d'impôt sur le capital exporterait des
capitaux qui iraient s'investir dans des pays concurrents.
Cependant, compte tenu de la taille du pays d'origine, cela
entraînerait une baisse de la rémunération nette du capital partout
dans la zone. A l'inverse, un pays qui baisserait son taux d'impôt
serait importateur net de capital, ce qui entraînerait une
augmentation de la rémunération nette du capital dans tous les
pays. Par conséquent, un grand pays, parce qu'il a un pouvoir de
marché sur le marché du capital, fait face à une courbe d'offre de
capital qui est croissante et non plus parfaitement élastique comme
cela est le cas sur la figure 1 (encadré 1). On montre alors, qu'à
l'équilibre, l'impôt sur le capital physique prélevé à la source
par chacun des gouvernements, est positif (et non plus nul) mais
son taux est relativement trop faible par rapport au taux de
prélèvement sur les revenus du travail. Les recettes fiscales
issues de ces deux impôts ne permettent pas de toute façon de
financer efficacement l'offre de bien public.
La concurrence fiscale conduit à exonérer les bases les plus
mobiles ce qui a deux conséquences importantes : (1) cela reporte
la charge fiscale sur les bases les moins mobiles, ce qui peut être
en contradiction avec le principe d'équité horizontale des systèmes
fiscaux, (2) cela peut accroître le risque fiscal. En effet, le
financement des dépenses publiques repose sur une moins grande
variété de bases et le système fiscal est davantage sensible à un
choc exogène du fait d'une " moins grande mutualisation du risque
".
B. LA CONCURRENCE FISCALE PEUT CONDUIRE À TERME À REMETTRE EN QUESTION LE PRINCIPE DE NON AFFECTATION DE L'IMPÔT
Nous venons de montrer que la concurrence fiscale a pour
effet de faire reposer la charge fiscale sur les bases imposables
les moins mobiles. Autrement dit, la mobilité des bases imposables
exclut a priori toute redistribution de revenu entre facteurs
mobiles et facteurs immobiles. Or la localisation des
investissements directs comme celle des individus dépend non
seulement de la pression fiscale mais aussi de la qualité des
services publics offerts par un pays. Dans ces conditions, la
pression fiscale peut être élevée à condition, cependant, que les
recettes fiscales soient utilisées pour financer des dépenses
publiques qui bénéficient aux facteurs mobiles.
Autrement dit, la concurrence fiscale obligerait les Etats à "
caler " progressivement leur politique budgétaire et fiscale sur le
" principe d'équivalence ", l'impôt s'apparentant alors un prix
pour service rendu. En effet, pour certains économistes, ce n'est
pas tant la concurrence fiscale qui est responsable de l'alignement
des Etats sur le choix du moins-disant fiscal que la structure des
fiscalités nationales qui consiste à faire financer par les
entreprises des services collectifs qui bénéficient en grande
partie aux seuls ménages.
Pour démontrer ce résultat, on suppose que les pouvoirs publics,
dans chaque pays, offrent deux types de biens collectifs qu'il est
possible d'affecter aux agents économiques qui en bénéficient : le
premier est utilisé comme un facteur de production par les
investisseurs privés, le second est consommé par l'individu
représentatif des ménages qui habitent dans chaque pays. On suppose
pour simplifier que les gouvernements peuvent obtenir ces biens
collectifs sur un marché privé concurrentiel à un prix unitaire
constant. L'offre des deux biens collectifs est financée grâce à un
impôt forfaitaire (ou de capitation) et une taxe unitaire sur le
capital physique. Comme précédemment, les gouvernements ont un
comportement non coopératif dans le sens où ils cherchent à
déterminer le taux d'impôt sur le capital physique et l'impôt
forfaitaire qui maximise l'utilité d'un individu représentatif
sédentaire (compte tenu des contraintes de budget publique et
privée) en considérant comme donnée la politique budgétaire des
autres gouvernements.
On montre alors que chaque gouvernement produit le bien collectif
destiné aux ménages jusqu'au point où le taux marginal de
substitution entre le bien public et le bien privé est égal au
rapport des prix de ces deux biens, ce qui permet de s'assurer que
le bien collectif est produit en quantité optimale. En outre,
chaque gouvernement fournit le bien collectif destiné aux
investisseurs privés jusqu'au point où la productivité marginale de
ce facteur est égal à son prix, ce qui signifie que le bien
collectif est utilisé au maximum de son efficacité. Enfin, les
recettes fiscales qui proviennent de l'impôt sur le capital
physique permettent de financer le coût de production du bien
public utilisé par les entreprises et l'impôt forfaitaire sert à
financer le bien public destiné au ménages. Ainsi, à chacun des
biens collectifs, est associé un pseudo-prix fiscal qui correspond
à la valeur qui lui est attribuée par son bénéficiaire, que ce soit
les ménages ou les entreprises.
A long terme, la concurrence fiscale devrait rapprocher les impôts
de " redevances " pour services rendus. Ce qui pose deux types de
difficultés : tout d'abord, cela revient à nier la spécificité des
biens collectifs qui sont souvent indivisibles, ensuite le rôle
redistributif de l'impôt serait considérablement réduit, enfin le
principe du bénéfice est difficile à mettre en oeuvre car si les
agents économiques sont mobiles, ils peuvent trouver le moyen
d'échapper à l'impôt tout en bénéficiant des dépenses
publiques12(*).
Dans ces conditions, il est très difficile pour un Etat de
financer, grâce à un impôt sur le capital industriel, des
programmes sociaux ou tout autre service bénéficiant exclusivement
aux ménages.
Notre attention s'est portée jusqu'à maintenant sur la
mobilité du capital, industriel et financier. Or, même s'il existe
des barrières très fortes à la mobilité des individus, il est
intéressant d'analyser les conséquences de la fiscalité sur les
revenus du travail et sur les migrations entre Etats .
En outre, la mobilité des individus pose la question du niveau
optimal de gouvernement pour entreprendre une politique de
redistribution. Cette question a fait l'objet d'un débat récurrent
depuis les travaux précurseurs de Musgrave (1971) et Oates (1972)
qui concluent le plus souvent à la nécessité de conférer la
fonction de redistribution à un niveau supérieur de gouvernement.
Toutefois des travaux récents montrent qu'une politique de
redistribution décentralisée est possible à condition qu'on laisse
aux gouvernements la possibilité de contrôler leurs flux
migratoires.
A. POLITIQUE FISCALE ET MIGRATION
Pour illustrer notre propos, nous nous intéressons à une
économie formée de deux pays A et B. Ces deux pays produisent un
même bien en utilisant du capital et du travail. La technologie de
production est à rendements constants, la productivité marginale
des facteurs est décroissante et le capital et le travail sont des
facteurs complémentaires de sorte qu'une augmentation du facteur
travail accroît la productivité du capital.
Si l'on suppose dans un premier temps que le facteur travail est
immobile, on peut imaginer que le niveau de salaire sera différent
dans les deux pays. En revanche, si les salaires sont plus élevés
en A qu'en B et si, pour une raison ou une autre, on peut lever les
barrières à la mobilité du travail, les individus ont intérêt à
quitter le pays A pour aller s'installer en B. Si l'on considère
que les individus cherchent à obtenir le revenu le plus élevé
possible, les migrations entre les deux pays se poursuivront
jusqu'à ce que le taux de salaire soit le même dans le pays A et
B.
Dans ces conditions, les émigrants gagnent à pouvoir se déplacer
tandis que les travailleurs du pays A sont perdants. Les
travailleurs qui restent dans le pays B sont aussi gagnants car
leur productivité, et donc leur salaire, va augmenter en vertu de
l'hypothèse selon laquelle la productivité marginale du travail est
décroissante. Les " capitalistes " du pays A sont gagnants tandis
que ceux du pays B sont perdants. Ces conclusions reposent sur
l'hypothèse que le travail et le capital et le travail sont
complémentaires.
Introduisons maintenant dans le modèle une fiscalité sur les
revenus du travail. On suppose plus précisément que le gouvernement
du pays A taxe les revenus du travail et l'on se propose d'analyser
les implications de cet impôt sur les migrations et les revenus des
travailleurs et des " capitalistes ". Dans ces conditions,
l'émigration va se poursuivre jusqu'au point où le salaire net
d'impôt sera le même dans les deux pays. Si l'on note wA
(respectivement wB) le salaire en A (respectivement en B), et tA le
taux d'impôt en A, alors à l'équilibre, on doit avoir wA - tA =
wB.
L'émigration en provenance du pays B est moins importante
qu'auparavant. Evidemment, les " capitalistes " du pays A sont
perdants alors que ceux du pays B sont gagnants. Les salariés
restés en B sont perdants car leur productivité marginale est plus
faible que lorsqu'il n'y avait pas d'impôt (l'émigration est moins
forte). Les travailleurs du pays A qui y résidaient avant qu'on
ouvre les frontières vont voir leur salaire avant impôt augmenter
mais pas suffisamment pour compenser l'impôt. Les émigrants qui ont
quitté le pays B sont encore gagnants mais le salaire net d'impôt
qu'ils vont toucher en A est plus faible. En définitive, les seuls
gagnants dans l'histoire sont le gouvernement du pays A qui
bénéficie de recettes fiscales et les " capitalistes du pays B.
Cette situation est illustrée sur le graphique suivant. L0
représente l'allocation du travail entre les deux pays en l'absence
d'impôt et L* correspond à l'allocation du travail qui égalise les
salaires nets après impôt dans les deux pays. PmLA et PmLB sont les
productivités marginales du travail et du capital dans le pays A et
le pays B.
Le graphique 2 permet de montrer que :
Le pays B voit sa production totale augmenter de sorte que le
supplément de bien-être des capitalistes de ce pays - qui sont les
principaux bénéficiaires de l'introduction d'une fiscalité sur les
revenus du travail en A - peut permettre de compenser la perte de
bien-être des travailleurs.
A l'inverse, le pays A voit sa production diminuer. Par
conséquent, le gouvernement du pays A est dans l'impossibilité
d'utiliser ses ressources fiscales pour améliorer à la fois le
bien-être des travailleurs et des salariés.
Du point de vue de l'économie globale, il y a une perte
d'efficacité qui est représentée graphiquement par le triangle ABC
et qui provient du fait que le gain du pays B est inférieur à la
perte du pays A.
Graphique 2. Taxation and public expenditure in an open
economy

B. POLITIQUE DE REDISTRIBUTION ET MOBILITÉ DES INDIVIDUS
La question de la redistribution interpersonnelle est
étroitement liée à la mobilité des individus. Ceci peut être montré
de façon très simple. On suppose pour cela que chaque Etat opère
une redistribution verticale des revenus financée par des salariés
riches et qualifiés au profit de travailleurs pauvres. On
considère, pour simplifier, que les prix relatifs des biens privés
produits à partir du facteur travail (qualifié et non qualifié) ne
sont pas modifiés par les effets redistributifs (les pays sont
petits sur le marché des produits) et que l'offre de travail est
parfaitement inélastique (i.e. on ignore, à la marge, les
distorsions portant sur l'arbitrage travail/loisir).
Trois cas peuvent alors se présenter selon la mobilité des
individus.
Si les salariés sont parfaitement immobiles, la redistribution de
revenu est un " bien public local " et n'a pas d'effet sur la
distribution des revenus dans les autres Etats.
Si seuls les travailleurs qualifiés sont mobiles, une augmentation
des impôts provoquera l' " exode " des salariés qualifiés et
l'immigration de travailleurs non qualifiés dans le pays qui fait
de la redistribution. Le départ des salariés aisés réduit dans
cette Etat l'offre de travail de ces derniers, ce qui provoque une
augmentation du prix du travail qualifié (et donc du salaire avant
impôt). L'émigration des individus riches s'accompagne aussi d'une
diminution des recettes fiscales du secteur public. En l'absence de
coûts de déplacement, le flux de travailleurs qualifiés se
poursuivra jusqu'à ce que les revenus nets s'égalisent dans
l'ensemble des pays. Si le pays est petit, l'exode des hauts
revenus ne modifie en rien le revenu net du facteur qualifié dans
l'économie, de sorte que, dans une très large mesure, les
contribuables de ce pays ne supportent pas l'impôt dont ils sont
redevables.
Si seuls les bénéficiaires des programmes de transferts sont
mobiles, alors la mise en place d'un politique de redistribution
ambitieuse dans une collectivité se traduit par l'arrivée de
nouveaux individus, ce qui accroît le coût de la redistribution
(Brown et Oates, 1987). Si ces individus travaillent et ne vivent
pas uniquement de transferts, cette immigration peut provoquer, en
outre, une baisse du coût du travail peu qualifié du fait de
l'augmentation de l'offre de travail sur ce segment de marché
(Wildasin, 1991 ; 1994). A la limite, dans ce type de modèle, même
si les " pauvres " ne participent pas au marché du travail,
l'arrivée de ménages à bas revenus dans un pays peut provoquer une
baisse du revenu réel des plus démunis à cause, par exemple, de
l'augmentation des prix sur le marché de l'immobilier résidentiel.
Dans tous les cas, s'il n'y a pas de coûts de déplacement,
l'immigration se poursuivra jusqu'à ce que les revenus nets soient
partout identiques. Si le pays d'accueil est petit, le revenu réel
avant impôt des ménages pauvres pourrait diminuer d'un montant
sensiblement égal aux transferts et leur revenu net sera peu
affecté par la politique de redistribution.
Enfin, dans le cas général où les deux catégories d'individus sont
mobiles et que les pays sont suffisamment petits pour que les
revenus nets de ces individus puissent être considérés comme
exogènes, c'est en définitive le facteur immobile qui supporte la
charge fiscale liée à la redistribution. Même s'il n'est pas
concerné directement par cette politique (voir annexe 3).
Généralement toute politique de redistribution se traduit par des
externalités entre Etats du fait de la mobilité des individus. La
littérature économique considère alors généralement que la fonction
de redistribution doit être assumée par l'Etat fédéral ou que, tout
au moins, celui-ci accorde des subventions aux Etats dont la
politique de redistribution est ambitieuse. En outre, si l'on
cherche à réduire dans une proportion donnée les inégalités de
revenus entre individus, il est moins coûteux pour les finances
publiques de mettre en place une politique de redistribution
fédérale qui s'adresse directement aux individus que de faire de la
redistribution à l'intérieur des Etats où certains " déferont " ce
que d'autres ont fait. De ce point de vue, le redistribution
apparaît comme un bien collectif " national ".
Cependant, comme le souligne Gilbert (1996), divers arguments
poussent à confier des tâches de redistribution à un niveau
décentralisé. D'une part, les coûts d'information et de transaction
des gouvernements nationaux sont plus faibles que ceux du centre
(par exemple un gouvernement fédéral). Ils connaissent mieux les "
besoins " des populations défavorisées (Smith, 1991). D'autre part,
si on suppose avec Pauly (1973) que la redistribution des riches
aux pauvres accroît la satisfaction des deux parties, mais que
cette satisfaction est d'autant plus grande que le pauvre réside
dans le même Etat (ou dans la même collectivité locale (" altruisme
de proximité "), une politique nationale apparaît préférable à une
redistribution supraétatique.
En outre, une littérature plus récente met l'accent à la fois sur
les questions de redistribution et de transferts financiers
inter-étatiques (Burbidge et Myers, 1994). Ces derniers ont pour
objet d'internaliser les externalités fiscales liées aux migrations
de population provoquées par les décisions fiscales des Etats.
Autrement dit, la littérature économique montre que si les Etats
ont la possibilité de contrôler leurs flux migratoires au moyen,
notamment, de transferts financiers croisés entre Etats, il peut y
avoir matière à mener des politiques de redistribution à un niveau
décentralisé.
Plus précisément,
- Si les Etats ont des préférences proches pour la redistribution,
alors cette fonction doit être décentralisée13(*). L'équilibre non coopératif (dit de Nash) est
Pareto-optimal dans le sens où l'offre de bien collectif est
socialement efficace dans chacun des Etats et où la population est
répartie de façon efficiente entre les différents pays.
- A l'inverse, quand ces préférences ne sont pas les mêmes,
l'équilibre de Nash est inefficace. En effet, les Etats sont à
l'origine de distorsions dans les choix de localisation des ménages
car ils font peser une charge fiscale différente sur les ménages -
qui dépend de leurs préférences en matière de redistribution -.
Mais, dans ce modèle, un gouvernement fédéral ne serait pas en
mesure de restaurer l'efficacité en mettant en place une politique
de subventions à destination des Etats.
Enfin, que se passe-t-il quand le travail et le capital sont tous
les deux mobiles ? C'est la question à laquelle ont cherché à
répondre Wellish et Wildasin (1996). Dans leur modèle, la
population totale de l'Union n'est plus fixe du fait de flux
migratoires en provenance de pays tiers. Seuls le capital et les
individus non qualifiés sont mobiles. Les salariés qualifiés, eux,
sont considérés comme sédentaires et contrôlent l'agenda politique.
Les travailleurs non qualifiés sont cependant plus ou moins
nombreux dans l'économie selon l'importance des flux migratoires et
ils évoluent sur un marché du travail parfaitement intégré. Le
travail qualifié et le capital sont les seuls facteurs taxés.
Les politiques d'immigration et de redistribution menées par les
Etats sont à l'origine d'externalités véhiculées essentiellement
par le marché du travail. Les conclusions qu'obtiennent Wellisch et
Wildasin sont les suivantes : (1) à l'équilibre, aucun des Etats ne
taxe le capital, (2) si chaque Etat ouvre ses frontières à de
nouveaux immigrants, cela se traduit par une baisse du revenu réel
des salariés nationaux qui sont en concurrence avec ces nouveaux
arrivants, (3) l'immigration augmente le bien-être dans les Etats
où les immigrants apportent une contribution fiscale nette. En
revanche, dans les Etats plus riches, les transferts sociaux perçus
par les immigrants peuvent être supérieurs à leur contribution
fiscale et le niveau de bien-être diminue.
On conclura enfin sur ces questions en soulignant la nécessité
d'appréhender la mobilité des individus et la concurrence fiscale
entre Etats qui en résulte dans une perspective temporelle qui
tient compte du cycle de vie des individus. En effet, comme le
souligne Sinn (1990), en l'absence d'harmonisation des politiques
fiscales et sociales, on pourrait assister à l'exode d'individus
jeunes et très qualifiés qui iraient s'installer dans un pays où la
pression fiscale est plus faible et qui pourraient revenir dans
leur pays d'origine, quand ils seraient plus vieux, pour bénéficier
par exemple d'allocations plus généreuses.
L'économie considérée est composée de N Etats (i=1,....., N) qui
font face à des fonctions de demande et d'offre sur le marché des
biens et des facteurs qui sont relativement élastiques et qui
cherchent à attirer du capital industriel supposé se déplacer sans
coût..
Dans chaque pays, les ménages, supposés sédentaires, possèdent un
facteur fixe (des terrains ou tout autre actif spécifique) et un
facteur mobile taxé, le capital productif. Le stock de capital est
fixe au niveau de l'économie et il est détenu selon le cas par les
individus résidents ou par des propriétaires extérieurs.
Le stock global de capital productif, , est considéré comme donné
et Ki représente le volume de capital productif investi dans le
pays i de sorte que :
(E.1)
Le capital et le facteur fixe servent à produire un bien privé,
échangé sur un marché parfaitement concurrentiel et considéré comme
un numéraire2. La technologie de production est à rendements
constants et on exclut tout effet de substitution entre ces deux
facteurs de production suite à une modification de leur prix
relatif.
La fonction de production du bien privé s'écrit :
fi(Ki) avec f'i > 0 > fi'' (E.2)
Le capital est supposé parfaitement mobile entre les différents
pays. Les investisseurs recherchent donc la localisation qui offre
le meilleur rendement après impôt. A l'équilibre, le rendement net
du capital, r, est donc partout identique:
f'i(Ki) - ti = r 3 i =1,......, N (E.3)
Les résidents perçoivent un taux de salaire qui correspond au
revenu résiduel une fois que le capital a été rémunéré à sa
productivité marginale. En l'absence d'épargne, les individus
consomment tout leur revenu, déduction faite, bien évidemment, des
impôts payés :
xi = Ri - Hi = f(Ki) - Kif'(Ki)+ qirK - Hi (E.4)
Le premier argument de xi, la consommation par tête de bien privé,
représente le revenu du facteur résiduel (par exemple le salaire si
le travail est le facteur fixe), le second correspond aux revenus
du capital et le troisième aux impôts forfaitaires payés par chaque
individu résident dans la localité considérée.
Les résidents d'une collectivité, supposés identiques dans leurs
goûts et leur revenu, ont une fonction d'utilité dont les deux
arguments sont la consommation de bien privé, xi et un bien public
local, zi qui ne fait l'objet d'aucun effet de débordement dans son
utilisation14(*).
La fonction d'utilité de l'individu représentatif s'écrit :
U(xi, zi) (E.5)
avec Ui/xi > 0 ; Ui/zi > 0 ; 2U/xi2 < 0 ; 2U/zi2 <
0
Le bien public local est financé par une taxe unitaire sur le
capital prélevée à la source, ti, et par un impôt forfaitaire payé
par les résidents, Hi.
L'équilibre budgétaire du gouvernement se traduit donc par :
zi = tiKi+Hi (E.6)
Se pose enfin la question de la modélisation des choix dépensiers
locaux : devant la difficulté d'obtenir une décision collective
raisonnablement respectueuse des préférences individuelles, les
économistes interprètent traditionnellement l'offre de bien public
(ou la dépense publique) comme le résultat de la demande d'un agent
représentatif, généralement l'électeur médian (Gilbert et Derycke,
1988). Les choix dépensiers des gouvernements sont donc dictés par
le souci de respecter les préférences des individus à travers la
fiction de l'individu représentatif.
Si tous les pays sont identiques, alors une augmentation
unilatérale du taux d'impôt local sur les entreprises dans un pays
i réduit sa base imposable comme le montre l'équation (E.7) :
< 0 (E.7)
L'effet d'une augmentation du taux d'impôt sur le capital
productif dans un pays i a un effet dépressif sur le retour net sur
investissement comme le montre l'équation suivante :
= -1/N < 0 (E.8)
L'augmentation du taux d'impôt local dans le pays i se traduit par
des délocalisations dont bénéficient chacune des autres pays (i j)
:
> 0 (E.9)
Le retour net sur investissement et l'ampleur des externalités
fiscales varient de façon inversement proportionnelle au nombre de
pays (ou de collectivités locales) que compte l'économie
considérée. Quand le nombre de pays ou de collectivités tend vers
l'infini, dp/dti = 0 et dk'j / dti = 0 . Les pays possèdent une
part tellement faible de l'investissement total que leurs choix
fiscaux n'altèrent pas le bien-être de chacune de leurs
concurrents, prise séparément.
Un vecteur i* est un équilibre de Nash fiscal si, pour tout i, ti*
est la solution du programme suivant :
Ui(xi, Zi)
xi = fi(Ki[i] - Ki(i)f'i(Ki[i]) + qir(i)K, (E.10)
s.c zi = tiKi(i),
tj = tj*, j i
La résolution du programme précédent, quand la concurrence
s'exerce entre pays parfaitement identiques s'écrit pour le pays i
:
(E.11)
En dérivant la contrainte budgétaire privée par rapport à ti, on
obtient7:
< 0 (E.12)
En dérivant la contrainte budgétaire du pays, on obtient :
(E.13)
Si l'on substitue les expressions (E.12) et (E.13) dans
l'expression (E.11), on montre qu'à l'équilibre l'offre de bien
public est inefficace :
>1 (E.14)
avec TMSi =( Ui/zi)/ Ui/xi), ei = K'i/Ki.(r+ti) et m = qi =
1/N
Supposons que la fonction de production dans un pays
donné soit f(l1, l2). l1 et l2 représentent respectivement le
nombre de " riches " et de " pauvres " dans l'économie considérée.
On suppose par ailleurs que tous les individus sont supposés
parfaitement mobiles et les revenus nets des deux catégories de
travailleurs sont considérés comme donnés.
A l'équilibre, sur le marché du travail, on aura :
f1 - t = w1
f1 est la productivité marginale des hauts revenus et t est le
taux d'imposition.
f2 + S = w2
f2 est la productivité marginale des bas revenus et S est
l'allocation versée aux pauvres.
La contrainte budgétaire de la collectivité est : tl1 = Sl2
Le revenu net du facteur immobile s'écrit alors :
Supposons maintenant que l'on augmente t et S de façon à ce que le
budget reste équilibré, alors :
- car la redistribution supplémentaire provoque un exode des
riches ( ) et attire les pauvres ( ). En d'autres termes, la
redistribution est supportée par le seul facteurs
immobile.
- Calcul à la marge (voir aussi rationalité
économique) : toute décision individuelle résulte d'une comparaison
et d'une égalisation à la marge des coûts et avantages qui y sont
liés; c'est à cet instant que l'avantage maximum est atteint. Par
exemple, une firme en situation de concurrence sur le marché des
biens et des facteurs, embauchera jusqu'au point où la productivité
marginale du dernier travailleur est précisément égale au salaire
réel versé.
- Courbe d'indifférence (voir aussi Utilité) : c'est
l'ensemble des combinaisons de deux biens qui procurent au
consommateur un niveau d'utilité identique.
- Equilibre de Nash : c'est incontestablement le concept de
solution par excellence en théorie des jeux. L'idée constitutive de
l'équilibre de Nash est que chacun cherche à maximiser ses gains,
en dehors de toute autre considération. Lorsqu'un équilibre de Nash
est atteint, aucun joueur n'est incité à changer unilatéralement de
stratégie si les autre s'en tiennent à la leur.
- Rationalité économique et équilibre (voir aussi calcul à
la marge) : l'hypothèse de rationalité signifie que les individus
cherchent le maximum de satisfaction et qu'en en conséquence, ils
exploitent toujours une opportunité d'améliorer leur situation.
Ainsi le consommateur rationnel cherche à répartir un budget donné
entre un ensemble de biens de façon à maximiser son utilité. Si
l'on considère deux biens X et Y qui coûtent respectivement Px et
Py francs, l'optimum du consommateur est atteint quand l'utilité
marginale d'un franc dépensé sur le bien X est égale à l'utilité
marginale d'un franc dépensé sur le bien Y. Autrement dit, UX/Px=
UY/Py ou encore TMS= (UX /UY)= Px/Py16(*). Tant que UX/Px>UY/Py, le consommateur
rationnel peut augmenter son utilité totale en substituant 1 franc
de bien X à un franc de bien Y. L'utilité marginale étant une
fonction décroissante des quantités consommées de bien X et de bien
Y, UX/Px diminue tandis que UY/Py augmente jusqu'à ce que les
utilités marginales pondérées soient égales à l'équilibre du
consommateur.
- Taux marginal de substitution : le TMS entre deux biens Y
et X mesure la variation de la quantité consommée du bien Y qui est
nécessaire, le long d'une courbe d'indifférence , pour compenser
une variation infiniment petite de la quantité de bien X.
- Taux marginal de transformation : il mesure la quantité
supplémentaire de bien public qui peut être produite lorsqu'on
réduit de une unité la production de bien privé.
- Utilité totale : elle mesure la satisfaction globale que
retire un individu de la consommation d'un certain nombre de
biens.
- Utilité marginale (Ux) : c'est la variation de l'utilité
totale qui résulte d'une variation infiniment petite de la quantité
consommée d'un bien. L'utilité marginale est positive- l'utilité
totale croît avec les quantités consommées du bien- mais elle est
décroissante- elle augmente de moins en moins vite .
- Productivité marginale : elle mesure la variation de la
quantité produite d'un bien pour une variation infiniment petite de
la quantité de facteur. Pour un état donné des techniques, si l'on
utilise une quantité croissante d'un facteur de production, tous
les autres facteurs étant fixes, la productivité marginale de ce
facteur doit baisser à un moment ou à un autre
(FKK<0).
L'impôt sur les sociétés affecte la rentabilité des
entreprises et grève le rendement des investissements. L'existence
d'écarts d'imposition dans une économie ouverte et interdépendante
peut tout d'abord réduire l'efficacité économique. En effet, les
entreprises peuvent être incitées à se délocaliser vers les pays à
fiscalité avantageuse et à sélectionner des projets dont le taux de
rendement avant impôt n'est pas le plus élevé. La productivité du
capital est réduite, ce qui nuit à la compétitivité internationale
de l'Union, minore la production totale et y abaisse le niveau de
vie. Les effets de la fiscalité sont encore amplifiés quand
certains Etats se servent de " l'arme fiscale " afin d'attirer les
entreprises. Les écarts de fiscalité ont en outre un effet sur la
répartition des recettes fiscales entre Etats : les entreprises
peuvent non seulement se délocaliser mais aussi utiliser un
ensemble de techniques (prix de transferts, choix du mode de
financement etc..) leur permettant de minimiser l'impôt, que l'on
regroupe sous le vocable d'optimisation fiscale.
Un des objectifs de ce chapitre est d'évaluer la probabilité que
de tel scénario se produisent. Il s'agit donc d'examiner dans un
premier temps si l'on observe dans l'Union européenne des écarts
significatifs de pression fiscale sur les entreprises entre Etats.
Pour ce faire nous utilisons la notion de coût du capital, comme
indicateur synthétique des différents systèmes de taxation.
L'intérêt de ce concept est de prendre en compte la multiplicité
des paramètres susceptibles d'influencer la localisation des
investissements: paramètres fiscaux (taux d'imposition, base
imposable, mécanismes d'intégration de l'impôt sur les sociétés et
sur les revenus des personnes physiques, mécanismes d'imposition
des transactions internationales), nature de l'investissement
(composition en actifs) et mode de financement. Les pays pour
lesquels le coût du capital est le plus faible sont a priori ceux
vers lesquels les flux d'investissements devraient se diriger en
priorité.
Cela étant, il est important de préciser que le coût du capital ne
permet pas directement d'appréhender directement l'effet de la
fiscalité sur la localisation des entreprises. En effet, l'impact
d'un écart de coût du capital entre deux pays sur la mobilité des
entreprises, dépend de l'importance du facteur fiscal dans le choix
de localisation de celles-ci. Or d'autres facteurs interviennent
comme par exemple les coûts salariaux ou encore la volonté de
pénétrer certains marchés. Les études que nous avons recensé
concernant l'impact de la fiscalité sur les comportements de
délocalisations ne permettent pas de conclure, d'autant que les
multinationales ont la possibilité de faire de l'optimisation
fiscale en déplaçant une partie de leur profit d'un Etat vers un
autre.
Nous consacrons la dernière partie de ce chapitre à une évaluation
du " code de bonne conduite " adopté par le Conseil européen en
1997 et à la proposition de directive relative à la suppression de
la double imposition pour les versements d'intérêts entre sociétés
d'un même groupe.
Actuellement, si l'on exclut le Luxembourg, l'Italie et le Royaume-Uni, l'impôt sur le bénéfice des sociétés ne constitue qu'une faible part des recettes fiscales des Etats membres (tableau 1), même si son poids dans les recettes fiscales a augmenté au cours des dix dernières années dans la majorité des pays (+0,2 points en moyenne). La moitié des pays (graphique 1) ont vu leurs recettes augmenter : la Belgique, le Danemark, la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Autriche, la Finlande et la Suède, l'autre moitié (graphiques 2 et 3) connaissant une baisse.
Impôts sur les bénéfices des sociétés en % des recettes totales
(En % de recettes totales)
|
1985 |
1990 |
1993 |
1995 |
1996 |
|
|
|
|
|
|
|
|
Source : OCDE (1998).
1. Impôts sur les bénéfices des sociétés en % du PIB:
pays où les recettes sont supérieures à la moyenne

2. Impôts sur les bénéfices des sociétés en % du PIB : pays où les
recettes sont
proches de la moyenne

3. Impôts sur les bénéfices des sociétés en % du PIB: pays où les
recettes sont inférieures à la moyenne
Dans le même temps, l'ensemble des pays de l'Union européenne ont
connu une diminution des taux d'imposition (tableau 2), les baisses
les plus significatives revenant à l'Autriche, à la Suède et à la
Finlande. Comme nous le verrons dans la partie suivante, la
comparaison des taux d'imposition faciaux entre les pays ne peut
permettre de se prononcer sur les écarts de pression fiscale pesant
sur les entreprises qui exercent dans les différents pays de
l'Union monétaire et ne constitue donc pas un indicateur de
l'incitation à se délocaliser.
Taux d'impôt des sociétés dans les 15 pays de l'Union européenne
|
1990 |
1991 |
1993 |
1994 |
1997 |
|
|
Allemagne |
50/36* |
50/36* |
50/36* |
45/30* |
45/30* |
|
Autriche |
61,5 |
30 |
30 |
34 |
34 |
|
Belgique |
43 |
39 |
39 |
39 |
39 |
|
Danemark |
40 |
38 |
38 |
34 |
34 |
|
Espagne |
35 |
35 |
35 |
35 |
35 |
|
Finlande |
40 |
23 |
25 |
25 |
28 |
|
France |
37/42* |
34/42* |
34 |
33,3 |
33,3 |
|
Grèce |
46 |
46 |
46 |
40 |
40 |
|
Irlande |
43 |
43 |
40 |
40 |
38 |
|
Italie |
36 |
36 |
36 |
36 |
36 |
|
Luxembourg |
34 |
33,33 |
33,33 |
33,33 |
33 |
|
Pays-Bas |
35 |
35 |
35 |
35 |
35 |
|
Portugal |
36,5 |
36 |
36 |
36 |
36 |
|
Royaume-Uni |
35 |
34 |
33 |
33 |
33 |
|
Suède |
52 |
30 |
30 |
28 |
28
|
Source: Commission des Communautés européennes. Le premier taux indique le taux d'imposition sur les bénéfices réinvestis (non distribués) et le second le taux d'imposition sur les bénéfices distribués.
Evaluer les écarts de fiscalité entre pays est
relativement complexe, d'autant que chaque entreprise (ou encore
chaque investissement) est un cas particulier. Les entreprises,
parce qu'elles sont imposées dans le pays dans lequel elles
résident, sont soumises, soit au régime fiscal de droit commun qui,
en pratique, s'applique à la majorité des entreprises résidentes
d'un Etat, soit à un régime privilégié (zones ou activités
spécifiques). Les dispositions qui régissent ces régimes sont
nombreuses et la seule comparaison des taux d'imposition faciaux
entre Etats ne suffit pas pour se prononcer sur les écarts de
pression fiscale pesant sur les entreprises. Il faut aussi tenir
compte du mode de calcul de la base imposable, celle-ci dépendant
entre autres des règles d'amortissement et de provision.
Pour les entreprises qui opèrent dans plusieurs Etats membres il
faut tenir compte en outre du régime fiscal du pays de résidence de
la société mère (qu'il soit de droit commun ou dérogatoire), mais
aussi de celui du pays d'implantation de la filiale et de
l'interaction entre ces deux régimes. Nous utilisons par la suite
une mesure du différentiel fiscal, appelée coût du capital, qui
permet de prendre en compte les principales dispositions contenues
dans le régime fiscal de droit commun des Etats. Cette mesure donne
une information sur l'incitation pour une entreprise à investir
dans un pays donné. Compte tenu de la multiplicité des régimes
privilégiés, ceux-ci ne sont pas pris en compte dans les calculs de
coût du capital. En revanche, nous tenons compte des principes
d'imposition des revenus transnationaux. Autrement dit, nous
calculons le coût du capital à la fois pour les investissements
intérieurs à chaque Etat et pour les investissements
internationaux. Dans les deux cas, un rapide survol des
législations nationales et internationales est
effectué.
A. LES LÉGISLATIONS NATIONALES ET INTERNATIONALES
1. Les systèmes nationaux
Actuellement, il existe une grande hétérogénéité des systèmes de taxation des bénéfices entre pays de l'Union européenne. Pour ce qui est du barème d'imposition, les taux nominaux (tableau 3) varient de 28% pour la Finlande et la Suède à plus de 40% pour l'Allemagne, la Belgique et la France. Seule l'Allemagne taxe différemment les bénéfices réinvestis et les bénéfices redistribués. Dans certains cas, comme l'Irlande, le Luxembourg ou le Royaume-Uni, le taux d'imposition dépend du montant du bénéfice imposable. La détermination de la base imposable varie elle aussi en fonction des pays. Par exemple, si des provisions pour la hausse des prix sont autorisées en France, elles ne le sont pas en Allemagne. En revanche, tous les pays autorisent la déductibilité des intérêts. L'amortissement des actifs corporels est généralement autorisé dans tous les Etats mais les modes de calculs varient selon les pays et selon le type d'actifs (tableau 4). En ce qui concerne les machines, par exemple, la plupart des pays utilisent un système d'amortissement dégressif. Seuls l'Italie, les Pays-Bas et l'Autriche autorisent un amortissement linéaire, l'Allemagne, la Belgique et la France autorisant un système mixte qui s'avère plus généreux que celui de leurs voisins. En revanche, les actifs incorporels ne sont pas amortissables en France, alors qu'ils le sont dans les autres pays Européens. Enfin, les règles relatives aux reports, en avant et en arrière, des déficits varient selon les pays.
3. Taux nominaux d'imposition des sociétés (1998)
|
Sociétés résidentes |
|
|
Allemagne(1) |
47,47 / 31,61 |
|
Autriche(2) |
34 |
|
Belgique(3) |
40,17 |
|
Danemark |
34 |
|
Espagne(4) |
35 |
|
Finlande |
28 |
|
France(5) |
41,66 |
|
Grèce(6) |
35 |
|
Irlande(7) |
25 si bénéfices <= 50 000 £IR |
|
Italie(8) |
37 |
|
Luxembourg |
20% sur la partie du bénéfice Î [1-400 000 Flux]
|
|
Pays-Bas |
35 |
|
Portugal(10) |
34 |
|
Royaume-Uni |
21% si bénéfice < 300 000 £ |
|
Suède |
28
|
Source : European Tax Handbook, IBFD
publication 1998, Fiscalité des Etats Membres de l'Union
Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
(1) Le premier taux s'applique aux bénéfices réinvestis, le second
aux bénéfices distribués. Ces taux prennent en compte la majoration
au titre de la taxe de solidarité de 5,5%.
(2)Un taux de 22% est appliqué aux sociétés de financement de PME
(capital risque). Par ailleurs, en fonction de leur chiffre
d'affaires, les sociétés sont soumises à un montant minimum
d'IS.
(3) Ce taux prend en compte la majoration de la contribution
complémentaire de crise de 3%. Les taux sont réduits en fonction du
niveau des bénéfices réalisés.
(4) Pour les PME (CA<10MF) ce taux est de 30% pour la partie de
la base imposable < à 600.000 F et 35% au-delà.
(5) Ce taux prend en compte la surcharge de 10% et de 15%. Pour
les PME (CA<50MF) ce taux est de 20,9 % sur un maximum de 200000
F de bénéfices réinvesti et de 36,66% (plus une majoration de 15%)
sur les autres bénéfices.
(6) Ces taux s'appliquent aux SA dont les actions sont cotées à
Athènes et aux SARL. Pour les SA non cotées et pour les banques ce
taux est de 40%.
(7) Un taux réduit de 10% s'applique à certaines activité
industrielles, informatiques etc.. et sont aussi accordées aux
filiales des sociétés étrangères.
(8) Pour les bénéfices non distribués, un taux de 19% s'applique
sur la fraction des bénéfices correspondant à la rémunération de
l'augmentation de l'actif net. Le taux moyen d'imposition de
l'ensemble du bénéfice ne peut être inférieur à 27%.
(9)Ce taux comprend une surtaxe de 4% au profit du fonds pour
l'emploi.
(10)Un taux de 27,5% est appliqué aux sociétés d'investissements
immobiliers.
4. Règles d'amortissement (1)
|
Etats Membres
|
Machines |
Immeubles(1) |
|
Allemagne |
Amortissement linéaire et dégressif |
Amortissement linéaire ou amortissement dégressif |
|
Autriche |
Amortissement linéaire obligatoire |
Amortissement linéaire obligatoire |
|
Belgique |
Amortissement linéaire de droit commun ou dégressif sur option. |
Amortissement linéaire de droit commun ou dégressif sur option |
|
Danemark |
Amortissement dégressif de 30% |
Amortissement linéaire obligatoire |
|
Espagne |
Amortissement linéaire de droit commun ou dégressif sur option |
Amortissement linéaire obligatoire |
|
France |
Amortissement linéaire |
Amortissement linéaire |
|
Finlande |
Amortissement dégressif |
Amortissement dégressif |
|
Grèce |
Amortissement linéaire |
Amortissement linéaire |
|
Irlande |
Amortissement linéaire obligatoire |
Amortissement linéaire obligatoire :
|
|
Italie |
Amortissement linéaire |
Amortissement linéaire |
|
Luxembourg |
Amortissement linéaire ou Amortissement dégressif |
Amortissement linéaire de droit |
|
Pays-Bas |
Amortissement linéaire |
Amortissement linéaire |
|
Portugal |
Amortissement linéaire |
Amortissement linéaire |
|
Royaume-Uni(5) |
Amortissement dégressif |
Amortissement linéaire obligatoire |
|
Suède |
Amortissement dégressif de droit et linéaire sur option
|
Amortissement linéaire obligatoire : |
Source : European Tax Handbook, IBFD
publication 1998, Fiscalité des Etats Membres de l'Union
Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
(1) Voir annexe 2 pour le détail des taux.
2. Les mécanismes d'intégration de l'impôt sur les sociétés et de l'impôt sur le revenu
Il faudrait en toute rigueur intégrer dans nos calculs
les caractéristiques des systèmes d'imposition des personnes car ce
sont les actionnaires qui in fine détiennent les entreprises. En
effet, les rémunérations qui leur sont versées par l'entreprise -
que ce soit sous forme de dividendes, de paiement d'intérêts ou de
plus values - sont imposées, ce qui affecte le rendement des
investissements. Les actionnaires peuvent être soumis à une
pression fiscale différente en fonction du pays de résidence mais
aussi à l'intérieur d'un même Etat selon le mode de placement, ce
qui rend particulièrement complexe l'interprétation des
interactions entre l'impôt sur les sociétés et l'imposition
personnelle. Dans la mesure où nous souhaitons concentrer notre
attention sur l'impôt sur les sociétés, nous ne tiendrons pas
compte de l'imposition personnelle sur les revenus du capital . En
revanche, le mode d'intégration de l'impôt sur les sociétés et de
l'impôt sur le revenu, ou encore le mécanisme de correction de la
double imposition au moment du transfert de dividendes entre
l'entreprise et ses actionnaires, seront pris en compte.
Généralement, le même système est appliqué à tous les résidents
qu'il s'agissent des entreprises ou des actionnaires, mais les
non-résidents n'en bénéficient pas.
Trois types de mécanisme peuvent être appliqués :
- Le système classique (coexistence de l'impôt sur les société et
de l'impôt sur le revenu) qui ne corrige pas la double
imposition.
- Le système de l'exonération (pas d'imposition au titre de
l'impôt sur le revenu).
- Le système d'imputation (système de l'avoir fiscal en France)
qui suppose que l'impôt sur les sociétés est un pré-paiement de
l'impôt sur le revenu, ce qui donne droit aux actionnaires à
l'application d'un crédit d'impôt à valoir sur leur impôt
personnel.
Aucun des trois systèmes ne domine parmi les Etats membres.
L'Autriche, la Belgique, les Pays-Bas et la Suède appliquent un
système classique. Le Luxembourg et le Danemark appliquent un
système classique accompagné d'une exonération de 50% des
dividendes déclarés pour les actionnaires au Luxembourg et d'un
taux réduit sur ces mêmes dividendes au Danemark. L'Allemagne,
l'Espagne, la France, l'Irlande, le Portugal et le Royaume-Uni
appliquent un système d'imputation partielle. Enfin, la Finlande et
l'Italie appliquent un système d'imputation totale. Le choix d'un
mécanisme n'est pas neutre; le cas de la Suède et de la Finlande
est à cet égard significatif. Comme énoncé ci-dessus, les
dividendes sont imposés deux fois en Suède et une seule fois en
Finlande, ce qui s'est traduit ces dernières années par une
délocalisation de sièges d'entreprises suédoises vers la
Finlande.
3. Principes d'imposition des revenus transfrontaliers
Il existe traditionnellement deux grands principes
d'imposition internationale du bénéfice : le principe de la source
(ou de territorialité) et le principe de la résidence (ou bénéfice
mondial). Le premier suppose qu'un pays impose tous les revenus
engendrés sur son territoire, qu'ils aient été réalisés par des
résidents ou des non-résidents. Pour le second, le pays doit
imposer tous les revenus perçus par les résidents nationaux, qu'ils
aient été réalisés sur le territoire national ou à l'étranger.
L'application stricte de l'un ou l'autre de ces principes évite les
problèmes de double imposition, mais engendre deux types
d'inefficacités économiques lorsque les systèmes nationaux
diffèrent : l'absence de neutralité à l'exportation de capitaux
(NEC) et de neutralité à l'importation de capitaux (NIC). Le
respect de la NEC signifie qu'une entreprise, dont le siège social
est dans son pays d'origine, ne voit pas son choix d'implanter une
filiale dans un autre pays influencé par l'impôt. Autrement dit,
l'investisseur doit faire face au même taux effectif d'imposition
quelle que soit la localisation de l'investissement. La NIC
requiert que les producteurs qui vendent sur le même marché
supportent le même taux d'imposition. Pour réaliser la NEC, il faut
imposer les entreprises selon le principe de résidence. Dans ces
conditions, une société française doit être soumise au régime
fiscal français, quel que soit le pays où elle investit. Toutefois,
les entreprises installées en France et contrôlées par une société
située à l'étranger ne sont pas imposées de la même façon que les
entreprises françaises et la NIC n'est donc plus respectée. En
revanche, la NIC est respectée si le principe de la source est
appliqué. Les entreprises qui investissent en France supportent
alors le même taux d'imposition quel que soit leur pays d'origine.
Dans ce cas, c'est la NEC qui est en défaut.
Les systèmes en vigueur dans les Etats de l'Union européenne sont
un mélange du principe de la source et du principe de résidence. En
effet, à l'exception de la France qui applique le principe de la
source, la plupart des pays appliquent le principe de résidence,
mais se réservent aussi le droit d'imposer les entreprises non
résidentes. Plus précisément, pour une société transnationale le
prélèvement peut opérer à quatre niveaux. Les bénéfices sont tout
d'abord imposés au titre de l'impôt sur les sociétés au niveau de
la filiale dans le pays où ils sont réalisés. Ils font ensuite
l'objet d'un prélèvement à la source (éventuellement récupérable)
dans le pays d'origine quand ils sont distribués à la société-mère.
Enfin, ces bénéfices peuvent être imposés à l'impôt sur les
sociétés dans le pays de résidence de la société-mère et in fine à
l'impôt sur le revenu au niveau de l'actionnaire final. D'une façon
générale, les bénéfices sont toujours imposés à l'IS dans le pays
dans lequel ils sont réalisés, que les sociétés soient résidentes
ou non . En revanche l'application d'une retenue à la source sur le
rapatriement des revenus n'est pas systématique. Elle dépend de la
nature du revenu rapatrié (dividendes, versements d'intérêts,
royalties) et du statut juridique de l'entreprise.
Sous certaines conditions, la directive mère-filiale du 23 Juillet
1990, entrée en vigueur le 1er janvier 1992, prévoit la suppression
de toute retenue à la source sur les dividendes qu'une filiale
distribue à sa société-mère dans un autre Etat membre . Toutefois,
si ces conditions ne sont pas respectées, les pays appliquent une
retenue à la source sur les dividendes dont le taux est
généralement fixé par une convention bilatérale ou à défaut par
l'application du droit interne. La directive mère-filiale ne
s'applique pas, en revanche, aux transferts d'intérêts et aux
royalties entre les sociétés d'un même groupe. Les pays de l'Union
européenne imposent les intérêts reçus des filiales et accordent un
crédit d'impôt lorsque ces intérêts ont déjà subi un prélèvement à
la source. Dans la plupart des cas, ces prélèvements sont nuls.
Toutefois, la Belgique, l'Italie et le Portugal prélèvent quasiment
systématiquement une retenue à la source sur les versements
d'intérêts. Il existe une retenue à la source en France pour des
destinations telles que le Luxembourg, la Belgique ou encore le
Portugal. Enfin, certains pays comme le Portugal n'ont pas conclu
de conventions fiscales bilatérales avec tous les Etats membres .
Dans ce cas, le droit interne s'applique et toute retenue à la
source est alors définitive.
La directive mère-filiale a en outre comme objectif d'éviter la
double imposition des bénéfices réalisés par une filiale qui est
résidente d'un autre Etat. Deux méthodes sont utilisées par le pays
de résidence pour alléger la double imposition des bénéfices de
source étrangère : l'exemption et l'imputation (voir encadré 1)
Cette dernière, si elle prend en pratique des formes très diverses,
correspond dans son principe à un crédit d'impôt accordé au titre
des bénéfices imposés dans le pays source. La plupart des pays
utilisent le système de l'exonération , le crédit d'impôt étant
utilisé par l'Irlande et le Royaume-Uni. Le régime fiscal des
dividendes reçus d'une filiale dont l'activité est située dans le
même pays que la société-mère peut différer du régime appliqué aux
filiales étrangères. Ainsi, l'Allemagne, l'Espagne, la Finlande et
l'Italie appliquent un système d'imputation à leur filiale
résidente. La Belgique et le Portugal appliquent l'exonération à
95%. Les autres pays pratiquent l'exonération.
Les systèmes du crédit d'impôt et de l'exonération
Le système du crédit d'impôt consiste, pour un Etat qui
taxe les entreprises selon le principe de résidence (bénéfice
mondial), à accorder à une société résidente un crédit d'impôt
correspondant aux impôts payés sur ses bénéfices réalisés à
l'étranger.
Exemple : Soit une société américaine dont le bénéfice réalisé à
l'étranger est égal à 100 $. Le taux d'impôt sur le bénéfice des
sociétés est supposé égal à 35 % aux Etats-Unis et à 15 % dans le
pays étranger. Dans ces conditions, cette société paiera 15 $
d'impôts au pays étranger et 20 $ (35 $ - 15 $) au Trésor
américain. En effet, l'impôt sur les sociétés dont elle est
redevable aux Etats-Unis (35 $ = 100*35 %) est réduit à 20 % grâce
au crédit d'impôt de 15 $.
Il peut cependant arriver que le profit de la filiale ne soit
imposé dans le pays de résidence de la société-mère que lorsqu'il
est rapatrié par la société-mère.
Exemple : Soit une société américaine dont une des filiales située
à l'étranger réalise un bénéfice égal à 500 $. Si le taux d'impôt
sur le bénéfice des sociétés est de 10 %, cette filiale paie 50 $
d'impôt. Supposons que cette filiale verse pour 100 $ de dividendes
à sa société-mère, elle peut par conséquent utiliser le reste (soit
350 $) pour développer ses activités. Dans ce cas, la société-mère
va payer des impôts au Trésor américain sur les 100 $ de dividendes
(et bénéficier par conséquent d'un crédit d'impôt correspondant à
l'impôt payé par la filiale au pays étranger sur les 100 $). La
société-mère ne paiera aucun impôt sur les 350 $ restant tant
qu'ils n'auront pas été rapatriés aux Etats-Unis.
Enfin, dans la plupart des pays, le crédit d'impôt ne peut pas
être utilisé par la société-mère pour réduire la charge fiscale
dont elle est redevable sur les profits réalisés dans le pays de
résidence. Autrement dit, le crédit d'impôt correspondant aux
impôts payés à l'étranger par une filiale ne peut excéder le
montant d'impôt correspondant à ce que prélève le pays
résidence.
Exemple : Une société-mère résidant aux Etats-Unis dont le
bénéfice réalisé à l'étranger est égal à 200 $ pourra prétendre à
un crédit d'impôt au plus égal à 70 $ (35 %*200 $).
Crédit d'impôt ou exemption ?
Le système de l'exemption suppose que l'entreprise supporte le
taux d'imposition du pays de la source. Ce système est plus
avantageux que le système du crédit d'impôt si le taux d'imposition
dans le pays de résidence est plus élevé. Si le taux est inférieur
les deux systèmes sont équivalents.
B. LE COÛT DU CAPITAL ASSOCIÉ AUX INVESTISSEMENTS INTÉRIEURS ET TRANSNATIONAUX EN EUROPE : DES ÉCARTS NON NÉGLIGEABLES
Le coût du capital (voir encadré 2 et annexe 2.1) permet
de synthétiser l'ensemble des paramètres fiscaux présentés
ci-dessus et s'interprète comme le taux de rendement avant impôt
nécessaire pour qu'un investissement réalisé à la marge rapporte
après impôt sur les sociétés un taux de rendement réel fixé ici à
5% . Autrement dit, plus la charge fiscale pesant sur les
entreprises est forte, plus le taux de rendement avant impôt de cet
investissement doit être élevé pour assurer un taux de rendement
après impôt de 5 % à l'investisseur. Le calcul du coût du capital
pour l'ensemble des pays européens permet de comparer la
rentabilité minimale qu'une entreprise doit être en mesure de
dégager pour un investissement additionnel réalisé dans son pays de
résidence ou à l'étranger. Il permet en outre de comparer la charge
fiscale qui repose sur une entreprise qui investit dans son pays
par rapport à celle que supporterait un investissement réalisé par
une société étrangère.
* Le tableau 5 donne le coût du capital dans chaque Etat pour des
investissements intérieurs en fonction du mode de financement et du
type d'actif. Le tableau 6 donne le coût du capital tous modes de
financement et actifs confondus. Dans l'annexe II.1 figurent les
tableaux des calculs intermédiaires.
On remarque que le mode de financement le plus avantageux est
l'endettement. Dans le cas extrême ou l'investissement n'est
financé que par endettement, le coût d'usage du capital - après
prise en compte des amortissements - est indépendant du taux
d'impôt sur les sociétés. Le taux de rendement net d'amortissement
de l'investissement marginal doit être exactement égal au taux
d'intérêt . Dans ces conditions, le taux de rendement devrait donc
être égal à 5%. Ce sont donc les amortissements dont le régime est
différent selon les pays qui expliquent les taux inférieurs à 5%
que l'on trouve dans le cas de l'endettement. Le coût du capital
sera d'autant plus faible que le système d'amortissement est
avantageux et que le taux de l'IS est élevé (C'est le cas en
l'Allemagne et en Belgique).
Quand l'investissement marginal est financé par augmentation de
capital, le taux de rendement, net d'amortissement, doit être tel
que le montant des dividendes distribués soit au moins égal à ce
qu'aurait pu obtenir l'investisseur sur les marchés financiers. Ce
taux va dépendre à la fois des systèmes d'amortissement mais aussi
du système de correction de la double imposition qui est appliqué.
Il sera d'autant plus faible que les systèmes d'impôt sur les
sociétés et d'imposition personnelle sont intégrés. C'est le cas de
la Finlande et de l'Italie qui appliquent un système d'imputation
intégrale, le montant de l'impôt sur les sociétés étant
intégralement déduit de l'impôt payé par l'actionnaire. Dans la
mesure où l'impôt sur le revenu des personnes physiques est supposé
nul, le coût du capital avant impôt est, pour ces deux pays et pour
les deux modes de financement que sont l'endettement et
l'augmentation de capital, identique et inférieur à 5%. Pour les
pays qui n'appliquent qu'un système d'imputation partielle
(c'est-à-dire ceux dont la législation prévoit que seule une partie
de l'impôt sur les sociétés est comptabilisée comme un pré-paiement
imputable sur l'impôt sur le revenu), le coût du capital devrait,
toute chose égale par ailleurs, être supérieur à 5%. Le coût du
capital devrait être d'autant plus élevé que le taux d'imputation
est faible mais il faut aussi tenir compte des écarts de taux
d'imposition et des différences entre les systèmes d'amortissement.
De fait, L'Allemagne, L'Espagne et la France ont, pour ce mode de
financement, un coût du capital relativement faible.
Lorsque l'investissement est autofinancé, les actionnaires
reçoivent les bénéfices sous forme de gains en plus-values et non
sous forme de dividendes et ne bénéficient donc pas du système
d'imputation. L'imposition des actionnaires étant ignorée ici, le
coût du capital est donc plus élevé quand le mode de financement
utilisé est l'autofinancement, mais est il est identique à celui
obtenu dans le cas d'un financement par augmentation de capital
pour les pays (Autriche, Belgique, Danemark, Pays Bas, Suède) qui
appliquent un système classique.
Les taux de rendement intérieurs avant impôt sont plus proches que
ne le sont les taux d'imposition faciaux. En effet les systèmes
d'imposition, dans chaque Etat, mettent en jeu des mécanismes qui
se compensent, pour conduire in fine à une moindre dispersion des
taux de rendement avant impôt par rapport au taux faciaux.
Cependant, les écarts peuvent être considérables. On constate par
exemple (tableau 5) des différences de taux effectifs d'imposition
de plus de 60 % entre la France et les Pays- Bas quand
l'investissement est financé par augmentation de capital, cet écart
étant beaucoup plus faible dans le cas de l'endettement (5 %). Ces
différences selon le mode de financement tendent à montrer le rôle
non négligeable des systèmes de correction de la double imposition,
qui n'ont d'effet que dans le cas de l'augmentation de capital.
Notons enfin que les écarts sont moins marqués lorsque l'on
considère conjointement l'ensemble des modes de financement mais
restent importants (tableau 6). C'est en Autriche, aux Pays-Bas et
au Danemark que les coûts sont les plus forts, la France se situant
dans la moyenne des pays européens.
5. Taux de rendement avant impôt requis pour un
rendement net de 5% :
investissements intérieurs
|
Mode de financement |
Actifs |
|||||
|
Autofinancement |
Augmentation de capital |
Endettement |
Machines |
Bâtiments |
Stocks |
|
|
Allemagne |
6,83% |
3,42% |
3,33% |
3,17% |
7,24% |
7,50% |
|
Autriche |
6,75% |
6,75% |
4,50% |
5,58% |
6,09% |
6,67% |
|
Belgique |
5,38% |
5,38% |
2,88% |
2,53% |
5,93% |
7,18% |
|
Danemark |
6,54% |
6,54% |
4,37% |
5,18% |
6,15% |
6,67% |
|
Espagne |
6,82% |
4,93% |
4,51% |
5,22% |
6,34% |
6,53% |
|
France |
6,65% |
4,39% |
4,54% |
4,91% |
6,01% |
7,04% |
|
Finlande |
6,13% |
4,44% |
4,44% |
4,95% |
5,57% |
6,07% |
|
Irlande |
6,34% |
6,09% |
4,31% |
5,01% |
5,96% |
6,50% |
|
Italie |
6,91% |
4,40% |
4,40% |
5,43% |
5,74% |
6,62% |
|
Luxembourg |
6,34% |
6,34% |
4,40% |
5,14% |
5,94% |
6,47% |
|
Pays-Bas |
7,06% |
7,06% |
4,76% |
6,09% |
6,14% |
6,75% |
|
Portugal |
6,64% |
5,11% |
4,22% |
5,04% |
5,84% |
6,75% |
|
RU |
6,36% |
5,11% |
4,49% |
5,18% |
5,77% |
6,25% |
|
Suède |
6,15% |
6,15% |
4,46% |
5,11% |
5,80% |
6,26% |
|
Moyenne |
6,49% |
5,44% |
4,26% |
4,90% |
6,04% |
6,66%
|
Calcul des auteurs (législation 1998) (1) Les taux
d'imposition sur les revenus des actionnaires (dividendes, intérêts
et plus-values) sont supposés nuls ainsi que le taux d'inflation.
On suppose pour les colonnes (4) (5) et (6) , c'est-à-dire, pour
chaque type d'actifs, que l'entreprise finance son investissement
par autofinancement (55%) par augmentation de capital (10%) et par
endettement (35%). De même, pour chaque mode de financement,
colonnes (1), (2) et (3), on suppose que l'investissement réalisé
est constitué pour 50% de bâtiments, pour 28% de machines et 22% de
stocks.
Lecture : Si une société française investit en France, pour
qu'elle soit en mesure d'assurer à ses investisseurs français un
taux de rendement après IS de 5%, il faut qu'elle obtienne un taux
de rendement avant impôt de 6,65%, lorsque la filiale est financée
sur les bénéfices non distribués de la société-mère, un taux de
4,39% dans le cas d'une augmentation de capital et un taux de 4,54%
dans le cas où l'investissement est financé par
endettement.
6. Taux de rendement moyens avant impôt requis pour un rendement net de 5% : investissements intérieurs
En %
|
|
|
|
|
|
4,53
|
5,97
|
|
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|
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Source : Calculs des auteurs (législation
1998). Les taux d'imposition sur les revenus des actionnaires
(dividendes, intérêts et plus values) sont supposés nuls, ainsi que
le taux d'inflation. Dans la colonne "Mode de financement", on
suppose que l'investissement réalisé est constitué pour 50% de
bâtiments, pour 28% de machines et 22% de stocks et que le projet
est financé pour 1/3 par chaque mode de financement (augmentation
de capital, autofinancement, endettement). Dans la colonne
"Actifs", on suppose que l'entreprise finance son investissement
par autofinancement (55%), par augmentation de capital (10%) et par
endettement (35%) et que par ailleurs, elle utilise 1/3 de chaque
actif pour son projet.
Lecture : Si une société française investit dans une filiale
en France, pour qu'elle soit en mesure d'assurer à ses
investisseurs français un taux de rendement après IS de 5%, il faut
qu'elle obtienne un taux de rendement avant impôt de 5,19%, lorsque
la filiale est financée pour 1/3 par chaque mode de financement et
de 5,98% lorsque la composition de cet investissement en actifs est
de 1/3 de machines 1/3 de bâtiments et de 1/3 de
stocks.
Le coût du capital
Supposons qu'une société souhaite développer son activité
dans son pays de résidence ou à l'étranger. Elle n'investira dans
ce projet que si le taux de rendement de ce projet est au moins
égal à ce qu'elle aurait pu obtenir en plaçant sur le marché
financier, c'est-à-dire au taux d'intérêt. On peut raisonner de
façon identique en supposant que l'entreprise appartienne à un
actionnaire. Dans ce cas, l'actionnaire ne sera incité à placer son
argent dans un projet d'investissement (sous forme d'actions ou
autres) que si l'entreprise qui met en oeuvre le projet est en
mesure de lui assurer un rendement au moins égal au taux d'intérêt
du marché.
En présence d'impôts, le taux de rendement avant impôt de son
projet doit être suffisant pour payer les impôts et assurer à
l'actionnaire un rendement égal au taux du marché. On suppose que
le raisonnement s'effectue sur le projet d'investissement marginal.
Autrement dit, le taux de rendement avant impôt est celui qui
assure l'égalité de la valeur actualisée du projet à son coût. Il
représente le taux de rendement minimal à partir duquel la société
décidera d'investir, qui est aussi le coût d'usage du capital.
Le coût du capital ou le taux de rendement avant impôt dépend de
variables macro-économiques, telles que le taux d'inflation et le
taux d'intérêt, et de la législation fiscale : taux d'imposition
sur les sociétés, provisions pour amortissements ou encore
subventions d'investissement. Il dépend aussi de l'actif, du
secteur et du mode de financement utilisé. En effet, le système
d'amortissement diffère selon le secteur et le type d'actif
considérés. De même, la politique financière de la firme (forme de
financement pour le nouvel investissement) a une incidence sur le
montant d'impôt payé. La possibilité de déduire les intérêts
d'emprunt de la base imposable constitue une incitation à financer
l'investissement par emprunt plutôt que par émission d'actions.
Le rendement de l'investissement qui échoit in fine aux
actionnaires est soumis à l'imposition des revenus personnels et
dans certains cas bénéficie d'une correction pour la double
imposition que constitue le prélèvement sur une même somme, à la
fois, de l'impôt sur les sociétés et de l'imposition personnelle.
Le coût du capital dépend donc aussi des systèmes d'imposition
personnelle et des mécanismes de correction de la double
imposition. Les rendements de l'investissement peuvent prendre la
forme de dividendes, d'intérêts ou encore de plus-values en
fonction du mode de financement de l'investissement. Les
dividendes, de même que les intérêts, sont imposés à un taux
généralement plus élevé que le taux d'imposition des plus-values.
Le différentiel entre le taux d'imposition personnel et celui sur
les plus-values peut procurer une incitation pour la firme à
s'autofinancer plutôt qu'à emprunter ou émettre des actions, si ce
différentiel permet de compenser l'impôt sur les sociétés. On peut
encore distinguer la façon dont l'épargnant fournit des fonds (soit
directement, soit par un intermédiaire tel qu'une banque ou une
compagnie d'assurance, soit par le mécanisme des fonds de
pension).
Il existe donc autant de coûts du capital que de combinaisons
d'actifs, de modes de financement pour l'investissement marginal et
de catégories d'actionnaires. L'ensemble des combinaisons ne
pouvant être considéré, nous n'avons retenu que quelques cas de
figures dans le calcul du coût du capital présentés dans les
tableaux 3 à 6 . Les hypothèses sont présentées dans l'annexe
1.
Les tableaux 7 et 8 présentent les taux de rendement (tous modes
de financement confondus) avant impôt pour des investissements
transnationaux effectués dans quatorze des quinze pays membres par
une société multinationale. Dans le tableau 7, le pays de résidence
est considéré comme le pays de référence. Ainsi, compte tenu des
hypothèses, une multinationale française ou italienne aura intérêt
à investir en Allemagne ou en Belgique plutôt qu'aux Pays-Bas. Les
écarts de taux de rendement sont, comme pour les investissements
intérieurs, non négligeables : ils peuvent atteindre plus de 30%.
Il ressort de ce tableau que l'Allemagne et la Belgique sont des
pays dans lesquels il est fiscalement avantageux d'investir et
inversement pour les Pays-Bas.
Le tableau 8 présente les taux de rendement avant impôt, (1)
lorsque les entreprises investissent dans l'Etat ou elles résident
(2) lorsqu'elles investissent dans chacun des autres Etats, (3)
quand les entreprises de chacun des autre Etats investissent dans
un pays tiers. Il ressort ce tableau que ni le principe de
neutralité à l'importation des capitaux, ni celui de la neutralité
à l'exportation des capitaux ne sont respectés. Ces résultats ne
font que refléter l'interaction relativement complexe entre les
systèmes nationaux quand une société a des filiales dans plusieurs
juridictions. Par exemple, la charge fiscale pesant in fine sur un
investissement réalisé à l'étranger et autofinancé par la filiale
ne dépendra que du système fiscal du pays source. En effet, dans ce
cas, le bénéfice réalisé grâce à cet investissement est imposé dans
le pays de la source, et l'actionnaire du pays de résidence est
rémunéré sous forme de plus-value, celle-ci étant soumise au régime
fiscal des plus-values. Dans la mesure où l'imposition des
personnes est ici ignorée, seule compte la taxation dans le pays de
la source. En revanche, un investissement financé par endettement
dépend aussi du régime fiscal du pays de résidence de la
société-mère, dans la mesure où le remboursement d'intérêts est
intégré dans la base imposable de la société-mère. Dans ce cas,
entrent en ligne de compte les écarts de taux de prélèvement à la
source sur les revenus d'intérêt entre les Etats. La situation est
analogue quand les investissements sont financés par augmentation
de capital. Dans ce dernier cas, il faut tenir compte du régime
d'intégration de l'IS et de l'IR. A cela, on ajoute enfin les
principes d'imposition internationaux (système de la correction de
la double imposition etc.).
L'application de la directive société-mère a permis de supprimer
un certain nombre de distorsions. En effet, les investissements
effectués en Allemagne par une filiale française ou britannique et
financés par augmentation de capital supportent aujourd'hui le taux
d'IS allemand. Toute chose égale par ailleurs, les différences de
coût du capital qui existaient entre les pays du fait de
l'application d'une retenue à la source lors du rapatriement des
dividendes vers le pays de résidence ont disparu. En revanche,
cette directive ne s'applique pas pour les revenus d'intérêts.
Cependant, dès lors que des conventions bilatérales existent entre
les pays, une retenue à la source positive est généralement "
annulée " par le pays de résidence de la société-mère grâce à un
système unique de crédit d'impôt. Cela n'est plus le cas si ces
conventions n'existent pas. Que ce soit pour les dividendes ou les
intérêts, le choix du mécanisme d'élimination de la double
imposition au niveau international modifie le coût du capital selon
le pays de résidence de la société-mère. Quand le système de
l'exonération est appliqué, le taux de prélèvement supporté par la
société-mère est celui du pays de la source. Dans le cas du crédit
d'impôt, ce taux dépend du différentiel d'imposition entre les deux
pays
.
7. Taux de rendement avant impôt requis pour un
rendement net de 5%
Investissements transnationaux
(Base 100 pour le pays de résidence)
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allemagne |
Autriche |
Belgique |
Danemark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxembourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
100,00 |
90,24 |
115,36 |
92,64 |
87,14 |
91,80 |
106,01 |
95,01 |
102,32 |
94,67 |
86,32 |
82,48 |
91,74 |
96,17 |
|
Autriche |
131,24 |
100,00 |
127,75 |
102,66 |
98,97 |
106,09 |
121,40 |
105,53 |
118,97 |
104,94 |
95,64 |
93,90 |
103,95 |
106,64 |
|
Belgique |
97,74 |
76,75 |
100,00 |
78,79 |
73,88 |
80,73 |
92,08 |
80,87 |
90,20 |
80,50 |
73,42 |
71,59 |
79,17 |
81,75 |
|
Danemark |
127,99 |
97,41 |
124,34 |
100,00 |
100,09 |
103,21 |
118,41 |
102,83 |
115,85 |
102,27 |
93,16 |
91,42 |
101,34 |
103,97 |
|
Espagne |
131,79 |
100,57 |
128,44 |
103,24 |
100,00 |
106,56 |
122,04 |
106,13 |
119,51 |
105,55 |
96,18 |
94,37 |
104,51 |
107,27 |
|
France |
122,12 |
94,98 |
121,43 |
97,51 |
91,60 |
100,00 |
114,31 |
100,13 |
111,85 |
99,64 |
90,86 |
88,71 |
98,18 |
101,21 |
|
Finlande |
123,96 |
93,46 |
119,29 |
95,94 |
100,13 |
99,53 |
100,00 |
101,44 |
111,82 |
98,12 |
89,37 |
87,99 |
99,05 |
99,75 |
|
Irlande |
124,60 |
94,75 |
121,03 |
97,26 |
96,01 |
100,65 |
115,16 |
100,00 |
112,91 |
99,43 |
90,62 |
89,03 |
98,56 |
101,05 |
|
Italie |
131,75 |
101,02 |
129,09 |
103,70 |
98,67 |
106,91 |
122,28 |
106,56 |
100,00 |
105,99 |
96,62 |
94,69 |
104,81 |
107,69 |
|
Luxembourg |
125,63 |
95,27 |
121,64 |
97,80 |
97,85 |
101,23 |
115,96 |
101,13 |
113,63 |
100,00 |
91,11 |
89,56 |
99,19 |
101,65 |
|
Pays-Bas |
137,40 |
104,56 |
133,51 |
107,34 |
102,90 |
110,82 |
127,03 |
110,37 |
124,33 |
109,76 |
100,00 |
98,15 |
108,74 |
111,56 |
|
Portugal |
126,71 |
97,28 |
124,27 |
106,33 |
95,93 |
102,84 |
117,75 |
102,62 |
115,24 |
108,71 |
99,06 |
100,00 |
100,92 |
110,50 |
|
Royaume-Uni |
126,88 |
95,98 |
122,55 |
98,53 |
99,41 |
102,11 |
116,94 |
102,74 |
114,64 |
100,75 |
91,79 |
90,30 |
100,00 |
102,41 |
|
Suède |
124,28 |
93,70 |
119,61 |
96,19 |
94,79 |
99,80 |
114,35 |
101,70 |
112,12 |
98,37 |
89,61 |
88,23 |
99,30 |
100,00
|
Source : Calcul des auteurs (législation 1998) Le pays de résidence de la société-mère est indiqué en colonne, celui de la filiale est indiqué en ligne. Les investissements sont constitués pour 50% de bâtiments, 28% de machines et 22% de stocks et sont financés par augmentation du capital de la part de la société-mère. Le taux de change est fixe et égal à l'unité. Il n'y a pas d'impôt sur le revenu des personnes physiques et le taux d'inflation est nul.
Lecture : Les résultats sont présentés en base 100 pour le pays de résidence. Ainsi l'écart d'imposition entre une société française qui investit dans une filiale en France et aux Pays Bas est de près de 11% , et de 2% si elle investit au Royaume-Uni.
8. Taux de rendement avant impôts requis pour un rendement net de 5% : investissements nationaux et transnationaux
En %
|
|
|
|
|
|
|
4,50 |
5,59 |
5,65 |
|
|
5,84 |
5,99 |
5,99 |
Source : Calculs des auteurs (législation
1998). La première colonne donne les taux de rendements avant
impôts dans le cadre national. La deuxième colonne donne le taux de
rendement moyen lorsque l'ensemble des pays investissent dans un
pays donné. La troisième colonne donne le taux de rendement moyen
lorsque une société mère d'un pays donné investit dans l'ensemble
des autres pays. Le taux de change est fixe et égal à l'unité. Il
n'y a pas d'impôt sur le revenu des personnes physiques et le taux
d'inflation est nul. L'investissement est constitué pour 50% de
bâtiments, 28% de machines et 22% de stocks.
Lecture : Pour qu'une société française soit en mesure
d'assurer à ses investisseurs français un taux de rendement après
IS de 5%, il faut qu'elle obtienne un taux de rendement avant impôt
de 5,94% si elle investit en France, de 6% en moyenne lorsqu'elle
investit à l'étranger. Le taux de rendement avant impôt doit être
égal à 5,91% pour l'ensemble des investissements étrangers réalisés
en France.
Les taux de rendement avant impôt présentés dans les
tableaux précédents sont calculés en utilisant le régime de droit
commun d'imposition des sociétés. La prise en compte des régimes
dérogatoires et des comportements d'optimisation des firmes peuvent
naturellement modifier les résultats. Par exemple, le taux de
rendement moyen avant impôt pour les investissements intérieurs
serait en Irlande de 4,88% et non plus de 5,58% si l'on prenait en
compte le régime applicable à certaines entreprises (industries de
fabrication, sociétés de services financiers) installées à Dublin
et dans la zone de Shannon (taux de 10% et possibilité
d'amortissement de 100% la première année). Dans ces conditions,
l'Irlande, devient une destination tout aussi intéressante que ne
le sont l'Allemagne et la Belgique dans nos calculs.
L'application des systèmes dérogatoires dépend non seulement du
lieu de localisation des investissements mais aussi du type
d'activités (centres de coordination, quartiers généraux). La liste
des activités couvertes par ces centres est différentes selon les
Etats mais concerne généralement les activités de coordination,
d'administration et de gestion des grands groupes. Quand il existe
une structure de ce type au sein d'une multinationale, il est
particulièrement difficile de calculer un coût du capital, les
quartiers généraux ayant un régime d'imposition forfaitaire qui
peut dans certains cas (Royaume-Uni) être directement négocié avec
l'administration. Les Etats membres qui disposent de tels régimes
sont : la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Luxembourg et
la France.
Enfin, comme on l'a déjà souligné, les entreprises multinationales
ont la possibilité de se soustraire à une partie de leurs
obligations fiscales par des pratiques d'optimisation fiscale, ce
qui là encore rend extrêmement difficile tout essai de calcul a
priori du coût du capital. La plus `courante' consiste à manipuler
les prix de transferts à l'occasion de transactions effectuées
entre des établissements ou des filiales situées dans des pays
différents. Il est fiscalement avantageux pour une multinationale
que ses filiales, situées dans des pays où le taux d'impôt sur les
sociétés est élevé, surévaluent le prix d'acquisition des biens et
services provenant d'établissements ou de filiales situées dans des
pays ayant des taux d'impôt sur les sociétés relativement faibles,
et à l'inverse sous-évaluent leurs prix de cessions internes.
Lall (1973), dans une étude déjà ancienne mais qui présente
l'avantage de reposer sur l'observation directe des prix de cession
internes pratiqués par les entreprises pharmaceutiques ayant des
filiales en Colombie, a montré que, compte tenu du régime fiscal
préférentiel de la Colombie, les flux internes de biens et services
reçues par les filiales colombiennes étaient très largement
surfacturées. Ce résultat semble corroboré par les travaux plus
récents de Grubert et Slemrod (1994). Ces deux auteurs ont analysé
les raisons pour lesquelles les multinationales américaines
détiennent des filiales à Porto Rico. Ils concluent que le
traitement fiscal favorable dont jouissent les entreprises
installées sur ces territoires incite les multinationales
américaines à détenir des filiales sur ces territoires afin de
minimiser leur charge fiscale globale, notamment en effectuant des
mouvements purement comptables de profit en faveur de ces filiales.
En revanche, les travaux de Bernard et Weiner (1990) portant sur
les compagnies pétrolières américaines, montrent que le prix des
transactions portant sur les produits pétroliers intra-firmes n'est
pas très éloigné par rapport au prix pratiqué sur le marché spot
pour le même type de produits, ce qui semblerait indiquer que les
prix de cession internes ne sont pas systématiquement utilisés
comme un moyen d'évasion fiscale.
La manipulation des prix de transfert ne se limite pas à la seule
manipulation des prix de cessions internes. Ainsi, dans certains
cas, une société-mère peut avoir intérêt à jouer sur les royalties
et les redevances (pour l'utilisation d'une licence ou d'un brevet
) que lui verse une filiale située à l'étranger. Le paiement de
redevances et de royalties constitue alors un substitut au
versement de dividendes et permet à la société-mère de rapatrier
une partie des bénéfices de sa filiale à un moindre coût fiscal.
C'est particulièrement le cas quand les bénéfices distribués font
l'objet d'une double imposition, soit parce que le pays étranger
utilise une retenue à la source sans que celle-ci fasse l'objet
d'un crédit d'impôt dans le pays de résidence de la société-mère,
soit parce que ce dernier utilise le système de l'exemption plutôt
que le système du crédit d'impôt.
Ainsi, Kopitz (1976) trouve une corrélation négative entre le
versement de royalties effectué par des filiales étrangères à leur
société-mère située aux Etats-Unis et la différence entre le
fardeau fiscal supporté par le versement de royalties et le
versement de dividendes. L'auteur montre que si le coût fiscal des
dividendes est de 1 % supérieur à celui des royalties, alors le
versement de royalties augmente de 0,56 % (soit une élasticité de
*0,56). Ces résultats sont confirmés par ceux de Hines (1995) qui
trouve une élasticité de *0,4 ou de Grubert (1995) qui conclut à un
impact significatif des taux de retenue à la source et des taux
d'impôt sur le bénéfice des sociétés sur la propension des filiales
étrangères à verser des royalties à leur société-mère située aux
Etats-Unis. Ces résultats doivent cependant être manipulés avec
précaution car la corrélation négative entre le versement de
royalties et le fardeau fiscal qui lui est associé ne signifie pas
forcément que les entreprises manipulent illégalement leurs prix de
transfert pour échapper à l'impôt. En effet ces estimations, en ne
prenant pas en compte certaines variables pouvant expliquer
l'intérêt pour une entreprise de recourir au système des royalties,
laisse ouverte l'explication selon laquelle ce système est tout
simplement favorable aux entreprises dont les filiales sont
implantées dans des pays où les taux de prélèvements sont
faibles.
Au total la multiplicité des formes d'investissements, la
diversité des régimes fiscaux (droit commun ou dérogatoires), ou
encore l'existence de comportements d'optimisation fiscale,
permettent difficilement d'obtenir une mesure synthétique de la
compétitivité fiscale d'un pays. Cette difficulté ne doit occulter
en rien les écarts de pression fiscale entre Etats, qui peuvent
être considérables.
A priori, une entreprise devrait investir dans les pays à
faible pression fiscale, soit en changeant de résidence, soit, pour
les multinationales, en délocalisant une filiale. Le comportement
de délocalisation des entreprises dépend de la mobilité du capital
physique et de l'importance du facteur fiscal dans le choix de
localisation des entreprises. A priori toutes les entreprises ne
sont pas également susceptibles de se délocaliser. Sont
principalement concernées les multinationales et les entreprises
dont l'activité ne nécessite pas d'immobilisations importantes ou
la proximité d'une clientèle. Ainsi, plus de 40% des
investissements directs seraient composés d'activités de
services.
Etablir à l'heure actuelle un bilan des délocalisations dues aux
seuls différentiels fiscaux n'est pas aisé. Les analyses
économétriques concernant l'impact de la fiscalité sur la
localisation des investissements directs sont peu probantes
(Encadré 3). Les monographies , quant à elles, soulignent que les
stratégies de délocalisations répondent à une logique de
concentration horizontale , ou d'accès à des compétences
particulières et à de nouvelles technologies. En revanche, les
coûts de productions (charges fiscales et coûts salariaux) ne
seraient plus des déterminants de premier rang.
Fiscalité et délocalisation : l'expérience américaine
La littérature concernant l'impact de la fiscalité sur la
localisation des investissements directs porte essentiellement sur
les investissements aux Etats-Unis. Une des raisons à cela est la
mise en oeuvre de réformes fiscales aux Etats-Unis en 1981 et 1986,
même si les premiers travaux portent sur des données antérieures à
cette période . L'impact de la fiscalité sur les investissements
directs transnationaux est étudié généralement en ayant recours à
la notion de taux marginal effectif ou de coût de capital. Plus
précisément, ces travaux reposent sur l'hypothèse, relativement
bien vérifiée empiriquement, selon laquelle les investissements
directs s'orienteraient vers les activités et les pays (ou régions)
pour lesquels le rendement après impôt est susceptible d'être le
plus élevé et sur l'hypothèse selon laquelle il existe une relation
négative entre le taux d'imposition effectif et le rendement après
impôt de l'investissement. A partir de là, s'il existe une
corrélation négative entre le rendement après impôt et le volume
d'investissement direct, les auteurs déduisent que des taux
marginaux élevés ont un effet dépressif sur le volume
d'investissements directs.
Dans un premier temps, les travaux se sont appuyés sur
l'utilisation de séries temporelles. Les études de Hartman (1981),
Boskin et Gale (1987) et Newlon (1987) s'inscrivent dans cette
perspective. Ces auteurs ont cherché à évaluer l'effet des taux de
rendements après impôt aux Etats-Unis et à l'étranger sur le
montant d'investissements directs réalisés par des sociétés
américaines à l'étranger. Hartman et Young (1988) ont effectué le
même type de calculs pour estimer l'impact des taux de rendement
américains et à l'étranger mais cette fois ci sur les
investissements étrangers aux Etats-Unis. Les investissements dont
il est question sont soit autofinancés, soit financés par
transferts de fonds de l'étranger. Le taux de rendement après
impôts à l'étranger aurait un impact positif sur les
investissements américains à l'étranger (élasticité égale à 1,4
selon Hartman) et, inversement, le taux de rendement après impôts
aux Etats-Unis aurait un effet négatif sur ces mêmes
investissements (élasticité égale à - 0,66). De la même façon, les
investissements directs étrangers réalisés aux Etats-Unis et
autofinancés seraient positivement corrélés (élasticité proche de
l'unité) avec les taux de rendements aux Etats-Unis (Hartman,
Boskin et Gale, op.cit) et négativement corrélés (élasticité proche
de l'unité) avec les taux d'imposition américains (Newlon, op.cit).
Utilisant non plus des série temporelles, mais plutôt des données
en coupe instantanée, Grubert and Mutti (1991) ainsi que Hines et
Rice (1994) ont estimé l'effet des taux d'imposition aux Etats-Unis
et à l'étranger sur la répartition, dans 33 pays pour les premiers
et 73 pour les seconds, des usines et équipements détenues par des
entreprises américaines et ce en identifiant différents secteurs
d'activités. Les deux études concluent à un effet négatif des taux
d'imposition étrangers sur la localisation d'usines et
d'équipements dans ces pays par des sociétés américaines (avec des
élasticités qui sont respectivement de -0,11 et -1). Enfin Harris
(1993) a analysé les réponses, en termes d'investissements à
l'étranger, des sociétés américaines dont le coût du capital a
augmenté aux Etats-Unis suite à la réforme de 1986. Il conclut que
les entreprises qui ont été le plus pénalisées par cette réforme
sont celles qui ont aussi le plus investi à l'étranger.
Malheureusement, les résultats de ces études économétriques sont
entachées de problèmes méthodologiques tels que, entre autres,
l'endogéneité du montant des investissements et des rendement après
impôt, ce qui remet en cause la validité de ces résultats.
A première vue, des écarts de fiscalité significatifs devraient se
traduire par une dissymétrie des flux d'investissement directs
entre Etats. Or l'intensification des flux d'investissements
directs depuis 1985 (graphique 4) concerne aussi bien les flux
d'investissements directs étrangers en France (IDF) que les flux
français à l'étranger (IDE). De plus, les flux d'investissements
directs entre la France et ses principaux partenaires, le
Royaume-Uni et l'Allemagne, sont relativement équilibrés.
Cependant, un analyse plus détaillée de la structure des IDE et des
IDF (tableau 9) fait clairement apparaître un fort accroissement
des opérations à court terme. Ces opérations recouvrent l'ensemble
des opérations de prêts, d'avances et de dépôts entre sociétés d'un
même groupe. La progression de ces flux s'expliquerait en partie
par les mouvements de concentration des trésoreries des firmes
multinationales et par la délocalisation des sièges de holdings
dans des pays offrant des fiscalités avantageuses (Belgique,
Pays-Bas, Luxembourg, France). Dans la structure de nombreuses
multinationales les holdings détiennent des participations
majoritaires dans des sociétés du groupe et les profits sont
rapatriés vers ces structures qui sont généralement installées dans
les pays qui leur offrent des conditions très avantageuses . Le
mouvement de globalisation entraîné par l'ouverture des frontières,
la création du marché unique et plus récemment de l'Union
monétaire, ont généré des mouvements de restructuration des grandes
entreprises dont la logique est purement économique. Il semblerait
que les groupes transnationaux aient pu développer, au cours de ces
restructurations, des comportements d'optimisation
fiscale.
4. Les investissements directs français à l'étranger et étrangers en France
Source : La balance des paiements 1997,
Rapport annuel de la Banque de France.9. Composition des flux
d'investissements directs de la France avec
l'étranger
|
1988 |
1989 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
|
|
Flux d'investissements directs français à l'étranger |
- 99,2 |
- 132,1 |
- 197,3 |
141,8 |
- 161,0 |
- 111,8 |
- 135,3 |
- 78,6 |
- 155,6 |
- 181,2
|
|
Capital Social |
- 61,8 |
- 100,9 |
- 131,1 |
- 104,6 |
- 89,4 |
- 58,2 |
- 55,5 |
- 40,0 |
- 78,0 |
- 95,9 |
|
Bénéfices réinvestis |
- 12,2 |
- 7,9 |
- 6,2 |
- 6,6 |
4,8 |
5,8 |
- 8,1 |
15,3 |
- 7,0 |
- 6,0 |
|
Autres opérations |
- 25,2 |
- 23,3 |
- 60,0 |
- 30,6 |
- 76,4 |
- 59,4 |
- 71,7 |
- 53,9 |
- 70,6 |
- 79,3 |
|
Prêt à long terme |
- 14,7 |
- 14,9 |
- 16,3 |
- 11,8 |
- 12,3 |
- 11,6 |
- 5,9 |
- 13,9 |
-15,2 |
- 11,8 |
|
Prêt à court terme
|
- 10,5 |
- 8,4 |
- 43,7 |
- 18,8 |
- 64,1 |
- 47,8 |
- 65,8 |
- 40,0 |
- 55,4 |
- 67,5 |
|
Flux d'investissements directs étrangers en France
|
50,8 |
83,3 |
85,0 |
85,6 |
94,5 |
93,1 |
86,5 |
118,2 |
112,3 |
122,5 |
|
Capital Social |
40,1 |
53,5 |
38,0 |
55,4 |
75,4 |
65,1 |
51,0 |
59,1 |
51,1 |
73,9 |
|
Bénéfices réinvestis |
Nd |
18,6 |
14,1 |
1,0 |
- 21,7 |
- 25,1 |
- 4,6 |
- 3,6 |
- 5,4 |
- 7,9 |
|
Autres opérations |
10,7 |
11,2 |
32,9 |
29,2 |
40,8 |
53,1 |
40,1 |
62,7 |
66,6 |
56,6 |
|
Prêt à long terme |
2,8 |
7,4 |
11,2 |
7,1 |
8,9 |
3,7 |
7,1 |
11,2 |
2,7 |
8,5 |
|
Prêt à court terme |
7,9 |
3,8 |
21,7 |
22,1 |
31,9 |
49,4 |
33,0 |
51,5 |
63,9 |
48,1 |
Sources : Banque de France, Bulletin Mai
1998
L'évaluation des propositions de la Commission
La Commission a récemment mis en avant des propositions de
directives concernant l'impôt sur les sociétés. Elle propose la
suppression de la retenue à la source pour les revenus d'intérêts
et les redevances entre sociétés d'un même groupe et
l'établissement d'un " code de bonne conduite ". La première
proposition s'inscrit dans la suite logique de la directive
société-mère, à savoir l'instauration de la neutralité à
l'importation des capitaux. L'adoption du code de bonne conduite en
1997 par le Conseil est d'un tout autre ordre. Elle vise à limiter
les effets dommageables des comportements concurrentiels des Etats
sur les finances publiques.
Nous avons montré précédemment que les écarts de pression fiscale
pesant sur les investissements directs pouvaient être non
négligeables. Or de tels écarts peuvent conduire à des
délocalisations qui auront une incidence à la fois sur les recettes
fiscales des Etats membres et sur l'efficacité économique. En
effet, des délocalisations guidées par des considérations fiscales
aboutissent en fin de compte à une mauvaise allocation des
ressources, en l'occurrence à un sur-investissement dans les pays à
faible fiscalité et à un sous-investissement dans les autres.
Naturellement, l'ampleur de ces effets dépend de l'élasticité du
capital physique au facteur fiscal. Or, comme nous l'avons vu dans
les chapitres précédents, les études empiriques sur ce sujet
restent peu concluantes. En revanche, les entreprises
multinationales adoptent clairement des comportements d'évasion
fiscale qui, contrairement aux délocalisations, n'affectent pas
l'efficacité de l'allocation des ressources mais conduisent à "
redistribuer " les recettes fiscales entre Etats.
La méthode la plus radicale pour éviter les délocalisations pour
des raisons fiscales et restaurer les conditions de l'efficacité
économique, consiste à harmoniser les bases et les taux en Europe,
l'un ne pouvant s'effectuer sans l'autre . Mais, nous avons vu dans
la partie théorique de ce rapport, les problèmes liés à la mise en
place concertée de ce type d'harmonisation, notamment la difficulté
à se mettre d'accord sur le niveau des taux. D'ailleurs, le rapport
Ruding, qui au début des années 1990 qui préconisait cette forme
d'harmonisation, n'a jamais été suivi de directives.
Jusqu'à présent, les mesures prises par la Commission concernaient
les investissements transnationaux et plus particulièrement le
traitement des opérations à l'intérieur d'un même groupe. La
directive société-mère en supprimant la retenue à la source pour
les dividendes et la double imposition entre sociétés d'un même
groupe, visait à assurer la neutralité à l'importation des
capitaux, ce qui revenait à se rapprocher du principe de la source.
Elle propose aujourd'hui d'étendre aux intérêts et aux redevances
la directive applicable aux dividendes. On peut penser que, dans la
mesure où des conventions bilatérales existent dans la plupart des
cas, ce type de réforme n'induirait que des modifications
marginales du coût du capital. Cependant la lisibilité des
législations en serait certainement renforcée.
Dans le même ordre d'idée, on peut aussi discuter, bien que cela
ne soit pas au programme de la Commission, de l'opportunité de
généraliser le système de l'exemption ou du crédit d'impôt afin de
prévenir la double imposition. L'exonération permet de respecter la
neutralité à l'importation des capitaux, le taux supporté par les
entreprises étant celui de la source, mais ne constitue pas pour
autant une garantie contre la délocalisation de certaines activités
des multinationales. A l'inverse, le crédit d'impôt a l'avantage de
supprimer toute incitation à la délocalisation quand la
société-mère ne change pas de résidence. De plus, le crédit d'impôt
permettrait aux différents pays de garder une marge de manoeuvre
pour taxer les entreprises résidentes plus importante que ne le
permet l'exonération. En revanche, dans la mesure où le pays de
résidence " rembourse " aux entreprises les impôts payés dans les
pays étrangers, cette solution entraînerait une redistribution de
recettes fiscales entre les différents pays et nécessiterait la
mise en place d'un contrôle fiscal strict ( Giovannini et Hines
(1990)). Remarquons au passage que la recherche de la neutralité à
l'importation des capitaux (NIC) n'a que peu d'intérêt dans la
mesure où elle ne supprime pas les incitations à la délocalisation.
En revanche, la généralisation du crédit d'impôt, qui correspond au
principe de neutralité à l'exportation, permettrait au contraire de
limiter ces comportements.
Quel que soit le principe de neutralité retenu, deux questions
cruciales restent en suspens : celle du transfert de résidence de
la société-mère et celle de l'optimisation fiscale. Autrement dit,
la recherche de la neutralité devient un critère insuffisant dès
lors que les systèmes sont différents et que les entreprises
multinationales ont la possibilité d'optimiser. Certes, les Etats
ont, pour la plupart, adopté des règles visant à limiter la
pratique des prix de transferts ou encore de sous-capitalisation,
et certains ont même adopté une législation destinée à lutter
contre l'usage de pays à fiscalité privilégiée . Mais, la
crédibilité de ces dispositifs dépend de l'efficacité des
mécanismes de contrôle fiscal mis en place, ceux-ci pouvant être
coûteux. A cet égard, l'Union européenne pourrait peut-être
s'inspirer de la méthode du fractionnement utilisée aux Etats-Unis
pour contrer les délocalisations de bénéfice. Cette méthode
consiste à répartir le bénéfice imposable entre les Etats dans
lesquels la multinationale a des filiales, sur la base de la part
des immobilisations, des ventes et des salaires versés par
l'entreprise dans chaque Etat. Mais naturellement, cette méthode
est d'autant plus simple à appliquer que les bases imposables sont
harmonisées. Cette harmonisation ne pose aucun problème aux
Etats-Unis, compte tenu de l'existence d'un impôt fédéral sur les
sociétés. En revanche, elle reste difficile à mettre en oeuvre dans
l'Union européenne faute d'un centre de décision
supra-national.
De son côté, le " code de bonne conduite " est plus ambitieux : il
vise à la fois les comportements optimisation fiscale des
entreprises et les délocalisations que pourrait susciter la
concurrence fiscale entre Etats. Ce code demande aux Etats membres
de prendre l'engagement politique de s'abstenir de toute mesure
donnant lieu à " une concurrence dommageable ". Il ne spécifie pas
précisément quelles sont les mesures dommageables, mais énumère un
certains nombre de critères permettant de les identifier. Par
exemple, sont considérées comme dommageables, les facilités qui
seraient accordées exclusivement aux non-résidents ou encore les
règles de détermination des bénéfices provenant des activités
internes à un groupe multinational qui divergerait des normes
admises par l'OCDE . Par ailleurs, il est prévu que les Etats
peuvent discuter des mesures fiscales prises dans d'autres Etats,
afin d'en établir le caractère préjudiciable.
Au total, ce code est non contraignant sur le plan juridique et
son efficacité repose entièrement sur la volonté politique des
Etats. L'idée d'un code de bonne conduite susceptible d'englober
toute une série de mesures potentiellement dommageables est
certainement plus pertinente que l'instauration d'un taux minimal
d'imposition pour les entreprises. En effet, nous avons vu, lors de
la description des systèmes d'imposition sur les sociétés, que les
instruments susceptibles d'être utilisés par les Etats pour se
concurrencer sont nombreux et ne se limitent pas aux seuls taux
d'imposition faciaux. D'un autre côté, un taux d'imposition minimal
permettrait de limiter les pratiques d'optimisation fiscale, qui
repose dans certains cas (manipulation des prix de cessions) sur la
comparaison des taux nominaux. Mais naturellement, l'instauration
d'un taux minimal nécessiterait une directive votée à l'unanimité
et donc juridiquement contraignante, ce qui n'est pas le cas du "
code de bonne conduite ". L'absence d'unanimité au moment du vote
des directives montre clairement qu'une volonté commune n'existe
pas. Cependant, on peut penser que, suite aux pressions politiques
répétées des Etats membres soucieux d'une meilleure coopération
fiscale, les Etats réfractaires pourraient in fine se plier à la
volonté générale. L'autre possibilité étant bien sûr la remise en
question de la règle à l'unanimité comme l'ont proposé récemment
les gouvernements français et allemand.
La méthodologie utilisée pour calculer les taux effectifs
d'imposition applicables aux investissements intérieurs et
transnationaux directs dans les quinze Etats membres de l'Union
européenne, et ce pour la législation fiscale en vigueur au 1er
Janvier 1998, est celle de King et Fullerton (1984), reprise et
développée par Alworth (1988) et Devereux et Pearson (1991-1994).
Il s'agit de calculer le coût de l'investissement marginal effectué
par une société-mère dans un pays étranger. On suppose que cette
entreprise basée dans un pays détient entièrement une filiale dans
un autre pays et est elle-même détenue par des actionnaires imposés
dans le pays de résidence. La société-mère a comme objectif de
maximiser la richesse de ces actionnaires, c'est-à-dire la valeur
actuelle des profits futurs de la firme. Cette valeur dépend des
systèmes fiscaux en vigueur. La maximisation du profit implique que
la firme investira jusqu'au point où le coût du projet
d'investissement marginal est égal à son taux de rendement
marginal.
Les hypothèses dans cet article sont identiques à celles de
Devereux et Pearson (1991).
Les hypothèses
Nous raisonnons sur le secteur manufacturier.
L'investissement marginal est composé de machines, bâtiments et
stocks et ce dans les proportions suivantes: machines (50%),
bâtiments (28%), stocks (22%).
-- La société-mère peut financer l'investissement marginal de
plusieurs façons :
1. S'il s'agit d'un investissement intérieur (dans le pays de
résidence de la société-mère), la société-mère peut l'autofinancer,
augmenter le capital de sa filiale ou encore emprunter pour le
compte de sa filiale.
2. S'il s'agit d'un investissement transnational:
· La filiale peut s'autofinancer
· La société-mère peut procéder à une augmentation de capital de
sa filiale. Elle finance cette augmentation de capital de trois
façons : sur ses propres bénéfices, en empruntant ou augmentant
elle même son capital.
· La société-mère prête à sa filiale. Là encore, la société-mère
peut, pour cela, utiliser ses bénéfices non distribués, emprunter
ou augmenter elle- même son capital.
Le régime fiscal des bénéfices réalisés par la filiale dépendra
naturellement du mode de financement choisi. De même, ces modalités
affectent le taux d'actualisation utilisé pour le calcul du
rendement du projet. Nous supposons que le financement de
l'investissement marginal (sauf dans le cas ou la filiale
s'autofinance) est assuré à 55% par autofinancement, à 10% par une
augmentation de capital et à 35% par l'endettement. Ces calculs ne
tiennent donc pas compte des comportements d'optimisation
financière de la firme.
-- Le taux d'inflation et le taux d'intérêt réel sont égaux pour
l'ensemble des pays. Le taux d'inflation est nul, le taux d'intérêt
réel est de 5%. Le taux de change est supposé constant dans tous
les pays. Ces hypothèses ne sont pas excessives à la veille de la
réalisation de l'Union monétaire. Certes le taux d'inflation moyen
des Quinze est en 1998 de 1,7% et non de zéro. Cependant, comme ce
sont les écarts et non les valeurs absolues qui importent dans ce
travail, le choix de cette valeur n'a que peu d'importance. Enfin,
ces hypothèses permettent d'isoler les effets du système fiscal sur
l'investissement, des effets de la conjoncture.
-- L'impôt sur le revenu des personnes physiques a un effet sur le
coût du capital. Le taux d'actualisation utilisé pour évaluer le
projet d'investissement est celui de l'investisseur. Or les
dividendes, les intérêts et les plus-values n'étant généralement
pas soumis au même barème lorsqu'ils sont imposés au niveau de
l'actionnaire, la valeur de ce taux d'actualisation dépend du mode
de financement du projet choisi par l'entreprise. Dans la mesure où
l'on souhaite se focaliser sur les effets de l'impôt sur les
sociétés, nous supposons que les taux auxquels sont soumis les
revenus des capitaux mobiliers sont nuls.
-- Le taux d'amortissement économique est de 12,5% pour les
machines et de 3,6% pour les bâtiments.
Nous tenons compte dans le calcul du coût du capital,
Pour les investissements domestiques :
-- Du taux de l'impôt sur les sociétés,
-- Déductions pour amortissements,
-- Des règles de valorisation des stocks,
-- Du système de correction de la double imposition.
Pour les investissements internationaux :
-- Des retenues à la source sur les dividendes et les
intérêts,
-- Du traitement des revenus de sources étrangères.
Tableaux intermédiaires du calcul du coût du capital
Les tableaux ci-dessous donnent le taux de rendement avant impôt
nécessaire pour qu'un investissement rapporte après impôt sur les
sociétés un taux de rendement réel de 5% et ce pour le cas de
l'autofinancement (tableau a), de l'augmentation de capital
(tableaux b.*) et pour l'endettement (tableaux 2.c.*). Les tableaux
b.4 et c.4 donne la moyenne des taux de rendement obtenu dans le
cas de l'augmentation de capital et de l'endettement pour les trois
sources de financement possibles pour la société-mère.
a. Mode de Financement : autofinancement par la
filiale
|
|
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
6,83 |
|
Autriche |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
|
Belgique |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
|
Danemark |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
|
Espagne |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
|
France |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
|
Finlande |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
|
Irlande |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
|
Italie |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
|
Luxembourg |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
|
Pays-Bas |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
|
Portugal |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
|
Royaume-Uni |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
|
Suède |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15
|
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
(1) Le pays de résidence (pays de la société mère) est
indiqué en ligne. Le pays de la source (dans lequel la filiale est
installée) est indiqué en colonne.
b. Mode de financement : augmentation de capital généré par
la société mère
La société mère peut elle même se financer de trois façons : autofinancement, augmentation du capital et endettement.
b.1. Autofinancement
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
3,14 |
5,40 |
5,40 |
5,40 |
4,98 |
4,89 |
4,99 |
5,38 |
4,81 |
5,40 |
5,40 |
5,07 |
5,13 |
5,40 |
|
Autriche |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
6,75 |
|
Belgique |
5,38 |
5,38 |
5,60 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
5,38 |
|
Danemark |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
6,54 |
|
Espagne |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
6,81 |
|
France |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
6,65 |
|
Finlande |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
4,44 |
6,50 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
6,34 |
6,13 |
|
Irlande |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
|
Italie |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
4,40 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
6,91 |
|
Luxembourg |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,41 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
6,34 |
|
Pays-Bas |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
7,06 |
|
Portugal |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,64 |
6,91 |
6,64 |
6,64 |
|
Royaume-Uni |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,55 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
|
Suède |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,52 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,15 |
6,36 |
6,15
|
Source : Calculs des auteurs (législation
1998).
b.2. Augmentation de capital
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
5,51 |
8,15 |
8,15 |
8,15 |
5,87 |
5,49 |
5,92 |
7,81 |
5,20 |
8,15 |
8,15 |
6,27 |
6,56 |
8,15 |
|
Autriche |
3,57 |
6,28 |
6,28 |
6,28 |
4,60 |
4,32 |
4,63 |
6,05 |
4,11 |
6,28 |
6,28 |
4,89 |
5,10 |
6,28 |
|
Belgique |
2,40 |
5,00 |
4,81 |
5,00 |
3,39 |
3,12 |
3,42 |
4,78 |
2,92 |
5,00 |
5,00 |
3,67 |
3,87 |
5,00 |
|
Danemark |
3,55 |
6,28 |
6,28 |
6,28 |
4,59 |
4,32 |
4,63 |
6,06 |
4,10 |
6,28 |
6,28 |
4,89 |
5,10 |
6,28 |
|
Espagne |
3,61 |
6,36 |
6,36 |
6,36 |
4,66 |
4,38 |
4,69 |
6,13 |
4,16 |
6,36 |
6,36 |
4,96 |
5,17 |
6,36 |
|
France |
3,36 |
6,13 |
6,13 |
6,13 |
4,42 |
4,14 |
4,45 |
5,90 |
3,91 |
6,13 |
6,13 |
4,72 |
4,93 |
6,13 |
|
Finlande |
3,26 |
5,86 |
5,86 |
5,86 |
4,25 |
3,99 |
5,42 |
5,35 |
3,78 |
5,86 |
5,86 |
4,54 |
4,61 |
5,86 |
|
Irlande |
3,29 |
5,93 |
5,93 |
5,93 |
4,29 |
4,02 |
4,33 |
5,71 |
3,81 |
5,93 |
5,93 |
4,58 |
4,79 |
5,93 |
|
Italie |
3,64 |
6,39 |
6,39 |
6,39 |
4,69 |
4,41 |
4,72 |
6,16 |
5,58 |
6,39 |
6,39 |
4,99 |
5,20 |
6,39 |
|
Luxembourg |
3,36 |
6,01 |
6,01 |
6,01 |
4,37 |
4,10 |
4,40 |
5,72 |
3,89 |
6,01 |
6,01 |
4,66 |
4,86 |
6,01 |
|
Pays-Bas |
3,89 |
6,66 |
6,66 |
6,66 |
4,94 |
4,66 |
4,98 |
6,43 |
4,44 |
6,66 |
6,66 |
5,24 |
5,46 |
6,66 |
|
Portugal |
3,51 |
6,25 |
6,25 |
6,25 |
4,55 |
4,28 |
4,59 |
6,02 |
4,06 |
6,25 |
6,25 |
4,71 |
5,06 |
6,25 |
|
Royaume-Uni |
3,37 |
6,01 |
6,01 |
6,01 |
4,38 |
4,11 |
4,41 |
5,63 |
3,90 |
6,01 |
6,01 |
4,66 |
4,87 |
6,01 |
|
Suède |
3,27 |
5,86 |
5,86 |
5,86 |
4,26 |
3,99 |
4,29 |
5,35 |
3,78 |
5,86 |
5,86 |
4,54 |
4,61 |
5,86
|
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
b.3. Endettement
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
1,98 |
3,20 |
2,88 |
3,20 |
3,15 |
2,80 |
3,51 |
3,32 |
3,04 |
3,34 |
3,15 |
3,02 |
3,40 |
3,51 |
|
Autriche |
3,48 |
4,27 |
3,91 |
4,27 |
4,21 |
3,82 |
4,62 |
4,39 |
4,09 |
4,43 |
4,21 |
4,07 |
4,50 |
4,62 |
|
Belgique |
2,32 |
3,07 |
2,84 |
3,07 |
3,02 |
2,64 |
3,41 |
3,19 |
2,91 |
3,23 |
3,02 |
2,88 |
3,30 |
3,41 |
|
Danemark |
3,47 |
4,27 |
3,90 |
4,27 |
4,21 |
3,82 |
4,62 |
4,39 |
4,09 |
4,43 |
4,21 |
4,07 |
4,50 |
4,62 |
|
Espagne |
3,53 |
4,33 |
3,96 |
4,33 |
4,27 |
3,87 |
4,68 |
4,44 |
4,15 |
4,49 |
4,27 |
4,12 |
4,56 |
4,68 |
|
France |
3,27 |
4,08 |
3,71 |
4,08 |
4,02 |
3,62 |
4,44 |
4,20 |
3,90 |
4,25 |
4,02 |
3,88 |
4,32 |
4,44 |
|
Finlande |
3,19 |
3,94 |
3,60 |
3,94 |
3,89 |
3,51 |
3,40 |
4,28 |
3,78 |
4,10 |
3,89 |
3,75 |
4,28 |
4,28 |
|
Irlande |
3,20 |
3,97 |
3,62 |
3,97 |
3,92 |
3,54 |
4,32 |
4,09 |
3,80 |
4,13 |
3,92 |
3,78 |
4,20 |
4,32 |
|
Italie |
3,55 |
4,35 |
3,99 |
4,35 |
4,29 |
3,90 |
4,71 |
4,47 |
3,16 |
4,52 |
4,29 |
4,15 |
4,59 |
4,71 |
|
Luxembourg |
3,28 |
4,05 |
3,70 |
4,05 |
3,99 |
3,61 |
4,39 |
4,21 |
3,88 |
4,21 |
3,99 |
3,86 |
4,28 |
4,39 |
|
Pays-Bas |
3,80 |
4,61 |
4,24 |
4,61 |
4,55 |
4,15 |
4,97 |
4,73 |
4,43 |
4,78 |
4,55 |
4,41 |
4,85 |
4,97 |
|
Portugal |
3,43 |
4,22 |
3,86 |
4,22 |
4,16 |
3,77 |
4,58 |
4,34 |
4,05 |
4,39 |
4,16 |
4,14 |
4,46 |
4,58 |
|
Royaume-Uni |
3,29 |
4,06 |
3,71 |
4,06 |
4,00 |
3,62 |
4,40 |
4,29 |
3,89 |
4,22 |
4,00 |
3,87 |
4,29 |
4,40 |
|
Suède |
3,19 |
3,94 |
3,60 |
3,94 |
3,89 |
3,51 |
4,28 |
4,28 |
3,78 |
4,10 |
3,89 |
3,75 |
4,28 |
4,28
|
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
b.4. Taux de rendement moyens quant la société mère
finance sa filiale par
augmentation de capital
(Moyenne pondérée des valeurs figurants dans les tableaux 2.b.1 à 2.b.3)
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
2,97 |
4,91 |
4,79 |
4,91 |
4,43 |
4,22 |
4,57 |
4,90 |
4,23 |
4,96 |
4,89 |
4,48 |
4,67 |
5,01 |
|
Autriche |
5,29 |
5,83 |
5,71 |
5,83 |
5,65 |
5,48 |
5,79 |
5,85 |
5,56 |
5,89 |
5,81 |
5,63 |
5,80 |
5,96 |
|
Belgique |
4,01 |
4,54 |
4,56 |
4,54 |
4,36 |
4,20 |
4,50 |
4,55 |
4,27 |
4,59 |
4,52 |
4,34 |
4,50 |
4,65 |
|
Danemark |
5,17 |
5,72 |
5,59 |
5,72 |
5,53 |
5,36 |
5,68 |
5,74 |
5,44 |
5,78 |
5,70 |
5,51 |
5,68 |
5,84 |
|
Espagne |
5,34 |
5,90 |
5,77 |
5,90 |
5,71 |
5,54 |
5,86 |
5,92 |
5,62 |
5,96 |
5,88 |
5,69 |
5,86 |
6,02 |
|
France |
5,14 |
5,70 |
5,57 |
5,70 |
5,50 |
5,34 |
5,66 |
5,72 |
5,41 |
5,76 |
5,68 |
5,48 |
5,66 |
5,82 |
|
Finlande |
4,81 |
5,34 |
5,22 |
5,34 |
5,16 |
5,00 |
4,17 |
5,61 |
5,07 |
5,39 |
5,32 |
5,14 |
5,45 |
5,45 |
|
Irlande |
4,94 |
5,47 |
5,35 |
5,47 |
5,29 |
5,13 |
5,43 |
5,49 |
5,20 |
5,53 |
5,45 |
5,27 |
5,44 |
5,59 |
|
Italie |
5,41 |
5,96 |
5,83 |
5,96 |
5,77 |
5,60 |
5,92 |
5,98 |
4,08 |
6,02 |
5,94 |
5,75 |
5,93 |
6,09 |
|
Luxembourg |
4,97 |
5,50 |
5,38 |
5,50 |
5,32 |
5,16 |
5,46 |
5,57 |
5,23 |
5,56 |
5,48 |
5,30 |
5,47 |
5,62 |
|
Pays-Bas |
5,60 |
6,16 |
6,03 |
6,16 |
5,97 |
5,80 |
6,12 |
6,18 |
5,87 |
6,22 |
6,14 |
5,95 |
6,12 |
6,29 |
|
Portugal |
5,21 |
5,76 |
5,63 |
5,76 |
5,57 |
5,40 |
5,72 |
5,78 |
5,48 |
5,82 |
5,74 |
5,72 |
5,72 |
5,88 |
|
Royaume-Uni |
4,99 |
5,52 |
5,39 |
5,52 |
5,33 |
5,17 |
5,48 |
5,67 |
5,25 |
5,57 |
5,50 |
5,32 |
5,48 |
5,64 |
|
Suède |
4,82 |
5,35 |
5,23 |
5,35 |
5,17 |
5,01 |
5,31 |
5,62 |
5,08 |
5,40 |
5,33 |
5,15 |
5,46 |
5,47
|
Source : Calculs des auteurs (législation
1998).
c. Mode de financement : endettement auprès de la société
mère
c.1. Autofinancement
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
3,90 |
5,83 |
6,16 |
5,83 |
5,57 |
5,98 |
5,10 |
5,71 |
5,59 |
5,68 |
5,88 |
5,79 |
5,37 |
5,52 |
|
Autriche |
7,24 |
7,51 |
7,88 |
7,51 |
7,27 |
8,21 |
7,00 |
7,38 |
7,80 |
7,34 |
7,57 |
7,78 |
7,20 |
7,14 |
|
Belgique |
5,11 |
5,66 |
6,22 |
5,66 |
4,89 |
6,14 |
5,05 |
5,53 |
5,73 |
5,50 |
5,72 |
5,81 |
5,29 |
5,32 |
|
Danemark |
7,05 |
7,30 |
7,64 |
7,30 |
8,32 |
7,94 |
6,83 |
7,18 |
7,56 |
7,14 |
7,35 |
7,55 |
7,01 |
6,96 |
|
Espagne |
7,17 |
7,49 |
7,86 |
7,49 |
7,41 |
8,15 |
6,96 |
7,36 |
7,74 |
7,32 |
7,55 |
7,74 |
7,17 |
7,13 |
|
France |
6,08 |
6,78 |
7,17 |
6,78 |
5,79 |
7,27 |
6,06 |
6,62 |
6,79 |
6,60 |
6,84 |
6,91 |
6,34 |
6,39 |
|
Finlande |
7,37 |
7,32 |
7,66 |
7,32 |
9,70 |
8,10 |
5,48 |
7,57 |
7,77 |
7,17 |
7,38 |
7,66 |
7,33 |
7,00 |
|
Irlande |
7,10 |
7,26 |
7,61 |
7,26 |
7,81 |
7,98 |
6,81 |
7,14 |
7,60 |
7,09 |
7,31 |
7,55 |
6,99 |
6,91 |
|
Italie |
6,98 |
7,42 |
7,81 |
7,42 |
6,75 |
8,05 |
6,82 |
7,28 |
5,27 |
7,24 |
7,48 |
7,64 |
7,06 |
7,04 |
|
Luxembourg |
7,20 |
7,31 |
7,66 |
7,31 |
8,30 |
8,03 |
6,90 |
7,27 |
7,67 |
7,15 |
7,36 |
7,61 |
7,07 |
6,97 |
|
Pays-Bas |
7,42 |
7,73 |
8,11 |
7,73 |
7,27 |
8,40 |
7,21 |
7,61 |
7,99 |
7,57 |
7,80 |
7,99 |
7,42 |
7,37 |
|
Portugal |
6,70 |
7,14 |
7,51 |
8,34 |
6,81 |
7,73 |
6,55 |
7,00 |
7,30 |
8,17 |
8,40 |
9,23 |
6,78 |
7,98 |
|
Royaume-Uni |
7,37 |
7,42 |
7,77 |
7,42 |
8,69 |
8,18 |
7,03 |
7,49 |
7,82 |
7,26 |
7,47 |
7,74 |
7,19 |
7,08 |
|
Suède |
7,39 |
7,35 |
7,68 |
7,35 |
7,82 |
8,13 |
7,02 |
7,59 |
7,80 |
7,19 |
7,40 |
7,69 |
7,36 |
7,02
|
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
c.2. Augmentation de capital
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
6,76 |
9,32 |
9,82 |
9,32 |
7,09 |
7,25 |
6,58 |
8,80 |
6,58 |
9,09 |
9,40 |
7,69 |
7,38 |
8,83 |
|
Autriche |
3,84 |
6,76 |
7,13 |
6,76 |
5,10 |
5,22 |
4,71 |
6,40 |
4,71 |
6,59 |
6,82 |
5,54 |
5,31 |
6,40 |
|
Belgique |
2,27 |
5,01 |
5,17 |
5,01 |
3,45 |
3,56 |
3,09 |
4,67 |
3,09 |
4,85 |
5,07 |
3,87 |
3,65 |
4,67 |
|
Danemark |
3,83 |
6,54 |
6,89 |
6,54 |
5,00 |
5,11 |
4,64 |
6,21 |
4,64 |
6,39 |
6,60 |
5,41 |
5,20 |
6,21 |
|
Espagne |
3,81 |
6,72 |
7,09 |
6,72 |
5,07 |
5,19 |
4,69 |
6,37 |
4,69 |
6,56 |
6,78 |
5,52 |
5,29 |
6,37 |
|
France |
3,08 |
6,13 |
6,52 |
6,13 |
4,40 |
4,52 |
3,99 |
5,75 |
3,99 |
5,95 |
6,19 |
4,86 |
4,62 |
5,75 |
|
Finlande |
3,93 |
6,53 |
6,85 |
6,53 |
5,05 |
5,16 |
5,79 |
5,91 |
4,71 |
6,38 |
6,58 |
5,45 |
5,12 |
6,21 |
|
Irlande |
3,70 |
6,49 |
6,84 |
6,49 |
4,90 |
5,01 |
4,53 |
6,14 |
4,53 |
6,33 |
6,55 |
5,33 |
5,11 |
6,14 |
|
Italie |
3,69 |
6,72 |
7,11 |
6,72 |
5,00 |
5,12 |
4,60 |
6,35 |
6,06 |
6,55 |
6,79 |
5,46 |
5,22 |
6,35 |
|
Luxembourg |
3,82 |
6,53 |
6,88 |
6,53 |
5,00 |
5,10 |
4,64 |
6,14 |
4,64 |
6,38 |
6,59 |
5,41 |
5,20 |
6,20 |
|
Pays-Bas |
4,09 |
7,00 |
7,36 |
7,00 |
5,35 |
5,46 |
4,96 |
6,64 |
4,96 |
6,83 |
7,06 |
5,79 |
5,56 |
6,64 |
|
Portugal |
3,55 |
6,44 |
6,81 |
7,63 |
4,80 |
4,92 |
4,42 |
6,09 |
4,42 |
7,47 |
7,69 |
6,26 |
5,02 |
7,28 |
|
Royaume-Uni |
3,91 |
6,63 |
6,98 |
6,63 |
5,09 |
5,20 |
4,73 |
6,14 |
4,73 |
6,48 |
6,69 |
5,50 |
5,29 |
6,30 |
|
Suède |
3,93 |
6,54 |
6,87 |
6,54 |
5,06 |
5,16 |
4,71 |
5,92 |
4,71 |
6,39 |
6,60 |
5,46 |
5,13 |
6,22 |
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
(a)
c.3. Endettement
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
2,50 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
3,73 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
3,72 |
|
Autriche |
3,74 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
|
Belgique |
2,18 |
3,07 |
3,18 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
3,07 |
|
Danemark |
3,74 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
|
Espagne |
3,71 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
4,67 |
|
France |
2,98 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
3,97 |
|
Finlande |
3,84 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
3,84 |
4,92 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,80 |
4,69 |
|
Irlande |
3,60 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
4,51 |
|
Italie |
3,59 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
3,52 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
4,58 |
|
Luxembourg |
3,73 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,66 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
4,62 |
|
Pays-Bas |
3,99 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
4,94 |
|
Portugal |
3,46 |
4,40 |
4,40 |
5,59 |
4,40 |
4,40 |
4,40 |
4,40 |
4,40 |
5,59 |
5,59 |
5,74 |
4,40 |
5,59 |
|
Royaume-Uni |
3,82 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
4,83 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
4,71 |
|
Suède |
3,84 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,92 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,69 |
4,81 |
4,69 |
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
c.4. Taux de rendement moyens quant la société mère
prête à sa filiale
(Moyenne pondérée des valeurs figurants dans les tableaux 2.c.1 à 2.c.3)
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
3,70 |
5,44 |
5,67 |
5,44 |
5,07 |
5,32 |
4,77 |
5,33 |
5,03 |
5,34 |
5,48 |
5,26 |
4,99 |
5,22 |
|
Autriche |
5,67 |
6,45 |
6,69 |
6,45 |
6,15 |
6,68 |
5,96 |
6,34 |
6,40 |
6,34 |
6,49 |
6,48 |
6,14 |
6,21 |
|
Belgique |
3,80 |
4,69 |
5,05 |
4,69 |
4,11 |
4,81 |
4,16 |
4,58 |
4,53 |
4,58 |
4,73 |
4,65 |
4,35 |
4,47 |
|
Danemark |
5,57 |
6,28 |
6,51 |
6,28 |
6,69 |
6,50 |
5,84 |
6,19 |
6,24 |
6,18 |
6,32 |
6,31 |
5,99 |
6,06 |
|
Espagne |
5,63 |
6,43 |
6,67 |
6,43 |
6,22 |
6,64 |
5,93 |
6,32 |
6,36 |
6,32 |
6,46 |
6,44 |
6,11 |
6,19 |
|
France |
4,69 |
5,73 |
5,99 |
5,73 |
5,01 |
5,84 |
5,12 |
5,61 |
5,53 |
5,61 |
5,77 |
5,68 |
5,34 |
5,48 |
|
Finlande |
5,79 |
6,32 |
6,54 |
6,32 |
7,48 |
6,61 |
4,94 |
6,47 |
6,39 |
6,22 |
6,36 |
6,40 |
6,23 |
6,11 |
|
Irlande |
5,54 |
6,22 |
6,45 |
6,22 |
6,36 |
6,47 |
5,78 |
6,12 |
6,21 |
6,11 |
6,26 |
6,26 |
5,94 |
5,99 |
|
Italie |
5,47 |
6,36 |
6,61 |
6,36 |
5,81 |
6,54 |
5,81 |
6,24 |
4,73 |
6,24 |
6,40 |
6,35 |
6,01 |
6,11 |
|
Luxembourg |
5,65 |
6,29 |
6,51 |
6,29 |
6,68 |
6,55 |
5,87 |
6,24 |
6,30 |
6,19 |
6,33 |
6,34 |
6,02 |
6,07 |
|
Pays-Bas |
5,89 |
6,68 |
6,93 |
6,68 |
6,26 |
6,90 |
6,19 |
6,58 |
6,62 |
6,57 |
6,72 |
6,70 |
6,36 |
6,45 |
|
Portugal |
5,25 |
6,11 |
6,35 |
7,31 |
5,76 |
6,28 |
5,59 |
6,00 |
6,00 |
7,20 |
7,35 |
7,71 |
5,77 |
7,07 |
|
Royaume-Uni |
5,78 |
6,39 |
6,62 |
6,39 |
6,94 |
6,67 |
5,99 |
6,42 |
6,42 |
6,29 |
6,43 |
6,46 |
6,13 |
6,17 |
|
Suède |
5,80 |
6,34 |
6,56 |
6,34 |
6,45 |
6,63 |
5,98 |
6,49 |
6,40 |
6,24 |
6,37 |
6,42 |
6,24 |
6,13 |
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
Les tableaux d ci-dessous sont des résumés des tableaux a à c La première colonne donne les taux de rendements avant impôt dans le cadre national. La deuxième colonne donne le taux de rendement moyen lorsque l'ensemble des pays investissent dans un pays donné. La troisième colonne le taux de rendement moyen lorsque une société mère d'un pays donné investie dans l'ensemble des autres pays. Ainsi pour la France (tableau d.2), lorsque la filiale est financée par un apport en capital de la part de la société mère, le taux de rendement moyen est de 5,34% si l'investissement est réalisé en France alors qu'il est de 5,60% en moyenne s'il est réalisé à l'étranger. Pour les investissements étrangers en France, le taux moyen est pour ce mode de financement de 5,16%.
d.1. Taux globaux moyens de rendement transnational requis avant impôt lorsque la filiale est financée à l'aide des bénéfices non distribués
En %
|
Taux de rendement moyen requis |
Ecart type des taux de rendement requis |
||||
|
Investissement intérieur |
Investissements étrangers réalisés dans le pays |
Investissements réalisés à l'étranger |
Pays de résidence |
Pays de la source |
|
|
Allemagne |
6,83 |
6,83 |
6,46 |
- |
0,43 |
|
Autriche |
6,75 |
6,75 |
6,47 |
- |
0,43 |
|
Belgique |
5,38 |
5,38 |
6,58 |
- |
0,43 |
|
Danemark |
6,54 |
6,54 |
6,49 |
- |
0,43 |
|
Espagne |
6,81 |
6,81 |
6,47 |
- |
0,43 |
|
France |
6,65 |
6,65 |
6,48 |
- |
0,43 |
|
Finlande |
6,13 |
6,13 |
6,52 |
- |
0,43 |
|
Irlande |
6,34 |
6,34 |
6,50 |
- |
0,43 |
|
Italie |
6,91 |
6,91 |
6,46 |
- |
0,43 |
|
Luxembourg |
6,34 |
6,34 |
6,50 |
- |
0,43 |
|
Pays-Bas |
7,06 |
7,06 |
6,45 |
- |
0,43 |
|
Portugal |
6,64 |
6,64 |
6,48 |
- |
0,43 |
|
RU |
6,36 |
6,36 |
6,50 |
- |
0,43 |
|
Suède |
6,15 |
6,15 |
6,52 |
- |
0,43 |
|
Moyenne |
6,49 |
6,49 |
6,49 |
0,43
|
|
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
d.2. Taux globaux moyens de rendement transnational requis avant impôt lorsque la filiale est financée par un apport en capital de la société mère
En %
|
Taux de rendement moyen requis |
Ecart type des taux de rendement requis |
||||
|
Investissement intérieur |
Investissements étrangers réalisés dans le pays |
Investissements réalisés à l'étranger |
Pays de résidence |
Pays de la source |
|
|
Allemagne |
2,97 |
4,69 |
5,05 |
0,28 |
0,39 |
|
Autriche |
5,83 |
5,71 |
5,52 |
0,19 |
0,44 |
|
Belgique |
4,56 |
4,43 |
5,50 |
0,18 |
0,32 |
|
Danemark |
5,72 |
5,59 |
5,53 |
0,19 |
0,44 |
|
Espagne |
5,71 |
5,79 |
5,31 |
0,19 |
0,47 |
|
France |
5,34 |
5,60 |
5,16 |
0,18 |
0,48 |
|
Finlande |
4,17 |
5,25 |
5,50 |
0,22 |
0,48 |
|
Irlande |
5,49 |
5,35 |
5,62 |
0,18 |
0,44 |
|
Italie |
4,08 |
5,86 |
5,21 |
0,19 |
0,48 |
|
Luxembourg |
5,56 |
5,38 |
5,61 |
0,18 |
0,45 |
|
Pays-Bas |
6,14 |
6,04 |
5,48 |
0,19 |
0,40 |
|
Portugal |
5,72 |
5,65 |
5,31 |
0,19 |
0,47 |
|
RU |
5,48 |
5,41 |
5,52 |
0,19 |
0,46 |
|
Suède |
5,47 |
5,25 |
5,68 |
0,21 |
0,44 |
|
Moyenne |
5,16 |
5,43 |
5,43 |
0,20 |
0,44
|
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
d.3. Taux globaux moyens de rendement transnational requis avant impôt lorsque la filiale est financée par un prêt de la société mère
En %
|
Taux de rendement moyen requis |
Ecart type des taux de rendement requis |
||||
|
Investissement intérieur |
Investissements étrangers réalisés dans le pays |
Investissements réalisés à l'étranger |
Pays de résidence |
Pays de la source |
|
|
Allemagne |
3,70 |
5,26 |
5,42 |
0,24 |
0,58 |
|
Autriche |
6,45 |
6,31 |
6,10 |
0,28 |
0,53 |
|
Belgique |
5,05 |
4,47 |
6,47 |
0,29 |
0,32 |
|
Danemark |
6,28 |
6,21 |
6,20 |
0,30 |
0,63 |
|
Espagne |
6,22 |
6,30 |
6,06 |
0,28 |
0,91 |
|
France |
5,84 |
5,48 |
6,35 |
0,36 |
0,60 |
|
Finlande |
4,94 |
6,40 |
5,61 |
0,38 |
0,58 |
|
Irlande |
6,12 |
6,14 |
6,06 |
0,27 |
0,57 |
|
Italie |
4,73 |
6,18 |
6,03 |
0,33 |
0,62 |
|
Luxembourg |
6,19 |
6,24 |
6,10 |
0,28 |
0,63 |
|
Pays-Bas |
6,72 |
6,52 |
6,21 |
0,29 |
0,61 |
|
Portugal |
7,71 |
6,31 |
6,13 |
0,70 |
0,58 |
|
RU |
6,13 |
6,38 |
5,81 |
0,29 |
0,58 |
|
Suède |
6,13 |
6,33 |
5,97 |
0,23 |
0,63 |
|
Moyenne |
5,87 |
6,04 |
6,04 |
0,32 |
0,60
|
Source : Calculs des auteurs (législation 1998).
.1. Taux nominaux d'imposition des sociétés (1998)
|
Sociétés résidentes
|
Sociétés non résidentes |
|
|
Allemagne(1) |
47,47 / 31,61 |
44,31 |
|
Autriche(2) |
34 |
34 |
|
Belgique(3) |
40,17 |
40,17 |
|
Danemark |
34 |
34 |
|
Espagne(4) |
35 |
35 |
|
Finlande |
28 |
28 |
|
France(5) |
41,66 |
41,66 |
|
Grèce(6) |
35 |
35 |
|
Irlande(7) |
25 si bénéfices <= 50 000 £IR |
|
|
Italie(8) |
37 |
37 |
|
Luxembourg |
20% sur la partie du bénéfice ' [1-400 000 Flux]
|
31,20(9) |
|
Pays-Bas |
35 |
35 |
|
Portugal(10) |
34 |
34 |
|
Royaume-Uni |
21% si bénéfice < 300 000 £ |
33% |
|
Suède |
28 |
28
|
Source : European Tax Handbook, IBFD
publication 1998, Fiscalité des Etats Membres de l'Union
Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
(1) Le premier taux s'applique aux bénéfices réinvestis, le second
aux bénéfices distribués. Ces taux prennent en compte la majoration
au titre de la taxe de solidarité de 5,5%.
(2) Un taux de 22% est appliqué aux sociétés de financement de PME
(capital risque). Par ailleurs, en fonction de leur chiffre
d'affaires, les sociétés sont soumises à un montant minimum
d'IS.
(3) Ce taux prend en compte la majoration de la contribution
complémentaire de crise de 3%. Les taux sont réduits en fonction du
niveau des bénéfices réalisés.
(4) Pour les PME (CA<10MF) ce taux est de 30% pour la partie de
la base imposable < à 600.000 F et 35% au-delà
(5) Ce taux prend en compte la surcharge de 10% et de 15%. Pour
les PME (CA<50MF) ce taux est de 20,9 % sur un maximum de 200000
F de bénéfices réinvesti et de 36,66% (plus une majoration de 15%)
sur les autres bénéfices.
(6) Ces taux s'appliquent aux SA dont les actions sont cotées à
Athènes et aux SARL. Pour les SA non cotées et pour les banques ce
taux est de 40%.
(7) Un taux réduit de 10% s'applique à certaines activité
industrielles, informatiques etc.. et sont aussi accordées aux
filiales des sociétés étrangères.
(8) Pour les bénéfices non distribués, un taux de 19% s'applique
sur la fraction des bénéfices correspondant à la rémunération de
l'augmentation de l'actif net. Le taux moyen d'imposition de
l'ensemble du bénéfice ne peut être inférieur à 27%.
(9) Ce taux comprend une surtaxe de 4% au profit du fonds pour
l'emploi.
(10) Un taux de 27,5% est appliqué aux sociétés d'investissements
immobiliers.
2.Pour un bénéfice fiscal de 100, il reste :
|
Si l'entreprise redistribue(1) |
Si l'entreprise réinvestit |
|
|
Allemagne |
50,33 |
52,53 |
|
Autriche |
49,50 |
66 |
|
Belgique |
44,87 |
59,83 |
|
Danemark |
49,50 |
66 |
|
Espagne |
48,75 |
65 |
|
France |
72 |
72 |
|
Finlande |
58,34 |
58,34 |
|
Grèce |
65 |
65 |
|
Irlande |
68 |
68 |
|
Italie |
63 |
63 |
|
Luxembourg |
52,5 |
70 |
|
Pays-Bas |
48,75 |
65 |
|
Portugal |
54,775 |
62,6 |
|
Royaume-Uni |
69 |
69 |
|
Suède |
72 |
72
|
Source : Fiscalité des Etats Membres de
l'Union Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
(1) Cette colonne tient compte des retenues à la source sur les
bénéfices distribués.
3. Mécanismes de correction de la double imposition des dividendes versés par une société mère à ses actionnaires
|
Pays de résidence de la société mère |
Société mère - actionnaire |
|
Allemagne |
Système d'imputation partiel |
|
Autriche |
Classique |
|
Belgique |
Classique |
|
Danemark |
Classique + taux réduit sur les dividendes pour les actionnaires |
|
Espagne |
Système d'imputation partiel : avoir fiscal : 40% |
|
France |
Système d'imputation partiel : avoir fiscal : 50% |
|
Finlande |
Système d'imputation total |
|
Grèce |
Exonération |
|
Irlande |
Système d'imputation partiel |
|
Italie |
Système d'imputation total |
|
Luxembourg |
Classique plus exemption (50%) |
|
Pays-Bas |
Classique |
|
Portugal |
Système d'imputation partiel |
|
Royaume-Uni |
Système d'imputation partiel : avoir fiscal : 0,25% |
|
Suède |
Classique
|
Source : Fiscalité des Etats Membres de l'Union Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
4. Principe d'imposition des bénéfices à l'impôts sur
les sociétés
dans les pays de l'UE
|
Etats Membres |
Principe d'imposition du revenu(1) |
|
Allemagne |
Bénéfice mondial |
|
Autriche |
Bénéfice mondial |
|
Belgique |
Bénéfice mondial |
|
Danemark |
Bénéfice mondial |
|
Espagne |
Bénéfice mondial |
|
France |
Principe du territoire(2) |
|
Finlande |
Bénéfice mondial |
|
Irlande |
Bénéfice mondial |
|
Italie |
Bénéfice mondial(3) |
|
Luxembourg |
Bénéfice mondial |
|
Pays-Bas |
Bénéfice mondial |
|
Portugal |
Bénéfice mondial |
|
Royaume-Uni |
Bénéfice mondial |
|
Suède |
Bénéfice mondial
|
Source : Fiscalité des Etats Membres de
l'Union Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
(1) Le principe du territoire suppose que ne sont imposables que
les bénéfices réalisés dans les entreprises exploités dans le pays.
La méthode du bénéfice mondial suppose que les entreprises soient
imposées sur la totalité de leurs résultats y compris ceux qui
proviennent de succursales étrangères. Mais elles sont généralement
autorisées à imputer sur l'impôt exigible les impôts qu'elles ont
déjà payés à l'étranger.
(2) En pratique, le Ministère des Finances peut autorisé une
entreprise sur demande à pratiquer le régime du bénéfice
mondial.
(3 )Les revenus soumis à des retenues à la source finales sont
exclus de la base
5. Principe d'imposition des dividendes reçus par une
société mère de la part de sa filiale de même nationalité ou de
nationalité étrangère
|
Etats Membres |
Principe d'imposition des revenus (dividendes) des filiales nationales et étrangères versés aux entreprises résidentes (1) |
Principe d'imposition des revenus des entreprises non
résidentes |
|
|
Filiale nationale(2) |
Filiales étrangères(2) |
||
|
Allemagne |
Système imputation totale |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Autriche |
Exonération |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Belgique |
Exonération à 95% |
Exonération à 95% et déduction des taxes étrangères sur le bénéfice imposable pour les 5% restant. |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Danemark |
Exonération(3) |
Exonération(4) |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Espagne |
Imputation et crédit d'impôt :50% |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source |
|
France(5) |
Exonération |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Finlande |
Imputation(6) |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Irlande |
Exonération |
Crédit d'impôt |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Italie |
Imputation et crédit d'impôt :58,73%° |
Exonération à 95% |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Luxembourg |
Exonération |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Pays-Bas |
Exonération |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Portugal |
Exonération à 95% |
Exonération à 95% |
IS et retenue à la source de 10% |
|
Royaume-Uni |
Exonération |
Crédit d'impôt |
IS et exonération de retenue à la source |
|
Suède |
Exonération |
Exonération |
IS et exonération de retenue à la source
|
Source : Fiscalité des Etats Membres de
l'Union Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
(1) On suppose dans tous les cas que la directive société
mère-filiale s'applique . C'est à dire que la participation de
la société mère au capital de sa filiale est supposée supérieure à
25%. Dans le cas contraire, les bénéfices reçus de l'étranger sont
dans la plupart des cas inclus dans la base imposable de la société
mère et les dividendes peuvent faire l'objet d'une retenue à la
source récupérable ou non sur l'IS. Le taux de cette retenue étant
fixé par des conventions bilatérales.
(2) L'exemption suppose que les dividendes reçus ne sont pas
imposés au niveau du récipiendaire. Un système de crédit suppose
que les dividendes soient imposés au niveau du récipiendaire mais
que ce dernier bénéficie d'un crédit d'impôt pour les impôts déjà
versés par la société distributrice et ce quelle que soit sa
nationalité
(3) Dans le cas de la non application de la directive
mère-filiale, la base imposable est constituée de 66% des
dividendes versés.
(4) Le régime d'exemption n'est accordée que si les dividendes ont
subit à l'étranger un prélèvement équivalent à qui prévaut au
Danemark. Dans le cas contraire, ils sont imposés au Danemark mais
bénéficient pas d'un crédit d'impôt. Lorsque la société mère ne
possède pas 25% du capital de sa filiale, les dividendes sont
imposés à un taux réduit de 22,44%.
(5) Dans le cas de la non application de la directive
mère-filiale, la société bénéficiaire de la redistribution
bénéficie du mécanisme de l'avoir fiscal (50%). Dans le cas du
régime d'intégration des filiales et s'il s'agit de dividendes
reçus de la part d'une filiale française, un précompte égal à 1/3
de la distribution est due, mais celui-ci est totalement compensé
par l'octroi du crédit d'impôt. Si les dividendes sont reçus de
l'étranger, le précompte est appliqué amis là encore est totalement
compensé par le crédit d'impôt aux actionnaires.
(6) Il existe une taxe minimale sur le paiement des
dividendes.
6. Principe d'imposition des intérêts reçus par une
société mère de la part de ses filiales en fonction du pays de
résidence de la société mère
|
Pays de résidence de la société mère |
Filiale étrangère |
Filiale et Société mère de même nationalité
|
|
Allemagne |
Imposition et crédit d'impôt |
Retenue à la source et système d'imputation totale |
|
Autriche |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS |
|
Belgique |
Imposition et crédit d'impôt |
Retenue à la source et système d'imputation totale |
|
Danemark |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS |
|
Espagne |
Imposition et crédit d'impôt |
Retenue à la source et système d'imputation totale |
|
France |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS |
|
Finlande |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS |
|
Irlande |
Imposition et crédit d'impôt |
Retenue à la source et système d'imputation totale |
|
Italie |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS |
|
Luxembourg |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS |
|
Pays-Bas |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS |
|
Portugal |
Imposition et crédit d'impôt |
Retenue à la source et pas de crédit d'impôt |
|
Royaume-Uni |
Imposition et crédit d'impôt |
Retenue à la source et système d'imputation totale |
|
Suède |
Imposition et crédit d'impôt |
Imposition à l'IS
|
Source : Fiscalité des Etats Membres de l'Union Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
7. Taux de retenue à la source pour les intérêts en provenance d'un Etat de l'UE
En %
|
Pays de la résidence |
||||||||||||||
|
Source |
Allema-gne |
Autriche |
Belgique |
Dane-mark |
Espagne |
France |
Finlande |
Irlande |
Italie |
Luxem-bourg |
Pays Bas |
Portugal |
Royaume-Uni |
Suède |
|
Allemagne |
34,65(1) |
0 |
0 |
0 |
10 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
10 |
0 |
0 |
|
Autriche |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Belgique |
0 |
15 |
15 |
15 |
15 |
15 |
10 |
15 |
15 |
0 |
0 |
15 |
15 |
10 |
|
Danemark |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
|
Espagne |
0 |
0 |
0 |
0 |
25 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
France |
0 |
15 |
0 |
10 |
0 |
10 |
0 |
10 |
10 |
10 |
12 |
0 |
0 |
|
|
Finlande |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Irlande |
0 |
0 |
15 |
0 |
0 |
0 |
0 |
24 |
10 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Italie |
10 |
10 |
15 |
15 |
12 |
10 |
15 |
10 |
0 |
10 |
10 |
15 |
0 |
15 |
|
Luxembourg |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Pays-Bas |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Portugal |
10 |
10 |
15 |
- |
15 |
12 |
15 |
15 |
15 |
- |
- |
20 |
10 |
- |
|
Royaume-Uni |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
20 |
0 |
|
Suède |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0
|
(1) Il s'agit d'une retenue de 30% augmentée d'une
majoration exceptionnelle de 5,5% . Cette retenue est totalement
supprimée par le crédit d'impôt. Il en est de même pour l'ensemble
des pays lorsqu'il s'agit d'investissements intérieurs.
Source : Fiscalité des Etats Membres de l'Union
Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
0
8. Règles d'amortissements
0
1.
|
Etats Membres |
Machines |
Immeubles(1) |
|
Allemagne |
Amortissement linéaire : 10% |
Amortissement linéaire 4% ou amortissement
dégressif : |
|
Autriche |
Amortissement linéaire obligatoire : 10 à 20% |
Amortissement linéaire obligatoire : 4% |
|
Belgique |
Amortissement linéaire de droit commun ou dégressif sur option. (10 à 33%)(2) |
Amortissement linéaire de droit commun (5%) ou dégressif sur option (10%) : |
|
Danemark |
Amortissement dégressif de 30% (maximum) |
Amortissement linéaire obligatoire (30% au total) |
|
Espagne |
Amortissement linéaire de droit commun : 10% |
Amortissement linéaire obligatoire : 3% |
|
France |
Amortissement linéaire de 10 à 15%.(3) |
Amortissement linéaire 5%(3) |
|
Finlande |
Amortissement dégressif : 30% maximum |
Amortissement dégressif 7% maximum |
|
Grèce |
Amortissement linéaire : 10 à 20% |
Amortissement linéaire : 8% |
|
Irlande(4) |
Amortissement linéaire obligatoire sur 7 ans: |
Amortissement linéaire obligatoire : 4%
|
|
Italie |
Amortissement linéaire : 10 à 12,5% |
Amortissement linéaire : 3% |
|
Luxembourg |
Amortissement linéaire : 10 % ou Amortissement dégressif : coefficient de 3 avec un maximum de 30% |
Amortissement linéaire : 4 à 5% |
|
Pays-Bas |
Amortissement linéaire : 10 à 20% (5) |
Amortissement linéaire : 2 et 4% |
|
Portugal |
Amortissement linéaire : 12,5 à 25% (6) |
Amortissement linéaire : 5% |
|
Royaume-Uni(7) |
Amortissement dégressif : 25% |
Amortissement linéaire obligatoire: 4% |
|
Suède |
Amortissement dégressif de droit (30%) et linéaire sur option (20%) |
Amortissement linéaire obligatoire: 4%
|
(1) Il s'agit ici des immeubles à usage industriel.
(2) Dans le cas de l'option dégressive, le taux ne peut dépasser
deux fois le taux linéaire et chaque annuité dégressive ne peut
excéder 40% du prix d'achat
(3) Possibilité d'amortissement dégressif (au choix) pour les
biens d'équipement .
(4) Présence des zones Franches de Shannon et de Dublin :
Possibilité d'amortir jusqu'à 100% au titre de la première
année.
(5) Amortissement initial de 100% si l'entreprise s'installe dans
une zone d'entreprise.
(6) Possibilité d'amortissement dégressif mais les taux dépendent
d'accords entre l'entreprise et l'administration fiscale.
(7) Amortissement dégressif sur demande :
Si durée de vie des équipements est < 5 ans, le taux dégressif
est égal à taux linéaire * 50%
Si durée de vie des équipements est comprise entre 5 et 6 ans, le
taux dégressif est égal à taux linéaire * 100%
Si durée de vie des équipements est >6 ans, le taux dégressif
est égal à taux linéaire * 150%
Source : Fiscalité des Etats Membres de l'Union Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
9. Méthode d'évaluation des stocks
|
Etats membres
|
LIFO |
FIFO |
|
Allemagne |
oui |
non |
|
Autriche |
conditionnel |
oui |
|
Belgique |
conditionnel |
oui |
|
Danemark |
conditionnel |
oui |
|
Espagne |
non |
oui |
|
France |
non |
oui |
|
Finlande |
non |
oui |
|
Grèce |
non |
oui |
|
Irlande |
non |
oui |
|
Italie |
oui |
oui |
|
Luxembourg |
conditionnel |
oui |
|
Pays-Bas |
oui |
oui |
|
Portugal |
oui |
oui |
|
Royaume-Uni |
non |
oui |
|
Suède |
non |
oui
|
Source : Fiscalité des Etats Membres de l'Union Européenne, Dictionnaire Permanent Fiscal (1998).
Les directives adoptées :
Le 23 juillet 1990, trois documents sont adoptés par le Conseil
des Ministres de la CEE
1. Directive du Conseil du 23 juillet 1990 concernant le régime
fiscal commun applicable aux sociétés mères et filiales d'Etats
membres différents (90/435/CEE);
2. Directive du Conseil du 23 juillet 1990 concernant le régime
fiscal commun applicable aux fusions, scissions, apports d'actifs
et échanges d'actions intéressants des sociétés d'Etats membres
différents (90/434/CEE) ;
3. Convention relative à l'élimination des doubles impositions en
cas de correction des bénéfices d'entreprises associées
(90/436/CEE).
La " directive société mère-filiale " a pour effet de lever dans
une importante mesure les barrières fiscales pour les flux de
dividendes à l'intérieur de la Communauté européenne. En effet,
avant l'entrée en vigueur de cette directive, le régime fiscal des
dividendes distribués par une filiale à sa maison mère lorsque
celle-ci était résidente d'un autre Etat était le suivant: une
retenue à la source était prélevée dans le pays de la filiale et ne
pouvait être récupérée dans le pays de la maison mère. Or, cette
situation n'existait pas lorsque la filiale et la maison mère
étaient résidentes du même état, d'où la discrimination. La
directive prévoit la suppression de toute retenue à la source sur
les dividendes qu'une filiale distribue à sa société mère dans un
autre Etat membre, tandis que la société mère bénéficie d'une
exemption ou d'une imputation totale pour les revenus financiers
perçus. Son application est actuellement limitée: le pourcentage
minimum de détention est fixé à 25% . De plus, les Etats peuvent
exiger une détention de cette participation pendant une période
ininterrompue d'au moins deux ans. Pour bénéficier de ce régime,
les deux sociétés doivent également être constituées sous certaines
formes juridiques (ex: en Belgique, seules les S.A., les S.P.R.L et
les sociétés en commandite par action peuvent bénéficier de ce
régime).
Une discrimination similaire à celle qui existait auparavant pour
les dividendes lors d'opérations transfrontalières existe encore
pour le paiement d'intérêts et de redevances entre entreprises. Une
proposition de directive visant à y remédier a été déposée par la
Commission au début du mois de mars 1998. Une première proposition
de directive avait déjà été proposée en 1990 mais n'avait toutefois
pas abouti.
La Commission a également présenté une troisième proposition de
directive: proposition de directive du Conseil du 3 décembre 1990
relative à un régime de prise en compte par les entreprises des
pertes subies par leurs établissements stables et filiales situées
dans d'autres Etats membres (Cov. 90/595). Cette proposition aurait
pour conséquence, si elle était adoptée, que les pertes encourues
pour une filiale située dans un autre pays de la Communauté
seraient traitées de la même manière que les pertes d'une filiale
située dans le pays de la maison mère. Mais à priori, cette
proposition a peu de chance d'aboutir
" un groupe d'entreprises peut, par exemple, localiser ses
investissements dans le pays où les amortissements fiscaux sont les
plus généreux et les donner en location à une entreprise liée
située dans un pays plus restrictif en la matière. La perte ainsi
crée serait déductible ce qui, pour le pays de l'entreprise liée, a
le même effet que s'il avait autorisé les mêmes modalités
d'amortissement ". La Section Fiscalité et Parafiscalité du Conseil
Supérieur des Finances va dans le même sens en affirmant son point
de vue selon lequel " il ne convient pas d'entrer dans une logique
de consolidation, fut-elle partielle, sans que les principaux
paramètres de détermination de la base de l'impôt des sociétés ne
soient eux-même harmonisés " .
Les analyses du rapport Ruding (1992) :
La Commission européenne a confié à un comité d'experts fiscaux
indépendants une étude sur l'harmonisation de l'impôt des sociétés
au sein de l'Union Européenne. Le point de départ de l'analyse a
été de répondre aux trois questions suivantes.
1. Les différences en matière d'imposition des entreprises au sein
de l'Union engendrent-elles des distorsions économiques
importantes, incompatibles avec le fonctionnement du marché unique
?
2. Si de telles distorsions existent, peut-on s'attendre à ce
qu'elles disparaissent par le jeu des forces du marché et de la
concurrence fiscale ou une action communautaire doit-elle être
envisagée ?
3. Si un minimum de réglementations doivent être imposées au
niveau de l'Union, quel doit être leur contenu (taux, base,...)
?
Pour répondre à la première question, le Comité s'est basé sur les
résultats d'une analyse objective et d'une analyse subjective :
-- Analyse objective :
Cette analyse consistait à comparer, à l'aide d'un modèle de
simulation, la situation fiscale actuelle d'une même entreprise
dans chaque Etat membre (bénéfice avant et après impôts, traitement
fiscal des investissements nationaux et étrangers,...). Les
disparités entre les Etats membres seraient importantes mais ne
seraient pas uniquement liées aux disparités fiscales. Elles
seraient également dues aux différences de taux d'intérêts et
d'inflation dans les différents Etats .
-- Analyse subjective :
Cette analyse est basée sur une enquête réalisée auprès
d'entreprises des différents Etats membres et a pour but de donner
des indications quant au poids des différences entre régimes
fiscaux dans les décisions de localisation des entreprises.
L'enquête révèle que dans plus de la majorité des cas (pour 58% des
entreprises exactement - 85% dans le secteur financier), les
décisions d'implantations sont effectivement influencées par des
considérations fiscales. Par ailleurs, 75% des entreprises
interrogées ne croient pas à la capacité du marché unique à amener
la convergence des systèmes fiscaux et sont donc en faveur de
l'introduction de réglementations au niveau européen. Enfin, cette
analyse révèle que les écarts importants entre le bénéfice avant et
après impôts du début des années '80 fortement réduits à la fin des
années '80 alors qu'il n'y avait pas eu d'action concertée des
Etats membres. Une analyse plus approfondie de ces résultats permit
d'attribuer cette convergence aux diminutions des différentiels de
taux d'intérêts et d'inflation entre Etats membres.
Ainsi, les objectifs du programme d'action qui serait envisagé par
le Comité Ruding sont les suivants :
Þ Supprimer les discriminations et distorsions (au niveau des
investissements et des participations transfrontalières) engendrées
par les systèmes fiscaux différents existant au sein de
l'Union.
Þ Eviter que les Etats membres se livrent à une concurrence
fiscale excessive, par l'introduction de règles minimales
concernant les taux et la base imposable.
Þ Encourager à la transparence des incitations fiscales.
Les Propositions du Comité Ruding
Des propositions pour une véritable harmonisation des systèmes
nationaux ont été faites dans le rapport Ruding. Ces propositions
n'ont toutefois pas été mises en pratiques.
· Imposition des transactions transfrontalières
Le Comité propose un élargissement du champ d'application de la
directive mère-fille (cf. supra) : D'une part, l'élargissement de
la suppression de retenue à la source sur les dividendes entre
Etats membres à tous les types de sociétés et réduction des seuils
de participation.
D'autre part, les retenues à la source qui frappent les paiements
d'intérêts et de redevances entre entreprises créent des obstacles
pour les opérateurs économiques qui exercent des activités
transfrontalières. Elles peuvent impliquer des formalités très
longues, entraîner des pertes de trésorerie et aboutir quelques
fois à une double imposition. C'est pourquoi la Commission propose
également l'adoption d'un projet de directive similaire à celle des
dividendes mais relatif, cette fois, aux intérêts et
redevances.
La Commission a invité les Etats membres à prendre l'engagement
politique de tout mettre en oeuvre pour l'adoption rapide de la
proposition de directive qu'elle a présentée le 4 mars 1998 .
Le rapport Ruding insiste également sur la nécessité de fixer des
règles harmonisées relatives à la détermination des prix de
transferts (prix auquel une entreprise d'un groupe rémunère les
biens ou service qui lui sont fournis par une entreprise
appartenant au même groupe). Sans cette mesure, on risque d'aboutir
à des situations dans lesquelles les coûts sont localisés dans les
pays où les taux nominaux d'imposition sont élevés et les bénéfices
dans les pays où ces taux sont faibles.
· Les systèmes d'impôt sur les sociétés
Les recommandations visent les modalités et l'étendue de
l'allégement accordé aux actionnaires sur l'IS frappant les
bénéfices distribués sous forme de dividendes.
· Les taux nominaux d'IS
Pour réduire les distorsions de concurrence qui peuvent résulter
des différences de régime fiscal, le Comité recommande l'adoption
d'un taux minimal de 30% et un taux maximal de 40%. Le taux minimal
est justifié par la nécessité de contrecarrer l'érosion fiscale.
Par contre, le taux maximal est plus difficilement justifiable
économiquement.
· L'assiette de l'IS
L'harmonisation des taux d'IS n'a de sens que si la base
d'imposition fait également l'objet d'une harmonisation minimale
(la fixation de normes minimales pour les principaux paramètres de
détermination de la base imposable : les amortissements, les
provisions pour créances douteuses, les dépenses et charges
professionnelles et le report des pertes. Dans la cas contraire, la
convergence des taux d'imposition peut très bien aboutir à
accroître les différentiels de coût du capital. Il suffit
simplement pour cela que pour un même taux, les assiettes soient
différentes :
· Les incitations fiscales
Les incitations fiscales doivent être limitées afin de rendre la
base imposable plus transparente. Cependant, étant donné que l'UEM
réduit fortement les instruments de politique économique des Etats
membres, des incitations fiscales pourraient rester nécessaires. Le
comité accepterait donc, pour cette raison, que certaines
incitations soient maintenues sous certaines conditions : Ces
incitations doivent être spécifiques à certaines zones ou activités
limitées et elles ne doivent pas faire partie du système fiscal
général.
La section Fiscalité et Parafiscalité du Conseil Supérieur des
Finances a examiné ces différentes propositions et en a retenu la
conclusion suivante :
" [...] en fixant des limites au taux de l'impôt des sociétés et
aux principaux paramètres qui concourent à déterminer la base
imposable, l'objectif à poursuivre [ une harmonisation suffisante
dont la ligne directrice serait de concilier , sans incidence
budgétaire négative, la minimisation des distorsions de concurrence
avec le maintien d'outil de politique économique au niveau des
Etats membres, conformément au principe de subsidiarité] serait
vraisemblablement rencontré ".
Depuis le début de l'année 1997, les travaux
d'harmonisation fiscale ont repris avec un peu plus de vigueur et
ont d'ailleurs débouché sur plusieurs propositions importantes.
La reprise des travaux a réellement initié en avril 1996, lors
d'une réunion à Vérone, au cours de laquelle les Ministres des
finances ont opté pour une approche globale en matière de politique
fiscale qui repose sur le constat suivant: " une action coordonnée
au niveau européen est nécessaire pour réduire les distorsions
provoquées au sein du marché unique, pour prévenir d'importantes
pertes de recettes fiscales et pour orienter les structures
fiscales dans un sens plus favorable à l'emploi, notamment en
inversant la tendance qui consiste à imposer davantage le travail
que des bases plus mobiles ".
Un groupe permanent (le Groupe de Politique Fiscale ou GPF) a été
chargé de coordonner les politiques fiscales dans l'Union
européenne. Le GPF, qui réunit les représentants personnels des
ministres des finances sous la présidence de la Commission, a
commencé ses travaux en mars 1997. Le groupe a concentré ses
efforts sur l'élaboration d'un ensemble de mesures ciblées
essentiellement sur la problématique de la concurrence fiscale
dommageable.
Suite à ces travaux la Commision a proposé, dans sa communication
du 5 novembre 1997 , l'ensemble des mesures suivantes:
· Un code de bonne conduite dans le domaine de la fiscalité des
entreprises;
· Des mesures visant à éliminer les distorsions au niveau de
l'imposition des revenus du capital;
· Des mesures destinées à éliminer les retenues à la source sur
les paiements transfrontaliers d'intérêts et de redevances entre
entreprises.
" Code de bonne conduite " visant à empêcher la concurrence
déloyale dans le domaine de la fiscalité des entreprises.
L'élaboration d'un code de conduite dans le domaine de la
fiscalité des entreprises jouera un rôle essentiel dans l'ensemble
des trois mesures citées ci-dessus. Ce code devrait, selon la
Commission, aider à prévenir les distorsions économiques et
l'érosion des bases d'imposition dans l'Union.
Il s'agit d'un instrument non contraignant sur le plan juridique
mais par lequel les Etats membres s'engagent, au niveau politique,
à respecter les principes d'une concurrence loyale et à s'abstenir
de toute mesure fiscale dommageable.
Le principe d'un code juridiquement non contraignant a bénéficié
d'un large soutien de la part des Etats. Cependant, pour jouer un
rôle efficace dans la lutte contre la concurrence fiscale
dommageable, ce code doit s'appuyer sur un engagement politique
sans faille des Etats membres. Apparemment, ce code de conduite a
été adopté par tous les Etats.
Les quinze ne renonceront pas pour autant à la concurrence fiscale
entre eux. Mais, au moins, ils souhaitent en éliminer les éléments
les plus dommageables.
Est reconnu comme potentiellement dommageable " ...les mesures
fiscales établissant un niveau d'imposition effective nettement
inférieur au niveau général du pays concerné, y compris une
imposition nulle ". Le projet de code de conduite énumère toute une
série de critères afin de déterminer quelles sont ces mesures
potentiellement dommageables.
Parmi les dispositions du code figure l'engagement de geler et
puis de démanteler dans les deux ans toute mesure de ce type. Le
gel de ces mesures devrait permettre, dès à présent, de ne plus
aggraver les distorsions de concurrence qui existent déjà.
Le Conseil des Finances a effectué en 1993 un inventaire des
régimes similaires en vigueur dans les pays européens ou dans les
territoires dépendant de ces pays .
Voici un résumé des systèmes relevés par le Conseil Supérieur des
Finances :
|
Belgique |
- Centres de coordination
|
|
Luxembourg |
- Sociétés holding |
|
France |
- Monaco et Andorre |
|
Italie |
- Campione d'Italia |
|
Irlande |
- International Financial Services Center
|
|
Portugal |
- Ile Madère |
|
Grande-Bretagne |
- Iles anglo-normandes: " Corporation tax
companies " et " exempted companies "
|
Voici la conclusion que le Conseil des Finances tire de
l'examen de ces systèmes :
- La plupart des pays européens ont également un régime
particulier pour les " quartiers généraux ", où l'imposition se
fait par la méthode cost-plus , comme dans le cas des centres de
coordination.
- Bon nombre de pays disposent de systèmes dont les effets en
terme de réduction de la charge fiscale sont similaires, voire
supérieurs, à ceux des centres de coordination.
La fiscalité sur les entreprises françaises se
caractérise par le poids relativement élevé des prélèvements assis
sur les facteurs de production (travail et capital) par rapport à
ceux assis sur les résultats, et au sein des premiers, par le poids
important des prélèvements sur les salaires.
L'une des spécificités françaises est le niveau élevé des
cotisations sociales patronales. Celles-ci sont souvent accusées de
nuire à l'efficacité économique et de peser sur le coût du travail,
notamment des moins qualifiés. Or la maîtrise des coûts salariaux
est un enjeu d'importance car ils sont un déterminant essentiel de
la demande de travail des individus les moins qualifiés et de la
compétitivité des entreprises. C'est ce qui explique les politiques
d'allégement de charges sociales mises en oeuvre récemment en
France.
Après avoir comparé le poids des cotisations sociales en France et
dans les autres pays de l'Union européenne, nous nous intéressons à
l'impact des cotisations sociales sur le coût du travail et sur
l'emploi. Nous nous interrogeons enfin sur les effets à attendre
d'une réduction globale des taux de cotisations sociales au niveau
européen.
En 1996, les cotisations sociales représentent en moyenne pour l'ensemble des pays de l'Union européenne 12,2 % du PIB, en hausse de 0,7 points par rapport à 1990. Ce ratio est compris entre 1.6 % au Danemark et 19.7 % en France.
Tableau 1. Cotisations sociales en dans les 15 pays de l'Union européenne
% du PIB
|
90 |
93 |
94 |
95 |
96 |
|
|
Belgique |
14,8 |
15,8 |
15,3 |
15,2 |
14,9 |
|
Danemark |
1,5 |
1,6 |
1,6 |
1,6 |
1,6 |
|
France |
19,3 |
19,6 |
19,1 |
19,3 |
19,7 |
|
Allemagne |
13,7 |
15,1 |
15,3 |
15,5 |
15,5 |
|
Grèce |
11,2 |
12,3 |
12,4 |
12,6 |
12,4 |
|
Irlande |
5,2 |
5,4 |
5,2 |
4,9 |
4,5 |
|
Italie |
12,9 |
13,8 |
13,0 |
13,1 |
14,8 |
|
Luxembourg |
11,8 |
12,3 |
11,8 |
11,8 |
11,9 |
|
Pays-Bas |
16,7 |
18,1 |
18,4 |
18,3 |
17,1 |
|
Portugal |
8,4 |
8,7 |
8,9 |
9,4 |
9,0 |
|
Espagne |
12,1 |
13,1 |
13,0 |
12,3 |
12,1 |
|
Royaume-Uni |
6,2 |
6,0 |
6,2 |
6,3 |
6,2 |
|
Autriche |
13,5 |
14,8 |
15,2 |
15,3 |
15,3 |
|
Finlande |
9,9 |
12,0 |
12,6 |
12,7 |
12,4 |
|
Suède |
15,1 |
13,7 |
13,8 |
14,4 |
15,0 |
|
Moyenne UE |
11,5 |
12,2 |
12,1 |
12,2 |
12,2 |
Source : OCDE (1998)
Sur la période 1990-1996, le ratio cotisations sociales /
PIB est en très légère hausse dans l'ensemble des
pays (à l'exception de l'Irlande et de la Suède) mais il semble
s'être stabilisé - et, dans certain cas, il a même régressé - un
peu partout à partir de 1993-1994.
On peut toutefois distinguer trois types de pays selon que le
poids des cotisations dans le PIB est plus élevé, moins élevé ou
dans la moyenne communautaire.
Les pays où le poids des cotisations sociales est plus élevé que
la moyenne communautaire (> 12,2 % du PIB) sont : la
France, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la Grèce,
la Finlande, l'Autriche et la Suède.
Les pays qui se situent dans la moyenne communautaire
sont : Le Luxembourg et l'Espagne.
Les pays où le poids des cotisations sociales est inférieur à la
moyenne communautaire sont : le Danemark, l'Irlande, le
Portugal et le Royaume-Uni.
La contribution relative des employeurs et des employés (en
pourcentage du total des recettes fiscales) au financement de la
Sécurité sociale varie fortement selon les pays (graphique 1) :
la part des cotisations employeurs est beaucoup plus forte que la
part salariée en Belgique, en Italie, en France et en
Espagne. La situation inverse est observée au Danemark,
en Irlande et aux Pays-Bas. La part des cotisations
salariés est particulièrement élevée aux Pays-Bas ; celle des
cotisations employeurs est particulièrement élevée en France.
Dans la quasi-totalité des pays on observe, sur la période
1990-1996, une hausse des cotisations salariés (tableau 2
), mais de faible ampleur.
L'évolution des cotisations sociales à charge des employeurs est
plus mitigée. On observe une diminution des cotisations dans la
majorité des pays et une stagnation de la moyenne
communautaire.
Si la part des cotisations employeurs dans le PIB a
fortement crû de 1970 à 1980 (+1,8 point sur la période), elle
s'est stabilisée sur la période 1980-1988 (+0,1 point) et
est en voie de régression sur la période 1990-1996 (- 0.07
point).
Cela va dans le sens de ce que préconise la Commission européenne.
D'ailleurs, la baisse des cotisations patronales de sécurité
sociale apparaît tant au niveau des priorités pour l'emploi
définies au Conseil de Essen en 1994 qu'au niveau des lignes
directrices retenues au sommet pour l'emploi de Luxembourg en
novembre 1997 comme un des axes principaux de la politique de
lutte contre le chômage.
Tableau 2. Evolution des cotisations employeurs et
salariés
de 1970 à 1995 dans les 15 pays de l'UE
% du PIB
|
Cotisations employeurs |
Cotisations salariés |
|||||
|
70 - 80 |
80 - 88 |
90 - 96 |
70 - 80 |
80 - 88 |
90 - 96 |
|
|
Belgique |
+2,5 |
+1,0 |
-0,2 |
+ 0,6 |
+1,0 |
0,0 |
|
Danemark |
-0,1 |
-0,2 |
-0,0 |
- 0,7 |
+0,6 |
+0,1 |
|
Espagne |
+4,0 |
-0,2 |
-0,1 |
+1,3 |
-0,7 |
- 0,1 |
|
France |
+2,6 |
+0,1 |
+0,3 |
+2,2 |
+1,0 |
+0,1 |
|
Grèce |
+0,7 |
+1,1 |
+0,4 |
+1,0 |
+0,6 |
+0,9 |
|
Irlande |
+1,8 |
+0,3 |
-0,3 |
+0,4 |
+0,5 |
-0,3 |
|
Italie |
+0,7 |
+0,1 |
+1,1 |
+0,1 |
+0,3 |
+0,4 |
|
Luxembourg |
+2,0 |
-0,8 |
-0,3 |
+1,3 |
-0,2 |
+0,2 |
|
Pays-Bas |
+2,0 |
-0,1 |
-0,4 |
+1,4 |
+1,9 |
+0,5 |
|
Portugal |
+1,7 |
+0,6 |
+0,0 |
+0,9 |
+0,0 |
+0,2 |
|
Allemagne |
+1,9 |
+0,1 |
+0,8 |
+1,3 |
+0,2 |
+0,8 |
|
Royaume-Uni |
+0,9 |
+0,1 |
-0,2 |
+0,0 |
+0,8 |
+0,2 |
|
Moyenne CE |
+1,8 |
+0,1 |
-0,0 |
+1,0 |
+0,5 |
+0,5 |
Source: OFCE et CEPII (pour la période 1980-1988) et OCDE (pour la période 1990-96)
Graphique 1 : Cotisations de sécurité sociale à la charge des salariés et des employeurs en 1996 dans les 15 pays de l'UE.
(en % du total des recettes fiscales)

Du point de vue de l'analyse économique, la distinction entre
cotisations salariés et employeurs est sans fondement, du moins à
long terme. Autrement dit, on pourrait transformer du jour au
lendemain des cotisations employeurs en cotisations salariés à
condition, toutefois, d'augmenter le salaire brut et les
cotisations salariés du même montant.
Très schématiquement, ce qui intéresse les employeurs, c'est le
coût total du travail, charges sociales comprises. Les salariés, en
revanche, sont sensibles au salaire net des cotisations sociales et
certainement net aussi de l'impôt sur le revenu. Cet " écart
de point de vue " entre employeurs et salariés est appelé par
les économistes : coin salarial ou coin fiscalo-social18(*).
On montre facilement que l'équilibre sur le marché du travail est
le même, quelle que soit la répartition entre cotisations salariés
et employeurs (prédominance des cotisations salariés ou
prédominance des cotisations employeurs). En effet, dans les deux
cas, le coût du travail dont dépend la demande de travail émanant
des entreprises, et le salaire net, dont dépend l'offre émanant des
travailleurs sont les mêmes. Seule la position du salaire brut
est différente.
D'un point de vue macroéconomique, les cotisations employeurs
peuvent être vues aussi comme un impôt sur les salariés, du moins à
long terme. L'argumentation macroéconomique est la suivante : la
hausse des cotisations employeurs diminue la compétitivité des
entreprises et fait baisser les profits, ce qui nuit à l'activité
économique. Toutes choses égales par ailleurs, le taux de chômage
augmente, ce qui fait baisser les salaires par un effet Phillips.
La hausse des cotisations sociales employeurs doit se répercuter
entièrement sur les salaires19(*).
Le financement de la protection sociale pose
inévitablement la question de la répartition du financement de la
protection sociale entre cotisations sociales et impôt du point de
vue de l'équité.
La réponse à cette question suppose que l'on opère au préalable
une distinction entre les prestations sociales dont l'objectif est
de fournir aux bénéficiaires un revenu de remplacement et celles
qui relèvent plutôt de la solidarité nationale. Dans cette
perspective, les cotisations sociales ont vocation à financer des
dépenses ayant un caractère d'assurance, autrement dit des
prestations (1) qui sont la contrepartie d'un risque lié à la
perte de revenus professionnels pour les bénéficiaires, (2) pour
lesquelles il existe un lien, dit contributif, entre le montant des
cotisations versées et le montant des prestations reçues.
Dans ce cas, les cotisations sociales, qu'elles soient à la charge
des salariés ou des employeurs, doivent être considérées comme une
fraction de leur rémunération qu'ils ne perçoivent pas directement
(" salaire différé ") mais qui est versé pour leur compte
aux organismes de Sécurité sociale. Entrent dans cette catégorie
les pensions de retraites, les indemnités journalières de maladie
ou de maternité ou encore les indemnités chômage, aussi longtemps,
du moins, qu'elles ne sont pas forfaitaires, mais proportionnelles
au salaire.
En revanche, les dépenses dont l'apparition n'est pas liée à la
perte d'un revenu professionnel relèvent plutôt de la solidarité
nationale et devraient être financées par l'impôt. En effet, la
solidarité nationale est en quelque sorte un bien collectif qui
doit être financé par tous, autrement dit par des prélèvements sur
toutes les catégories de revenus, comme cela est le cas pour les
minima sociaux. On retrouve, dans cette catégorie de prestations,
les diverses allocations sous conditions de revenu, les allocations
familiales qui sont ouvertes à toutes les familles ou encore les
prestations maladie en nature.
La distinction, entre ce qui relève de l'assurance et ce qui
répond à une logique de solidarité (ou de redistribution), s'est
traduite en France par la dissociation en 1984 de
l'assurance-chômage, gérée par les partenaires sociaux, d'un régime
de solidarité pris en charge par l'Etat pour les chômeurs ayant
épuisé leurs droits. De même, dans le domaine des retraites, la
distinction entre assurance et solidarité s'est traduite par la
création d'un Fonds de solidarité vieillesse où sont domiciliés
depuis 1984 les avantages définis comme non contributifs (minimum
vieillesse, ...). Plus récemment, c'est la même logique qui a
inspiré la substitution des cotisations sociales maladie par la
CSG.
Cette distinction, pour séduisante qu'elle soit, ne doit pas faire
oublier que " l'assurance sociale associe toujours à des
mécanismes contributifs une fonction redistributive " (Lattès,
1996) 20(*). De façon très générale,
on peut qualifier de redistributif tout système qui s'éloigne de la
régle de neutralité actuarielle. Techniquement, cela est le
cas quand certains individus versent au système davantage que ce
qu'ils sont susceptibles d'en recevoir en moyenne (ou en espérance
mathématique)21(*). Du fait de
l'obligation d'affiliation à une caisse d'assurance sociale, la
redistribution s'exerce d'abord entre classes de risques.
Ainsi, les individus, en bonne santé et ayant une probabilité
faible d'être au chômage, financent implicitement les individus les
moins bien-portants et ceux qui ont une forte probabilité de perdre
leur emploi. La redistribution s'exerce ensuite entre classes de
revenus dès lors que les titulaires de revenus élevés sont plus
sollicités sans bénéficier pour autant de droits supérieurs.
Les systèmes de financement de la protection sociale sont très
différents selon les pays et selon le risque couvert . Les pays ont
recours à des degrés divers à la fois aux cotisations sociales
salariés et employeurs et à la fiscalité sans respecter, bien
souvent, le principe d'équité énoncé ci-dessus.
1. les prestations familiales :
Elles devraient être entièrement fiscalisées. Elles
l'étaient dans quatre pays seulement à la fin des années 80, elles
le sont désormais dans 8 des quinze pays de l'Union européenne :
l'Autriche, le Danemark, la Finlande, l'Allemagne, l'Irlande, les
Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni. De façon plus générale, on
observe, ces dernières années, une tendance très nette à fiscaliser
le financement de ces prestations. C'est notamment le cas des
Pays-Bas qui ont supprimé, au début des années 90, les cotisations
patronales pour les allocations familiales et les ont remplacées
par l'impôt.
Les prestations familiales sont financées par les cotisations des
employeurs et des salariés au Portugal, en Espagne et en Grèce.
Elles sont financées exclusivement par les cotisations des
employeurs en Belgique et en Italie. En France, les prestations
familiales sont financées, en partie par les cotisations des
employeurs et, en partie par l'impôt, via la contribution sociale
généralisée (CSG). Au Luxembourg, elles sont financées par des
cotisations patronales mais ces cotisations sont prises en charge
par l'Etat. Les cotisations sont plafonnées en Grèce, en Espagne et
au Luxembourg.
2. l'assurance chômage :
Elles sont presque partout financées par des cotisations
employeurs et salariés. Cela est logique car les employeurs ne
peuvent se désintéresser des conséquences de leurs décisions de
licenciement. Dans la plupart de cas, ces cotisations sont
plafonnées. Les prestations de chômage sont fiscalisées uniquement
au Luxembourg. La Suède est le seul pays où les prestations de
chômage sont financées exclusivement par les employeurs. En
Belgique, l'Etat intervient pour combler les écarts entre les
recettes et les dépenses.
Dans certains pays, il existe un niveau minimum de salaire en
dessous duquel il n'est pas obligatoire de cotiser contre le rique
chômage. C'est le cas du Royaume-Uni, de l'Autriche et de l'Irlande
(tableau 3).
Tableau 3 : Conditions applicables en matière de salaire pour
pouvoir cotiser à l'assurance chômage dans les pays de l'Union
européenne pour lesquels cette condition existe,
1996.
|
Pays |
conditions |
|
|
Royaume-Uni |
au moins 57 GBP/semaine |
|
|
Autriche |
si le salaire est inférieur à ATS 3452/mois, pas d'assurance obligatoire |
|
|
Irlande |
IRL 70/semaine ; les salariés touchant entre 30 et 70 IRL sont autorisées à verser des cotisations inférieures |
|
Source: Maria Jepsen et Danièle Meulders, " Les inégalités entre les sexes dans les régimes européens d'indemnité au chômage ", Revue internationale de sécurité sociale1997.
3. L'assurance maladie - invalidité :
Elle est partout financée essentiellement par des cotisations employeurs et salariés, sauf au Danemark où elle est financée par la fiscalité et au Royaume-Uni où les prestations en nature sont financées par l'impôt. Aux Pays-Bas, les prestations maladie sont financées par des cotisations patronales et salariales ; par contre, les prestations invalidité sont financées uniquement par des cotisations des salariés. Dans huit pays, les cotisations sont plafonnées; dans cinq pays, elles ne le sont pas.
4. L'assurance " accidents du travail et maladies professionnelles " :
Elle est financée dans la plupart des pays par les employeurs en fonction des risques encourus dans la branche où l'entreprise exerce son activité.
5. l'assurance vieillesse :
Les pensions vieillesse sont, dans la plupart des pays de
l'Union européenne, financées par des cotisations employeurs et
salariés. Elles sont souvent améliorées par des retraites
complémentaires qui peuvent être publiques, privées ou financées
dans le cadre de l'entreprise. Au Danemark, le financement est
essentiellement fiscal mais une " petite " retraite
obligatoire est financée par des cotisations. Aux Pays-Bas, les
cotisations ne sont payées que par les salariés. En Belgique, en
Finlande et en Italie, les cotisations ne sont pas plafonnées ; par
contre, dans les autres pays, elles le sont. En France, la
fiscalisation se développe avec la CSG.
Enfin, en ce qui concerne les taux qui sont appliqués, ils varient
fortement d'un pays à l'autre. Dans certains pays, il existe un
taux global appliqué sans distinction de risque (Belgique, Espagne,
Portugal, Irlande, Royaume-Uni). Dans d'autres pays, les taux de
cotisation sont variables selon le risque.
Le tableau 4 donne, pour chaque pays, de l'Union le taux moyen, pour différents niveaux de salaires, d'une part des cotisations à charge des salariés et, d'autre part, des cotisations à charge des employeurs. Ce tableau indique également si les cotisations sont plafonnées et s'il existe un seuil pour le paiement des cotisations.
Tableau 4 : Taux de cotisation sociale employeurs - salariés dans les pays de l'Union européenne en 1996 pour différents niveaux de revenu. Les niveaux de revenu sont exprimés en pourcentage du salaire de l'ouvrier moyen (SMO).
|
Taux salariés |
Taux employeurs22(*) |
Plafond |
seuil |
|||||
|
Niveau de salaire |
67% du SMO |
SMO |
167% du SMO |
67% du SMO |
SMO |
167% du SMO |
||
|
Autriche |
18.1% |
18.1% |
18.1% |
24.4% |
24.4% |
24.4% |
oui (1.6 fois le SMO) |
oui (17.1% SMO) |
|
Belgique23(*) |
13.1% |
13.9% |
14% |
34.735% |
34.735% |
34.735% |
non |
non |
|
Danemark24(*) |
9.7% |
8.8% |
8.1% |
0 |
0 |
0 |
non |
non |
|
Finlande |
7.6% |
8.1% |
8.4% |
25.75% |
25.75% |
25.75% |
non |
non |
|
France |
18.9% |
18.9% |
17.7% |
37.9% |
43.3% |
47.5% |
oui (plafond de base: 1.3 fois le SMO) |
non |
|
Allemagne |
20.2% |
20.2% |
18.4% |
20.2% |
20.2% |
18.4% |
oui (1.3 ou 1.7 fois le SMO) |
non |
|
Grèce |
15.9% |
15.9% |
15.9% |
27.96% |
27.96% |
27.96% |
oui (2.1 fois le SMO) |
non |
|
Irlande |
3.1% |
6.1% |
6.5% |
8.5% |
12% |
12% |
oui (1.6 ou 1.9 fois le SMO) |
oui25(*) (22.1% SMO) |
|
Italie |
9.9% |
9.9% |
9.9% |
46.36% |
46.36% |
46.36% |
non |
non |
|
Luxembourg |
12.5% |
12.5% |
12.5% |
12.5% |
12.5% |
12.5% |
oui (2.5 fois le SMO) |
non |
|
Pays-Bas |
30.2% |
33.3% |
21.5% |
7.0% |
8.2% |
3.7% |
oui (1.3 fois le SMO) |
non |
|
Portugal |
11% |
11% |
11% |
23.75% |
23.75% |
23.75% |
non |
non |
|
Espagne |
6.4% |
6.4% |
5.9% |
30.8% |
30.8% |
28.5% |
oui (1.5 fois le SMO) |
non26(*) |
|
Suède |
5% |
4.9% |
4% |
33.06% |
33.06% |
33.06% |
oui27(*) (1.4 fois le SMO) |
non |
|
Royaume-Uni |
7.6% |
8.4% |
7.9% |
7% |
10.2% |
10.2% |
non |
oui (19.9% SMO) |
Source: La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux, OCDE, 1997.
On peut noter la grande disparité des taux de prélèvement
moyens entre les différents Etats membres : pour les cotisations
des salariés, ces taux vont de 4,9 % en Suède à 33,3 %
aux Pays-Bas ; pour les cotisations des employeurs, celles-ci
varient de 0 % au Danemark à 46,4 % en Italie. Qui
plus est, on n'observe pas de convergence des taux moyens de
cotisations employeurs sur la période 1990-1995.
Le niveau des taux de cotisation n'est pas le seul élément
pertinent pour juger des effets que peuvent exercer les
prélèvements sociaux. La progressivité ou la dégressivité de ces
prélèvements, selon le niveau de salaire, est également de nature à
favoriser l'émergence de différentes formes d'emploi. Ainsi, toutes
choses égales par ailleurs, un système dégressif favoriserait la
création d'emplois qualifiés tout en étant défavorable à la
création d'emplois à temps partiels ou faiblement rémunérés.
Dans certains pays (Allemagne, Grèce, Espagne, Irlande,
Luxembourg, Pays-Bas, Autriche, Suède et France), l'existence de
plafonds pour le calcul des cotisations rend le système dégressif.
Dans d'autres pays, des seuils " planchers " ont été
fixés en-dessous desquels aucune cotisation n'est due ; ces
planchers ont pour effet d'exonérer des cotisations sociales les
bas salaires souvent associés à des temps partiels. C'est le cas en
Autriche, en Irlande et au Royaume-Uni. Ils avoisinent en général
les 20% du SMO. Ces seuils s'appliquent tant aux cotisations des
salariés qu'à celles des employeurs, sauf en Irlande où elles ne
concernent que les cotisations des salariés. En Espagne, au
contraire, il existe un plancher équivalent à 42% du SMO,
c'est-à-dire que si le salaire est inférieur au montant du
plancher, les cotisations sont calculées sur base du plancher. Cela
a pour effet de désavantager les bas salaires car le système rend
les taux moyens supérieurs pour les bas salaires.
Le Graphique 2 représente l'évolution des taux moyens de
cotisations patronales en fonction de l'évolution du niveau de
rémunération brut exprimé en pourcentage du salaire de l'ouvrier
moyen.
Graphique 2 :Taux moyens de cotisations patronales en fonction de l'évolution des salaires bruts

Sources: Robert Plasman et Marc Stocker, " cotisations de sécurité sociale et durée du travail ", DULBEA, 199828(* ). (Italie, Luxembourg = taux appliqué aux ouvriers, Allemagne = nouveaux landër)
Ce graphique fait apparaître trois types de
pays :
· Les pays qui ont un système de cotisations strictement
proportionnel, c'est-à-dire à taux fixe et sans plafond, on trouve
la Belgique, l'Italie et le Portugal.
· Les pays qui ont un système à taux fixe et un plafond de
cotisations : Grèce, Espagne, Luxembourg, Allemagne,
France, Pays-Bas. On notera que la dégressivité ne s'amorce en
Grèce, en Espagne, et au Luxembourg qu'à partir d'un salaire deux
fois supérieur à celui de référence, alors qu'elle commence en
Allemagne, en France et au Pays-Bas dès le salaire moyen.
· Seul le Royaume-Uni bénéficie d'un système de nature
uniquement progressive. Toutefois, la progressivité des cotisations
patronales au Royaume-Uni ne concerne que les salaires inférieurs à
75 % du salaire moyen. L'Irlande possède un système
mixte en forme de cloche (progressif pour les premières tranches
salariales, dégressif ensuite).
La progressivité est par conséquent plutôt l'exception que la
règle générale en Europe, la grande majorité des pays membres
connaissant des taux proportionnels, avec pour certains une
dégressivité au sommet de la distribution des
salaires.
Tableau 5: structure des prélèvements de cotisations sociales en Europe
|
Pays |
Maladie-Maternité |
Invalidité |
Vieillesse-survivants (3)
|
Accident du travail et maladie professionnelle |
Chômage |
Prestations familiales (6) |
Cotisations non-affectées à une branche particulière |
||||||
|
Belgique |
E: 6.15% |
E: 8.86% |
E: 1.40% |
E: 8.94% +1.69% ( si + de 10 travailleurs occupés) +
cotisation spéciale |
E: 7.0% |
Cotisat. spéciale (montants forfaitaires, progressifs
selon le revenu |
|||||||
|
Danemark |
Impôt |
Pension nationale: Impôt |
Cotisations variables selon le risque => employeurs |
E: cotisation forfaitaire en fonction de la base TVA |
Impôt |
non
|
|||||||
|
Allemagne |
E: 7.55% (pour les anciens |
E: 9.3% |
cotisations variables selon l'activité => employeurs |
E: 3.25% |
Impôt |
non |
|||||||
|
Grèce |
E: 5.10% |
E: 13.33% + 1.4% si travail insalubre |
E: 3.98% |
E: 1.0% |
non |
||||||||
|
Espagne |
E: 23.6% |
Cotisations variables selon l'activité |
E: 7.2% |
Cotisations comprises dans (1), (2) et (3) |
non |
||||||||
|
France |
E: 12.8% |
E: 8.20% |
Cotisations variables selon le risque |
E: 4.18% |
E: 5.4% |
0.5% sur tous les revenus |
|||||||
|
Irlande |
E: 8.5% salaire hebdomadaire <318 ecu les premiers 102
ecu du salaire hebdomadaire sont exonérés |
Impôt |
non |
||||||||||
|
E = cotisation employeur de base; S = cotisation salarié de base; P = plafond annuel de cotisation |
|||||||||||||
|
Italie |
E: 14.35% (ouvrier) #177;13% (employé) |
E: 24.11% |
Cotisations variables selon le risque |
E: 4.41% industrie |
E: 2.48% |
non |
|||||||
|
Luxembourg |
E: 4.5% (ouvrier) 2.6% (employé) |
E: 8.0% |
Cotisations variables selon le risque |
Impôt |
E: 1.7% (remboursé par l'Etat) |
non |
|||||||
|
Pays-Bas |
E: 5.35% |
S: 7.95% (prest. en nature) |
E: non |
non |
E: 5.60% |
Etat |
non |
||||||
|
Autriche |
E: 6.25% (ouvrier) 5.70% (employé) |
E: 12.55% |
E: 1.4% |
E: 3% |
Impôt |
non |
|||||||
|
Portugal |
E: 23.25% |
cotisations variables selon le risque |
Cotisations comprises dans (1), (2) et (3) |
non |
|||||||||
|
Finlande |
E: 1.60% (secteur privé) |
E: 19.2% à 21.7% selon les salaires (privé) |
Cotis. variables selon le risque |
E: 1% ou 4% selon |
Impôt |
non |
|||||||
|
Suède |
E : 5.28% |
E: 18.86% |
E: 1.38% |
E: 5.42% |
Impôt |
non |
|||||||
|
Royaume-Uni |
E: 0% salaire hebdomadaire < 75 ecu |
Etat |
Cotisations comprises dans la rubrique (1), (2) et (3) |
Etat |
non |
||||||||
Source: MISSOC, La protection sociale dans les Etats membres de l'Union européenne , situation au 1er juillet 1996 et évolution, Commission des Communautés européennes, DG V, 1996
La question des coûts de la main-d'oeuvre fait partie des
interrogations qui alimentent de façon récurrente le débat
économique et social, qui plus est dans la perspective de la mise
en place de l'euro. En effet, certains observateurs soulignent le
risque de voir la concurrence sociale - tout comme la concurrence
fiscale - se substituer à la concurrence par les taux de
change.
L'évaluation de ce risque est loin d'être évidente et suppose de
se poser trois types de questions :
1. Les coûts horaires de la main-d'oeuvre (ou plus exactement les
coûts unitaires de la main d'oeuvre) sont-ils plus élevés en France
qu'ailleurs ?
2. Peut-on établir un lien entre le niveau du coût horaire du
travail et le poids des charges sociales et fiscales pesant sur le
travail ?
3. L'emploi est-il sensible au coût du travail ou, plus
précisément, une diminution des charges patronales peut-elle avoir
un effet significatif sur l'emploi ?
(1) La France se situe dans une position intermédiaire, parmi
les pays de l'Union européenne, pour ce qui concerne les coûts
horaires de main-d'oeuvre (tableau 6) avec un coût horaire
moyen très nettement supérieur à celui du Royaume-Uni
(+ 40 %) mais sensiblement inférieur à celui de
l'Allemagne.
La comparaison des seuls coûts horaires moyens n'est toutefois pas
suffisante car, par définition, elle ne permet pas d'appréhender
les différences de coût horaire pour les salariés les moins
qualifiés. Ainsi, quand on considère les seuls ouvriers le
classement des pays reste sensiblement le même à l'exception
notable de la France qui se rapproche sensiblement des pays à
faible coûts (tableau 7)29(*).
Ainsi, en 1995, alors que le coût allemand est supérieur en moyenne
d'environ 30 % au coût français, l'écart dépasse 60 % pour la seule
main-d'oeuvre ouvrière. A l'inverse, comme le note l'IRES, alors
que le coût britannique est, en moyenne, inférieur de 35 % au coût
français, cet écart se réduit à moins de 25 % pour les ouvriers. De
même pour les Etats-Unis, le coût horaire de la main-d'oeuvre est
inférieur, en moyenne, de 20 % au coût français alors que cet écart
n'est que de 10 % pour les ouvriers.
Relativement à la moyenne des salariés, le coût de la
main-d'oeuvre ouvrière est plus faible en France qu'ailleurs, ce
qui rapproche le coût du travail de l'ouvrier français des pays à
faible coûts.
Tableau 6 : Coût de la main-d'oeuvre aux taux
de change courants
dans l'industrie manufacturière
(en indices, France = 100) - Année 1996.
|
Portugal |
28 |
|
Grèce |
39 |
|
Royaume-Uni |
61 |
|
Irlande |
62 |
|
Canada |
69 |
|
Espagne |
69 |
|
Etats-Unis |
76 |
|
Italie |
77 |
|
Suède |
91 |
|
Finlande |
92 |
|
Pays-Bas |
99 |
|
France |
100 |
|
Japon |
101 |
|
Norvège |
101 |
|
Danemark |
104 |
|
Autriche |
106 |
|
Belgique |
111 |
|
Suisse |
118 |
|
Allemagne |
119 |
Source : Eurostat et Roxecode
Tableau 7 : Rémunération horaire des ouvriers dans l'industrie manufacturière en 1995
(en indices, France = 100)
|
Portugal |
28 |
|
Grèce |
44 |
|
Espagne |
67 |
|
Irlande |
73 |
|
Royaume-Uni |
76 |
|
Italie |
85 |
|
Etats-Unis |
90 |
|
France |
100 |
|
Luxembourg |
114 |
|
Suède |
115 |
|
Danemark |
121 |
|
Japon |
121 |
|
Pays-Bas |
123 |
|
Finlande |
123 |
|
Autriche |
131 |
|
Belgique |
134 |
|
Allemagne |
161 |
Source : IRES (1996, op.cit, p. 14)
Graphique 3 :
(1) Coin salarial global dans 15 pays de l'OCDE
Notons enfin que ce n'est pas le coût horaire (graphique
3) qui est pertinent pour effectuer des comparaisons de coûts du
travail mais le coût salarial moyen par unité produite. En effet,
il ne faut pas oublier que la productivité constitue un élément
tout aussi déterminant que le coût salarial pour déterminer la
compétitivité-coût de la main-d'oeuvre.
Les comparaisons de productivité en niveau sont cependant peu
fiables (et donc celles du coût salarial unitaire aussi). En
revanche, il est possible de confronter les évolutions du coût
salarial unitaire dans différents pays. On observe alors (graphique
4) que le coût salarial unitaire a augmenté, en France, à un rythme
annuel qui est très proche de celui des Etats-Unis et bien moindre
qu'au Japon et en Allemagne.
Graphique 4 :

2. Peut-on établir un lien entre le niveau du coût horaire du travail et le poids des charges sociales et fiscales pesant sur le travail ?
Du point de vue de l'analyse économique, les effets du coin salarial sur l'emploi, et plus généralement sur l'efficacité économique, peuvent être représentés graphiquement (graphique 5). Le raisonnement peut s'appuyer sur le diagramme classique de l'offre et de la demande sur le marché du travail (en équilibre partiel).
Graphique 5. Marché du travail et coin salarial
prix du travail Offre de travail
coût pour l'entreprise a
E
coin fiscal b
E'
salaire net du salarié c
Demande de travail
quantité de travail
En l'absence de cotisations, l'équilibre du marché s'établit en E.
L'introduction des cotisations entraîne une translation vers la
gauche de la courbe de demande de travail des entreprises.
Autrement dit, pour chaque niveau d'emploi, on observe un
fléchissement du salaire net reçu par le salarié. Au nouvel
équilibre, E', l'emploi diminue et le coin fiscal est à l'origine
d'une " charge fiscale excédentaire " (" excess
burden ") représentée sur le graphique par la surface du
triangle abc (triangle de Dupuis). Autrement dit, seule une
partie du surplus des salariés et des entreprises existant avant
l'introduction des cotisations sociales est prélevée par le secteur
public. Le reste (qui correspond à la surface du triangle) est une
perte sèche pour l'économie.
Le problème est en réalité plus complexe car l'incidence des
cotisations sociales sur le coût du travail suppose de comprendre
au préalable le mode de formation des salaires réels et plus
particulièrement comment ils réagissent à une variation de
cotisations (Cotis et Loufir, 1990)30(*) . Ainsi, le débat doit porter au moins
autant sur le poids global du prélèvement que sur le lien entre
cotisations et prestations servies. Autrement dit, c'est
le statut des cotisations sociales qui est important :
sont-elles perçues comme un élément de rémunération substituable au
salaire net (autrement dit comme " un
salaire différé ") ou, au contraire, comme un prélèvement
à caractère fiscal ? 31(*)
Tant que les individus perçoivent les cotisations comme la
contrepartie de revenus différés, autrement dit comme une prime
d'assurance, l'augmentation du prélèvement social peut être
absorbée par un fléchissement spontané des salaires nets.
Dans ce cas, le plein emploi est alors assuré car les salariés
acceptent une complète flexibilité de leur rémunération.
L'augmentation des taux de prélèvement ne modifie pas le coût
global du travail, mais seulement son partage entre le salaire net
et les cotisations, et sera sans effet notable sur l'emploi. A
l'inverse, si l'offre de travail est parfaitement élastique et s'il
n'y a pas de substitution possible entre cotisations et salaire
net, les salariés défendent un objectif de salaire net rigide, et
toute hausse de cotisations se répercute sur le coût du
travail.
Les travaux empiriques sur ces questions montrent (i) que
l'augmentation des cotisations sociales ne s'est pas traduite par
une augmentation excessive du coût du travail, (ii) que les pays
qui ont les plus fortes charges sociales ne sont pas forcément ceux
qui ont le coût du travail le plus élevé, (iii) que la relation
entre coin salarial et chômage est loin d'être évidente.
(i) Les études économétriques réalisées sur données françaises
semblent indiquer que l'alourdissement des cotisations sociales n'a
sans doute pas exercé jusqu'ici de pression durable sur le coût du
travail.32(*)
En effet, les hausses de taux de cotisation semblent avoir été
absorbées par un fléchissement spontané des salaires nets,
intervenant immédiatement en cas de hausse des cotisations salarié
et avec un délai sensiblement plus long (2 ans environ en moyenne)
en cas d'accroissement des cotisations employeurs. Autrement
dit, dans le court terme, quand les cotisations salariés
augmentent, le salaire net diminue et le coût du travail reste
fixe. En revanche, l'augmentation des cotisations employeurs
conduit à une augmentation du coût du travail. A long terme,
cependant, les cotisation employeurs peuvent être vues,
rappelons-le, comme un impôt sur les salariés.
Même s'il est vrai que le chômage que connaît la France depuis
quinze ans constitue un environnement favorable à la modération
salariale, cette flexibilité spontanée du marché du travail
apparaît cependant remarquable, car les autres chocs sur les coûts
- on pense évidemment aux deux chocs pétroliers - se sont heurtés
au contraire à une résistance salariale forte. Ainsi, le constat
d'une flexibilité spécifique aux chocs sur les cotisations sociales
conduit à privilégier l'hypothèse selon laquelle les salariés ou
leurs représentants, perçoivent les cotisations et les salaires
nets comme des éléments de rémunération relativement substituables
(Cotis et Loufir, 1990, op.cit).
(ii) Contrairement à ce qui est souvent affirmé, le niveau plus ou
moins élevé des cotisations employeurs n'explique pas les
différences de coûts de la main-d'oeuvre entre les différents
pays.
En effet, si on se réfère aux pays de l'Union européenne, on
constate que ceux qui ont les charges sociales les plus lourdes
(France, Espagne, Suède) ont le plus souvent des salaires nets
relativement faibles de sorte que le coût du travail n'y est pas
spécialement plus élevé que dans les pays où les charges sociales
sont plus faibles (Danemark et Pays-Bas). Comme le souligne Euzéby
(1997), les coûts de main-d'oeuvre se présentent comme un tout, peu
importe la manière dont ils se décomposent entre salaires directs
et charges sociales33(*).
Le cas de la France d'un côté, et celui du Danemark, de l'autre
sont à cet égard frappants. Dans le premier pays, les entreprises
supportent des charges sociales élevées (27,3 % des prélèvements
obligatoires en 1993) mais elles versent des salaires directs
relativement bas et les impôts sur le revenu des personnes
physiques sont particulièrement faibles (13,9 % en 1993). Au
Danemark, en revanche, si les entreprises supportent des charges
sociales faibles (elles représentaient en 1993, 0,7 % des
prélèvements obligatoires), elles versent des salaires élevés mais
les impôts, en particulier l'impôt sur le revenu des personnes
physiques, sont aussi élevés (ces derniers représentaient en 1993
52,1 % des prélèvements obligatoires). Au total, le coût du travail
n'est pas moins élevé au Danemark qu'en France car le coin
socialo-fiscal est pratiquement le même.
Un tel résultat n'est pas surprenant en lui-même car il ne faut
pas oublier que les écarts entre pays dans le niveau des coûts de
la main-d'oeuvre reflètent pour une large part les différences
existant dans le niveau des salaires bruts.
Graphique 6 :

Source : IRES 1998
(iii) La France se situe dans une position moyenne au sein des
pays de l'OCDE quand on raisonne en terme de coin fiscal
global.
Celui-ci est mesuré par le poids de l'ensemble des prélèvements y
compris les impôts dans le coût du travail (les cotisations
sociales et l'impôt sur le revenu sont calculés sur la base du
revenu de l'ouvrier moyen).
Certains peuvent être tentés de rapprocher les évolutions du coin
salarial et du chômage. En effet, les deux courbes évoluent avec un
parallélisme remarquable, les évolutions du coin salarial précédant
même de quelques trimestres les évolutions du chômage. Si l'on se
limite à cette seule observation, l'évolution du coin salarial peut
faire figure de bonne hypothèse dans l'explication de la montée du
chômage.
La superposition graphique de ces deux courbes en niveau doit
néanmoins être interprétée avec beaucoup de prudence. Ainsi, un
graphique qui mettrait en regard les variations du coin salarial et
les variations du taux de chômage serait beaucoup moins
spectaculaire. En outre, l'antériorité des mouvements du coin
salarial sur ceux du taux de chômage ne permet pas de conclure à à
une éventuelle causalité. En effet, quand le taux de chômage
s'accroît, les prélèvements sur la population active occupée
doivent augmenter pour financer diverses prestations dont les
indemnités chômage : le coin salarial augmente. L'augmentation
du coin salarial peut alors induire une augmentation du chômage, de
sorte qu'il en résulte un cercle vicieux entre coin salarial et
chômage sans que l'on puisse déterminer le sens de la causalité. En
outre, il convient de souligner que, les cotisations sociales étant
assises sur les salaires, la déformation du partage de la revenu
national observée depuis le début des années 80 au détriment de la
masse salariale a produit, mécaniquement, une réduction de
l'assiette de ces prélèvements.
Graphique 7 : Coin salarial et taux de chômage
(1)
3. Une baisse des charges sociales permettrait-elle d'abaisser le coût du travail et de relancer l'emploi des moins qualifiés ?
Alors que les cotisations à la charge des employeurs
avaient significativement augmenté en France tout au long des
années 1970, depuis le début des 80 les gouvernements successifs
ont mis en place des exonérations temporaires de cotisations
sociales pour certaines catégories d'embauche puis des exonérations
permanentes, notamment pour les emplois les moins qualifiés. Ainsi,
depuis 1993, des exonérations totales sont prévues pour les
cotisations d'allocations familiales (historiquement à la seule
charge des employeurs) quand les salaires n'excèdent pas 110 % du
SMIC. Pour les salaires compris entre 110 % et 120 % du SMIC, les
employeurs sont exonérés de la moitié des charges. En outre, depuis
1995, il existe une réduction des cotisations de Sécurité sociale
sur les bas salaires. Tous les salaires inférieurs à 120 % du SMIC
sont concernés par cette réduction 34(*).
Remarquons, au préalable, que l'absence d'un impact significatif
de l'augmentation des cotisations sociales sur le coût du travail
n'est vraisemblablement pas vérifiée pour les individus les moins
qualifiés.
En effet, si l'on reprend le même type d'argument que
précédemment, une augmentation des cotisations sociales sur les bas
salaires se traduit vraisemblablement par une baisse des salaires
nets, mais insuffisante pour ramener les coûts totaux de la
main-d'oeuvre à leur niveau initial. Parmi les rigidités le plus
souvent évoquées, revient généralement le niveau du SMIC, jugé trop
élevé pour permettre un ajustement du salaire réel à la baisse.
Dans ces conditions, il se produit à long terme une aggravation du
chômage des moins qualifiés.
Par conséquent, pour bon nombre d'économistes, une réduction
massive des charges sociales pourrait avoir un effet d'incitation à
l'embauche pour les salariés les moins qualifiés pour
lesquels le coût du travail est souvent jugé trop élevé au regard
de leur productivité. Toutes choses égales par ailleurs, la baisse
du coût du travail peut avoir des effets favorables sur l'emploi en
ralentissant la substitution du capital au travail - ce qui permet
de rendre " la croissance riche en emplois " - et en
réduisant les coûts unitaires de production. Cette baisse des coûts
pourrait alors permettre d'accroître le niveau de production et
d'emploi en augmentant la compétitivité des entreprises ou en
augmentant la demande qui s'adresse aux entreprises (à condition,
bien évidemment que la baisse des coûts soit répercutée sur les
prix).
L'effet d'une baisse des charges sociales sur l'emploi des moins
qualifiés dépend essentiellement (1) de l'impact de cette baisse
sur le coût du travail, (2) de l'élasticité de la demande de
travail des individus peu qualifiés par rapport au coût salarial,
(3) du degré de substitution entre les différents types de
salariés, (4) enfin de la possibilité pour les employeurs de
substituer des machines aux travailleurs.
· En France, la plupart des études empiriques concluent que,
globalement, l'élasticité du coût de la main-d'oeuvre aux
cotisations sociales (salariés et employeurs) est relativement
faible (élasticité égale à - 0,4) pour les raisons évoquées plus
haut. Autrement dit, toutes choses égales par ailleurs, on peut
s'attendre à ce qu'une réduction des cotisations sociales ait un
effet limité sur l'emploi. Tel n'est pas le cas en Allemagne où une
modification des cotisations sociales pèse en totalité sur le
marché du travail (élasticité égale à - 1) à l'inverse de ce qui se
passe aux Royaume-Uni (élasticité égale à 0,25) ou aux Etats-Unis
pour les cotisations patronales35(*).
· Les études économétriques montrent généralement que
l'élasticité de la demande de travail décroît quand le niveau de
qualification augmente (Hamermesh, 1993)36(*). Ainsi, les travaux réalisés aux
Etats-Unis, au Royaume-Uni ou au Canada montrent que la demande de
travail s'adressant aux jeunes peu qualifiés est relativement
sensible à leur coût relatif, l'élasticité étant comprise entre -1
et -237(*). Pour la France, les
études économétriques restent peu concluantes. Il semble,
cependant, que cette élasticité soit plus faible et comprise entre
-0,5 et - 1.38(*)
· Par ailleurs, les travaux sur données américaines mettent en
évidence une relation de substitution entre les différents types de
salariés. Ainsi, les élasticités de substitution entre les
travailleurs non qualifiés et qualifiés seraient comprises entre 1
et 2. Pour la France, l'hypothèse la plus probable est de l'ordre
de 0,9. En outre, les valeurs des élasticités de substitution entre
les différentes catégories de travail diminuent quand la
qualification augmente (Assouline, Fodha, Lemiale et Zagamé,
1997)39(*).
· On constate enfin que les salariés non qualifiés sont plus
substituables au capital physique que ne le sont les autres
catégories de travailleurs. Plus précisément, la substituabilité
du capital au travail est d'autant plus élevée que le niveau de
qualification est faible. Ainsi, les élasticités de
substitution seraient, dans le cas français, comprises entre 1,6 et
4,1 (Maurin et Parent, 1993)40(*).
Notons en outre que le chômage des non-qualifiés s'explique sans
doute aussi par une inadéquation structurelle de leur qualification
aux besoins des entreprises. Dans ces conditions, l'efficacité
d'une politique consistant en une baisse des coûts portant sur les
bas salaires serait fortement atténuée et risquerait d'engendrer
des effets d'aubaine importants pour les entreprises. En outre, les
travailleurs non qualifiés sont relativement substituables de sorte
que des mesures ciblées de réduction des charges sociales peuvent
favoriser certains d'entre eux au détriment de ceux qui ne
correspondent pas précisément aux conditions d'exonération. Dans ce
cas, la baisse des charges sociales est à l'origine d'effets de
seuil et il n'y a pas de création nette d'emplois.
En dépit de ces limitations et des incertitudes qui entourent les
estimations empiriques, il convient de souligner, pour conclure,
que les politiques de réduction des charges sur les bas salaires
auront également sans doute des effets sur l'offre de travail,
ainsi que sur la politique salariale des entreprises. Il est
probable, en outre, que leur efficacité dépende, dans une très
large mesure, de leur pérennité, les effets d'aubaine purs étant
sans doute atténués dans le cas où les allégements sont perçus
comme devant être permanents. Ainsi, les travaux les plus récents
sur les réductions de charges sur les bas salaires en France
(notamment, Malinvaud, 1998) émettent des conclusions favorables à
ce type de mesures.
Cette question a fait l'objet d'une étude de l'OFCE à
l'aide du modèle MIMOSA. 41(*) La
mesure étudiée est une baisse du taux de cotisation sociales
employeurs, en France et en Europe, correspondant à une réduction
de charges sociales de 1 % du PIB sous diverses hypothèses de
financement et de politique monétaire. MIMOSA étant un modèle
keynésien avec courbe de Phillips, la réduction des cotisations a
un effet significatif à court terme, mais moins massif que ceux
obtenus dans les maquettes d'équilibre général du type de celles de
Laffargue (1996).
Deux grands types de conclusions se dégagent des
simulations :
· Tout d'abord l'efficacité d'une baisse des cotisations
employeurs est plus faible quand cette mesure est financée par de
nouveaux prélèvements que lorsqu'elle est financée par endettement
public. Dans ce cas, elles s'assimilent à une relance budgétaire.
Ainsi, au niveau de l'Union européenne, 1 point de PIB de baisse
des charges patronales entraîne à un horizon de trois ans, un recul
du taux de chômage de 1 point. Du fait de la reprise de l'activité
économique, la mesure ne creuse le déficit budgétaire qu'à hauteur
de la moitié de l'effort budgétaire initial (tableau 8 et 9).
· Si l'on procède à une baisse ciblée des cotisations dans
l'ensemble de l'UE, les résultats dépendent là encore du
financement de la mesure. Ainsi, si l'allégement des charges sur
les bas salaires est financée par une augmentation des charges sur
les hauts salaires, le montant total des charges sociales ne
diminue pas et le salaire moyen subit deux influences
opposées : il est abaissé ex ante par la variation de
la structure de l'emploi en faveur des bas salaires ; ex
post il tend à augmenter en raison des tensions salariales
suscitées par la baisse du chômage. Dans cette configuration, le
taux de chômage est durablement réduit. Dans le cas où la réduction
des cotisations sociales est financée par endettement la baisse du
taux de chômage est plus forte que dans le cas précédent (tableau
10 et 11).
· Tableau 8. Baisse de 1 point de PIB des cotisations
employeurs
dans l'ensemble de l'UE non financée
|
Effet à... |
1 an |
3 ans |
5 ans |
6-10 ans** |
|
PIB |
1,1 |
1,4 |
0,6 |
1,2 |
|
Prix |
-0,9 |
-1,1 |
-1,0 |
-0,7 |
|
Solde public* |
-0,4 |
0,0 |
-0,5 |
-0,4 |
|
Solde extérieur** |
-0,1 |
-0,3 |
-0,2 |
-0,2 |
|
Investissement |
2,5 |
3,9 |
-0,3 |
1,3 |
|
Emploi |
0,5 |
1,3 |
1,0 |
1,2 |
|
Chômage* |
-0,4 |
-0,9 |
-0,5 |
-0,7 |
|
Taux d'intérêt court* |
-1,1 |
0,5 |
0,3 |
0,6 |
|
Taux de change*** |
-0,2 |
-2,2 |
-1,7 |
-2,4 |
* en points
** en moyenne
*** un signe négatif signifie une appréciation des monnaies
européennes
Source : modèle MIMOSA, OFCE.
Tableau 9. Baisse de 1 point de PIB des cotisations
employeurs dans l'ensemble de l'UE financée par une hausse de la
fiscalité directe
sur les ménages
|
Effet à... |
1 an |
3 ans |
5 ans |
6-10 ans** |
|
PIB |
0,0 |
-0,3 |
-0,4 |
-0,1 |
|
Prix |
-0,9 |
-1,8 |
-2,8 |
-3,6 |
|
Solde public* |
0,2 |
0,2 |
0,1 |
0,2 |
|
Solde extérieur** |
0,0 |
0,0 |
0,1 |
0,1 |
|
Investissement |
0,8 |
0,0 |
-0,5 |
1,0 |
|
Emploi |
0,1 |
0,0 |
-0,1 |
0,3 |
|
Chômage* |
-0,1 |
0,0 |
0,1 |
-0,1 |
|
Taux d'intérêt court* |
-1,3 |
-0,6 |
-0,6 |
-0,5 |
|
Taux de change*** |
0,3 |
-1,2 |
-1,8 |
-2,9 |
* en points
** en moyenne
*** un signe négatif signifie une appréciation des monnaies
européennes
Source : modèle MIMOSA, OFCE.
Tableau 10. Baisse de 1 point de PIB des cotisations employeurs dans l'ensemble de l'UE, ciblée sur les bas salaires, non financée
|
Effet à... |
1 an |
3 ans |
5 ans |
6-10 ans** |
|
PIB |
1,3 |
1,3 |
-0,2 |
0,7 |
|
Prix |
-0,8 |
-1,0 |
-0,8 |
-0,3 |
|
Solde public* |
-0,3 |
0,1 |
-0,7 |
-0,5 |
|
Solde extérieur** |
-0,1 |
-0,2 |
-0,1 |
-0,2 |
|
Investissement |
2,7 |
3,4 |
-2,6 |
0,1 |
|
Emploi |
0,8 |
1,8 |
1,3 |
1,6 |
|
Chômage* |
-0,6 |
-1,2 |
-0,6 |
-0,9 |
|
Taux d'intérêt court* |
-1,0 |
0,7 |
0,5 |
0,8 |
|
Taux de change*** |
-0,5 |
-2,7 |
-1,9 |
-2,5 |
* en points
** en moyenne
*** un signe négatif signifie une appréciation des monnaies
européennes
Source : modèle MIMOSA, OFCE.
Tableau 11 . Baisse de 1 point de PIB des cotisations employeurs dans l'ensemble de l'UE financée par reprofilage des cotisations sociales
(écart au compte central en %)
|
Effet à... |
1 an |
3 ans |
5 ans |
6-10 ans** |
|
PIB |
0,2 |
-0,2 |
-0,9 |
-0,6 |
|
Prix |
0,0 |
0,1 |
0,2 |
0,3 |
|
Solde public* |
0,2 |
0,2 |
-0,2 |
-0,1 |
|
Solde extérieur** |
0,0 |
0,0 |
0,1 |
0,1 |
|
Investissement |
0,3 |
-0,8 |
-2,8 |
-1,3 |
|
Emploi |
0,3 |
0,6 |
0,4 |
0,4 |
|
Chômage* |
-0,2 |
-0,4 |
-0,1 |
-0,2 |
|
Taux d'intérêt court* |
0,1 |
0,3 |
0,2 |
0,3 |
|
Taux de change*** |
-0,3 |
-0,6 |
-0,3 |
-0,3 |
* en points
** en moyenne
*** un signe négatif signifie une appréciation des monnaies
européennes
Source : modèle MIMOSA, OFCE.
Le contexte de chômage massif en Europe, et
singulièrement en France, frappant plus particulièrement la
main-d'oeuvre peu qualifiée, a relancé, depuis quelques années, le
débat sur l'importance du coût de la main-d'oeuvre dans la création
d'emploi et sur le rôle des prélèvements obligatoires, à travers le
" coin socio-fiscal ", dans la formation ce coût de la
main-d'oeuvre. Bien que les études empiriques disponibles soient
relativement peu concluantes, il semble qu'un consensus se dégage
sur l'efficacité, en termes d'emploi, des politiques d'allégement
de charges sur les bas salaires, dont la France, comme de nombreux
autres pays, a généralisé la pratique depuis quelques années. Dans
la mesure où de tels allégements se répercutent effectivement sur
le coût de la main-d'oeuvre, ils sont susceptibles de donner lieu à
une forme de concurrence fiscale entre les gouvernements
européens.
Les effets à attendre de ces politiques dépendent cependant
beaucoup de la manière dont de tels allégements sont compensés. Les
gouvernements étant désormais soumis, dans le Pacte de stabilité et
de croissance, a une contrainte forte en termes de déficits
publics, ces allégements de charges ne peuvent déboucher que sur
une augmentation de la pression fiscalo-sociale pesant sur d'autres
assiettes ou sur une réduction des dépenses de protection sociale.
Dès lors, c'est la question du niveau de protection sociale et de
son mode de financement, et notamment du caractère plus ou moins
redistributif celui-ci, qui est posée.
L'impôt sur le revenu occupe une place relativement
modeste dans le système fiscal Français mais il est sans doute
important psychologiquement car le contribuable ressent directement
le prélèvement sur ses revenus. En cela, l'impôt sur le revenu se
distingue de l'impôt sur les sociétés ou de la TVA dont la charge
fiscale peut être répercutée en partie par l'intermédiaire des prix
des biens et des facteurs sur d'autres agents économiques.
L'imposition des revenus et des patrimoines des personnes obéit,
dans tous les Etats membres, au principe de résidence : le
contribuable est soumis à la législation fiscale nationale de
l'Etat dans lequel il réside et tenu d'acquitter ses impôts dus à
ce titre, quelle que soit la provenance géographique de ses
revenus. Il n'y a dès lors aucun obstacle théorique à la permanence
de systèmes nationaux distincts et éventuellement très disparates
d'imposition des revenus, hormis les contraintes naissant de la
mobilité résidentielle des ménages. En effet, en dépit de
l'affirmation du principe de libre circulation des personnes au
sein de l'Union européenne et de la possibilité théorique offerte à
tous les citoyens de l'UE d'élire résidence et d'exercer un emploi
dans le pays membre de leur choix, la mobilité résidentielle des
personnes demeure faible parmi les pays de l'Union ; et la
persistance des obstacles culturels, linguistiques et autres incite
à prévoir qu'elle ne devrait pas s'accroître considérablement pour
la majorité de la population dans les années qui viennent.
Certaines catégories sont, il est vrai, plus mobiles que les
autres : ce sont essentiellement les travailleurs les moins
qualifiés, d'une part, les cadres supérieurs, certains
professionnels et titulaires de hauts revenus, d'autre part. Mais
ces catégories ont toujours été relativement plus mobiles que les
autres et ni l'achèvement du marché unique ni la mise en oeuvre du
traité de Maastricht en la matière ne semblent devoir s'accroître
l'ampleur de ces phénomènes. En outre, la mobilité résidentielle
motivée par des facteurs fiscaux apparaît aujourd'hui limitée aux
franges frontalières des Etats d'une part, aux titulaires de très
hauts revenus ou patrimoines mobiliers d'autre part. En revanche,
les contraintes de mobilité sont certainement plus fortes pour les
revenus de l'épargne que pour les revenus du travail. En règle
générale la taxation dans le pays de résidence des revenus de
l'épargne étrangère repose sur le principe de la déclaration
volontaire. Seuls les pays qui disposent d'un système complet
d'échange de renseignements peuvent repérer les sorties de
capitaux. Dans le cas contraire, ces revenus sont quasiment
totalement défiscalisés. D'où une incitation à placer à l'étranger.
Le processus d'harmonisation a été relancé par la proposition de la
Commission 42(*) d'instaurer un taux
de retenue à la source minimum de 20 % sur les intérêts de
l'épargne ou de coopérer en échangeant des informations avec les
Etats membres sur les épargnants non résidents.
Après avoir présenté les caractéristiques de l'impôt sur le revenu
dans les quinze pays de l'UE, nous comparons la pression fiscale et
sociale pesant sur les revenus du travail des ménages pour
différents niveaux de revenu et situations familiales. Nous
consacrons la dernière partie du chapitre à la fiscalité sur les
revenus de l'épargne et au projet de directive de la
Commission.
L'impôt sur le revenu représentait en moyenne dans les
pays de l'Union européenne 11,3% du PIB en 1996. Son importance a
nettement progressé en valeur relative depuis les années 60 : il
n'était alors que de 6 % du PIB. Cette évolution s'est surtout
manifestée dans les années 70 ; elle s'est ralentie dans les deux
dernières décennies.
Autour de cette moyenne, les situations sont très différentes
selon les Etats. Ainsi le poids de l'impôt sur le revenu dans le
PIB se situe dans une fourchette comprise entre 5 % en Grèce et
27,8% au Danemark. Grosso modo, on peut distinguer trois types de
pays selon que le poids de l'impôt sur le revenu est supérieur,
inférieur ou dans la moyenne européenne.
La Belgique, le Danemark, la Finlande et la Suède ont un impôt sur
le revenu dont le poids est particulièrement important.
L'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le
Royaume-Uni se situent dans la moyenne européenne.
Le poids de l'impôt sur le revenu est particulièrement faible en
France, en Grèce, au Portugal, en Espagne et en
Autriche.
1. Le poids de l'impôt sur le revenu des personnes
physiques dans les Etats de l'UE
En % du PIB
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
|
|
Allemagne |
10,10 |
10,40 |
10,91 |
10,58 |
10,39 |
10,70 |
9,4 |
|
Autriche |
8,59 |
9,10 |
9,25 |
9,39 |
8,49 |
8,85 |
9,2 |
|
Belgique |
14,13 |
13,70 |
13,90 |
13,64 |
14,50 |
14,62 |
14,3 |
|
Danemark |
25,61 |
26,10 |
26,38 |
26,44 |
27,73 |
27,56 |
27,8 |
|
Espagne |
7,48 |
8,10 |
8,43 |
8,40 |
8,14 |
8,09 |
7,7 |
|
Finlande |
17,49 |
17,40 |
18,33 |
16,24 |
17,42 |
16,19 |
16,9 |
|
France |
5,18 |
5,90 |
5,96 |
6,10 |
6,16 |
6,17 |
6,4 |
|
Grèce |
5,09 |
4,80 |
4,02 |
3,72 |
4,32 |
4,90 |
5,0 |
|
Irlande |
11,11 |
11,60 |
11,33 |
11,32 |
11,36 |
10,35 |
10,5 |
|
Italie |
10,29 |
10,50 |
11,28 |
11,87 |
10,59 |
10,81 |
10,8 |
|
Luxembourg |
10,21 |
9,10 |
9,00 |
9,13 |
9,54 |
9,37 |
9,8 |
|
Pays-Bas |
11,01 |
12,30 |
11,60 |
12,05 |
9,24 |
8,31 |
7,6 |
|
Portugal |
4,92 |
5,60 |
6,80 |
6,27 |
6,18 |
6,09 |
6,6 |
|
Royaume-Uni |
10,38 |
10,30 |
9,90 |
9,29 |
9,43 |
9,68 |
9,3 |
|
Suède |
21,41 |
18,00 |
17,98 |
18,28 |
18,66 |
17,53 |
18,4 |
|
Moyenne UE |
11,53 |
11,53 |
11,67 |
11,51 |
11,48 |
11,28 |
11,3 |
Source : Statistiques Recettes Publiques , OCDE 1998.
Le revenu des personnes physiques provient de différentes sources : revenus du travail, revenus mobiliers, revenus fonciers, transferts sociaux, etc. Dans chaque Etat, la législation fiscale détermine les revenus catégoriels qui constituent la base imposable au titre de l'impôt sur le revenu. De ce revenu brut imposable, sont déduits différents abattements pour obtenir le revenu net imposable. Rentre ensuite en ligne de compte l'unité de taxation qui peut être, selon les pays, l'individu ou le ménage. L'impôt est enfin calculé par application d'un barème au revenu net imposable, le contribuable pouvant, dans certains cas, bénéficier de déductions d'impôt appelées crédits d'impôt.
A. DÉTERMINATION DE LA BASE IMPOSABLE
Pour chaque pays de l'Union européenne, le tableau 2
donne une idée générale des différents revenus qui entrent dans la
base imposable. Il reprend les principales catégories de revenus :
les revenus professionnels, les revenus mobiliers, les revenus
fonciers, les revenus de remplacement (assurance chômage et
pensions vieillesse), les revenus de transfert (allocations
familiales et aides sociales diverses) et les revenus divers
(pensions alimentaires et autres).
Les revenus des trois premières catégories (revenus
professionnels, revenus mobiliers et revenus fonciers) sont
imposables dans tous les pays de l'Union européenne. Cependant,
dans certains pays, les revenus mobiliers subissent un précompte
qui est libératoire. Dans ce cas, les revenus mobiliers ne sont pas
inclus dans la base imposable. On observe ça en Autriche, en
Belgique, en France, en Grèce, en Italie, au Portugal, en Finlande
et en Suède pour les intérêts et en Autriche, en Belgique, au
Danemark et au Portugal pour les dividendes 43(*). En Belgique, les revenus fonciers font
l'objet non seulement d'une imposition au titre de l'impôt des
personnes physiques, mais également d'une taxation au précompte
appelé précompte immobilier. Le précompte immobilier est déterminé
sur la base du revenu cadastral, c'est-à-dire du " revenu
moyen normal net d'une année "44(*).
Il n'existe pas de système équivalent dans les autres pays de
l'Union européenne.
Les différences de traitement fiscal des revenus dans les Etats
membres sont plus importantes lorsque l'on considère les revenus de
remplacement : si les pensions vieillesse sont imposables dans tous
les pays de l'Union européenne, en revanche, les allocations
chômage ne sont pas imposables dans trois pays (en Autriche, en
Allemagne et au Portugal).
Les différences entre les Etats membres sont encore plus marquées
lorsque l'on considère les transferts sociaux : les allocations
familiales sont imposables dans seulement deux pays (en Grèce et en
Espagne) et les aides sociales dans six pays (Danemark, Grèce,
Luxembourg, Pays-Bas, Espagne et Royaume-Uni). En ce qui concerne
les pensions alimentaires, elles sont imposables dans 10 Etats
membres (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Grèce, Irlande,
Pays-Bas, Espagne, Suède, Royaume-Uni).
2. Détermination de la base imposable dans les pays de l'Union Européenne
|
Pays |
Revenus professionnels |
Revenus mobiliers |
Revenus immobiliers |
Revenus remplacements |
Transferts |
Revenus divers |
|||
|
Assurance
|
Pension
|
Alloc. famil. |
Aide soc. |
Pensions aliment.
|
Autres
|
||||
|
Allemagne |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
|||
|
Autriche |
oui |
oui * ** |
oui |
oui |
|||||
|
Belgique |
oui |
oui * ** |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
||
|
Danemark |
oui |
oui** |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
||
|
Espagne |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
|
Finlande |
oui |
oui* |
oui |
oui |
oui |
oui |
|||
|
France |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
|||
|
Grèce |
oui |
oui* |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
|
|
Irlande |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
|||
|
Italie |
oui |
oui* |
oui |
oui |
oui |
||||
|
Luxembourg |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
|||
|
Pays-Bas |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
||
|
Portugal |
oui |
oui* ** |
oui |
oui |
|||||
|
Royaume-Uni |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui
|
||
|
Suède |
oui |
oui* |
oui |
oui |
oui |
oui |
oui
|
||
* Retenue à la source libératoire sur intérêts, **
retenue à la source libératoire sur dividendes.
Source : A European benefit-tax model and social
integration , Euromod (1997) et systèmes de prestation
et incitation au travail , OCDE, 1998.
B. LES ALLÉGEMENTS D'IMPÔT
Il existe de nombreux allégements fiscaux dans les
différents pays de l'Union. Leur objectif est :
(1) d'appréhender au mieux la capacité contributive du
contribuable en lui permettant de déduire les dépenses
indispensables à l'obtention du revenu - c'est le cas de la
déduction des charges professionnelles,
(2) d'influer sur le comportement des individus - c'est le cas des
incitations fiscales sur certains produits d'épargne ou encore sur
certains types d'investissements. Il existe toujours conflit latent
entre le souci des pouvoirs publics de simplifier et de rendre plus
transparent le système fiscal de façon à réduire les possibilités
d'évasion et leur volonté d'approcher au plus juste la capacité
contributive ou d'utiliser les abattements fiscaux à des fins
incitatives. Les allégements peuvent prendre deux formes. Les
allégements forfaitaires ne sont pas liés à des dépenses réelles
supportées par le contribuable mais sont accordés automatiquement à
tous ceux qui remplissent les conditions requises en vertu d'un
dispositif légal. A l'inverse les allégements non-forfaitaires sont
déterminés par référence à des dépenses réellement effectuées par
le contribuable et portent, selon les pays, soit sur le revenu,
soit sur l'impôt dû.
Les abattements pour frais professionnels se retrouvent dans la
plupart des pays de l'Union européenne. Ils peuvent être calculés
forfaitairement ou faire l'objet de déduction sur la base des frais
réels, les deux systèmes coexistant parfois au sein d'un même pays.
Seuls trois pays n'admettent aucun abattement spécifique pour frais
professionnels : L'Italie, le Portugal et le Royaume-Uni. La Grèce
accorde un abattement par l'intermédiaire du barème (la tranche
exonérée est majorée de l'équivalent de 10,7 % du SMO). La France,
les Pays-Bas et l'Espagne accordent des abattements relativement
importants : 10 % en France (du salaire net), 8 % aux Pays-Bas et 5
% en Espagne. Toutefois, ces pays ont inclus un plafonnement des
déductions dans leur législation. Dans les autres pays, les
abattements octroyés sont beaucoup plus faibles : de 0,6 % du SMO
en Autriche à 3,5 % du SMO en Allemagne.
3. Abattements pour frais professionnels des salariés dans les pays de l'UE (1996)
|
Pays |
Abattements |
|
Allemagne |
Abattement forfaitaire : 2000 DEM45(*) (soit 3.5% du SMO) |
|
Autriche |
1800 ATS46(*) (soit 0,6 % du salaire moyen ouvrier (SMO)) |
|
Belgique |
Abattement forfaitaire selon un barème (limité à 110.000 BEF par conjoint) ou frais réels |
|
Danemark |
Frais réels |
|
Espagne |
5 % du salaire brut avec un maximum de 250.000 ESP |
|
Finlande |
Abattement forfaitaire (3% du salaire brut avec un maximum de 500 FMK ) ou frais réels si le montant est supérieur. |
|
France |
frais réels ou 10 % du salaire net - Maximum : 76010 FRF |
|
Grèce |
Abattement : 300.000 DRS (soit 10,7 % du SMO) accordé par l'intermédiaire du barème (la tranche exonérée est majorée de 300.000 DRS par rapport au barème de base) |
|
Irlande |
frais réels |
|
Italie |
Pas d'abattement spécifique |
|
Luxembourg |
21.000 LUF47(*) (soit 2 % du SMO) |
|
Pays-Bas |
8 % du salaire annuel avec un maximum de 2507 NGL48(*) |
|
Portugal |
Pas d'abattement spécifique |
|
Royaume-Uni |
Pas d'abattement spécifique
|
|
Suède |
Frais réels à partir du moment où ils sont supérieurs à 1.000 SEK (et 6.000 SEK pour les frais de déplacement).
|
Source : La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux , OCDE, 199749(*).
Dans certains pays comme la France (qui est
particulièrement généreuse), la Belgique, l'Irlande, l'Italie, le
Luxembourg ou l'Espagne, il existe en outre un abattement
spécifique pour les salariés destiné à compenser leur moindre
possibilité de fraude.
Enfin, les allégements non forfaitaires, souvent plafonnés,
concernent principalement la déduction des intérêts versés pour
l'acquisition de la résidence principale, les primes
d'assurance-vie et les dons aux organismes de bienfaisance (tableau
4).
4. Exemples d'abattements non forfaitaires accordés dans quelques pays de l'UE (1996)
|
Pays |
Abattements |
|
Allemagne |
- Intérêts d'emprunts afférents à l'acquisition d'une
résidence principale ; |
|
Belgique |
- Intérêts de certains prêts hypothécaires ; |
|
Danemark |
- Cotisations/primes versées à des systèmes de retraite
privée ; |
|
Espagne |
- Plans de pension ; |
|
France |
- Intérêts d'emprunts afférents à l'acquisition d'une
résidence principale ; |
|
Grèce |
- Frais médicaux et d'hospitalisation ; |
|
Irlande |
- Intérêts versés pour l'acquisition, la construction ou
l'amélioration de la résidence principale ; |
|
Italie |
- Intérêts des prêts hypothécaires ; |
|
Pays-Bas |
- Intérêts hypothécaires moins loyers imputés ; |
|
Royaume-Uni |
- Cotisations à certaines retraites privées ;
|
Source : European tax handbook, 1996.
C. BARÈMES D'IMPOSITION AU TITRE DE L'IMPÔT SUR LE REVENU
Tous les pays exonèrent les contribuables dont les
revenus sont les plus faibles. Cette exonération peut se faire soit
par l'octroi d'abattements forfaitaires, soit par l'existence d'une
tranche exonérée d'impôt ou encore par l'octroi de crédits
d'impôt.
Le tableau suivant montre cependant que le seuil minimum
d'imposition, exprimé en fonction du salaire moyen, est très
différent selon les pays. Trois types de profils peuvent être
distingués
1. Les pays qui ont un seuil minimum d'imposition relativement
bas. C'est le cas de l'Autriche, du Danemark, de l'Italie, du
Portugal ou encore de la Suède.
2. Les pays qui se situent dans une situation intermédiaire, c'est
le cas de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de l'Irlande,
du Luxembourg ou de l'Espagne.
3. Les pays dont le seuil de non imposition est très élevé : la
Finlande et la Grèce.
5. Seuil d'imposition dans les pays de l'Union européenne
|
Pays |
Système |
Montant |
Montant |
||
|
Seul |
Marié |
Seuil |
Marié |
||
|
Allemagne |
TE |
12.095 |
12.095 |
21 |
21 |
|
Autriche |
CI |
8.840 |
8.840 |
3 |
3 |
|
Belgique |
A |
198.000 |
156.000 |
18,5 |
14,6 |
|
Danemark |
CI |
3.648 |
3.648 |
1,5 |
1,5 |
|
Espagne |
CI + TE |
29.21150(*) |
n.d. |
21.3 |
21.3 |
|
Finlande |
TE |
43.000 |
43.000 |
31 |
31 |
|
France |
TE |
25.610 |
25.610 |
21 |
21 |
|
Grèce |
TE |
1.300.000 |
1.300.000 |
46 |
46 |
|
Irlande |
A |
2.650 |
2.650 |
18.7 |
18.7 |
|
Italie |
CI |
784.634 |
784.634 |
2.2 |
2.2 |
|
Luxembourg |
TE |
243.600 |
243.600 |
23 |
23 |
|
Pays-Bas |
A |
7.003 |
7.003 |
12.4 |
12.4 |
|
Portugal |
CI |
33.000 |
25.000 |
2.5 |
1.9 |
|
Royaume-Uni |
A |
3.765 |
3.765 |
23.6 |
23.6 |
|
Suède |
A |
9.00051(*) |
9.000 |
4.4 |
4.4
|
A: abattement, CI: crédit d'impôt, TE: tranche
exonérée.
Source: La situation des salariés au regard de l'impôt et
des transferts sociaux, OCDE, 1997.
Le barème de l'impôt permet de déterminer le montant de l'impôt qui sera payé pour chaque niveau de revenu imposable. Les principales caractéristiques des barèmes en vigueur pour les revenus de 1996 figurent dans le tableau ci-après :
6. Caractéristiques des barèmes d'imposition des pays de l'Union européenne
|
Pays |
Nombre de tranches |
Taux minimum |
Taux maximum |
Tranche exonérée |
Seuil d'imposition en % du SMO |
Seuil correspondant à la tranche la plus élevée (multiple du SMO) |
|
Allemagne |
25,9 % |
53 % |
oui |
21 % |
2,1 |
|
|
Autriche |
5 |
10 % |
50 % |
non |
3% |
2,4 |
|
Belgique52(*) |
7 |
28 % |
58 % |
non |
14,6 ou 18,5 % |
2,3 |
|
Danemark |
3 |
12 % |
32 % |
non |
1,5 % |
0,98 |
|
Espagne |
18 |
20 % |
56 % |
oui |
21,3 % |
4,7 |
|
Finlande |
7 |
7 % |
39 % |
oui |
31 % |
2,1 |
|
France55(*) |
7 |
10,5 % |
54 % |
oui |
21 % |
2,4 |
|
Grèce |
6 |
5 % |
45 % |
oui |
36 % |
5,3 |
|
Irlande |
2 |
27 % |
48 % |
non |
18,7 % |
0,7 |
|
Italie |
7 |
10 % |
51 % |
non |
2,2 % |
8,4 |
|
Luxembourg |
18 |
10 % |
50 % |
oui |
23 % |
1,3 |
|
Pays-Bas |
3 |
6,35 % |
60 % |
non |
12,4 % |
1,6 |
|
Portugal |
4 |
15 % |
40 % |
non |
2,5 % |
4,6 |
|
Royaume-Uni |
3 |
20% |
40% |
non |
23, 6% |
1,6 |
|
Suède |
2 |
100 SEK |
100 SEK+25 % du salaire brut
|
non |
4,4 % |
1,0 |
Source : La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux, OCDE, 1997 et Dictionnaire permanent fiscal, 1998.
Dans tous les pays de l'Union européenne, l'impôt est
progressif : les tranches successives de revenu sont imposées à des
taux marginaux croissants de sorte que le taux moyen augmente avec
le niveau de revenu57(*). Toutefois,
comme le montre le tableau ci-dessus, il existe de grosses
différences entre les barèmes des différents pays de l'Union
européenne. Les taux minimums varient entre 5% en Grèce et 43% au
Danemark; les taux maximums varient entre 40% au Portugal et 60%
aux Pays-Bas.
Le nombre de tranches varie également fortement d'un pays à
l'autre : certains pays, tels par exemple, l'Irlande, la
Suède, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont un nombre de tranches
restreint. D'autres, par contre, ont un nombre de tranches élevé
(Espagne, Luxembourg). Seule l'Allemagne a un système original où,
pour les revenus moyens (deuxième et troisième tranche), le taux
marginal d'imposition est une fonction croissante monotone du
niveau du revenu.
La Suède a un barème avec deux tranches. Pour la première tranche,
le montant de l'impôt est forfaitaire et égal à 100 SEK ; pour la
seconde tranche, il s'agit de ce même montant de l'impôt, majoré de
25% du salaire brut. La progressivité de l'impôt n'est donc assurée
que dans cette seconde tranche. Toutefois, la première tranche ne
concerne que des salaires inférieurs au niveau de salaire de
l'ouvrier moyen. En outre, des taxes locales sont à payer,
relativement élevées, comme dans les autres pays scandinaves (31,65
% en moyenne pour la Suède).
Aux Pays-Bas, le taux marginal d'imposition passe de 6,35 % pour
la première tranche (à un seuil correspondant à 80 % du salaire de
l'ouvrier moyen) à 50 % pour la deuxième tranche et 60 % pour la
troisième tranche. En réalité, la première tranche de l'impôt sur
le revenu est très élevée aux Pays-Bas car elle comprend, outre le
taux marginal de l'impôt sur le revenu, une contribution (au taux
de 29,25 % en 1998) destinée à financer la Sécurité sociale en sus
des cotisations sociales.
Toutefois, dans la plupart des pays de l'Union européenne, la
tendance depuis plusieurs années est à la réduction des taux
marginaux maximums. Ainsi, ces taux ont baissé entre 1996 et 1998
au Danemark (de 32 à 31%), en Finlande (de 39 à 38 %), en Irlande
(de 48 à 46 %), au Luxembourg (de 50 à 46 %) et en Italie (de 51 à
45 %). Les taux minimums ont baissé, pendant cette même période, au
Danemark (de 12 à 10 %), en Finlande (de 7 à 6 %), en Irlande (de
27 à 24 %), au Luxembourg (de 10 à 6 %); ils ont augmenté aux
Pays-Bas (de 6,35 à 8,85 %) et en Italie (de 10 à 19 %). Quant au
nombre de tranches, il a diminué en Espagne (de 18 à 11) et en
Italie (de 7 à 5).
D. LA PRISE EN COMPTE DES CHARGES DE FAMILLE DANS LE CALCUL DE L'IMPÔT
Les pays de l'Union européenne prennent en compte de façon très différente la composition des ménages pour calculer l'impôt sur le revenu. Certains pays modulent les abattements selon le statut matrimonial. C'est le cas en Belgique et au Portugal où des montants différents sont accordés aux personnes célibataires et aux contribuables mariés.
1. L'imposition des couples
Deux systèmes sont concevables : soit l'unité de taxation
est l'individu, ce qui conduit à un système de imposition séparée
des revenus ; soit l'unité de taxation est le ménage, ce qui
aboutit à une imposition jointe (encadré 1).
Ces vingt dernières années, la tendance générale dans les pays de
l'Union européenne va dans le sens de l'abandon du système
d'imposition où l'unité de taxation est le ménage et l'adoption
d'un système de taxation séparée. Ainsi, depuis les années 1970,
l'Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, l'Italie, les
Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni ont progressivement adopté le
système d'imposition séparée tandis que la Grèce avait déjà adopté
un système de taxation séparée depuis un certain temps. Autrement
dit, à l'heure actuelle, seulement six pays (France, Allemagne,
Espagne, Irlande, Luxembourg et Portugal) utilisent encore un
système de taxation des revenus agrégés.
Toutefois, certains pays ayant un système d'imposition séparée des
revenus utilisent parallèlement un système d'imposition joint des
revenus pour certaines catégories de revenus tels, par exemple, les
revenus du capital. A l'inverse, d'autres pays ayant conservé un
système d'imposition jointe laissent le choix aux contribuables
d'opter pour la taxation séparée dans certaines circonstances.
Le tableau 7 présente un résumé des systèmes de taxation des
couples utilisés dans les pays de l'Union
européenne.
7. Taxation des couples dans les pays de l'Union européenne en 1996
|
Pays |
Systèmes de taxation des couples |
|
Allemagne |
Choix entre imposition séparée et imposition jointe avec fractionnement. |
|
Autriche |
Imposition séparée et crédit d'impôt pour les couples ne disposant que d'un seul salaire. |
|
Belgique |
Imposition séparée des revenus professionnels. Tous les autres revenus du ménage sont cumulés avec les revenus professionnels du conjoint qui gagne le plus. Quotient conjugal. |
|
Danemark |
Imposition séparée avec transfert possible de crédit d'impôt (c'est-à-dire que si un des époux ne travaille pas ou gagne peu, son conjoint bénéficie du crédit d'impôt non utilisé). Les revenus du capital, au-delà d'un certain seuil, sont cumulés avec les revenus professionnels du conjoint qui gagne le plus. |
|
Espagne |
Imposition séparée avec option pour l'imposition commune.
|
|
Finlande |
Imposition séparée. Aucune compensation n'est prévue lorsqu'un des conjoints ne travaille pas. |
|
France |
Imposition conjointe des revenus et quotient familial. |
|
Grèce |
Imposition séparée mais les couples mariés doivent remplir une déclaration commune. |
|
Irlande |
Choix entre imposition séparée et imposition jointe avec fractionnement. |
|
Italie |
Imposition séparée des revenus professionnels avec crédit d'impôts si un des conjoints ne travaille pas ou gagne peu. Les autres revenus sont imposés globalement. Dans ce cas, chaque conjoint est imposé sur la moitié de l'impôt relatif à ces revenus communs. |
|
Luxembourg |
Imposition conjointe avec fractionnement |
|
Pays-Bas |
Imposition séparée des revenus du travail avec transfert d'abattement si un des conjoints ne travaille pas. Les autres revenus sont ajoutés aux revenus du travail de celui qui gagne le plus.
|
|
Portugal |
Imposition conjointe des revenus de l'unité familiale avec fractionnement. |
|
Royaume-Uni |
Taxation séparée avec crédit d'impôt pour couples mariés transférable librement entre époux.
|
Source: La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux, OCDE, 1997.
La France, le Luxembourg et le Portugal sont les seuls
pays à utiliser un système de taxation agrégée pour tous les types
de revenus. La France, le Portugal et le Luxembourg utilisent le
fractionnement (avec un quotient de 2 ou de 1,9 au Portugal si un
des époux perçoit au moins 95% du revenu agrégé du couple).
Les pays qui offrent la possibilité aux contribuables de choisir
entre l'imposition séparée et l'imposition jointe sont l'Allemagne,
l'Irlande et L'Espagne. L'Allemagne et l'Irlande ont opté pour le
fractionnement tandis que l'Espagne utilise la méthode du cumul.
Les pays qui utilisent certains éléments de la taxation jointe tout
en ayant principalement une taxation séparée sont la Belgique, les
Pays-Bas et le Danemark. En Belgique et aux Pays-Bas les revenus du
couple, autres que les revenus professionnels, sont cumulés avec
les revenus professionnels du conjoint qui gagne le plus. En outre,
en Belgique, lorsqu'un des conjoints n'exerce pas d'activité
professionnelle, il bénéficie de l'imposition séparée sur la
quote-part de revenus qui peut lui être attribuée. Cette quote-part
équivaut à 30% des revenus du conjoint qui touche des revenus
professionnels mais elle est plafonnée (à 297.000 FB en 1996). Au
Danemark, les revenus du capital, au-delà d'un certain seuil, sont
ajoutés aux revenus professionnels du conjoint qui gagne le
plus.
Imposition séparée et imposition jointe
* Quand l'unité d'imposition est l'individu, chaque
individu est taxé sur ses propres revenus, quel que soit son état
civil.
Si l'on note Rh le revenu de monsieur et Rf le revenu de madame,
alors l'impôt global (I) payé par le ménage se calcule de la façon
suivante :
I= I (Rh) + I (Rf) imposition séparée
L'imposition séparée permet de prendre en compte le fait que les
revenus sont perçus par une ou deux personnes. Dans ce système, les
modalités de vie commune n'influencent pas la détermination de
l'unité d'imposition. L'imposition des revenus de la femme est la
même, qu'elle soit mariée ou célibataire ; il n'y a donc aucune
incitation pour les femmes à ne pas travailler. Cependant, si ce
système était appliqué complètement, une personne qui ne travaille
pas ne ferait pas faire d'économie d'impôt à son conjoint. Pour
éviter cela, les pays qui pratiquent ce système accordent parfois
au contribuable un abattement ou un crédit d'impôt.
* Quand l'unité d'imposition est le ménage, on distingue, trois
grands systèmes d'imposition :
- le cumul
- le fractionnement ou splitting
- le système du quotient familial.
Dans le système du cumul, les revenus des conjoints sont
aditionnés pour déterminer le revenu imposable.
I = I (Rh + Rf) cumul
Ce système a été longtemps le plus répandu. Il pose toutefois
certains problèmes. En effet, si on applique aux revenus agrégés
des deux conjoints un barème progressif, (1) il y a surimposition
du conjoint dont le salaire est le plus bas, ce qui peut décourager
son offre de travail ; (2) les couples mariés sont pénalisés par
rapport aux couples qui ont un niveau de revenu équivalent mais qui
vivent en concubinage et pour lesquels les revenus sont imposés
séparément. C'est pourquoi les pays où ce système est encore en
vigueur accordent des abattements ou des réductions d'impôt aux
ménages dont les deux conjoints travaillent.
Dans le système du fractionnement ou splitting, les revenus des
conjoints sont cumulés puis divisés par deux (même si le couple n'a
qu'un seul revenu, celui-ci est divisé par deux). On calcul l'impôt
sur ce quotient puis le montant d'impôt ainsi obtenu est multiplié
par deux pour donner le montant total de l'impôt.
I = 2* {I (Rh + Rf) /2symbol 125 \f "Symbol (AS)" \s 9
fractionnement
Dans le système du quotient familial, qui constitue une variante
du système de fractionnement du revenu, l'impôt est dû par le chef
de famille sur le revenu cumulé du conjoint et des enfants à
charge, divisés par un coefficient appelé quotient familial.
Celui-ci est obtenu en additionnant les parts attribuées à chacun
des membres de la famille.
I = q{I (Rh + Rf + Re) /qsymbol 125 \f "Symbol (AS)" \s 9,
quotient familial
où q est le quotient familial.
Dans le système du fractionnement et du quotient familial, la
progressivité du barème est fortement atténuée par la division du
revenu entre les époux (et encore davantage s'il y a des enfants).
Ces deux systèmes sont particulièrement avantageux pour les
familles à un seul revenu et pour les familles où les deux
conjoints bénéficient de revenus très inégaux. Ils favorisent
également les ménages par rapport aux personnes seules et
constituent une incitation pour qu'un des conjoints reste au foyer,
du fait de l'avantage fiscal qui est procuré à celui qui
travaille.
2. Le traitement fiscal des enfants
Les pays de l'UE ont des pratiques différentes. Certains
pays ont choisi de ne pas tenir compte des enfants à charge lors du
calcul de l'impôt, préférant accorder des aides directes. A
l'inverse, d'autres pays tiennent compte des enfants lors du calcul
de l'impôt.
Pour cela, trois systèmes sont utilisés :
1. Le crédit d'impôt. La réduction d'impôt est fonction du nombre
d'enfants à charge mais indépendante du niveau de revenu. Ce
système profite donc également à tous les contribuables à condition
que le crédit soit inférieur à l'impôt qu'ils doivent payer. En
effet, dans le cas contraire, s'il n'existe pas d'impôt négatif,
les plus pauvres sont exclus du système.
2. L'abattement forfaitaire sur le revenu. Il s'agit d'un montant,
dépendant également du nombre d'enfants à charge, qui est déduit du
revenu imposable. L'économie d'impôt est d'autant plus grande que
le taux d'imposition est élevé.
3. Le système du quotient familial. Le revenu global est divisé
par un nombre de parts, représentant grossièrement le nombre
d'unités de consommation de la famille ; le barème s'applique au
revenu par part et l'impôt est le produit du nombre de parts et de
l'impôt par part. Ce système produit des économies d'impôt qui
croissent avec le revenu des parents. Toutefois, afin de limiter
cet effet, des plafonds aux réductions d'impôt produites par le
quotient familial ont été instaurés en France. Le plafonnement joue
pour un revenu du foyer fiscal supérieur à 3,5 fois le salaire de
l'ouvrier moyen dans le cas d'un couple avec deux enfants. Le
nombre de foyers bénéficiant pleinement des effets du QF va encore
diminuer, une nouvelle baisse du plafond du quotient familial ayant
été votée en 1998.
8. Traitement fiscal des enfants dans les pays de l'Union européenne
|
Pays |
Traitement fiscal des enfants
|
|
Allemagne (D) |
Abattement forfaitaire58(*) |
|
Autriche (A) |
Crédit d'impôt |
|
Belgique (B) |
Abattement à la base |
|
Danemark (DK) |
N'intervient pas dans le calcul de l'impôt |
|
Espagne (SP) |
Crédit d'impôt |
|
Finlande (SF) |
N'intervient pas dans le calcul de l'impôt |
|
France (F) |
Quotient familial (une part pour le mari, une pour la femme et une demi pour chaque enfant et autres personnes à charge; les contribuables ayant 3 enfants ou plus bénéficient d'une demi part supplémentaire) |
|
Grèce (G) |
Crédit d'impôt |
|
Irlande (IR) |
N'intervient pas dans le calcul de l'impôt |
|
Italie (I) |
Crédit d'impôt |
|
Luxembourg (L) |
Modération d'impôt pour enfants à charge |
|
Pays-Bas (NL) |
N'intervient pas dans le calcul de l'impôt |
|
Portugal (P) |
Crédit d'impôt |
|
Royaume-Uni(UK) |
N'intervient pas dans le calcul de l'impôt |
|
Suède (SW) |
N'intervient pas dans le calcul de l'impôt
|
Source : " La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997.
Le nombre d'enfants n'intervient pas dans le calcul de
l'impôt sur le revenu dans cinq pays : au Danemark, en Finlande, en
Irlande, aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-Uni.
Le crédit d'impôt est utilisé en Italie, en Espagne et au
Portugal. En Allemagne, les contribuables peuvent choisir entre un
abattement forfaitaire et des allocations familiales. Toutefois,
les allocations familiales sont plus avantageuses que les
abattements uniquement pour les ménages disposant d'un revenu
supérieur à 150.000 DEM par an (auparavant , l'Allemagne pratiquait
des abattements forfaitaires). La France utilise le système du
quotient familial. Le Luxembourg accorde des modérations d'impôt
pour enfants à charge via un système particulier et fort complexe
et la Belgique octroie des abattements à la base.
Notons enfin que certains pays accordent des abattements ou des
crédits d'impôt particuliers aux personnes qui élèvent seules leurs
enfants. Ainsi, des abattements sont prévus en Allemagne, en
France, au Luxembourg, en Irlande et aux Pays-Bas. Des crédits
d'impôts existent en Autriche, en Belgique, en Italie et au
Royaume-Uni. Il existe aussi des allégements d'impôt pour les
couples qui ne dispose que d'un seul salaire : c'est le cas en
Autriche (crédit d'impôt), en Belgique (quotient conjugal) et en
Italie (crédit d'impôt).
Pour résumer les différentes méthodes de prise en compte des
charges de famille pour le calcul de l'impôt sur le revenu, nous
reprenons la classification présentée par Cathal O'Donoghue et
Holly Sutherland59(*).
Les pays ont été regroupés en quatre groupes :
- Le groupe A reprend les pays qui ont une imposition séparée des
revenus et peu de systèmes prenant en compte la situation familiale
des contribuables. Il s'agit principalement des pays
scandinaves.
- Le groupe B reprend également des pays qui utilisent
l'imposition séparée mais qui contrairement à ceux du groupe A,
disposent d'instruments prenant en compte la situation familiale
des contribuables. Ce groupe comprend à la fois des pays du Nord de
l'Europe, d'Europe centrale et des pays du pourtour
méditerranéen.
- Les deux derniers groupes se distinguent des autres par le fait
que le principe de la taxation des revenus cumulés est encore en
vigueur dans ces pays. Toutefois, les pays du groupe C offrent le
choix aux contribuables entre l'imposition séparée et l'imposition
jointe, tandis que les pays du groupe D imposent l'imposition
jointe.
9. Synthèse
|
Pays |
Imposition des couples |
Abattements et crédits |
||
|
Enfants |
Couples avec un salaire et couples mariés |
Parent célibataire |
||
|
Groupe A |
Imposition séparée et pas (ou très peu) d'allègement lié à la situation familiale du contribuable |
|||
|
Danemark |
Imposition séparée |
Non |
Non |
Non |
|
Finlande |
Imposition séparée |
Non |
Non |
Non |
|
Pays-Bas |
Imposition séparée |
Non |
Non |
A |
|
Suède |
Imposition séparée |
Non |
Non |
Non |
|
Groupe B |
|
|||
|
Autriche |
Imposition séparée |
C.I. |
C.I. |
C.I. |
|
Belgique |
Imposition séparée |
C.I. |
Q.C. |
C.I. |
|
Grèce |
Imposition séparée |
C.I. |
Non |
Non |
|
Italie |
Imposition séparée |
C.I. |
C.I. |
C.I. |
|
Royaume-Uni |
Imposition séparée |
Non |
C.I. |
C.I. |
|
Groupe C |
Imposition jointe facultative |
|||
|
Allemagne |
Imposition jointe facultative |
A.F. |
Oui |
A |
|
Espagne |
Imposition jointe facultative |
C.I. |
Non |
Non |
|
Irlande |
Imposition jointe facultative |
Non |
Non |
A |
|
Groupe D |
Imposition jointe obligatoire |
|||
|
France |
Imposition jointe obligatoire |
Non60(*) |
Non |
Non |
|
Luxembourg |
Imposition jointe obligatoire |
Oui |
A |
A |
|
Portugal |
Imposition jointe obligatoire |
C.I. |
Non61(*) |
Non
|
C.I. = crédit d'impôt, A = abattement, Q.C. = quotient
conjugal, A.F.= abattement forfaitaire.
Source : Cathal O'Donoghue et Holly Sutherland
(1998).
Dans l'Union européenne, la diversité des pratiques
fiscales en ce qui concerne l'impôt sur le revenu est
particulièrement forte, tant au niveau du calcul du revenu
imposable que du barème qui y est appliqué. Notre objectif dans
cette section est d'évaluer les différences de pression fiscale qui
pèse sur les revenus du travail salarié dans les différents pays de
l'Union européenne pour différents niveaux de revenus, différences
qui pourraient intervenir dans les choix de localisation des
individus. Dans la mesure où la pression fiscale varie selon la
situation familiale des travailleurs, la comparaison portera sur
des cas types qui diffèrent selon le statut matrimonial et
l'existence d'enfants à charge.
Il est, en outre, nécessaire d'intégrer à l'analyse les
prélèvements sociaux qui pèsent sur les ménages compte tenu de
l'importance qu'ils représentent dans la plupart des pays. En faire
abstraction fausserait les comparaisons internationales quand on
sait, par exemple, que l'impôt sur le revenu est faible en France
mais que les cotisations sociales y sont élevées tandis qu'au
Danemark on observe la situation inverse.
Les données calculées se réfèrent au salaire de l'ouvrier moyen
tel qu'il est défini par l'OCDE62(*)
Par " ouvrier moyen ", il faut entendre l'ouvrier adulte employé à
temps plein dans l'industrie manufacturière, les données utilisées
se rapportant à l'année 1996. Dans cette étude, onze cas sont
envisagés, chacun étant identifié par une lettre et par un chiffre
:
- A1 : contribuable célibataire dont le salaire est égal à
67% du salaire de l'ouvrier moyen, sans enfant ;
- A2 : contribuable célibataire dont le salaire est égal à
100% du salaire de l'ouvrier moyen, sans enfant ;
- A3 : contribuable célibataire dont le salaire est égal à
167% du salaire de l'ouvrier moyen, sans enfant ;
- A4 : contribuable célibataire dont le salaire est égal à
67% du salaire de l'ouvrier moyen avec 2 enfants ;
- B1 : couple marié, qui dispose d'un seul salaire équivalent
à celui de l'ouvrier moyen avec 2 enfants ;
- B2 : couple marié, dont l'un des membres gagne l'équivalent
du salaire ouvrier moyen et l'autre 33%, avec 2 enfants ;
- B3 : couple marié, dont l'un des membres gagne l'équivalent
du salaire ouvrier moyen et l'autre 67%, avec 2 enfants ;
- B4 : couple marié, dont l'un des membres gagne l'équivalent
du salaire ouvrier moyen et l'autre 33%, sans enfant ;
- B5 : couple marié, qui dispose d'un seul salaire équivalent
à celui de l'ouvrier moyen, sans enfant ;
- B6 : couple marié, dont l'un des membres gagne l'équivalent
du salaire ouvrier moyen et l'autre 67%, sans enfant ;
- B7 : couple marié, dont chacun des membres gagne
l'équivalent du salaire ouvrier moyen, sans enfant.
Les quatre premiers cas se rapportent à l'imposition des
célibataires (personnes physiques non mariées) ; ils diffèrent
entre eux par le niveau de salaire (67, 100 et 167 % du salaire de
l'ouvrier moyen) et la présence ou non d'enfants (0 ou 2). Les sept
cas suivants traitent de l'imposition des couples mariés ; ils
diffèrent entre eux par le niveau de salaire (0, 33, 67 et 100% du
niveau de salaire de l'ouvrier moyen), la présence d'enfants (0 ou
2) et l'existence d'un ou de deux salaires. Enfin, les taux moyens
sont calculés en divisant l'impôt dû par le salaire
brut.
A. PRESSION FISCALE ET SOCIALE PESANT SUR LES REVENUS DU TRAVAIL
Dans cette section nous comparerons, d'une part les taux
d'imposition pesant sur les ménages au titre du seul impôt sur le
revenu et, d'autre part, les taux moyens incluant l'impôt sur le
revenu (y compris la CSG et la CRDS63(*) pour la France) et les cotisations sociales
salariés, pour différents niveaux de salaires et différentes
situations familiales. Nous montrerons enfin que la France se situe
dans une position intermédiaire au sein des pays de l'Union
européenne du point de vue du prélèvement socialo-fiscal, voire
dans une situation relativement favorable dès lors que l'on prend
en compte les charges de famille.
Compte tenu des données disponibles, les paragraphes suivants ne
tiennent compte que des cotisations sociales salariés, même si nous
avons souligné dans le chapitre précédent que les cotisations
patronales pesaient à long terme sur les salariés. En outre, nous
n'avons pas fait de distinction entre les cotisations sociales qui
correspondent à " un salaire différé " et celles qui financent des
prestations de solidarité.
1. Pression fiscale pesant sur les ménages au titre du seul impôt sur le revenu
Le tableau 10 reprend les taux moyens d'imposition
frappant des ménages sans enfants de diverses compositions, les
pays sont classés dans l'ordre décroissant des taux frappant
l'ouvrier moyen célibataire (A2).
Bien que des différences apparaissent dans le classement des
différents pays selon la situation matrimoniale et le revenu, une
classification générale peut être esquissée :
- Les pays où la pression fiscale résultant de l'impôt sur le
revenu est particulièrement forte : avec en tête les pays
scandinaves où les taux moyens avoisinent les 30 %. Ces pays sont
suivis par la Belgique où les taux moyens tournent autour de
25%.
- Les pays où la pression est proche de la moyenne européenne : on
trouve l'Irlande, et l'Allemagne avec des taux proches de 20%;
ensuite viennent l'Italie et le Royaume-Uni, où les taux moyens
tournent autour des 15 %. Ces pays sont suivis par l'Espagne où les
taux sont généralement inférieurs à 15% mais supérieurs à 10%.
- Les pays où la pression fiscale est faible: le Luxembourg,
l'Autriche, la France, le Portugal, les Pays-Bas et la Grèce (avec
des taux généralement inférieurs à 10%). Cependant, au Luxembourg,
la pression fiscale relative aux célibataires est nettement plus
élevée que celle relative aux couples mariés, comme nous le
mettrons en évidence dans le point suivant relatif à l'effet du
mariage sur l'imposition. Aux Pays-Bas, la pression est faible pour
les bas et moyens salaires; par contre, lorsque le salaire est plus
élevé (A3), elle s'approche de la moyenne
européenne.
10. Taux moyens d'imposition sur le revenu frappant des ménages sans enfant de diverses compositions dans les quinze pays de l'Union européenne (1996)
|
A1 |
A2 |
A3 |
B4 |
B5 |
B6 |
|
|
Allemagne |
15,4 |
21 |
28,3 |
15,4 |
n.d. |
18,5 |
|
Autriche |
4,1 |
9,2 |
14,5 |
6,5 |
7,5 |
7,2 |
|
Belgique |
20,2 |
27,4 |
34,2 |
23 |
19 |
25,6 |
|
Danemark |
31,6 |
36 |
44,5 |
31,6 |
28,8 |
34,2 |
|
Espagne |
7,9 |
13,5 |
17,9 |
10,1 |
8,6 |
11,2 |
|
Finlande |
23,6 |
29,5 |
36,3 |
26 |
29,5 |
27,1 |
|
France |
4,3 |
8,9 |
13,6 |
5,5 |
3,4 |
7,3 |
|
Grèce |
0,7 |
1,9 |
5,9 |
1,9 |
2,4 |
1,8 |
|
Irlande |
17,1 |
22,3 |
32,6 |
17,1 |
15,4 |
19,1 |
|
Italie (I) |
14,4 |
18,1 |
23,2 |
14,6 |
15,4 |
16,6 |
|
Luxembourg |
7,3 |
13,4 |
23 |
4,2 |
4,7 |
7,6 |
|
Pays-Bas |
4,8 |
5,8 |
20,7 |
5,3 |
4,4 |
5,4 |
|
Portugal |
3,1 |
7,1 |
13,4 |
5,6 |
6,3 |
6,2 |
|
Royaume-Uni |
14 |
17,4 |
20 |
13,2 |
15,7 |
15 |
|
Suède |
26,6 |
28,8 |
37,6 |
28,1 |
28,8 |
27,9 |
|
Union européenne |
13,1 |
17,4 |
24,4 |
13,9 |
13,6 |
15,4
|
Source : La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux, OCDE, 1997.
2. Pression fiscale globale (IR et cotisations sociales) pesant sur les ménages
Le tableau 11 reprend les taux moyens globaux comprenant l'impôt sur le revenu et les cotisations à charge des salariés frappant des ménages sans enfants de diverses compositions, les pays sont classés dans l'ordre décroissant des taux frappant l'ouvrier moyen célibataire (A2).
11. Taux de pression fiscale moyens pesant sur les salariés
En %
|
A1 |
A2 |
A3 |
B4 |
B5 |
B6 |
|
|
Allemagne |
35.6 |
41.2 |
46.7 |
35.6 |
n.d. |
n.d. |
|
Autriche |
22.2 |
27.3 |
32.6 |
24.6 |
25.6 |
25.3 |
|
Belgique |
33.3 |
41.3 |
48.2 |
36.9 |
32.9 |
39.7 |
|
Danemark |
41.3 |
44.8 |
52.6 |
41.3 |
37.6 |
43.4 |
|
Espagne |
14.3 |
19.9 |
23.8 |
16.9 |
15 |
18.6 |
|
Finlande |
31.2 |
37.6 |
44.7 |
33.9 |
37.6 |
35 |
|
France |
23.2 |
27.8 |
31.3 |
24.4 |
22.3 |
26.3 |
|
Grèce |
16.6 |
17.8 |
21.8 |
17.8 |
18.3 |
17.7 |
|
Irlande |
20.2 |
28.4 |
39.1 |
21.9 |
21.5 |
24 |
|
Italie |
24.3 |
28 |
33 |
24.5 |
25.3 |
26.5 |
|
Luxembourg |
19.8 |
25.9 |
35.5 |
16.7 |
17.2 |
20.1 |
|
Pays-Bas |
35 |
39.1 |
42.2 |
36.2 |
34.9 |
37.5 |
|
Portugal |
14.1 |
18.1 |
24.4 |
16.6 |
17.3 |
17.2 |
|
Royaume-Uni |
21.6 |
25.8 |
27.9 |
20.8 |
24.1 |
23.1 |
|
Suède |
31.6 |
33.7 |
41.6 |
33 |
33.7 |
32.9 |
|
Union Européenne |
25.6 |
30.5 |
36.4 |
26.7 |
26 |
27.7
|
Source : " La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997. Calcul des auteurs pour B5 et B6.
La prise en compte des cotisations sociales à charge des
salariés modifie quelque peu le classement établi suite à la
comparaison des seuls taux moyens d 'imposition :
- Le pays où la pression globale est la plus forte est le
Danemark, où les taux moyens avoisinent les 40 %. Il est suivi
par la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas où les taux sont
généralement en-dessous de la barre des 40 % mais nettement
au-dessus de celle des 30 %. La Finlande et la Suède, ayant
des cotisations sociales à charge des salariés très faibles,
n'arrivent qu'après ces pays dans le classement. Tous ces pays ont
toutefois des taux supérieurs à la moyenne européenne (environ
30 %).
- Ensuite, on retrouve l'Irlande avec des taux légèrement
inférieurs à la moyenne européenne, suivie par l'Italie, la France,
l'Autriche, le Luxembourg et le Royaume-Uni, où les taux moyens
sont encore supérieurs à 20 %.
- La pression globale est faible en Espagne, au Portugal et en
Grèce, où les taux moyens sont généralement en-dessous de la barre
des 20 %.
Le graphique 1 ci-dessous représente la pression globale frappant
les ouvriers moyens des différents pays de l'Union
européenne.
1. Impôt sur le revenu et cotisations sociales à charge des salariés pour un célibataire sans enfant, disposant du salaire de l'ouvrier moyen(A2)

Source : " La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997.
Le graphique 2 représente la pression globale frappant des couples, avec 2 enfants, dont l'un des membres gagne l'équivalent du salaire ouvrier moyen et l'autre 67%, dans les pays de l'Union européenne64(*).
2. Impôt sur le revenu et cotisations sociales à charge des salariés pour un couple marié avec 2 enfants, dont l'un des membres gagne l'équivalent du salaire ouvrier moyen et l'autre 67% de ce salaire (B3)

Source : " La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997.
B. LA SITUATION DU SALARIÉ FRANÇAIS PAR RAPPORT AUX SALARIÉS ALLEMAND, BRITANNIQUE ET NÉERLANDAIS : QUELQUES ÉLÉMENTS DE COMPARAISON
La France est très souvent présentée comme un pays dont
la pression fiscale et sociale pesant sur les ménages est élevée
par rapport à celle des autres pays de l'Union européenne. Ainsi
est-il de bon ton de citer en exemple le Royaume-Uni ou, dans une
moindre mesure, l'Allemagne. Les résultats présentés précédemment
comme ceux du tableau 1 infirment en partie ce constat. Ils portent
sur la situation d'individus gagnant 10 000 FF bruts mensuels, 35
000 FF et 100 000 FF.
Pour chaque niveau de revenu, sont envisagées deux options :
l'individu est célibataire ou l'individu est marié et a deux
enfants. Sur la base d'un salaire brut donné, est calculé pour
chaque niveau de salaire, le salaire net des cotisations sociales
ainsi que le coût du travail. Les retraites complémentaires sont
toutefois exclues du champ de l'analyse, faute d'informations
fiables et compte tenu de la diversité de leur mode de financement
dans les trois pays retenus. Au salaire net des cotisations
sociales salariés est soustrait l'impôt sur le revenu. Ce dernier
est calculé après déductions des abattements dont peut bénéficier
un salarié dans chacun des pays concernés et après prise en compte
des cotisations et impôts non déductibles qui doivent être
réintégrés dans l'assiette de l'impôt sur le revenu. On tient
compte, enfin, de la situation conjugale et familiale du
contribuable qui est appréhendée de façon différente en France
(quotient familial) et en Allemagne (abattement forfaitaire) tandis
que le Royaume-Uni ne tiennent pas compte des enfants dans le
calcul de l'impôt sur le revenu.
Ces précisions formulées, un certain nombre de conclusions
émergent de ces simulations :
- Tout d'abord, et cela vient confirmer un certain nombre
d'observations récentes, le taux de pression fiscalo-sociale n'est
pas plus élevé en France que chez nos principaux partenaires. Ce
taux varie avec le niveau de salaire et surtout les charges de
famille, le système du quotient familial, même plafonné,
contribuant à minorer fortement l'impôt sur le revenu pour le
contribuable français.
- Le Royaume-Uni, et dans une moindre mesure l'Allemagne, ont un
taux de pression socialo-fiscale plus faible que la France quand
l'individu imposé est célibataire sans enfants et que son niveau de
revenu est inférieur à 10 000 FF brut par mois. En revanche, les
salariés des trois pays sont dans une situation comparable dès lors
qu'ils sont mariés, que leur conjoint ne travaille pas et qu'ils
ont des enfants (au moins deux).
- Pour un salaire de l'ordre de 35 000 FF, on observe que la
situation du contribuable est quasiment la même quand il est marié
et qu'il a des enfants en France, au Royaume-Uni et en Allemagne.
Le contribuable britannique est en revanche privilégié dès lors
qu'il est célibataire par rapport aux contribuables français et
allemands, qui une fois encore, sont traités globalement de la même
façon.* Pour des niveaux de salaire situés au dessus de 100 000 FF
par mois, le Royaume-Uni et la France sont dans une situation
comparable quand le foyer fiscal est formé d'un couple avec enfants
(au moins deux). En revanche, une fois encore, un individu
célibataire sera moins imposé au Royaume-Uni qu'en France. On
remarque, qu'à ce niveau de revenu, l'Allemagne qui, pour des
niveaux de salaires intermédiaires, se trouvait dans une situation
comparable à celle de la France, " décroche " et son taux de
pression socialo-fiscale devient beaucoup plus élevé que celui de
ses partenaires.
- Si l'on s'intéresse au coin socialo-fiscal, c'est-à-dire à la
différence entre le revenu disponible du salarié et le coût du
travail pour l'employeur, on remarque que pour des salaires bruts
inférieurs à 10 000 FF, le coin socialo-fiscal est plus élevé en
France qu'en Allemagne. Pour des niveaux de salaire brut supérieurs
à 35 000 FF, le coin socialo-fiscal est comparable en France, en
Allemagne mais il est plus élevé qu'au
Royaume-Uni.
12. Comparaison des situations du salarié français par rapport aux salariés allemand et britannique
|
Pays |
France
|
Allemagne
|
Royaume-Uni |
|||
|
Couple avec 2 enfants |
Célibataire |
Couple avec 2 enfants |
Célibataire |
Couple avec 2 enfants |
Célibataire |
|
|
Salaire brut mensuel |
||||||
|
- Coût du travail |
134 |
134 |
121 |
121 |
110 |
110 |
|
- Salaire net |
85 |
85 |
79 |
79 |
92 |
92 |
|
- Revenu disponible après impôt |
84 |
70 |
83 |
75 |
90 |
80 |
|
- Revenu disponible/coût salarial |
0,63 |
0,52 |
0,69 |
0,62 |
0,82 |
0,73 |
|
Salaire brut mensuel |
||||||
|
- Coût du travail |
129 |
129 |
115 |
115 |
110 |
110 |
|
- Salaire net |
85 |
85 |
84 |
84 |
91 |
91 |
|
- Revenu disponible après impôt |
71 |
58 |
72 |
61 |
68 |
66 |
|
- Revenu disponible/coût salarial |
0,56 |
0,45 |
0,62 |
0,53 |
0,62 |
0,60 |
|
Salaire brut mensuel |
||||||
|
- Coût du travail |
124 |
124 |
105 |
105 |
110 |
110 |
|
- Salaire net |
92 |
92 |
94 |
94 |
97 |
97 |
|
- Revenu disponible après impôt |
65 |
54 |
57 |
50 |
69 |
68 |
|
- Revenu disponible/coût salarial |
0,52 |
0,44 |
0,54 |
0,48 |
0,63 |
0,62 |
Source : Calculs des auteurs
Ces résultats vont dans le même sens que ceux de l'étude de la Direction de la Prévision réalisée en 1994 pour la Commission Ducamin (tableau 13) ou encore d'une étude réalisée récemment par le Poste d'expansion économique de l'ambassade de France à Londres (1998). Globalement, compte tenu de l'avantage procuré par le quotient familial, il n'y a pas de pays de l'Union européenne qui soit fiscalement plus favorable que la France dès lors que l'on a des enfants. En revanche, le système fiscal peut inciter les célibataires français à l'expatriation, notamment lorsqu'ils se situent à des niveaux de revenus élevés (autour de 1 million de FF). Cependant, dans le cas où les salariés migrent avec leur entreprises, ces dernières ajustent le salaire de ces salariés de façon à accompagner ou à éviter l'expatriation. Ainsi, il arrive que les prélèvements dus par les salariés percevant des revenus élevés soient pris en charge par l'entreprise, soit parce que celle-ci s'engage à payer le différentiel d'impôt que doit supporter le salarié dans le pays du nouveau lieu de travail quand celui-ci est expatrié, soit parce que la rémunération négociée avec un salarié dont le domicile se trouve dans l'Etat où réside l'entreprise correspond au salaire net de tout prélèvement. Vraisemblablement, les différentiels de fiscalité sont neutres pour le salarié car c'est l'entreprise qui supporte l'ajustement de salaire, celui-ci devenant un facteur, parmi de nombreux autres, dans ses choix de localisation.
13. Situations pour lesquelles un salarié a intérêt à s'expatrier à l'étranger en fonction de la composition familiale, du nombre d'années d'expatriation et du montant du salaire
|
|
|
|
|
|
Couple marié avec deux enfants |
2 ans |
Aucun |
>1450 000 FF |
|
Célibataire sans enfants |
2 ans |
Pays-Bas |
< 1100 000 FF
|
Source : Direction de la Prévision.
Vraisemblablement, les différentiels de fiscalité sont neutres pour le salarié car c'est l'entreprise qui supporte l'ajustement de salaire, celui-ci devenant un facteur, parmi de nombreux autres, dans ses choix de localisation.
Comparer la fiscalité sur les revenus de l'épargne dès lors que l'on sort du cadre national est complexe, non seulement car les placements possibles sont multiples mais aussi du fait que certains placements engendrent des revenus périodiques (intérêts et dividendes) et non périodiques (plus-values) ou seulement des revenus non périodiques comme c'est le cas pour les bons de capitalisation ou les plans de pension. Pour être exhaustif, il faudrait tenir compte aussi de l'imposition du patrimoine. Aussi, nous intéresserons-nous ici essentiellement aux actifs financiers à revenus fixes dont le degré d'internationalisation est particulièrement élevé.
A. UNE GRANDE DIVERSITÉ DES SYSTÈMES D'IMPOSITION DES INTÉRÊTS VERSÉS AUX RÉSIDENTS
On peut distinguer quatre types de système d'imposition
des intérêts versés aux résidents65(*) :
- Ceux où il y a globalisation des revenus de l'épargne et un
système d'échange de renseignements entre les établissements
bancaires et l'administration fiscale. On trouve dans cette
catégorie les Pays-Bas, le Danemark et dans une certaine mesure la
France. Le principe de la taxation des intérêts au taux marginal
doit cependant être relativisé. En France, l'existence de retenue à
la source libératoire coexiste avec un système d'échange de
renseignements. Par conséquent, les taux de prélèvement
libératoires (relativement bas dans notre pays) doivent être
interprétés comme des maxima. En effet, logiquement, l'épargnant
optera pour le prélèvement libératoire si son taux marginal
d'imposition est supérieur au taux de retenue, et pour la
globalisation dans le cas inverse, ce qui est notamment le cas
lorsque les revenus de l'épargne bénéficient d'abattements ou quand
le contribuable n'est pas imposable. Au Pays-Bas et au Danemark, la
base imposable est constituée non pas par les intérêts perçus mais
par la différence ente les intérêts perçus et les intérêts payés.
Les intérêts afférents au crédit à la consommation sont
déductibles, tout comme ceux des emprunts contractés en vue
d'acquérir des actifs financiers ou immobiliers.
- Ceux où il y a globalisation des revenus de l'épargne, sans
système d'échange de renseignements et sans retenue à la source. La
situation du Luxembourg est particulière : il n'y a pas de système
d'échange de renseignements entre les institutions financières et
l'administration fiscale et il n'y a pas non plus de retenue à la
source. Enfin, un abattement de 9500 francs par an et par personne
(1998) permet à nombre d'épargnants d'être non imposables.
- Ceux où il y a globalisation des revenus de l'épargne, sans
système d'échange de renseignements mais avec retenue à la source.
C'est le cas de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de l'Irlande. Dans
ces conditions, la déclaration des intérêts perçus pour le calcul
de l'impôt sur le revenu est volontaire mais l'existence d'une
retenue à la source assure une imposition minimale. On remarquera
que l'Allemagne se distingue des deux autres pays en accordant un
abattement très élevé (20700 francs en 1998, doublé pour un
couple).
- Ceux où il n'y a pas globalisation des revenus de l'épargne :
les retenues à la source sont libératoires. C'est le cas en
Belgique (même si le contribuable peut déclarer ses revenus
mobiliers quand sa situation fiscale lui permet d'obtenir la
restitution des précomptes retenus à la source), de l'Italie et du
Portugal.
En réalité, les intérêts ne constituent pas le seul produit des
actifs à revenu fixe. Ceux-ci peuvent être aussi à l'origine de
plus-values dont le traitement fiscal est lui aussi très différent
selon les pays. Ainsi, on peut distinguer trois types de pays : un
premier groupe de pays comprend la France, l'Irlande, le
Royaume-Uni et l'Espagne, qui connaissent une imposition générale
des plus-values. Encore faut-il remarquer que dans les trois
premiers pays, il existe un seuil de cession élevé qui atténue le
principe. Un deuxième groupe de pays (Belgique, Allemagne,
Luxembourg, Pays-Bas) n'impose que les plus-values liées à des
opérations spéculatives. Enfin, le Danemark, la Grèce et le
Portugal n'imposent pas les plus-values.
B. UNE TENDANCE À DÉTAXER LES INTÉRÊTS VERSÉS AUX NON-RÉSIDENTS
En règle générale, les produits de l'épargne sont imposés selon le principe du pays de résidence. Dans ces conditions, le résident devrait être taxé sur l'ensemble de ses revenus, qu'ils soient perçus dans le pays d'origine du bénéficiaire ou à l'étranger. La réalité est toute autre car peu de pays disposent d'un système complet d'échange de renseignements qui leur permette de repérer les sortie de capitaux. Par conséquent, l'imposition des revenus d'origine étrangère dans le pays de résidence repose généralement sur le principe de la déclaration volontaire. Comme les revenus mobiliers des non-résidents sont généralement exonérés d'impôt dans le pays de la source, ces revenus sont, de fait, défiscalisés. Ainsi, en l'absence d'une imposition dans le pays de résidence, la libéralisation des mouvements de capitaux incite l'épargnant à investir son épargne là où elle est la moins taxée, c'est-à-dire à l'étranger. Autrement dit, comme le souligne Valenduc (1994), " tout est prêt pour jouer un jeu qui frise à l'absurde : chacun taxe ses habitants et détaxe ses voisins dans un contexte où chacun peut aller chez le voisin ".
Régime fiscal des intérêts versés à des personnes physiques
|
Intérêts versés à des résidents |
Intérêts versés à des non-résidents |
Système de renseignements entre les établissements financiers et l'administrations fiscales |
|
|
Allemagne |
Retenue à la source de 31,65 % (1) puis imposition à l'impôt sur le revenu. La retenue est imputable sur l'impôt sur le revenu. Retenue de 36,92 % si la souscription est anonyme. |
Non-imposition (retenue à la source pour les seuls intérêts d'obligations participatives ou convertibles au taux de 26, 37 %). |
Limitée |
|
Belgique |
Retenue à la source libératoire de 15 % ou intégration à l'impôt sur le revenu. |
Retenue à la source libératoire de 15 % avec de nombreuses exceptions. Atténuation dans le cadre de conventions internationales. |
Non |
|
Danemark
|
Imposition à l'impôt sur le revenu |
Non-imposition. |
Oui |
|
France |
Prélèvement libératoire de 25 % (y compris la CSG et le CRDS) ou intégration dans le revenu imposable (2). |
Prélèvement libératoire de 0% (obligations, titres de créances négociables, dépôts bancaires) et 15 % (autres). |
Oui |
|
Espagne |
Retenue à la source non libératoire 25 % ouvrant droit à crédit d'impôt imputable sur l'impôt sur le revenu (3). |
Retenue à la source libératoire de 25 % ou 0 %. Dérogation par conventions internationales. |
Oui |
|
Grèce |
Retenue à la source libératoire de 15 % (obligations privées) ou de 7,5 % (obligations d'Etat). |
Retenue à la source libératoire de 7,5 % sur intérêts des obligations d'Etat ou de 15 % sur intérêts d'obligations privées. |
Non |
|
Irlande |
Retenue à la source de 26 % ouvrant droit à crédit d'impôt imputable sur l'impôt sur le revenu. |
Retenue à la source libératoire de 24 % en général. |
Non |
|
Italie |
Retenue à la source libératoire de 12,5 % en général (30 % dans certains cas). Exonération pour les intérêts versés par les OPCVM. |
Retenue à la source libératoire de 12,5 % en général ou de 0 % si existence d'une convention fiscale prévoyant un échange de renseignement. |
Non |
|
Luxembourg |
Imposition à l'impôt sur le revenu avec abattement (4). |
Non-imposition. Retenue à la source libératoire de 25 % sur les seules obligations participatives. |
Non |
|
Pays-Bas |
Imposition à l'impôt sur le revenu avec abattements. Exonération des intérêts versés par les " fonds verts " (5) (6) |
Non imposition. Retenue à la source pour les seules obligations participatives. Dérogation par conventions internationales. |
Oui |
|
Portugal |
Retenue à la source libératoire de 20 % en général ou imposition à l'IR avec imputation de la retenue à la source. |
Retenue à la source libératoire de 20 % en général. Dérogation par conventions internationales. |
Non |
Abattements de 6100 DM (20700 FF), doublé pour un
couple.
Abattements de 8000 FF, doublé pour un couple.
Abattements de 1130 FF.
Abattements de 9850 FF par an et par personne.
Abattements de 3000 FF par an et par personne, doublé pour un
couple.
Fonds ayant pour objet d'investir dans les projets de protection
de l'environnement.
Source : Dictionnaire permanent fiscal, Editions
législatives (1998).
C. LES PROPOSITIONS CONCERNANT LA LOCALISATION DE L'ÉPARGNE FINANCIÈRE
La libre circulation des capitaux est effective depuis le
1er juillet 1990. Dès lors, rien n'empêche le résident d'un Etat
membre de l'Union européenne d'investir son épargne dans un autre
Etat membre. Or, comme nous l'avons vu, le régime fiscal des
produits de l'épargne est très différent d'un pays à l'autre. Se
trouve par conséquent posée la question de l'impact de la fiscalité
sur les décisions d'investissement des épargnants. Deux exemples
permettent d'en saisir les enjeux. L'expérience de l'Allemagne
montre bien que si un pays met en place une retenue à la source de
façon unilatérale, le risque est grand qu'il soit soumis à un
mouvement de délocalisation de capitaux. Ainsi, confrontée à une
fuite de capitaux vers le Luxembourg, l'Allemagne a dû supprimer en
mai 1989 la retenue à la source au taux de 10% qu'elle avait
introduite en janvier 1989 sur les intérêts des placements à
revenus fixes versés au résidents et non-résidents d'Allemagne . Il
en est de même pour la Belgique qui a dû renoncer à une retenue à
la source sur les intérêts au taux de 25 % . En outre, si l'on
considère le cas de la France, un certain nombre d'indicateurs
montrent qu'il existe des déplacements de capitaux notamment vers
le Luxembourg (Gutman et Lefèvre, 1999). Il semble ainsi que
l'augmentation des prélèvements fiscaux et sociaux pesant sur
l'épargne sur la période récente ait conduit à une très forte
augmentation (+ 330 % de 1993 à 1996) de la part souscrite par les
Français dans les contrats d'assurance-vie Luxembourgeois. Par
ailleurs, les services fiscaux ont constaté l'existence de réseaux
de démarchage qui proposent, de manière frauduleuse, des placements
sur des produits d'assurance-vie au Luxembourg en franchise
d'impôt. Enfin, les services des douanes relèvent que le nombre
d'infractions annuelles à l'obligation de déclarer des transferts
de capitaux, dès lors que le montant des fonds transférés est
supérieur à 50 000 F, a considérablement augmenté (+78 % en quatre
ans).
Jusque à une période récente, le risque de délocalisation a
conduit les différents Etats, comme nous l'avons vu, à exonérer de
fait les produits de l'épargne. Rappelons brièvement qu'il existe
deux façons pour des Etats de préserver leur faculté de taxer les
revenus de l'épargne sans être exposés à des délocalisations
massives. La première suppose que tous les Etats adoptent le
principe de résidence. L'adoption de ce principe présente
l'avantage de ne pas atteindre à la souveraineté des Etats membres
et ne nécessite pas d'harmonisation fiscale car, par définition,
les choix de placements des agents économiques ne sont pas affectés
par la fiscalité. En revanche, il suppose, pour être appliqué, que
les Etats aient connaissance des revenus perçus à l'extérieur par
leurs résidents. Or, un certain nombre de pays sont attachés au
secret bancaire et il n'existe pas de collaboration étroite entre
les administrations fiscales des différents Etats membres, de sorte
qu'un tel un système favoriserait l'évasion fiscale à l'échelle
européenne et plus généralement à l'échelle internationale.
Une solution alternative à l'application du principe de résidence
consiste à instaurer une retenue à la source pour tous les Etats
membres. Il existe deux possibilités de mise en oeuvre de cette
retenue. Soit le produit de cette retenue reste dans le pays de la
source, ce qui est difficilement justifiable, soit il est restitué
au pays de résidence du bénéficiaire. Mais, outre le fait que ce
système ne règle en rien le risque de délocalisations vers des pays
extérieurs à l'Union européenne, il suppose, dans ce dernier cas,
non seulement un système d'échange d'informations efficace entre
les établissements bancaires et l'administration fiscale du pays où
est perçu le revenu, mais aussi une coopération accrue entre les
administrations fiscales des différents Etats, qui est difficile à
imaginer actuellement.
Le projet de directive présenté par la Commission européenne, lors
du Conseil Ecofin du 5 juin 1998, a pour objectif d'instaurer une
imposition minimale pour les résidents personnes physiques. Ce
projet est fondé sur le principe de coexistence selon lequel chaque
Etat membre devra soit appliquer une retenue à la source de 20 %,
soit communiquer aux autres Etats membres des informations
concernant ces revenus. Ce choix est rendu possible parce que la
retenue à la source ne suppose pas une restitution d'impôts au pays
de résidence du bénéficiaire.
Ce projet, même s'il constitue une nouveauté par rapport à la
proposition de retenue à la source faite en 1989, fait clairement
apparaître des divergences de point de vue entre des pays comme le
Luxembourg ou l'Autriche, pour lesquels l'échange d'informations
pose problème en raison de dispositions législatives et
constitutionnelles, et des pays comme le Danemark ou les Pays-Bas
qui ne connaissent pas le secret bancaire pour des raisons fiscales
et pour lesquels une retenue à la source est un pas en arrière. En
effet, les pays qui privilégient l'échange d'informations sont
aussi les pays qui imposent les intérêts versés au taux marginal
d'imposition sur le revenu, ce dernier étant généralement plus
élevé que le taux de la retenue à la source. Ces pays sont par
conséquent peu favorables à l'adoption d'une retenue à la source
qui leur ferait perdre, au mieux un montant d'impôt correspondant à
l'écart entre le taux marginal d'imposition sur les revenus et
celui de la retenue à la source, au pire (s'ils n'adoptent pas le
système de la source) les recettes dues à l'évasion fiscale de
l'épargne de leurs résidents. A l'inverse, des pays comme le
Luxembourg ont intérêt à adopter la retenue à la source. Il est
clair que le choix proposé par la Commission n'est pas neutre. En
effet, se pose un problème de crédibilité : des pays comme le
Luxembourg qui n'ont jamais remis en cause le secret bancaire sont
de fait des leaders dans la négociation, les autres Etats ne
pouvant in fine que s'aligner sur le choix de ces pays. Là encore,
seule la remise en question de la règle à l'unanimité permettrait
d'infléchir cette évolution.
Enfin, se pose la question du taux de retenue à la source. Les
Luxembourgeois y sont favorables, compte tenu des arguments déjà
développés, mais la souhaitent la plus faible possible. En
revanche, un pays comme la France souhaite que la retenue minimale
soit de l'ordre de 25 % tandis que Mario Monti plaide en faveur
d'une retenue minimale de 20 %. Le choix de ce taux est clairement
très important, dans la mesure où la mobilité des capitaux devrait
conduire de fait à une convergence des taux sur le taux minimum, ce
qui signifie, certes, une perte de souveraineté pour les Etats mais
leur permet cependant de sauvegarder un minimum de recettes
fiscales. A cet égard, il semble que la Commission ait désormais
choisi de revenir périodiquement à la charge afin d'imposer une
retenue à la source qui permettrait d'éviter une défiscalisation
des revenus de placements.
Cette annexe a pour objectif de mettre en évidence les
différences d'impôt liées au statut matrimonial des contribuables
pour les 15 pays de l'Union européenne, en comparant différents
cas-types. Dans le tableau A.1 figurent les écarts de taux moyen
d'imposition pesant sur des célibataires et des couples mariés pour
différents niveaux de revenu global :
* Le premier cas compare l'imposition d'un couple dans lequel un
seul des époux travaille et l'imposition d'un célibataire disposant
d'un revenu égal à celui de l'ouvrier moyen.
* Les deux cas suivants comparent l'imposition d'un couple non
marié avec celui d'un couple marié ayant globalement le même
revenu, et cela pour deux niveaux de revenu :
- dans le premier cas, le revenu total est équivalent à 167 % du
revenu de l'ouvrier moyen (un individu gagne 67 % du salaire de
l'ouvrier moyen et l'autre gagne 100 %) ;
- dans le deuxième cas, le revenu total est égal à 100 % du
salaire de l'ouvrier moyen (chaque individu gagnant la moitié).
Dans le tableau ci-dessous, les pays sont classés dans l'ordre
décroissant des écarts obtenus dans le deuxième cas envisagé
(comparaison (A1+A2) - B6).
A.1. Ecarts absolu de taux moyens d'imposition entre des célibataires et des couples mariés ayant le même revenu, pour différents niveaux de revenu
|
Ecart |
Ecart (A1+A2)-B6 |
Ecart (A2+A2)-B7 |
|
|
Allemagne |
19,4 |
n.d. |
n.d. |
|
Autriche |
1,7 |
0 |
0 |
|
Belgique |
8,4 |
-1,2 |
-1,1 |
|
Danemark |
7,2 |
0 |
0 |
|
Espagne |
4,9 |
0 |
0 |
|
Finlande |
0 |
0 |
0 |
|
France |
5,5 |
-0,2 |
0 |
|
Grèce |
-0,5 |
-0,4 |
-0,3 |
|
Irlande |
6,9 |
1,2 |
0 |
|
Italie |
2,7 |
0 |
0 |
|
Luxembourg |
8,7 |
3,3 |
2,8 |
|
Pays-Bas |
1,4 |
0 |
0 |
|
Portugal |
0,8 |
-0,7 |
-0,6 |
|
Royaume-Uni |
1,7 |
1 |
0,9 |
|
Suède |
0 |
0 |
0 |
Source : " La situation des salariés au
regard de l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997,
calcul des auteurs.
Remarque : Faute de données disponibles pour l'Allemagne, les
cas B6 et B7 n'ont pu être calculés.
Quand on compare l'imposition d'un couple dans lequel un
seul des époux travaille avec celui d'un célibataire ayant le même
revenu, on remarque que dans la majorité des pays (11 pays
exactement) de l'Union européenne, une réduction d'impôt est
accordée par les différents systèmes nationaux au couple dont un
des deux époux ne travaille pas par rapport au célibataire avec le
même niveau de revenu. Ce n'est toutefois pas le cas dans trois
pays : en Grèce où l'imposition est plus élevée pour le couple
marié, en Finlande et en Suède où il n'y a pas de différence entre
l'imposition du contribuable célibataire et celui du couple marié.
Le cas de la Grèce s'explique par le fait que le revenu brut de
celui des époux qui gagne le plus est majoré de 10% pour un couple
marié.
Pour un même niveau de revenu, les différences entre le taux
d'imposition moyen d'un célibataire et d'un couple marié sont les
plus importantes au Luxembourg et en Belgique (écarts supérieurs à
8 points) ; viennent ensuite le Danemark et l'Irlande avec un écart
d'environ 7 points, puis la France et l'Espagne (écarts d'environ 5
points). A l'exception du Danemark et de la Belgique, ce sont tous
des pays qui appliquent un système de taxation jointe. En Italie,
au Royaume-Uni, en Autriche, aux Pays-Bas et au Portugal, les
écarts sont beaucoup plus faibles (de l'ordre de 1 à 2 points).
Pour ce qui concerne le traitement fiscal des couples mariés et
non mariés, on peut faire les observations suivantes :
- Dans sept pays, il y a une neutralité totale vis-à-vis du
mariage. Ainsi, l'Autriche, le Danemark, la Finlande, l'Italie, les
Pays-Bas, l'Espagne et la Suède ne font aucune différence entre les
couples mariés et non mariés.
- Trois pays ont tendance à pénaliser le couple marié : la
Belgique, la Grèce et le Portugal. En Belgique, les couples mariés
sont imposés d'environ 1% en plus par rapport à un couple ayant les
même revenus mais non marié. Cela s'explique par le fait que
l'abattement à la base (voir description des systèmes fiscaux) est
de 198.000 FB pour un célibataire et de 156.000 FB pour chaque
contribuable marié. Au Portugal, la différence d'imposition ( un
peu plus d'un demi point) s'explique à nouveau par une différence
dans le montant de crédit d'impôt accordé au contribuable marié par
rapport au célibataire (33.000 PTE pour un célibataire et 50.000
PTE pour un couple marié). En Grèce, comme nous l'avons déjà
mentionné ci-dessus, le revenu brut de celui des époux qui gagne le
plus est majoré de 10% pour un couple marié, ce qui explique la
différence d'imposition entre couple marié et concubins.
- La France se trouve dans une situation un peut particulière.
Elle a tendance à pénaliser très légèrement le mariage pour un
niveau de revenu global équivalent à 167% du salaire de l'ouvrier
moyen. Cela s'explique par le système de décote dont bénéficient
les bas salaires en France. Lorsqu'un individu qui dispose d'un
salaire équivalent à 67% du salaire de l'ouvrier moyen est taxé
individuellement, il bénéficie du système de décote qui a pour
effet de réduire son impôt. Par contre, lorsque le revenu de ce
même individu est taxé avec celui de son conjoint qui dispose du
salaire de l'ouvrier moyen, le salaire total est trop élevé pour
pouvoir bénéficier du système de décote et donc, au total,
l'imposition du couple marié est plus élevée que celle du couple
non marié qui dispose du revenu total de même niveau.
- Enfin, trois autres pays avantagent le mariage en taxant
davantage les couples de célibataires par rapport aux couples
mariés; c'est le cas de l'Irlande, du Luxembourg et du Royaume-Uni
pour un niveau de salaire global équivalent à 167% du salaire de
l'ouvrier moyen. A l'exception du Royaume-Uni qui taxe les couples
mariés séparément, ce sont des pays qui utilisent un système de
taxation jointe avec fractionnement. En effet, dans ces systèmes de
taxation jointe, lorsque les revenus des deux conjoints sont
différents, une partie du revenu de l'époux qui gagne le plus est "
transférée " à celui qui gagne le moins, ce qui atténue, en
général, la progressivité de l'impôt. Les couples mariés sont donc
favorisés par rapport aux concubins. Ceci est surtout vrai lorsque
les revenus des deux époux sont très différents. Au Royaume-Uni, la
différence d'imposition entre couples de célibataires et couples
mariés provient du fait que les couples mariés bénéficient d'un
crédit d'impôt spécifique.
Il convient cependant de remarquer que lorsque le revenu global du
couple est également réparti entre les deux membres du couple, les
conclusions sont légèrement modifiées. On retrouve les trois mêmes
pays qui pénalisent le mariage (Belgique, Grèce, Portugal) ; par
contre, il n'y a plus que deux pays qui favorisent les couples
mariés par rapport aux célibataires : le Royaume-Uni et le
Luxembourg. Au Royaume-Uni, cela s'explique à nouveau par le crédit
d'impôt accordé aux couples mariés. Au Luxembourg, un abattement
forfaitaire de 180.000 FLUX est accordé aux couples mariés avec
deux salaires. Par conséquent, les pays de l'Union européenne
peuvent donc être regroupés en trois groupes :
- Le premier groupe comprenant les pays qui sont neutres par
rapport au mariage, et qui contient le plus grand nombre de pays, à
savoir l'Autriche, le Danemark, la Finlande, l'Italie, les
Pays-Bas, l'Espagne et la Suède. Ce sont tous des pays qui ont opté
pour un système de taxation séparée des revenus.
- Le deuxième reprend les pays qui encouragent le mariage, à
savoir l'Irlande, le Luxembourg et le Royaume-Uni. Les deux
premiers utilisent un système de taxation jointe avec
fractionnement; le Royaume-Uni accorde un abattement spécifique
pour les couples mariés. En outre, au Luxembourg, un abattement
forfaitaire supplémentaire est accordé aux couples mariés avec deux
salaires. Il est à noter qu'en Irlande, la différence d'imposition
disparaît lorsque les salaires sont également répartis entre les
deux membres du couple. Cependant, dans la réalité, ce cas est peu
probable, si bien qu'on peut dire que l'Irlande encourage le
mariage.
- Enfin, le troisième groupe formé des pays qui pénalisent le
mariage avec la Belgique, la Grèce et le Portugal. Au Portugal et
en Belgique, cela tient au fait que ces pays accordent des crédits
d'impôt qui sont globalement plus élevés pour un couple de
célibataires que pour un couple marié. En Grèce, le revenu brut de
celui des époux qui gagne le plus est majoré de 10% pour un couple
marié, ce qui explique la différence d'imposition entre couple
marié et concubins. La France pénalise aussi légèrement le mariage
à un niveau de revenu total équivalent à 167% du salaire de
l'ouvrier moyen à cause du système de décote qui s'applique aux bas
salaires. Cependant, pour des niveaux de revenu plus élevés, les
couples mariés sont favorisés dans ce pays grâce au système du
quotient familial.
Les charges de famille peuvent être prises en compte,
soit sous forme de réduction d'impôt, soit directement grâce à un
système d'allocations.
1. Dans le système fiscal
Pour déterminer comment les systèmes fiscaux prennent en compte la
présence d'enfants, on peut comparer les taux d'imposition
applicables à des couples mariés avec deux enfants à ceux
applicables à des couples ayant les mêmes revenus mais sans enfant,
et cela pour différents niveaux de revenu global.
Le tableau A.2 reprend les écarts de taux moyen d'imposition entre
des couples mariés avec 2 enfants et des couples mariés sans enfant
ayant globalement le même revenu, pour différents niveaux de revenu
global :
* Le premier cas se rapporte à des couples mariés disposant d'un
seul revenu équivalent à celui de l'ouvrier moyen. L'un des couples
(B1) a deux enfants; l'autre n'en a pas (B5).
* Le deuxième cas considère des couples mariés ayant un salaire
global équivalent à 133 % de celui de l'ouvrier moyen (l'un des
époux gagne 100% et l'autre 33%). Comme dans le cas précédent, le
premier des couples envisagés a deux enfants (B2) et l'autre n'en a
pas (B4).
* Le dernier cas envisagé concerne des couples mariés ayant un
salaire global équivalent à 167% de celui de l'ouvrier moyen (l'un
des époux gagne 100% et l'autre 67%), l'un des couples ayant deux
enfants (B3) et l'autre étant sans enfant (B6).
Dans le tableau ci-dessous, les pays sont classés dans l'ordre
décroissant des écarts en valeur absolue obtenus dans le deuxième
cas envisagé (comparaison B2 - B4).
A.2. Ecarts en valeur absolue des taux moyen d'imposition entre des couples mariés avec 2 enfants et des couples mariés sans enfant pour différents niveaux de revenu global
|
Systèmes |
Ecart |
Ecart |
Ecart |
|||||
|
Allemagne |
AF66(*) |
n.d. |
-0.2 |
n.d. |
||||
|
Autriche |
CI |
-3.5 |
-2.6 |
-2.2 |
||||
|
Belgique |
A |
-2.6 |
-2.1 |
-1.5 |
||||
|
Danemark |
- |
0 |
0 |
0 |
||||
|
Espagne |
CI |
-2 |
-1.5 |
-1.2 |
||||
|
Finlande |
- |
0 |
0 |
0 |
||||
|
France |
Q.F. |
-0.7 |
-2.8 |
-2.4 |
||||
|
Grèce |
CI |
-0.3 |
-0.3 |
-0.2 |
||||
|
Irlande |
- |
0 |
0 |
0 |
||||
|
Italie |
CI |
-1 |
-0.8 |
-0.6 |
||||
|
Luxembourg |
Réduction d'impôt67(* ) |
-4.7 |
-4.2 |
-6.9 |
||||
|
NLPays-Bas |
- |
0 |
0 |
0 |
||||
|
Portugal |
CI |
-2.8 |
-2 |
-1.6 |
||||
|
Royaume-Uni |
- |
0 |
0 |
0 |
||||
|
Suède |
- |
0 |
0 |
0
|
||||
La première colonne indique les systèmes utilisés par les
différents pays pour la prise en compte des enfants à charge: CI =
crédit d'impôt, QF = quotient familial, AF= abattement
forfaitaire.
Source : " La situation des salariés au regard de
l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997, calcul des
auteurs.
Dans 8 des 15 pays de l'Union européenne une réduction
d'impôt est accordée pour les couples ayant des enfants à charge.
Cependant, ce n'est pas le cas au Danemark, en Finlande, en
Irlande, aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-Uni. Les écarts les
plus importants sont observés au Luxembourg (écarts de 4 à 7
points), en France, en Autriche, en Belgique, au Portugal et en
Espagne ( écarts avoisinant les 2 points). Ces pays sont suivis par
l'Italie, la Grèce et l'Allemagne (écarts inférieurs à un
point).
Ces écarts doivent être mis en rapport avec les systèmes utilisés
par les Etats pour tenir compte des enfants à charge; rappelons
brièvement que ces systèmes sont :
(1) Le crédit d'impôt: il accorde une réduction ne dépendant pas
du revenu. Par rapport aux autres systèmes, il favorise donc
relativement les bas revenus.
(2) L'abattement forfaitaire sur le revenu: il diminue le revenu
imposable; l'économie d'impôt, produit de l'abattement et du taux
marginal d'imposition, est d'autant plus grande que le revenu est
élevé.
(3) Le système du quotient familial: c'est lui qui tient le mieux
compte de la faculté contributive différenciée des familles: le
poids de l'impôt est le même, à revenu par tête donné, quelque soit
le nombre de personnes dans le ménage.
2. Transferts directs en faveur des enfants à charge et effet
net
Bien que certains pays n'accordent aucune réduction d'impôt pour
enfants à charge, tous les pays versent des allocations aux
personnes avec des enfants à charge. Donc, si l'on considère le
taux d'imposition net de transferts, il apparaît une différence
d'imposition entre les couples avec et sans enfants dans tous les
pays. Toutefois, en Grèce, les employés reçoivent, en général, des
allocations familiales de leur employeur ; c'est pourquoi ces
allocations n'ont pas été reprises dans les calculs d'impôt
effectués par l'OCDE. En Espagne, les allocations familiales ne
sont pas versées si le revenu annuel de la famille dépasse
1.128.084 ESP, ce plafond étant augmenté de 15% pour chaque enfant
à charge dès le deuxième enfant. Etant donné que dans les cas types
tous les revenus annuels dépassent ce plafond, aucune allocation
familiale n'est prise en compte dans les calculs des taux moyens
d'imposition pour ce pays. En Allemagne, il existe des allocations
familiales forfaitaires qui sont accordées à partir du premier
enfant à charge. Ces allocations sont de 2400 DEM par an et par
enfant pour le premier et le deuxième enfant. Le montant des
allocations est faible si bien que le montant qui est accordé pour
des ménages avec deux enfants à charge est nul en pourcentage du
salaire de l'ouvrier moyen.
Le tableau A.3 donne le montant des transferts en pourcentage du
salaire de l'ouvrier moyen accordés pour enfants à charge dans les
différents pays de l'Union européenne pour les ménages de type A4,
B1, B2, B3 ; les pays sont classés dans l'ordre croissant des
transferts accordés pour les couples de type B2.
A.3. Transferts (exprimés en % du salaire de l'ouvrier moyen) pour enfants à charge dans les différents pays de l'Union européenne pour des couples de type B1, B2, B3
En %
|
A4 |
B1 |
B2 |
B3 |
|
|
Allemagne |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Autriche |
11.59 |
11.59 |
11.59 |
11.59 |
|
Belgique |
10.50 |
10.50 |
10.50 |
10.50 |
|
Danemark |
18.48 |
6.50 |
6.50 |
6.50 |
|
Espagne |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Finlande |
13.94 |
10.44 |
10.44 |
10.44 |
|
France |
6.60 |
6.60 |
6.60 |
6.60 |
|
Grèce |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Irlande |
12.18 |
4.78 |
4.78 |
4.78 |
|
Italie |
7.38 |
6.54 |
3.02 |
0.67 |
|
Luxembourg |
11.15 |
11.15 |
11.15 |
11.15 |
|
Pays-Bas |
6.88 |
6.88 |
6.88 |
6.88 |
|
Portugal |
4.99 |
4.99 |
4.99 |
4.99 |
|
Royaume-Uni |
8.44 |
6.38 |
6.38 |
6.38 |
|
Suède |
7.50 |
7.50 |
7.50 |
7.50 |
|
Union Européenne |
7.98 |
6.26 |
6.02 |
5.87
|
Source : " La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997, calcul des auteurs.
Les transferts sont nuls en pourcentage du salaire de
l'ouvrier moyen en Allemagne, en Grèce et en Espagne ; ils sont
faibles en Italie, en Irlande et au Portugal (ils sont équivalents
à environ 5% du salaire de l'ouvrier moyen). Les transferts sont
importants au Royaume-Uni, au Danemark, en France, aux Pays-Bas et
en Suède (environ 7% du salaire de l'ouvrier moyen) et très
importants en Finlande, en Belgique, au Luxembourg et en Autriche
(environ 11% du salaire de l'ouvrier moyen). Tous les pays, à
l'exception de l'Italie, accordent les mêmes montants d'allocation
pour les couples mariés quel que soit leur revenu. En ce qui
concerne les montants accordés aux célibataires ayant des enfants à
charge, ceux-ci sont supérieurs aux montants accordés aux couples
mariés dans cinq pays: en Italie, en Irlande, au Danemark, au
Royaume-Uni et en Finlande.
Le tableau A.4 reprend les écarts de taux moyens d'imposition nets
de transferts entre des couples mariés avec 2 enfants et des
couples mariés sans enfant ayant globalement le même revenu, pour
les mêmes types de couples qu'au tableau A3; les pays sont classés
dans l'ordre décroissant des écarts en valeur absolue obtenus dans
le deuxième cas envisagé (comparaison B2 - B4).
A.4. Ecarts de taux moyens d'imposition (hors cotisations sociales) nets de transferts entre des couples mariés avec 2 enfants et des couples mariés sans enfant ayant globalement le même revenu, pour différents niveaux de revenu global
|
Ecart (B1-B5) |
Ecart (B2-B4) |
Ecart (B3-B6) |
|
|
Allemagne |
n.d. |
-6.5 |
n.d. |
|
Autriche |
-15.2 |
-11.4 |
-9.1 |
|
Belgique |
-13 |
-10 |
-7.8 |
|
Danemark |
-6.5 |
-4.8 |
-3.9 |
|
Espagne |
-2 |
-1.5 |
-1.2 |
|
Finlande |
-10.5 |
-7.8 |
-6.2 |
|
France |
-7.2 |
-7.8 |
-6.5 |
|
Grèce |
-0.3 |
-0.3 |
-0.2 |
|
Irlande |
-4.8 |
-3.6 |
-2.9 |
|
Italie |
-7.6 |
-3.1 |
-1 |
|
Luxembourg |
-15.8 |
-12.6 |
-13.6 |
|
Pays-Bas |
-6.9 |
-5.2 |
-4.1 |
|
Portugal |
-2.8 |
-2 |
-1.6 |
|
Royaume-Uni |
-6.4 |
-4.8 |
-3.8 |
|
Suède |
-7.5 |
-5.7 |
-4.5
|
Source : " La situation des salariés au regard de l'impôt et des transferts sociaux ", OCDE, 1997, calcul des auteurs. Données non disponibles pour l'Allemagne.
Le tableau A4 permet d'évaluer l'économie globale d'impôt
que chacun des systèmes procure à une famille avec deux enfants par
rapport à une famille sans enfant ayant les mêmes revenus
salariaux.
- Dans le cas où un des époux ne travaille pas, les systèmes
luxembourgeois et autrichiens sont les plus favorables (réduction
d'impôt d'environ 15points).
- Dans le cas où les deux époux travaillent, les écarts de taux
d'imposition nets de transferts sont très élevés en Allemagne, au
Luxembourg, en Autriche et en Belgique, où ils sont généralement
supérieurs à 10 points et élevés en Finlande, en France et en
Allemagne, où ils avoisinent les 7 points. La différence
d'imposition est moins marquée en Suède, aux Pays-Bas, au Danemark
et au Royaume-Uni, où les écarts avoisinent les 5 points. Par
contre, ceux-ci sont faibles en Irlande et en Italie (2-3 points)
et très faibles au Portugal, en Espagne et en Grèce (généralement
inférieurs à 2 points).
De plus, la plupart des pays accordent des allocations familiales
pour les familles avec enfants à charge qui ne dépendent pas du
revenu (sauf en Italie) ; elles favorisent donc, tout comme les
crédits d'impôt, les bas revenus. Toutefois, les réductions d'impôt
sont moins justes car ceux qui ne payent pas d'impôt n'en
bénéficient pas sauf en cas d'impôt négatif (comme c'est le cas par
exemple en Autriche et en Allemagne).
Dès les premières années de la construction européenne,
la nécessité de doter tous les pays membres d'instruments de
fiscalité indirecte comparables pour éviter les distorsions de
concurrence dans le Marché commun a été mise en avant. Elle s'est
traduite par l'adoption généralisée du système de TVA, puis par les
premières directives d'harmonisation des assiettes dans les années
soixante-dix. A la suite de l'Acte unique européen, l'harmonisation
des fiscalités indirectes des Etats membres a constitué l'une des
priorités de la Commission européenne qui craignait que des
différences trop marquées entraînent d'importants détournements de
trafics dans les échanges de biens et services. Pourtant, les
progrès de l'harmonisation des fiscalités indirectes ont été
modestes, sans que cela entraîne, apparemment du moins, de graves
distorsions dans un marché européen des biens et services désormais
unifié.
Il apparaît notamment que peu de progrès ont été accomplis en
matière d'harmonisation des accises, dont l'importance n'a pourtant
cessé de croître au cours des années récentes et qui sont
susceptibles d'engendrer des distorsions de concurrence
potentiellement beaucoup plus grandes que celles résultant des
différences de taux de TVA, en raison de leur non-déductibilité
pour les entreprises -- notamment en ce qui concerne les taxes sur
les produits pétroliers. En outre, la tendance actuelle à la mise
en place d'une fiscalité " écologique ", qui pèsera également sur
les coûts de production, nécessiterait aussi un effort
d'harmonisation, si l'on veut éviter une concurrence fiscale sur
ces nouveaux instruments.
Faut-il continuer sur la voie de l'harmonisation et rapprocher
davantage encore les taux d'imposition ? Par son projet de régime
général de circulation des marchandises, la Commission européenne a
déjà permis de franchir une étape substantielle : les produits
soumis à accise sont suspendus de droits jusqu'à leur consommation.
Les accises sont donc acquittées dans le lieu de vente au détail,
selon la taxe prévu dans ce pays (système d'imposition au lieu de
consommation). Dans le cadre d'une fiscalité différenciée en taux,
ce système est ainsi neutre pour les producteurs et intermédiaires,
même s'il provoque une contrebande près des frontières. Un système
d'imposition au lieu d'origine des produits supprimerait cette
incitation à la fraude et exigerait de chaque Etat la prise en
compte de l'impact de ses taux propres sur la compétitivité-prix de
ses industries. Il pourrait bien évidemment déboucher aussi sur une
concurrence fiscale excessive.
Pour se prononcer sur la question d'une harmonisation
supplémentaire, encore faut-il préciser la fonction de ce type
d'impôt. Les accises peuvent remplir deux objectifs : d'une part
rapporter des recettes fiscales à l'Etat qui doit alors taxer des
produits dont la consommation est inélastique pour engendrer un
minimum de distorsions (règle de Ramsey) ; d'autre part, tenir
compte d'objectifs de santé publique ou d'impact sur
l'environnement. Bien évidemment, les deux objectifs peuvent
apparaître inconciliables, puisque par définition, la taxation d'un
produit inélastique ne provoque pas (ou très peu) de baisse de la
consommation.
La première partie de ce chapitre fait brièvement le point sur
l'harmonisation de la TVA dans l'Union européenne. La deuxième
présente un état des lieux international des droits d'accises. La
prise en compte de la très grande hétérogénéïté de ces droits
constitue un élément décisif du débat. Par la suite, nous
étudierons les effets de ces droits sur la consommation de ces
produits (III) et sur les structures de production
(IV).
Les négociations d'harmonisation des fiscalités
indirectes dans l'UE, à la fin des années quatre-vingt, n'ont
abouti qu'à la définition d'un régime " transitoire " pour la TVA,
qui détermine des règles communes pour le nombre de taux -- un taux
normal et un taux réduit, avec, dans la plupart des pays, un taux "
super-réduit " ou taux zéro pour les produits considérés comme
devant être aidés --, le classement des produits selon les taux, et
fixe des taux planchers -- respectivement 15% et 5%. Cet accord
minimal, qui a fait disparaître les taux majorés, permet d'éviter
la concurrence fiscale par la baisse des taux tout en laissant aux
Etats la liberté de les ajuster à la hausse en cas de besoin, ce
qui s'est produit pour la plupart d'entre dans les années
quatre-vingt-dix pour faire face à la détérioration des équilibres
des finances publiques ou dans le cadre de réformes fiscales
nationales réduisant le poids des prélèvements directs pour
accroître celui des indirects.
Depuis 1993, date d'introduction de l'actuel régime " transitoire
" de TVA (voir encadré 1), la situation dans la Communauté n'a que
peu évolué. Initialement, il était prévu qu'au 1er janvier 1997, le
régime " transitoire " soit remplacé par un régime définitif,
fonctionnant selon le principe de l'origine. Mais les mécanismes de
compensation fondés sur les données macroéconomiques de
consommation proposés par la Commission étant complexes et les
propositions visant à égaliser les taux de TVA étant peu
susceptibles d'approbation étant donné les contraintes budgétaires
des différents Etats, c'est le statu quo qui prévaut.
Aujourd'hui le projet est semble-t-il en sommeil. En juillet 1996,
la Commission a proposé un programme de travail qui visait à faire
progresser l'Union vers un système commun de TVA. Il était question
de rediscuter à des dates fixes des principes de fonctionnement
commun du système (1997) (définition des personnes assujetties,
conditions d'exemptions, de droits à déduction etc.), de la
détermination du lieu de taxation et du mode de compensation (1998)
et de l'harmonisation des taux (1999). A l'heure actuelle, les
discussions sur le système commun de TVA n'ont toujours pas repris.
Le fait est que la TVA n'a pas été un domaine propice à la
concurrence, ce qui explique peut-être le peu d'empressement des
Etats à aller vers une plus grande harmonisation. En effet, la
tendance entre 1990 et 1999 a plutôt été à la hausse des taux
(Tableau 1) et des recettes. Soumis à l'obligation d'assainissement
des finances publiques, les Etats membres n'auraient eu d'autre
choix que d'augmenter les taux de TVA, le travail étant déjà
fortement mis à contribution et le capital constituant a priori la
base la plus mobile. Une telle tendance ne signifie cependant pas
que les différentiels de taux de TVA n'ont aucun effet sur les
comportements. Le rapport de la Cour des comptes des Communautés
européennes estime à 70 milliards d'euros par an la fraude (mise en
place de réseaux d'exportation fictifs pour bénéficier des
exonérations de TVA sur le marché national etc..) à la TVA. Mais le
commerce transfrontalier ne représente pour l'instant que 5% de
l'ensemble des échanges intra-européens et rien n'indique que les
individus aient pris conscience de l'ensemble des possibilités
d'arbitrage.
1. Evolution des taux de TVA normaux entre 1990 et 1998
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1998 |
|
|
Allemagne |
14 |
14 |
14 |
15 |
15 |
15 |
15 |
16 |
|
Autriche |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
|
Belgique |
19 |
19 |
19,5 |
19,5 |
20,5 |
20,5 |
21 |
21 |
|
Danemark |
22 |
22 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
|
Espagne |
12 |
12 |
13(1)/15(2) |
15 |
15 |
16 |
16 |
16 |
|
France |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
18,6 |
20,6 |
20,6 |
20,6 |
|
Finlande |
- |
- |
- |
- |
22 |
22 |
22 |
22 |
|
Grèce |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
18 |
|
Irlande |
23 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
21 |
|
Italie |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
19 |
20 |
|
Luxembourg |
12 |
12 |
15 |
15 |
15 |
15 |
15 |
15 |
|
Pays-Bas |
18,5 |
18,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
|
Portugal |
17 |
16 |
16 |
16 |
16 |
17 |
17 |
17 |
|
Royaume-Uni |
15 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
17,5 |
|
Suède |
23,46 |
23,46 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25 |
25
|
Source : Commission européenne, European
Tax Handbook, IBFD publication 1998.
(1) A partir du 1/1/1992.
(2) A partir du 1/8/1992.
L'ensemble des propositions de la Commission en matière
de réforme de la fiscalité indirecte a été guidé par un objectif :
la suppression des entraves à l'échange de biens et des services,
de sorte que les transactions au sein de la Communauté et à
l'intérieur d'un même pays membre soient traitées de façon
identique.
Dans cette perspective, une première directive en 1967 imposait à
tous les Etats membres d'adopter le système de TVA et d'abandonner
les autres formes d'imposition (taxes sur les ventes etc.). La
sixième directive en 1977 posait les premiers jalons d'une
unification des règles d'assiette de la TVA (matière imposable,
règles d'évaluation, exonérations), de définition des assujettis,
du mode de liquidation et de paiement. Cette directive ne prévoyait
cependant pas de règles communes quant à la fixation des taux.
Le régime d'imposition, qui régit les échanges
intra-communautaires entre entreprises depuis l'adoption des
premières directives, s'appuie sur le principe de destination : les
produits sont exportés au taux zéro et sont taxés au taux du pays
d'accueil. Autrement dit, les échanges s'effectuent hors taxes. Par
exemple, une entreprise française qui achète un bien en Italie ne
paiera pas la TVA italienne. En revanche, ce bien consommé en
France supportera le taux de TVA français. Le bien est donc imposé
dans le pays dans lequel il est consommé et le taux de taxe qui
grève les opérations réalisées dans un même pays est unique et ce
quelle que soit l'origine du produit. Ce système permet de
supprimer les distorsions de concurrence dues au différentiel de
taux de TVA, mais la présence des formalités administratives de
contrôle (une entreprise pour bénéficier du taux zéro à
l'exportation doit apporter la preuve de son exportation) constitue
toujours une entrave aux échanges.
Afin de traiter sur un même plan les transactions au sein de la
Communauté et à l'intérieur d'un même pays membre, la Commission
européenne a proposé dès 1987 d'appliquer le principe de l'origine
à l'ensemble des échanges intra-communautaires. Selon ce principe,
le taux payé sur un bien dépend du pays dans lequel ce bien est
produit et non plus du pays dans lequel il est consommé. Si l'on
reprend l'exemple précédent, l'entreprise française paierait la TVA
italienne au gouvernement italien et le consommateur français
supporterait sur ce même bien la TVA française. Dans la mesure où
l'entreprise peut récupérer la TVA payée sur ses achats, la
compétition n'en est pas affectée. En revanche, ce principe modifie
la répartition des recettes dans les différents Etats membres et
devrait donc être accompagné d'un mécanisme de compensation
budgétaire. De même, les différences de taux étant susceptibles
d'inciter les non assujettis à s'approvisionner dans les pays ayant
les taux de TVA les plus faibles, il était prévu d'harmoniser les
taux de TVA.
Devant les réticences des Etats membres, c'est un régime dit
" transitoire " (directive du 16 décembre 1991) qui a été mis
en place en 1993, date à laquelle les frontières ont été
supprimées. Les échanges intra-communautaires pour les assujettis
s'effectuent toujours hors taxes, mais la TVA est due non pas au
moment du passage en douane mais à partir de la réception des
marchandises dans le pays de destination. Les mécanismes de
contrôle n'ont donc pas été supprimés mais modifiés, ce qui laisse
entier le problème du traitement différentié des échanges intra- et
inter-Etats membres.
Pour ce qui est des non-assujettis à la TVA (particuliers,
administrations, etc.), leurs achats étaient, antérieurement à
1993, soumis à des contrôles aux frontières. Depuis leur
suppression, ces consommateurs peuvent acheter librement dans le
pays de leur convenance au taux en vigueur dans ce pays et donc
bénéficier du différentiel de taux de TVA entre les pays. Des
garde-fous ont cependant été mis en place pour ce qui est des
achats de moyens de transports neufs, des ventes par correspondance
et pour les ventes à certains non assujettis (associations,
médecins etc.).
Par ailleurs, la Commission a fixé des minimums pour les taux de
TVA (directive du 19 octobre 1992) : 15 % pour le taux normal
et 5 % pour le taux réduit. Les Etats membres sont cependant
autorisés à appliquer deux taux " super-réduits " sur une liste de
produits prédéfinis. Certains biens qui n'apparaissent pas dans
cette liste peuvent cependant être taxés à un taux réduit
n'excédant pas 12% s'ils étaient taxés au taux réduit avant 1991.
Enfin, les biens taxés à moins de 5% avant 1991 peuvent continuer à
l'être à ces taux.
Les droits d'accise sont des taxes à la consommation de produits particuliers, que ce soit une consommation intermédiaire ou finale. Il sont évalués généralement par référence au poids, au volume ou au degré du produit en question, rarement à sa valeur. Trois catégories de produit sont généralement assujettis à accises : les boissons alcoolisées, les produits du tabac et les produits pétroliers. En 1996, le total de ces taxes rapportait FRF 234,1 Mds à l'Etat Français, soit 3% du Produit Intérieur Brut et 6,5 % des recettes fiscales totales. L'essentiel de ces recettes provenait de la Taxe Intérieure sur les produits pétroliers (FRF 148,5 Mds) et des Impôts et taxes sur les tabacs et allumettes (FRF 58,6 Mds). A l'image des pays du Sud de l'Europe et à l'opposé de ceux du Nord, les droits d'accise sur les boissons alcoolisés sont faibles en France. Les fiscalités nationales reflètent ainsi des différences importantes de culture, mais aussi de fortes pressions politiques intérieures.
1. Part des accises dans les recettes fiscales totales

Source : Données OCDE et calculs des auteurs.
Après une baisse marquée de leur importance au sein des
recettes fiscales totales dans la décennie 1980, les droits
d'accise semblent depuis le début des années 1990 bénéficier d'un
retour en grâce au sein des pays de l'OCDE (cf. graphique 1). Ce
sont avant tout les pays de l'Union Européenne (UE) qui ont eu un
recours accru à ce type d'imposition depuis cette date, la part des
accises dans les recettes fiscales totales étant stabilisée pour
les pays de l'OCDE hors UE entre 1989 et 1996.
Le poids économique des droits d'accise est en fait resté stable
dans les pays de l'OCDE : la part de ces taxes dans le Produit
Intérieur Brut (PIB) reste globalement stable autour de 3,3 %
entre 1975 et 1996. Mais derrière cette évolution moyenne, se
cachent des choix différents : les pays de l'Union Européenne ont
accru le poids économique de cette forme d'imposition (le ratio
Accises sur PIB passe de 3,5 % à 4 % du PIB entre 1975 et
1996), alors que les pays de l'OCDE hors UE ont opté pour une
baisse ce même poids (de 3% à 2,2% pour le même ratio sur la même
période - cf graphique 2).
2. Accises sur PIB (1975-1996)

Source : Données OCDE et calculs des auteurs.
D'un point de vue international, la fiscalité par accises
est particulièrement hétérogène. Les graphiques 3 et 4 indiquent la
part moyenne (sur les années 1990 à 1996) de ces droits dans les
recettes fiscales totales et dans le Produit Intérieur Brut (PIB)
pour les pays de l'OCDE. Même en laissant de côté le cas spécifique
de la Turquie où ces droits sont particulièrement faibles,
l'importance de cette fiscalité varie énormément d'un pays à
l'autre: elle représente entre 5 et plus de 15 % des recettes
fiscales totales, et entre 1,5 % et presque 6 % du PIB
dans ces pays.
La diversité des poids économiques de ces droits est élevée au
sein de l'Union Européenne : dans ces quinze pays, les accises
représentaient en 1996 de 5,3 % pour la Belgique à 14,9 %
pour l'Irlande des recettes fiscales totales, et de 2,4 %
(Belgique) à 6,1 % (Grèce) du PIB. L'harmonisation de ces
droits en Europe apparaît de prime abord un exercice périlleux,
d'autant plus que la structure de ces droits est aussi très
hétérogène.
3. Part des accises dans le PIB : OCDE - moyenne 1990-1996
Source : O.C.D.E.

4. Part des accises dans les recettes fiscales
totales
OCDE : moyenne 1990/1996
Source : OCDE.
Les accises constituent une forme d'imposition très
ancienne ; si on peut considérer qu'elles avaient initialement pour
unique objet de fournir des recettes à l'administration, elles sont
bien davantage aujourd'hui associées à des objectifs de santé
publique (tabacs, alcools). Elles permettent aussi d'orienter la
structure de la consommation en cas de produits dégageant des
externalités négatives (huiles minérales). Certains systèmes
fiscaux ont ainsi particulièrement rationalisé l'utilisation de
cette forme d'imposition : en Irlande, six produits pratiquement
font l'objet d'une telle taxation : bières, huiles minérales,
spiritueux, tabacs, vins et cidres, véhicules à moteur.
L'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Autriche, la Belgique sont d'autres
pays pratiquant un nombre limité de taxes sur les boissons
alcoolisés, les huiles minérales et le tabac. L'O.C.D.E. recense en
revanche une quarantaine de ces taxes au Danemark, frappant ces
mêmes produits ainsi que le thé, le sucre, le café, les glaces, les
eaux minérales, le chocolat, les papiers et cartons... La France se
situe à ce titre dans une position intermédiaire (22 rubriques
déclarées à l'O.C.D.E., avec des accises sur les viandes, les
céréales et les graines oléagineuses). En ce qui concerne les trois
champs traditionnels d'application des accises (boissons
alcoolisées, produits pétroliers, produits du tabac), la diversité
des situations est là encore manifeste.
C'est certainement dans le domaine des boissons alcoolisés que
cette hétérogénéïté des taux d'accise est la plus importante. Les
graphique 5 et 6 indiquent l'importance des accises par hectolitre
de vins non pétillants et pétillants, puis de spiritueux, dans
différents pays de l'OCDE au 1er janvier 1996. A l'évidence, les
différences d'imposition sont considérables, les pays du Nord
(Suède, Finlande, Danemark, Irlande et Royaume-Uni notamment)
surtaxant la consommation d'alcools, les pays du Sud de l'Europe
(France, Italie, Grèce, Espagne et Portugal notamment) pratiquant
des taux particulièrement faibles. Les différents systèmes
d'imposition de la bière (droits spécifiques par degré Plato ou par
degré d'alcool) nous interdisent une comparaison graphique directe
de tous les différents niveaux d'imposition dans les pays de l'OCDE
pour ce produit particulier, mais à l'évidence les disparités sont
ici encore manifestes : ces droits spécifiques vont de 1 pour la
France à 15,3 pour la Finlande, de 1 pour le Luxembourg à 41,1 pour
le Danemark.
Notons finalement que des régimes préférentiels d'accises sont
quelques fois accordés pour les produits d'origine locale : c'est
le cas de l'ouzo en Grèce dont les droits spécifiques sont environ
50 % moins importants que pour les autres spiritueux (USD
489,12 pour ce produit au lieu de 981,17 pour les autres
spiritueux). La neutralité de l'impôt à la consommation en termes
de l'origine du produit n'est plus assurée et la fiscalité garantit
aussi une protection des industries locales.
5. Droits d'accises par hectolitre de vin dans les pays de l'OCDE
Source : O.C.D.E
Les systèmes fiscaux nationaux révèlent des différences
fortes de niveaux d'accises sur les huiles minérales, mais moindres
que celles déjà mises à nu sur les boissons alcoolisés, surtout en
Europe. Le graphique 7 indique ces droits spécifiques taxant la
consommation de carburants pour véhicules à moteur, le graphique 8
ceux des carburants diesel à usage industriel et du fioul
domestique. Il s'agit ici davantage pour tous les pays d'orienter
les consommateurs vers des produits moins polluants (essence sans
plomb). A part au Danemark et au Luxembourg, les droits sont moins
forts sur le diesel, mais les fiscalités devraient évoluer très
sensiblement sur ce point dans les années à venir.
Dans le cas du carburant diesel à usage industriel et du fioul
domestique, les taxes indirectes sont généralement beaucoup moins
fortes. En ce qui concerne le premier de ces biens, le problème
vient de ce qu'une accise sur une consommation intermédiaire,
contrairement à la taxe à la valeur ajoutée n'est pas récupérable
par une entreprise. Cette forme d'imposition affecte donc la
compétitivité internationale des industries nationales et les
gouvernements préfèrent généralement pratiquer des taux plus bas
sur ce type d'usage. Finalement, le chauffage est un service de
première nécessité et les droits d'accise sur le fioul domestique
sont généralement plus faibles pour des raisons sociales.
Dernier bien de consommation soumis à accise dans tous les pays de
l'OCDE, les produits du tabac (cigarettes, cigares et tabac à
rouler). Des préoccupations de santé publique ont très fortement
accru le montant de ces droits en France à partir de 1991. Le prix
à la consommation du paquet de cigarettes a ainsi quasiment doublé
entre cette date et 1996, ce qui situe alors son niveau dans la
moyenne de l'OCDE.
L'évaluation de l'importance des droits d'accise dans ces
différents pays pose un certain nombre de problèmes. Ces droits se
décomposent entre une partie spécifique (de 31 FRF environ au
1/1/1996 en France pour 1000 cigarettes) et une partie ad valorem
(54,95 % du prix TTC à la même date en France). Différents
taux de TVA viennent s'ajouter ensuite sur la base du prix, accises
comprises, (18,6 % en France au 1/01/1996). Il n'existe pas
d'autre part de statistique disponibles sur les niveaux de prix
hors taxes de ces biens.
Pour comparer internationalement l'importance de ces droits, nous
sommes partis d'un prix de vente au détail (TTC) de 18,50 FRF et
avons recherché le prix hors taxe en France qui débouche sur ce
prix à la consommation compte tenu des niveaux de droits et taux de
TVA précédemment mentionnés. En appliquant ce même prix hors taxe
et en USD à tous les pays, il est alors possible d'évaluer
l'importance de cette charge fiscale et de les comparer entre pays
de l'OCDE. Le graphique 9 rend compte de cette évaluation, qui
exclut donc des différences de coûts de transports, de tarification
par les entreprises du secteur en fonction des caractéristiques des
différents marchés et des différents systèmes de distribution.
En dehors du cas des Etats-Unis, le graphique 9 montre d'une part
le niveau particulièrement élevé de ces taxes indirects dans ces
pays, qui aboutit par exemple à multiplier le prix de ce bien par
3,84 en France, par 7,9 en Islande. D'autre part, les droits
d'accises sont relativement homogènes d'un pays à l'autre, a
fortiori au sein de l'Union Européenne : de 52,6 % le prix TTC
au Luxembourg à 63,9 % dans le cas du Royaume-Uni, la France
pratiquant une taxe tout à fait moyenne de l'ordre de 58,3 %.
Comme la TVA s'applique à des prix accises comprises, les
différences de taux de TVA expliquent déjà en grande partie les
différences de prix à la consommation.
Soulignons finalement que les cigares et le tabac à rouler sont
très généralement moins taxés que les cigarettes. Comme les
consommateurs ne reportent pas sur ces deux produits leur demande
lorsque le prix relatif des cigarettes augmente (faible
substitution), cette différenciation fiscale suffit à faire
décroître la consommation globale de produits du tabac.
Dernier bien de consommation soumis à accise dans tous les pays de
l'OCDE, les produits du tabac (cigarettes, cigares et tabac à
rouler). Des préoccupations de santé publique ont très fortement
accru le montant de ces droits en France à partir de 1991. Le prix
à la consommation du paquet de cigarettes a ainsi quasiment doublé
entre cette date et 1996, ce qui situe alors son niveau dans la
moyenne de l'OCDE.
L'évaluation de l'importance des droits d'accise dans ces
différents pays pose un certain nombre de problèmes. Ces droits se
décomposent entre une partie spécifique (de 31 FRF environ au
1/1/1996 en France pour 1000 cigarettes) et une partie ad valorem
(54,95 % du prix TTC à la même date en France). Différents
taux de TVA viennent s'ajouter ensuite sur la base du prix, accises
comprises, (18,6 % en France au 1/01/1996). Il n'existe pas
d'autre part de statistique disponibles sur les niveaux de prix
hors taxes de ces biens.
Pour comparer internationalement l'importance de ces droits, nous
sommes partis d'un prix de vente au détail (TTC) de 18,50 FRF et
avons recherché le prix hors taxe en France qui débouche sur ce
prix à la consommation compte tenu des niveaux de droits et taux de
TVA précédemment mentionnés. En appliquant ce même prix hors taxe
et en USD à tous les pays, il est alors possible d'évaluer
l'importance de cette charge fiscale et de les comparer entre pays
de l'OCDE. Le graphique 9 rend compte de cette évaluation, qui
exclut donc des différences de coûts de transports, de tarification
par les entreprises du secteur en fonction des caractéristiques des
différents marchés et des différents systèmes de distribution.
En dehors du cas des Etats-Unis, le graphique 9 montre d'une part
le niveau particulièrement élevé de ces taxes indirects dans ces
pays, qui aboutit par exemple à multiplier le prix de ce bien par
3,84 en France, par 7,9 en Islande. D'autre part, les droits
d'accises sont relativement homogènes d'un pays à l'autre, a
fortiori au sein de l'Union Européenne : de 52,6 % le prix TTC
au Luxembourg à 63,9 % dans le cas du Royaume-Uni, la France
pratiquant une taxe tout à fait moyenne de l'ordre de 58,3 %.
Comme la TVA s'applique à des prix accises comprises, les
différences de taux de TVA expliquent déjà en grande partie les
différences de prix à la consommation.
Soulignons finalement que les cigares et le tabac à rouler sont
très généralement moins taxés que les cigarettes. Comme les
consommateurs ne reportent pas sur ces deux produits leur demande
lorsque le prix relatif des cigarettes augmente (faible
substitution), cette différenciation fiscale suffit à faire
décroître la consommation globale de produits du tabac.
Les tableaux 2 et 3 donnent les ratios annuels accises sur
recettes fiscales totales et accises sur Produit Intérieur Brut
pour 28 pays de l'OCDE de 1975 à 1996.
Les tableaux 4 et 5 récapitulent les niveaux de droits d'accise
par produits dans les pays de l'OCDE et caractérisent les niveaux
moyens dans l'Union Européenne de ces taxes et l'importance de leur
dispersion.
En conclusion de cette section, l'Union européenne a accru le
poids économique des droits à la consommation sur des produits
spécifiques depuis 1990. Cette zone géographique privilégie la
taxation des huiles minérales par rapport aux autres pays de l'OCDE
; la taxation de la consommation de produits du tabac a augmenté
ces dernières années, mais le niveau moyen de taux ad valorem
pratiqué sur la consommation des seules cigarettes dans l'Union
européenne est toujours moins élevé que celui des autres pays de
l'OCDE. La différence est néanmoins faible. Finalement, l'Union
européenne taxe faiblement en termes relatifs la consommation de
produits alcoolisés (cf. tableau 5).
Sur cette dernière catégorie de produits, les moyennes comparées
dissimulent une extraordinaire diversité de la fiscalité, au sein
de l'Union (voir les niveaux de coefficients de variation). La
question de l'harmonisation des droits d'accise en Europe concerne
avant tout la fiscalité de ces produits, avec une opposition très
forte entre pays du Nord et pays du Sud de l'Europe. Au delà, les
taxes à la consommation des carburants pour véhicules à moteur et
des produits du tabac sont beaucoup plus homogènes.
La diversité des droits d'accise est aussi élevée sur les
carburants à usage industriel et le fioul domestique. Le problème
de la déprotection effective supportée par les industries
européennes du fait d'une taxation élevée et non récupérable de
certaines de leurs consommations intermédiaires n'a pas été prise
en compte par tous les gouvernements de ces pays (Allemagne,
Autriche, Danemark, Grèce et Portugal). A l'opposé, certains
gouvernements de l'OCDE hors UE (Etats-Unis, Islande) ont
totalement appréhendé cette question en détaxant totalement cet
usage industriel. Enfin, des gouvernements européens (Danemark,
Grèce, Suède) sur-taxent finalement la consommation de fioul
domestique sans se préoccuper des retombées sociales négatives de
ce type de mesure.
4. Droits d'accise par produits dans les pays de l'OCDE (spécifiques sauf pour les cigarettes, ad valorem)
|
Vins non pétill. |
Vins pétillants |
Spiritueux |
Ess. avec plomb |
Ess. sans plomb |
Diesel |
Diesel à us. ind. |
Fioul domest. |
Tabacs |
|
|
Allemagne |
0 |
171,71 |
1 646,22 |
697,22 |
632,67 |
400,26 |
400,26 |
51,85 |
271,21% |
|
Autriche |
0 |
180,18 |
900,90 |
594,60 |
505,41 |
350,45 |
350,45 |
85,63 |
245,93% |
|
Belgique |
46,20 |
161,71 |
1 994,35 |
595,16 |
508,79 |
367,46 |
23,56 |
6,60 |
278,66% |
|
Danemark |
107,68 |
161,93 |
4 767,38 |
660,00 |
553,00 |
572,00 |
372,00 |
299,00 |
447,24% |
|
Espagne |
0 |
0 |
689,29 |
492,02 |
451,78 |
328,02 |
95,67 |
95,67 |
200,57% |
|
Finlande |
358,42 |
358,42 |
6 325,11 |
671,09 |
576,22 |
376,34 |
37,91 |
37,91 |
322,72% |
|
France |
4,12 |
10,25 |
1 694,73 |
717,38 |
668,22 |
399,91 |
90,53 |
90,53 |
284,33% |
|
Grèce |
0 |
0 |
981,17 |
528,60 |
503,95 |
351,88 |
351,88 |
174,92 |
251,04% |
|
Irlande |
332,63 |
665,25 |
3 377,17 |
463,16 |
423,56 |
364,31 |
57,70 |
57,70 |
350,73% |
|
Italie |
0 |
0 |
809,65 |
720,17 |
662,36 |
484,31 |
145,29 |
58,31 |
252,41% |
|
Luxembourg |
0 |
0 |
1 319,10 |
373,74 |
310,93 |
373,74 |
21,55 |
0 |
172,65% |
|
Pays-Bas |
61,96 |
211,24 |
1 910,66 |
737,00 |
654,00 |
384,00 |
59,14 |
59,14 |
225,81% |
|
Portugal |
0 |
0 |
899,95 |
588,94 |
544,94 |
387,81 |
387,81 |
nd |
308,17% |
|
Royaume-Uni |
219,44 |
312,50 |
3 218,75 |
564,69 |
489,38 |
489,38 |
33,44 |
33,44 |
355,87% |
|
Suède |
359,29 |
359,29 |
6 500,13 |
637,90 |
565,53 |
403,24 |
35,51 |
223,00 |
297,91% |
|
Australie |
0 |
0 |
2 776,22 |
277,76 |
260,39 |
260,39 |
260,39 |
54,03 |
nd |
|
Canada |
36,51 |
36,51 |
788,74 |
110,00 |
100,00 |
28,51 |
28,51 |
0 |
nd |
|
Etats-Unis |
28,27 |
89,82 |
713,29 |
48,61 |
48,61 |
64,61 |
0 |
0 |
26,67% |
|
Islande |
877,40 |
877,40 |
8 796,45 |
583,32 |
544,54 |
0 |
0 |
0 |
690,53% |
|
Japon |
56,65 |
56,65 |
nd |
559,85 |
559,85 |
342,29 |
20,45 |
20,45 |
146,47% |
|
Norvège |
566,10 |
566,10 |
9 094,94 |
763,09 |
664,00 |
506,50 |
nd |
nd |
526,86% |
|
Suisse |
0 |
0 |
2 593,44 |
610,14 |
548,51 |
578,87 |
133,18 |
2,36 |
163,55% |
Source : OCDE et calculs des auteurs.
5. Caractérisation des niveaux moyens de droits d'accise et de leur dispersion au sein de l'U.E.
|
Vins non pétill. |
Vins pétillants |
Spiritueux |
Ess. avec plomb |
Ess. sans plomb |
Diesel |
Diesel à us. ind. |
Fioul domest. |
Tabacs |
|
|
Moyenne UE |
99,32 |
172,83 |
2 468,97 |
602,78 |
536,72 |
402,21 |
164,18 |
90,98 |
284% |
|
Moyenne OCDE hors UE |
223,56 |
232,35 |
4 127,18 |
421,82 |
389,41 |
254,45 |
73,76 |
12,81 |
311% |
|
Min UE |
0 |
0 |
689,29 |
373,74 |
310,93 |
328,02 |
21,55 |
0 |
173% |
|
Max UE |
359,29 |
665,25 |
6 500,13 |
737,00 |
668,22 |
572,00 |
400,26 |
299,00 |
447% |
|
Ecart Max/Min UE |
359,29 |
665,25 |
5 810,84 |
363,26 |
357,29 |
243,98 |
378,71 |
299,00 |
275%
|
|
Ecart-type UE |
142,9238687 |
190,6291304 |
1963,599332 |
105,0551486 |
98,13911262 |
64,6733072 |
156,1632836 |
85,05328491 |
0,681452508 |
|
Coeff variation UE |
1,44 |
1,10 |
0,80 |
0,17 |
0,18 |
0,16 |
0,95 |
0,93 |
0,24 |
Source : OCDE et calculs des auteurs.
Au contraire de nombreux autres instruments fiscaux,
l'imposition de droits d'accise n'est pas seulement justifiée par
des objectifs économiques, mais également motivée par des soucis
liés à la santé publique ou à la préservation de l'environnement.
Leur impact doit donc être mesuré à l'aune de leur capacité à
remplir simultanément ces différents rôles. Un impôt est
économiquement efficace dès lors que les comportements de
substitution des consommateurs entre divers produits sont limités,
soit encore lorsque l'élasticité-prix de la demande est faible.
Dans ces conditions, l'effet principal est un effet de revenu, de
sorte qu'en outre la collecte fiscale est maximisée. Mais alors, si
la réduction de consommation du bien taxé est faible, il s'ensuit
que l'impact en termes de santé publique ou d'environnement sera
quant à lui modéré. En d'autres termes, il peut être nécessaire
d'arbitrer entre les objectifs précédemment cités, voire même
d'accepter une faible recette fiscale en contrepartie d'une nette
modification des comportements en matière de consommation dans un
sens jugé socialement souhaitable. Ici, le rôle essentiel de
l'accise sera de corriger les externalités négatives résultant de
l'activité économique, bien que cette taxe puisse être qualifiée
d'économiquement "inefficace" selon la définition qui précède. A
ces considérations, on pourrait ajouter celle d'équité fiscale,
dans la mesure où, précisément, les accises frappent aussi des
biens de "première nécessité" comme certaines sources d'énergie, de
sorte que les agents dont le revenu est modeste sont relativement
plus pénalisés que ceux dont le revenu est plus élevé.
Afin de mesurer ces divers effets, il est nécessaire d'évaluer
l'élasticité-prix et revenu de la demande des biens soumis à
accises.
Selon la théorie économique, on devrait généralement observer que
les élasticités-prix sont négatives à court et à long terme, et,
inversement, que les élasticités-revenu sont positives quel que
soit le terme. Théoriquement toujours, l'élasticité prix à long
terme est généralement supérieure (en valeur absolue) à
l'élasticité-prix à court terme, car les agents peuvent adapter
leur consommation aux modifications des prix relatifs des biens
taxés en favorisant par exemple des biens substituts non taxés.
Afin de procéder aux estimations de ces diverses élasticités, nous
distinguerons deux étapes. Dans un premier temps, nous utiliserons
la nomenclature "Activités et Produits" au niveau 16 de l'INSEE.
Dans un second temps, nous utiliserons une nomenclature beaucoup
plus fine, celle de niveau 90 issue des statistiques de la
consommation des ménages, fournies également par
l'INSEE.
A. ESTIMATION DES ÉLASTICITÉS SUR LA BASE DE LA NOMENCLATURE "ACTIVITÉS ET PRODUITS", NIVEAU 16.
Les données utilisées proviennent des statistiques des
comptes nationaux trimestriels de l'INSEE, séries longues de 1970 à
1996, exprimées en base 100 en 1980. Elles distinguent notamment
les produits de l'agriculture, de la sylviculture et de la pêche
(U01) ; les industries agricoles et alimentaires (U02) ; l'énergie
(U03) ; les biens intermédiaires (U04) ; les biens d'équipement
professionnel (U05A) ; les biens d'équipement ménager (U05B) ; les
matériels de transport terrestre (U05C) ; les transports et
télécommunications (U09). En règle générale, les estimations
d'élasticités reposent sur un indice de prix relatif, ou le rapport
de l'indice des prix des produits concernés à l'indice des prix à
la consommation totale. Toutefois, avec un faible niveau de
désagrégation comme c'est le cas avec la nomenclature 16, cette
méthode pourrait aboutir à minorer significativement la valeur des
élasticités, les deux indices évoluant de façon comparable. C'est
pourquoi, nous avons préféré ici ne calculer que les élasticités
par rapport à l'indice des prix des produits, et non par rapport à
un indice relatif. La mesure du revenu des ménages que nous avons
retenue est celle fournie par l'INSEE, ou revenu disponible brut
des comptes nationaux.
En outre, avant de procéder à l'estimation des élasticités, il est
nécessaire d'observer les propriétés des séries utilisées, en
particulier de vérifier leur stationnarité. Nous avons donc testé
l'hypothèse de racine unitaire pour toutes les séries de données
utilisées dans les régressions. L'hypothèse de racine unitaire est
examinée grâce aux tests de Dickey-Fuller (DF1), Phillips-Perron
(PP2), et Dickey-Fuller augmenté (ADF3), suivant la méthodologie
développée par Fuller (1976), Dickey et Fuller (1979), Phillips
(1987), Phillips et Perron (1988) et enfin Perron (1988). Ces tests
permettent d'effectuer une distinction entre une série stationnaire
notée I(0) (en niveau ou autour d'une tendance), auquel cas la
méthode des moindres-carrés ordinaires (MCO) est pertinente afin
d'estimer les élasticités, et une série non-stationnaire I(1),
auquel cas cette méthode des moindres-carrés conduit à des
résultats erronés. Lorsque les séries ne sont pas stationnaires, il
est nécessaire de les différencier, de sorte que l'on ne raisonne
plus en niveau ou logarithme, mais en termes de variations
relatives. Cette solution a toutefois pour inconvénient de ne plus
fournir directement les élasticités, mais seulement une
approximation de ces dernières. Enfin, nous n'avons classiquement
retenu qu'une valeur retardée de la consommation finale. S'agissant
donc de modèles autorégressifs du premier ordre, les éventuels
problèmes dus à l'autocorrélation des erreurs ont été détectés à
l'aide du test "h" de Durbin et Watson, le test classique
sous-estimant le risque réel d'autocorrélation. Quand cette
dernière était présente, elle a été corrigée grâce à la méthode du
maximum de vraisemblance. Le tableau 4 fournit un résumé des
résultats des tests de racine unitaire sur les séries, les
résultats détaillés étant fournis en annexe.
6. Résumé des tests de racine unitaire.
|
U01 |
U02 |
U03 |
U04 |
U05A |
U05B |
U05C |
U06 |
U09
|
|
|
logQ
|
I(1)** |
I(0) |
I(0)* |
I(0)* |
I(0)* |
I(0)** |
I(1) |
I(0)* |
I(0) |
|
logp
|
I(0) |
I(0) |
I(0) |
I(0) |
I(0) |
I(0)* |
I(0) |
I(0) |
I(0) |
Note : * stationnarité autour d'une tendance ; **marche aléatoire.
7. Estimation des élasticités prix et revenu à court terme.
|
Biens |
Constante |
Elasticité- |
Elasticité-revenu |
Ajust. |
DW |
R² adj. |
|
Agriculture (1) |
0.003 |
-0.104 |
-0.08 |
-0.273*
|
2.00 |
0.06 |
|
Industries |
0.15 |
-0.001 |
0.007 |
0.949* |
2.16 |
0.99 |
|
Energie |
2.405* |
-0.115* |
0.141* |
0.268*
|
1.93 |
0.92 |
|
Biens |
0.701 |
-0.052 |
0.022* |
0.836*
|
2.07 |
0.98 |
|
Equipement |
4.962* |
-0.796* |
0.035 |
0.565*
|
1.72 |
0.98 |
|
Equipement ménager |
1.082* |
-0.088 |
0.036 |
0.85*
|
2.17 |
0.99 |
|
Mat. transport terrestre (1) |
0.005 |
-1.51* |
0.232 |
-0.273* |
1.80 |
0.12 |
|
Consommation courante (2) |
0.257 |
-0.005 |
0.015 |
0.914*
|
1.87 |
0.99 |
|
Transports |
0.235 |
-0.028 |
0.048 |
0.894* |
2.05 |
0.99 |
* Valeur significative à 5%. Entre parenthèses figurent les tests de Student ; DW : test de Durbin-Watson ; R² adj. : R² ajusté. (1) : approximation des élasticités par les différences premières ; (2) estimation par le maximum de vraisemblance.
Quant au revenu disponible brut des ménages, ce dernier
est stationnaire en niveau. Les résultats des estimations des
élasticités-prix et revenu de court terme sont présentés dans le
tableau 7.
Les ajustements obtenus par les régressions sont tout à fait
corrects. En particulier, les signes des élasticités, qu'il
s'agisse de l'élasticité-prix ou de l'élasticité-revenu sont
conformes à ceux que prédit la théorie. Les élasticités-prix à
court terme sont nulles pour ce que nous pourrions nommer le
"secteur agricole" soit l'agriculture et les biens agricoles et
alimentaires, ce qui constitue un résultat bien connu. Elles ne
sont pas non plus statistiquement significatives pour les biens
intermédiaires, les biens de consommation courante, les transports
et télécommunications. La demande d'énergie et d'équipement ménager
est inélastique par rapport aux prix, les élasticités étant faibles
mais significatives. Les biens d'équipement professionnel, bien
qu'inélastiques : -0.796 sont toutefois nettement plus sensibles
aux prix que les précédents. Enfin, il apparaît que les matériels
de transport terrestre sont caractérisés par une forte élasticité à
court terme : -1.5, même s'il ne s'agit que d'une valeur
approximative.
De même que pour les élasticités-prix, les élasticités-revenu des
produits de l'agriculture et des industries alimentaires sont
nulles. C'est aussi le cas des biens d'équipement professionnel,
ménager, du matériel de transport terrestre, des biens de
consommation courante et des transports et télécommunications. En
revanche, elles sont significatives à 5% pour l'énergie et les
biens intermédiaires. La significativité des coefficients
d'ajustement peut être interprétée quant à elle soit comme un
mécanisme d'ajustement en termes de stocks, soit encore comme le
reflet d'une certaine stabilité des comportements de
consommation.
A partir des valeurs estimées de ces élasticités à court terme, il
est désormais possible de calculer les élasticités à long terme,
selon la méthode qui a été présentée plus haut. Nous obtenons alors
les modèles suivants :
8. Valeurs des élasticités à long terme.
|
Elasticité-prix |
Elasticité-revenu |
|
|
Agriculture U01 |
0 |
0 |
|
Industries agricoles U02 |
0 |
0 |
|
Energie U03 |
-0.157 |
0.193 |
|
Biens intermédiaires U04 |
0 |
0.134 |
|
Equipement professionnel U05A |
-1.83 |
0 |
|
Equipement ménager U05B |
0 |
0 |
|
Matériel transport terrestre U05C |
-1.186 |
0 |
|
Consommation courante U06 |
0 |
0 |
|
Transports télécoms U09 |
0 |
0
|
A long terme, il apparaît que le matériel de transport
terrestre et les biens d'équipement professionnel sont élastiques
par rapport aux prix. L'élasticité concernant l'énergie est
notablement supérieure à sa valeur de court terme.
Il est possible d'analyser simultanément les effets des
élasticités-prix et revenu afin d'étudier l'évolution de la
consommation de ces divers produits. Pour ce faire, on dispose du
modèle suivant :
(6) Ci/Ctot=f (Ctot, Tctot, Pi/ptot)
où : Ctot représente la consommation totale ;
Tcot est le taux de croissance de la consommation totale ;
pi/ptot est prix relatif du produit i, rapporté à l'indice des
prix à la consommation totale.
L'indice général des prix employé dans les régressions est
l'indice du prix de l'ensemble de la consommation finale des
ménages de la comptabilité nationale, lequel est un agrégat plus
vaste que le simple indice des prix à la consommation. Il intègre
en effet les loyers fictifs et l'autoconsommation alimentaire, les
assurances et services non marchands, Cases (1997) .
L'équation estimée est la suivante :
(8) Ci/cot = constante + ai Log(Ctot) + biTctot + ci Pi/ptot
Les résultats des estimations pour la période 1971-1996 sur la
base des données des comptes nationaux trimestriels de l'INSEE,
base 100 en 1980, fournissent les résultats présentés dans le
tableau 9.
Les coefficients ai sont négatifs pour les produits dont la part
dans la consommation totale des ménages diminue lorsque le niveau
de vie augmente. Les coefficients bi, lorsqu'ils sont négatifs,
indiquent l'inertie de la consommation d'une catégorie de produits
par rapport aux fluctuations de la consommation totale. Logiquement
les coefficients ai calculés sont négatifs pour l'agriculture et
les industries agricoles. Ils le sont également pour les biens
intermédiaires et les biens de consommation courante, ainsi que
l'énergie, ce qui est contre-intuitif, la part de la consommation
d'énergie dans la consommation totale étant supposée s'accroître
avec l'amélioration du niveau de vie. Ils sont stables pour
l'équipement ménager, les biens d'équipement professionnel, les
transports et télécommunications. En revanche, la part du matériel
de transport terrestre dans la consommation croît avec le niveau de
vie. Ces évolutions sont confirmées par l'observation des
coefficients bi, un signe négatif traduisant l'inertie de la
consommation de certains produits par rapport aux fluctuations de
la consommation totale, un signe positif révélant au contraire un
certain dynamisme. Enfin, tous les coefficients ci significatifs ou
non sont négatifs, indiquant par exemple que le matériel de
transport terrestre a été relativement plus sensible à l'évolution
des prix sur la période.
9.Consommation par produits.
|
Constante |
ai |
bi |
Ci |
DW |
R² |
|
|
Agriculture
|
0.421* |
-0.028* |
-0.0046 |
-0.0048 |
2.49 |
0.99* |
|
Industries agricoles U02
|
0.974* |
-0.058* |
-0.018* |
-0.055* |
2.33 |
0.98 |
|
Energie
|
0.512* |
-0.032* |
0.146* |
0.000 |
2.10 |
0.78 |
|
Biens intermédiaires U04 |
0.19* |
-0.088* |
-0.001 |
-0.014* |
2.15 |
0.78 |
|
Equipement professionnel U05A |
0.0778 |
-0.032 |
-0.0005 |
-0.025* |
2.19 |
0.96 |
|
Equipement ménager U05B
|
-0.201 |
0.0181 |
-0.0038 |
-0.0087 |
2.33 |
0.98 |
|
Matériel transport terrestre U05C
|
-0.069 |
0.0154 |
0.057* |
-0.073* |
2.11 |
0.64 |
|
Consommation courante U06
|
0.954* |
-0.053* |
0.050* |
-0.072* |
2.56 |
0.90 |
|
Transports télécoms U09 |
0.117 |
-0.0351 |
-0.006 |
-0.016*
|
2.77 |
0.99 |
* Valeur significative à 5%.
Bien que d'assez bonne qualité, ces estimations sont toutefois assez grossières dans la mesure où, comme nous l'avons signalé, le degré d'agrégation des produits est trop élevé. Il convient donc d'analyser les élasticités à un niveau de détail plus fin afin de mettre en évidence clairement l'impact des évolutions de prix, donc des taxes.
B. ESTIMATION DES ÉLASTICITÉS SUR LA BASE DE LA NOMENCLATURE PAR PRODUITS, NIVEAU 90.
Nous utilisons ici la nomenclature de l'INSEE correspondant aux postes des nomenclatures de niveau 90, afin d'affiner les estimations précédemment obtenues. Beaucoup plus détaillée, cette nomenclature a cependant pour inconvénient de ne fournir que des données annuelles, pour la période 1970-1997, de sorte que la taille de l'échantillon s'en trouve réduite. Le seul changement réside ici dans le fait que l'indice de prix utilisé est un indice relatif, prix du produit concerné rapporté à l'indice du prix de l'ensemble de la consommation finale des ménages, le niveau de détail retenu nous l'autorisant. Enfin, l'étude porte désormais sur les seuls biens soumis effectivement à des taxes spécifiques, soit les produits pétroliers raffinés, les boissons alcoolisées et le tabac
1. Produits pétroliers raffinés
C'est sans doute au niveau de ces produits que les accises jouent un rôle prépondérant en matière d'orientation du comportement des consommateurs. Le tableau 10 présente les résultats des estimations.
10. Produits pétroliers raffinés.
|
Constante |
Elasticité- |
Elasticité-revenu |
Coefficient d'ajust. |
DW |
R²adj. |
||
|
2.187* |
-0.11* |
0.027* |
0.492*
|
2.09 |
0.71 |
||
* Valeur significative à 5%.
Comme cela était prévisible, tant les élasticités-prix que les élasticités-revenu sont faibles ou proches de zéro, mais statistiquement significatives. Le modèle associé de long terme sera de la forme : Qt = -0.22 prix + 0.05 revenu, qui traduit le caractère de "première nécessité" de ces biens, mais également le fait qu'à plus longue échéance, existent des possibilités limitées mais réelles de recours à des sources d'énergie moins coûteuses. Afin de préciser ce point, il est possible de procéder à une décomposition encore plus fine, le poste "produits pétroliers raffinés" (3.2.2) étant composé des fiouls (3.2.2.1), des gaz pétroliers (3.2.2.2) et des carburants et lubrifiants (3.2.2.3).
11. Elasticités estimées de la demande de produits pétroliers raffinés.
|
Constante |
Elasticité- |
Elasticité-revenu |
Coeff. |
DW |
R²adj. |
|
|
Fiouls |
2.474*
|
-0.04 |
-0.151* |
0.596* |
1.9 |
0.95 |
|
Gaz |
0.715
|
-0.06 |
-0.006 |
0.846* |
1.79 |
0.74 |
|
Carburants |
1.817* |
-0.146* |
0.09* |
0.513* |
1.93 |
0.98 |
* Valeur significative à 5%.
Les élasticités-prix des fiouls et gaz sont statistiquement nulles à la différence de celle des carburants, indiquant donc une plus forte sensibilité des ménages aux prix de ces derniers, même si elle demeure très faible. L'élasticité-revenu est statistiquement nulle dans le cas du gaz, nulle mais significative pour les carburants et, enfin, à la fois significative et négative pour les fiouls. Ces derniers sont, à ce titre, des biens que l'on peut qualifier d'inférieurs, ou dont la consommation décroît avec le revenu. En d'autres termes, ceci révèle que d'autres sources d'énergies que les fiouls sont privilégiées quand le revenu s'élève. Il résulte de ces propriétés que les modèles associés à la consommation à long terme de ces divers produits exhibent des profils tout à fait différents.
12. Elasticités estimées à long terme.
|
Elasticité-prix |
Elasticité-revenu |
|
|
Fiouls |
0 |
-0.374 |
|
Gaz |
0 |
0 |
|
Carburants |
-0.299 |
0.185
|
Ainsi, des taxes spécifiques sur le gaz et les fiouls
apparaissent de ce point de vue comme extrêmement efficaces du
point de vue économique ou au niveau de la collecte fiscale, dans
la mesure où aucun effet de substitution n'est susceptible
d'apparaître, de sorte que seul se matérialise un effet revenu,
même à long terme. En revanche, la demande de carburants exhibe une
faible mais réelle sensibilité par rapport au prix, de sorte que
cette fois la fiscalité peut être utilisée pour orienter les
comportements en faveur des moyens de transport collectifs, moins
polluants par exemple, mais une telle politique aura des effets
nécessairement limités compte tenu de la faible valeur de
l'élasticité-prix à long terme.
A l'aide de l'équation (8), il est possible de préciser ce point
en observant l'évolution de la consommation par
produit.
13. Consommation par produits.
|
Produit |
Constante |
Ai |
bi |
ci |
DW |
R²adj. |
|
Fiouls |
0.478* |
-0.032* |
0.0327 |
-0.005*
|
1.66 |
0.97 |
|
Gaz |
0.0459*
|
-0.003* |
-0.0009 |
-0.00003 |
1.60 |
0.97 |
|
Carburants |
0.118* |
-0.004 |
0.0094 |
-0.011* |
1.51 |
0.90 |
* Valeur significative à 5%.
Les coefficients ai sont tous négatifs, (ce coefficient
n'est pas significatif pour les carburants), soit pour les produits
dont la part dans la consommation totale diminue au fur et à mesure
que le niveau de vie s'améliore. Logiquement, cet effet est
particulièrement sensible pour les fiouls compte tenu de leur
caractéristique de bien inférieur, mise en évidence précédemment.
Aucun coefficient bi n'est statistiquement significatif, ce qui
traduit une relative inertie de la consommation de ces produits.
Les coefficients ci significativement non nuls sont tous négatifs.
Ils indiquent que la consommation de fiouls et de gaz a été
relativement moins sensible à l'évolution des prix que la
consommation de carburants.
Ces résultats sont confirmés par une étude récente de l'INSEE,
(Braibant (1998) qui observe d'une part, la stabilité de la
consommation des ménages en matière de produits pétroliers raffinés
(-0.1% en volume) pour l'année 1997, d'autre part une
diversification de la demande énergétique des ménages au travers de
l'abandon progressif du charbon, du développement de la fourniture
de gaz, de la réduction de la consommation de fioul domestique,
-3.2% en 1997. Cette stabilité se traduit notamment par une
diminution des charges liées à l'énergie dans le budget des
ménages, 10.2% de la dépense des ménages en 1980 contre 8.6% en
1997, au prix de 1980. Les variations des prix de ces diverses
sources expliquent ces comportements de substitution entre
énergies. Par exemple, la baisse des prix de l'électricité
s'accompagne d'une hausse simultanée des prix des produits
pétroliers raffinés, ce qui a nettement favorisé la consommation
d'électricité. La fiscalité est un élément supplémentaire
d'explication de ces comportements de diversification. A titre
d'exemple (Braibant (1998)), la part des taxes (Taxe Intérieure sur
les Produits Pétroliers et Taxe sur la valeur Ajoutée),
représentait 75% du prix du litre de super en 1990 contre 59% en
1980. Elle est de 80% en 1997. Il en résulte notamment une forte
hausse de la consommation de gazole, +7.3% en 1997. En résumé, il
semble ici que les accises constituent un instrument doublement
efficace, tant du point de vue de la collecte fiscale que de
l'orientation de la consommation en direction d'énergies moins
polluantes, à condition, toutefois, que le prix de ces dernières se
maintienne à un niveau relativement plus faible ou poursuive son
mouvement de baisse, qui permet notamment aux ménages à revenu
modeste de s'orienter vers elles en délaissant le fioul domestique.
Dans le cas contraire, ce sont ces ménages à faible pouvoir d'achat
qui seraient pénalisés par les taxes spécifiques sur le fioul
domestique, ce qui remet également en cause les efforts menés en
matière de réduction de la pollution atmosphérique.
Une seconde catégorie de biens sont soumis à l'imposition de taxes
spécifiques, il s'agit des boissons alcoolisées. La logique de
cette imposition particulière répond aux mêmes considérations
d'efficacité et de santé publique que celles qui
précèdent.
2. Boissons alcoolisées
Deux méthodes de taxation peuvent être appliquées aux boissons alcoolisées, d'une part une imposition spécifique qui est calculée en fonction du degré d'alcool, d'autre part une imposition ad valorem dont la base est le prix du produit. De fait fréquemment utilisées de façon conjointe, ces méthodes obéissent pourtant à une logique différente. La première, spécifique, pénalise surtout les produits de qualité relativement médiocre, parfois plus néfastes en matière de santé publique et donc bon marché. Un droit ad valorem, au contraire, pénalise relativement les boissons alcolisées de meilleure qualité dont le prix est plus élevé. Aux fortes différences de taux qui existent comme nous l'avons signalé entre pays de l'Europe du Nord et du Sud, s'ajoute donc la distinction qui précède, ainsi qu'un net comportement de concurrence fiscale entre pays frontaliers, comme le souligne l'OCDE (1997).
14. Elasticités-prix et revenu des boissons
alcoolisées
|
Vin |
Constante |
Prix |
Revenu |
Coeff. ajust. |
DW |
R² |
|
1.123 |
-0.052 |
0.011 |
0.747* |
1.86 |
0.70 |
|
|
Dont Consommation commercialisable marchande (autoconsommation exclue) |
||||||
|
0.946 |
-0.054 |
0.011 |
0.786* |
1.94 |
0.75 |
|
|
Dont 1 : vins de consommation courante |
||||||
|
0.813* |
-0.203 |
-0.078* |
0.895*
|
2.18 |
0.99 |
|
|
2 : vins AOC et VDQS |
||||||
|
0.404 |
-0.347 |
0.085* |
0.837*
|
1.76 |
0.97 |
|
|
3 : vins doux naturels |
||||||
|
1.677* |
0.015 |
-0.003 |
0.628*
|
1.53 |
0.44 |
|
|
Liqueurs et apéritifs |
||||||
|
1.828* |
-0.518* |
-0.039 |
0.642*
|
2.41 |
0.89 |
|
|
Apéritifs à base de vin |
||||||
|
1.052 |
-0.619 |
-0.122 |
0.88*
|
2.04 |
0.57 |
|
|
Eau de vie |
||||||
|
0.355 |
0.147 |
0.028 |
0.902*
|
1.64 |
0.95 |
|
|
Bière |
||||||
|
0.804* |
-0.116 |
-0.029* |
0.855* |
2.49 |
0.81 |
|
* Valeur significative à 5%.
Le tableau 14 présente les valeurs estimées des
élasticités-prix et revenu pour ces biens. Concernant les boissons
alcoolisées donc, il apparaît en premier lieu que les coefficients
d'ajustement estimés sont tous significativement élevés. Ces
valeurs traduisent les habitudes de consommation des agents qui
sont donc stables en la matière. Concernant les élasticités-revenu,
les résultats sont très révélateurs du comportement des
consommateurs notamment pour le vin et la bière. Les vins de
consommation courante, de qualité relativement médiocre, ont une
élasticité-revenu négative : -0.078 (-3.181), tout comme la bière :
-0.029 (-2.595), ce qui fait d'eux des biens inférieurs, ou dont la
consommation décline quand le revenu s'accroît. A l'inverse, les
vins de qualité supérieure ou les vins d'appellation contrôlée ont
une élasticité-revenu positive, 0.085 (2.111), si bien que leur
consommation augmente avec l'élévation du revenu. C'est donc un
effet de différenciation verticale des produits, ou effet qualité
que ces résultats mettent en évidence, de sorte que les
comportements de consommation sont tout à fait distincts. Les
résultats concernant les élasticités-prix ne sont pas aussi nets,
ceratines valeurs n'étant significatives qu'au seuil de 10% (vins
de consommation courante et apéritifs à base de vin). En revanche,
l'élasticité-prix des liqueurs et apéritifs est clairement négative
: -0.518 (-2.31).
Les modèles associés de la consommation à long terme sont
présentés dans le tableau 15. Ces résultats illustrent le
"paradoxe" cité dans l'introduction de ce paragraphe. Il est en
effet difficile ici de justifier l'utilisation des accises au nom
de l'objectif de santé publique, à l'exception des liqueurs et
apéritifs (élasticité forte de -1.45), puisque la demande de bières
et de vins de qualité courante par exemple est très nettement
insensible au prix.
15. Elasticités à long terme.
|
Elasticité-prix |
Elasticité-revenu |
|
|
Vins de consommation courante |
0 |
-0.74 |
|
Vins de qualité supérieure |
0 |
0.52 |
|
Vins doux naturels |
0 |
0 |
|
Liqueurs et apéritifs |
-1.45 |
0 |
|
Apéritifs à base de vin |
0 |
0 |
|
Eau de vie |
0 |
0 |
|
Bière |
0 |
-0.2
|
La consommation des ces produits obéit à des comportements sociaux que révèlent les coefficients d'ajustement, particulièrement élevés, et dépend également du revenu, les consommateurs étant dans l'ensemble des ménages dont le revenu est relativement modeste. Dans ces conditions, la justification des accises repose uniquement sur leur efficacité en matière de collecte fiscale. Compte tenu du niveau relativement faible des droits appliqués à ces produits en France par rapport à ceux des pays voisins et notamment nordiques, on dispose en la matière d'une certaine marge à la hausse (sous l'hypothèse de la stabilité du comportement des consommateurs).
3. Le tabac
Le tableau 16 présente nos estimations des élasticités de la consommation de tabac pour la période 1971-1996.
16. Elasticités de la consommation de tabac.
|
Constante |
Elasticité-prix |
Elasticité-revenu |
Coeff. ajust. |
DW |
R²adj. |
|
1.919* |
-0.167* |
0.119* |
0.47*
|
1.79 |
0.98 |
* Valeur significative à 5%.
Ceci conduit à un modèle de long terme où l'élasticité-prix est de -0.31 et l'élasticité revenu de 0.22. Autrement dit, la consommation de tabac est relativement sensible au revenu et au prix. L'ordre de grandeur de l'élasticité prix obtenue est identique à celle calculée par Darmon (1990), en revanche l'élasticité revenu de notre étude est sensiblement inférieure à celle de cet auteur : 0.8. Cet écart est imputable d'une part à la taille de l'échantillon, d'autre part à la méthode économétrique utilisée qui est différente dans les deux cas. Nos résultats sont confirmés par les faits. Il apparaît nettement que la croissance de la consommation dans les années 1970 va de pair avec une forte diminution du prix relatif du tabac. Entre 1976 et 1989, la consommation est freinée par une moindre progression du pouvoir d'achat et une relative stabilisation des prix relatifs (Darmon (1990) . A partir de 1990 la forte progression des prix relatifs du tabac qui résulte d'une augmentation des taxes, le prix du paquet de cigarettes ayant doublé entre 1991 et 1996 (Anguis (1997) , a induit une nette diminution de la consommation. L'impact des taxes spécifiques est donc ici très positif en matière de santé publique, d'autant qu'il est probable que le ralentissement de la consommation frappe davantage les adolescents que les adultes, compte tenu du plus faible pouvoir d'achat des premiers. Toutefois, cette conclusion optimiste doit être tempérée du fait de la substitution opérée par les consommateurs entre cigarettes et tabac à rouler dont la consommation s'est nettement accrue. Enfin, le doublement du prix du paquet de cigarettes n'entraînant pas une réduction proportionnelle de la quantité consommée, cet accroissement s'est traduit à la fois par une augmentation forte des dépenses des fumeurs : 72 milliards de francs en 1996 contre 45 milliards en 1991 (Anguis (1997)), et par un accroissement des recettes des producteurs et distributeurs, mais aussi de l'Etat. Au total donc, les taxes spécifiques sur le tabac exercent un impact positif à la fois sur les recettes fiscales et la santé publique. Dans la mesure où la composition du prélèvement fiscal entre droits spécifiques et taxes ad valorem en matière de tabac est également utilisée par les Etats afin de compenser les différences internationales de coût de production, une harmonisation fiscale européenne, dans ce contexte, ne semble pas souhaitable, si elle devait se traduire pour la France par une réduction des droits d'accise.
L'existence de droits d'accise, différenciés
internationalement, sur les consommations intermédiaires des
industries implique une modification des compétitivités relatives.
En effet, à la différence de la Taxe à la Valeur Ajoutée, ces
droits payés sur l'achat d'inputs, ne font pas l'objet d'une
récupération par les entreprises. Dès lors, un droit d'accise
relativement élevé sur un produit à usage industriel est
susceptible de diminuer la protection effective d'un secteur
d'activité. C'est justement le cas de l'Union Européenne qui taxe
de façon importante la consommation, finale ou intermédiaire, de
produits pétroliers.
Rappelons que ce concept de protection effective a été élaboré par
Corden (1977) pour mesurer comment des restrictions commerciales
sur des biens intermédiaires peuvent affecter le taux de protection
d'une industrie locale utilisatrice. Un droit d'accise accroît le
prix d'un bien intermédiaire de la même façon qu'un tarif sur les
importations (qui n'est que la combinaison d'une taxe à la
consommation et d'une subvention à la production).
Le tableau 10 donne les taux de protection effective au Japon, aux
Etats-Unis et dans l'Union Européenne avec intégration des
résultats de l'Uruguay Round. La classification sectorielle
utilisée est celle de la base de données intégrée du G.A.T.T. et
les coefficients inputs-ouputs nécessaires pour procéder aux
calculs ont été évalués à partir de la matrice de comptabilité
sociale (S.A.M.) du projet d'analyse globale du commerce (G.T.A.P.)
de la Banque Mondiale, pour l'année 1994 (Francois, McDonald et
Nordström, 1995).
17. Estimation des modificationsde protection effective dûes aux droits d'accise (%)
|
Japon |
Etats-Unis |
Union Europ |
||||||||||
|
tpe |
tpe ' |
Delta |
tpe |
tpe' |
Delta |
tpe |
tpe' |
Delta |
||||
|
Agric. |
152,79 |
152,22 |
0,57 |
102,40 |
99,50 |
2,90 |
79,94 |
77,26 |
2,68 |
|||
|
Forêt |
-1,19 |
-1,48 |
0,29 |
-0,99 |
-1,77 |
0,78 |
-14,59 |
-16,43 |
1,85 |
|||
|
Pêche |
3,91 |
3,22 |
0,69 |
-0,14 |
-0,95 |
0,81 |
6,97 |
5,63 |
1,34 |
|||
|
Mines |
0,55 |
0,11 |
0,44 |
0,94 |
0,72 |
0,22 |
0,72 |
-4,03 |
4,74 |
|||
|
Agro-alim. |
-39,14 |
-39,58 |
0,43 |
-13,56 |
-14,10 |
0,54 |
10,38 |
9,20 |
1,17 |
|||
|
Textiles |
-17,32 |
-19,37 |
2,05 |
13,18 |
9,05 |
4,13 |
5,76 |
5,03 |
0,74 |
|||
|
Vêtements |
23,47 |
23,16 |
0,31 |
25,45 |
24,94 |
0,51 |
16,15 |
15,50 |
0,65 |
|||
|
Cart. papier |
1,74 |
1,15 |
0,59 |
-0,04 |
-0,88 |
0,85 |
-0,86 |
-1,78 |
0,92 |
|||
|
Pétrol |
-2,84 |
- |
- |
-0,37 |
- |
- |
0,33 |
- |
- |
|||
|
Chimie |
1,03 |
-2,32 |
3,35 |
6,86 |
4,05 |
2,81 |
6,04 |
0,92 |
5,13 |
|||
|
Sidérurgie |
0,88 |
0,50 |
0,38 |
-0,39 |
-0,92 |
0,53 |
-0,43 |
-1,16 |
0,73 |
|||
|
Métaux |
5,77 |
5,45 |
0,32 |
5,36 |
4,64 |
0,72 |
9,54 |
8,94 |
0,59 |
|||
|
Matér en métaux |
1,11 |
0,85 |
0,26 |
5,19 |
4,57 |
0,62 |
4,88 |
4,06 |
0,82 |
|||
|
transports |
-0,92 |
-1,92 |
1,00 |
8,74 |
7,91 |
0,83 |
9,96 |
9,34 |
0,62 |
|||
|
Autres machines |
-0,68 |
-1,21 |
0,52 |
1,92 |
1,39 |
0,53 |
4,00 |
3,53 |
0,48 |
|||
|
Autres biens man. |
0,51 |
-0,68 |
1,19 |
8,23 |
7,42 |
0,81 |
3,89 |
0,46 |
3,43 |
|||
Dans le tableau 17, tpe indique le taux de protection
effective en tenant compte uniquement des droits de douane ; tpe'
indique ce taux en tenant compte en outre des droits d'accise sur
les produits pétroliers. delta indique finalement la diminution de
protection effective engendrée par les droits d'accises (soit delta
= tpe-tpe'). Les taux d'accise ad valorem sur les produits
pétroliers ont été estimés à partir des consommations annuelles de
ces produits et des recettes fiscales tirées de ces biens. Ils sont
ainsi de 24,32% au Japon, 11,03% aux Etats-Unis et 34,23% dans
l'Union Européenne.
Globalement, ces dé-protections effectives subies par des
entreprises utilisatrices de produits pétroliers, du fait des
droits d'accise sont faibles : dans l'Union Européenne, elles
s'étalent de 0,48% à 5,13% (chimie). Compte tenu des déprotections
supportés par ce dernier secteur dans les autres zones
géographiques étudiées, la perte de compétitivité relative est
faible pour cette industrie européenne. Notons bien que ces
dé-protections effectives sont sur-évaluées : les droits d'accise
moyens sur les produits pétroliers sont des droits sur la
consommation totale de ces produits, et non pas leur consommation
intermédiaire. Or, les fiscalités nationales pratiquent des taxes
moins fortes sur des usages industriels. Les dé-protections
effectives réelles engendrées par les droits d'accise doivent donc
être moins fortes que celles indiquées par le tableau
10.
12. Part des consommations intermédiaires de produits pétroliers dans les ventes totales - 1994
La faiblesse de ces dé-protections effectives s'explique par les
coefficients input-output des différents secteurs dans les
différentes zones. Les industries européennes ont compensé
l'importance des prix des produits pétroliers par des utilisations
réduites de ces produits (excepté dans les mines, par rapport aux
Etats-Unis - cf. graphique 12). Elles ne supporteraient pas ainsi
de perte marquée de compétitivité relative par rapport à leurs
concurrentes américaines notamment, du fait d'une adaptation de
leurs processus de production aux prix relatifs de ces produits et
de leurs substituts. Les droits d'accise européens sur les produits
pétroliers auraient eu ainsi un impact sur la consommation
intermédiaire de produits énergétiques.
Bien que les accises soient parfois considérées comme des
taxes surannées, ce travail a mis en évidence qu'elles étaient
l'objet d'un retour en grâce auprès des gouvernements. Ce mouvement
concerne essentiellement les pays de l'Union européenne, même si,
en règle générale, on assiste à un accroissement du poids des
impôts indirects au sein des membres de l'OCDE, au travers
notamment de la généralisation de la TVA. Mais, le fait que ce
soient précisément les membres de l'Union qui mettent plus
particulièrement les accises à contribution depuis 1990, laisse
penser que ce choix n'est pas étranger à l'efficacité reconnue de
ces taxes en matière de collecte fiscale, dès lors que la
satisfaction des critères budgétaires de Mastricht est devenue une
nécessité impérative.
Pour autant, la justification traditionnelle des accises qui
repose aussi sur leur capacité à orienter la consommation en faveur
de biens peu polluants ou moins néfastes en matière de santé
publique, ne semble pas avoir été abandonnée en contrepartie d'une
méthode jugée rapide et facile afin d'accroître les ressources
budgétaires. L'argument de santé publique et de correction des
externalités négatives demeure valide en France notamment en ce qui
concerne la consommation d'alcools forts, de carburants pour les
véhicules mais aussi, dans une moindre mesure, de tabac. En outre,
ces taxes n'ont pas un effet négatif important sur le degré de
protection des industries nationales, qui aurait pu opérer par le
biais d'un accroissement du coût des consommations intermédiaires
d'énergie pour les entreprises. En revanche, concernant des
produits comme le fioul domestique, le vin et la bière, dont
l'élasticité de la demande par rapport au prix est si faible que
les accises ne peuvent guère en modifier les quantités consommées,
la portée des arguments invoqués de santé punlique est limitée,
mais cette rigidité de la consommation procure aussi une certaine
marge de manoeuvre en matière de modulation des taux d'imposition.
Or, c'est précisément pour ces produits que la diversité européenne
des accises est la plus flagrante, si on y ajoute les carburants à
usage industriel. De la sorte, il y a peu à craindre d'une
éventuelle harmonisation fiscale européenne, dont les
justifications demeurent d'ailleurs peu convaincantes, la règle
d'imposition selon le lieu de consommation permettant aux Etats
d'adapter la fiscalité à leurs choix sociaux propres, les seules
difficultés à craindre concernant les franges frontalières des
territoires et le risque de contrebande.
|
Résultats des tests de racine unitaire |
||||||||||||||
|
Modèle avec constante et trend |
Modèle avec constante sans trend |
Modèle simple |
||||||||||||
|
(UO1) Agriculture |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
2.437 |
2.765 |
-8.779* |
-2.429* |
3.001 |
3.833 |
0.155 |
-0.274 |
-0.14 |
0.646 |
0.029 |
1.131 |
||
|
PP (2) |
2.364 |
2.750 |
-7.965 |
-2.356 |
3.038 |
3.783 |
0.004 |
0.022 |
0.012 |
0.752 |
0.029 |
1.24 |
||
|
ADF(3) |
2.515 |
2.712 |
-10.30 |
-2.508 |
2.907 |
3.729 |
0.326 |
-0.649 |
-0.312 |
0.639 |
0.029 |
1.087 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-0.224 |
-2.939* |
0.528 |
0.684 |
99.34* |
35.055* |
9.127 |
-1.653 |
-7.559* |
134.52* |
0.330 |
10.138 |
||
|
PP (2) |
0.122 |
-1.795 |
0.221 |
0.201 |
48.87* |
17.17* |
6.117 |
-1.684 |
-5.083* |
59.068* |
0.329 |
5.407 |
||
|
ADF(3) |
0.795 |
-0.789 |
-0.670 |
-0.528 |
5.047* |
5.85 |
3.526* |
-1.811 |
-3.335 |
7.289* |
0.265 |
1.383 |
||
|
(UO2) Industries agricoles et alimentaires |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
1.662 |
1.209 |
-5.015 |
-1.618 |
18.415* |
4.207 |
2.904* |
-1.316 |
-2.631* |
26.77* |
0.136 |
6.484 |
||
|
PP (2) |
1.202 |
0.538 |
-2.343 |
-1.135 |
39.945* |
7.173* |
4.713* |
-1.233 |
-4.242* |
78.007* |
0.136 |
8.191 |
||
|
ADF(3) |
0.476 |
-0.392 |
-0.554 |
-0.388 |
9.976* |
7.742* |
4.154* |
-1.144 |
-3.933* |
15.024* |
0.118 |
3.302 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-0.888 |
-3.631* |
0.928 |
1.368 |
112.44* |
35.262* |
8.722* |
-1.437 |
-7.152* |
144.626* |
0.306 |
11.081 |
||
|
PP (2) |
-0.427 |
-2.431 |
0.723 |
0.775 |
59.399* |
18.474* |
5.857* |
-1.463 |
-4.819* |
63.756* |
0.305 |
5.953 |
||
|
ADF(3) |
0.68 |
-0.785 |
-0.561 |
-0.436 |
3.797 |
4.858 |
3.153* |
-1.764 |
-3.023 |
5.409 |
0.222 |
0.895 |
||
|
(UO3) Energie |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
6.041* |
5.489* |
-53.82* |
-6.026* |
12.605* |
18.263* |
2.266 |
-7.864 |
-2.228* |
2.982 |
0.128 |
0.893 |
||
|
PP (2) |
6.05* |
5.498* |
-54.69* |
-6.035* |
12.639* |
18.318* |
1.914 |
-4.193 |
-1.854 |
2.936 |
0.135 |
1.695 |
||
|
ADF(3) |
3.687* |
3.175* |
-26.453* |
-3.659* |
7.176* |
7.632* |
2.263 |
-3.033 |
-2.174 |
5.216* |
0.126 |
2.256 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
1.00 |
-0.767 |
-0.932 |
-0.697 |
15.882* |
6.415 |
4.236* |
-1.874 |
-3.506* |
23.624* |
0.371 |
5.013 |
||
|
PP (2) |
1.127 |
-0.256 |
-1.565 |
-0.895 |
9.479* |
4.018 |
3.346* |
-1.982 |
-2.797 |
13.855* |
0.368 |
3.377 |
||
|
ADF(3) |
1.521 |
0.207 |
-2.659 |
-1.322 |
3.877 |
3.261 |
2.843* |
-2.265 |
-2.559 |
5.854* |
0.328 |
1.837 |
||
|
Résultats des tests de racine unitaire |
||||||||||||||
|
Modèle avec constante et trend |
Modèle avec constante sans trend |
Modèle simple |
||||||||||||
|
(UO4) Biens intermédiaires |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
4.311* |
3.31* |
-16.06* |
-4.27* |
12.078* |
11.827* |
3.521* |
-4.255 |
-3.399* |
11.054* |
0.149 |
3.089 |
||
|
PP (2) |
4.364* |
3.30* |
-15.077* |
-4.32* |
13.194* |
12.483* |
3.748* |
-4.122 |
-3.614* |
13.425* |
0.149 |
3.009 |
||
|
ADF(3) |
3.604* |
3.043* |
-17.529 |
-3.578* |
6.43* |
7.304* |
2.287 |
-2.929 |
-2.217 |
4.607 |
0.111 |
1.952 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-1.598 |
-3.625 |
1.612 |
2.007 |
88.453* |
23.989* |
7.054* |
-1.204 |
-5.577* |
112.576* |
0.309 |
10.893 |
||
|
PP (2) |
-0.411 |
-1.568 |
0.916 |
0.642 |
22.717* |
7.163* |
3.982* |
-1.259 |
-3.178* |
33.854* |
0.309 |
5.49 |
||
|
ADF(3) |
0.628 |
-0.355 |
-0.945 |
-0.467 |
3.58 |
3.938 |
3.006* |
-1.759 |
-2.797 |
5.358* |
0.254 |
1.244 |
||
|
(U05A) Biens d'équipement professionnel |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
5.082* |
4.978* |
-44.506* |
-5.046* |
10.658* |
12.735* |
0.924 |
-1.287 |
-0.747 |
2.912 |
0.299 |
2.231 |
||
|
PP (2) |
5.053* |
4.949* |
-41.887* |
-5.016* |
10.598* |
12.586* |
0.57 |
-0.20 |
-0.225 |
9.879* |
0.306 |
4.665 |
||
|
ADF(3) |
1.683 |
1.593 |
-5.993 |
-1.599 |
10.607* |
1.282 |
0.708 |
-0.079 |
-0.157 |
14.403* |
0.279 |
5.334 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-0.722 |
-1.92 |
1.553 |
0.858 |
12.327* |
6.689* |
3.489* |
-1.75 |
-3.072* |
16.215* |
0.229 |
4.273 |
||
|
PP (2) |
-1.609 |
-3.245 |
2.342 |
1.798 |
24.408* |
13.823* |
3.841* |
-1.717 |
-3.374* |
20.089* |
0.229 |
3.928 |
||
|
ADF(3) |
-1.144 |
-2.289 |
1.759 |
1.287 |
5.473* |
6.67* |
2.935* |
-2.027 |
-2.783 |
5.345 |
0.189 |
1.385 |
||
|
(UO5B) Biens d'équipement ménager |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
2.785 |
2.301 |
-12.111* |
-2.689* |
9.233* |
5.259 |
2.727* |
-1.929 |
-2.238* |
10.745* |
0.403 |
3.636 |
||
|
PP (2) |
2.597 |
2.059 |
-9.921 |
-2.487 |
10.764* |
5.19 |
3.28* |
-1.784 |
-2.652 |
17.053* |
0.404 |
4.126 |
||
|
ADF(3) |
2.183 |
1.645 |
-7.836 |
-2.065 |
7.673* |
4.527 |
3.006* |
-1.512 |
-2.497 |
9.975* |
0.355 |
3.171 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-0.953 |
-7.482* |
0.674 |
1.102 |
38.072* |
45.943* |
4.987* |
-2.579 |
-4.822* |
18.856* |
0.086 |
3.225 |
||
|
PP (2) |
-0.436 |
-5.043* |
0.475 |
0.539 |
18.321* |
22.08* |
3.139* |
-2.885 |
-3.047* |
6.949* |
0.085 |
1.713 |
||
|
ADF(3) |
0.414 |
-2.269 |
-0.383 |
-0.338 |
3.424 |
5.057 |
2.194 |
-4.113 |
-2.179 |
2.451 |
0.036 |
0.293 |
||
|
Résultats des tests de racine unitaire |
||||||||||||||
|
Modèle avec constante et trend |
Modèle avec constante sans trend |
Modèle simple |
||||||||||||
|
(UO5C) Automobile, transport terrestre |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
3.05 |
2.391 |
-17.202* |
-3.022* |
3.971 |
5.007 |
2.094 |
-4.731 |
-2.026* |
2.959 |
0.153 |
1.218 |
||
|
PP (2) |
2.825 |
2.147 |
-14.535* |
-2.793 |
3.711 |
4.43 |
2.094 |
-3.735 |
-2.007 |
3.443 |
0.156 |
1.58 |
||
|
ADF(3) |
2.488 |
1.948 |
-13.742 |
-2.455 |
3.066 |
3.367 |
1.767 |
-3.044 |
-1.689 |
2.662 |
0.139 |
1.44 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-1.159 |
-3.721* |
1.197 |
1.664 |
107.37* |
32.81* |
8.494* |
-1.382 |
-6.777* |
136.73* |
0.338 |
10.889 |
||
|
PP (2) |
-0.50 |
-2.247 |
0.893 |
0.842 |
49.173* |
14.803* |
5.403* |
-1.415 |
-4.331* |
53.734* |
0.337 |
5.777 |
||
|
ADF(3) |
0.46 |
-0.857 |
-0.293 |
-0.211 |
4.215 |
4.927 |
3.227* |
-1.673 |
-3.024 |
5.972* |
0.27 |
1.179 |
||
|
(U06) Biens de consommation courante |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
3.631* |
3.085* |
-17.462* |
-3.601* |
10.006* |
8.577* |
2.788* |
-2.841 |
-2.653* |
9.452* |
0.142 |
3.23 |
||
|
PP (2) |
3.498* |
2.887* |
-14.639* |
-3.463* |
11.477* |
8.751* |
3.577* |
-2.552 |
-3.385* |
17.699* |
0.142 |
4.124 |
||
|
ADF(3) |
2.023 |
1.537 |
-7.868 |
-1.989 |
5.605* |
4.057 |
2.511 |
-1.731 |
-2.381 |
7.123* |
0.114 |
2.741 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-2.01 |
-5.227* |
1.478 |
2.542 |
138.97* |
49.885* |
9.167* |
-1.431 |
-7.58* |
154.52* |
0.29 |
11.137 |
||
|
PP (2) |
-0.798 |
-2.643 |
1.125 |
1.101 |
44.689* |
15.707* |
5.024* |
-1.475 |
-4.177* |
44.647* |
0.289 |
5.412 |
||
|
ADF(3) |
0.535 |
-0.847 |
-0.461 |
-0.322 |
3.967 |
5.089 |
3.211 |
-1.944 |
-3.08 |
5.609* |
0.221 |
0.91 |
||
|
(UO7) Bâtiment, génie civil et agricole |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
1.584 |
1.384 |
-4.95 |
-1.557 |
3.632 |
1.213 |
0.767 |
-1.08 |
-0.712 |
4.451 |
0.083 |
2.889 |
||
|
PP (2) |
2.634 |
2.312 |
-13.816* |
-2.619 |
3.311 |
3.429 |
1.257 |
-3.066 |
-1.224 |
2.289 |
0.082 |
1.742 |
||
|
ADF(3) |
1.878 |
1.789 |
-8.911 |
-1.86 |
2.813 |
1.761 |
0.602 |
-1.007 |
-0.561 |
2.559 |
0.072 |
2.188 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-1.459 |
-3.858* |
1.401 |
2.131 |
183.8* |
35.67* |
9.838 |
-1.075 |
-7.045* |
235.84* |
0.411 |
13.904 |
||
|
PP (2) |
-0.566 |
-2.049 |
1.046 |
0.979 |
69.305* |
13.119* |
5.819 |
-1.097 |
-4.192* |
80.452* |
0.41 |
6.972 |
||
|
ADF(3) |
0.694 |
-0.613 |
-0.518 |
-0.378 |
4.861 |
6.103 |
3.677 |
-1.485 |
-3.451* |
7.152* |
0.313 |
0.833 |
||
|
Résultats des tests de racine unitaire |
||||||||||||||
|
Modèle avec constante et trend |
Modèle avec constante sans trend |
Modèle simple |
||||||||||||
|
(UO9) Transports et télécommunications |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
1.465 |
0.738 |
-3.097 |
-1.263 |
18.063* |
3.83 |
3.639* |
-1.325 |
-2.674* |
26.944* |
0.459 |
6.024 |
||
|
PP (2) |
1.182 |
0.126 |
-1.461 |
-0.882 |
38.712* |
7.042* |
5.513* |
-1.251 |
-3.987* |
66.205* |
0.459 |
6.606 |
||
|
ADF(3) |
0.935 |
-0.191 |
-0.788 |
-0.591 |
7.763* |
4.712 |
3.729* |
-1.062 |
-3.08 |
11.748* |
0.406 |
2.904 |
||
|
Indice des prix |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
-0.934 |
-3.236* |
1.106 |
1.28 |
51.432* |
20.66* |
6.308* |
-1.541 |
-5.311* |
65.747* |
0.28 |
8.15 |
||
|
PP (2) |
-0.632 |
-2.572 |
0.949 |
0.922 |
36.134* |
14.404* |
4.784* |
-1.575 |
-4.041* |
36.801* |
0.279 |
4.973 |
||
|
ADF(3) |
0.657 |
-0.788 |
-0.673 |
-0.456 |
3.652 |
4.676 |
-3.085* |
-2.087 |
-2.961 |
5.189* |
0.211 |
0.888 |
||
|
Revenu disponible brut |
||||||||||||||
|
Consom-mation |
ta |
tb |
T(r-1) |
t(r-1) |
f2 |
f3 |
ta |
T(r-1) |
t(r-1) |
f1 |
T(r-1) |
t(r-1) |
||
|
DF (1) |
0.264 |
-3.235* |
0.494 |
0.819 |
236.16* |
59.63* |
14.324* |
-1.406 |
-9.974* |
319.11* |
0.574 |
12.01 |
||
|
PP (2) |
0.362 |
-2.341 |
0.370 |
0.474 |
140.44* |
35.388* |
10.208* |
-1.416 |
-7.122* |
160.82* |
0.571 |
6.019 |
||
|
ADF(3) |
1.086 |
-0.807 |
-0.543 |
-0.517 |
3.859 |
5.427 |
3.30* |
-1.529 |
-3.20 |
5.484* |
0.187 |
0.262 |
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of the property tax : the benefit view versus the new view ",
Local Provision of Public Services, (G. R. Zodrow éd.),
pp.109-130.
ZODROW, G.R., 1983 : " The Tiebout model after
twenty-five years : an over-view ", Local Provision of
Public Services, (G. R. Zodrow éd.), pp.1-16.
ZODROW, G.R. et P.M. MIESZKOWSKY, 1986 : " Pigou,
property taxation and the under provision of local public
goods ", Journal of Urban Economics,19, pp.
356-370.
ZODROW, G.R. et P.M. MIESZKOWSKY, 1989 : Taxation and the
Tiebout model : the differential effects of head taxes, taxes
on land rents, and property taxes, Journal of Economic
Literature, 27, pp. 1098-1146.
Nous nous sommes intéressés jusqu'à présent à la
concurrence fiscale entre Etats en négligeant la fiscalité locale.
Pourtant, si la variable fiscale intervient dans le choix de
localisation des entreprises, on ne saurait omettre la charge
fiscale que peut représenter l'imposition locale sur les
entreprises.
L'objet de cette annexe n'est pas de présenter les
caractéristiques des régimes d'imposition locaux pesant sur les
entreprises dans les différents pays de l'Union européenne mais
plutôt d'apporter un certain nombre d'éléments à trois types de
questions que l'on peut légitimement se poser :
n Est ce que la concurrence fiscale est plus forte à un niveau
infraétatique qu'entre Etats ?
n Est ce que le morcellement de la carte administrative en France
et les différences de pression fiscale en résultant, pourraient
constituer un frein à l'implantation des investissements directs
sur notre territoire ?
n Est ce que les régions transfrontalières françaises sont
particulièrement soumises à la concurrence fiscale
étrangères ?
A. 1. CONCURRENCE FISCALE ET LOCALISATION DES ENTREPRISES À UN NIVEAU INFRAÉTATIQUE
La concurrence entre collectivités locales est très difficile à cerner empiriquement. Comment évaluer, en effet, que les taux de prélèvement pratiqués par les décideurs locaux relèvent d'une stratégie du moins-disant fiscal ?
1. Quelques résultats sur données américaines
D'un point de vue empirique, le débat relatif à l'effet
de la fiscalité locale sur la localisation des entreprises à
l'intérieur d'un Etat ou d'une agglomération, sont peu concluants
même si certains travaux récents semblent indiquer un impact
parfois non négligeable de la fiscalité sur les décisions
d'implantation des entreprises.
· La mesure de l'impact de la fiscalité sur les choix de
localisation des entreprises au niveau des États est le plus
souvent négligée. En effet, la méthode la plus souvent utilisée,
notamment par les grandes firmes de consultants, pour évaluer la
compétitivité fiscale d'un État, consiste à mesurer la taxation sur
la profitabilité des projets marginaux. Or, même si cette méthode
fait apparaître des disparités très importantes en terme de
taxation selon la localisation géographique, il n'en reste pas
moins qu'elle ne donne pas d'indications concernant l'impact de ces
disparités sur les décisions des chefs d'entreprise68(*).
Ainsi, une étude récente (Ashworth) citée par le Conseil des
impôts (op.cit.) fait apparaître que, si les écarts de
pression fiscale entre États ont diminué d'environ 10 % sur la
période 1979-1991 pour la property tax, pourtant, les
différences de taxation marginale connaissent des dispersions très
importantes selon le secteur d'activité et l'État concerné
(tableau 1).
Au niveau des Etats fédérés, la principale imposition directe à la
charge des entreprises est la corporate tax (le total de la
corporate income tax et de l'income tax représente
environ 110 milliards de dollars au niveau des Etats fédérés et 96
milliards au niveau fédéral). L'équivalent de l'impôt sur les
sociétés est en effet partagé aux Etats-Unis entre le niveau
fédéral et les Etats fédérés. D'une manière générale, les
collectivités locales autres que les Etats fédérés bénéficient de
ressources limitées en matière d'imposition sur les revenus
(l'income tax et la corporate income tax ne pouvant être
levés qu'avec l'autorisation des Etats fédérés) et de taxes sur la
consommation, l'essentiel de leurs recettes fiscales étant issues
de la Property tax. Le produit de la property tax est d'environ 60
milliards de dollars dont plus du tiers est à la charge des
entreprises. L'assiette est avant tout immobilière même si dans
certains Etats, la property tax est un impôt plus large que les
taxes foncières et s'apparente à un impôt général sur le patrimoine
des particuliers et des entreprises69(*).
1. Taux d'imposition effectif sur le Roi70(*) property tax
En %
|
Ameublement |
Chimie |
Plastiques |
Composants électroniques |
Automobile |
Matériel |
|
|
Kentucky |
2,01 |
2,30 |
1,48 |
1,57 |
2,08 |
4,02 |
|
Illinois |
1,93 |
2,72 |
1,55 |
1,31 |
1,84 |
2,16 |
|
Indiana |
6,46 |
6,45 |
5,37 |
5,31 |
8,40 |
7,09 |
|
Ohio |
5,30 |
5,50 |
4,38 |
4,27 |
6,67 |
5,81 |
|
Tennesse |
3,76 |
4,20 |
3,36 |
3,14 |
5,08 |
4,92 |
|
West Virginia |
6,17 |
6,03 |
5,18 |
5,33 |
8,07 |
6,75
|
Source : Conseil des impôts.
Le tableau 2 fait lui apparaître les dispersions de taux de taxation effective de l'ensemble de l'imposition locale dans six États et, toujours, selon le secteur d'activité. On relèvera ainsi qu'un fabricant d'automobiles verra le rentabilité d'un investissement supplémentaire amputée dans une proportion de 1 à 2,5 du fait de la taxation locale, selon qu'il décide de s'installer dans l'Illinois (4,97 % de taux d'imposition effectif global) ou en Virginie de l'ouest (taux de 12,63 %). Les écarts de taux sont cependant sensiblement plus faibles que dans le cas où on ne prend en compte que la property tax (écart de 1 à 4,5 par exemple pour l'industrie automobile).
2. Taux d'impôt effectif sur le Roi
Ensemble de la fiscalité locale (États fédérés et
collectivités)
En %
|
Ameublement |
Chimie |
Plastiques |
Composants électroniques |
Automobile |
Matériel |
|
|
Kentucky |
7,69 |
8,20 |
8,15 |
7,58 |
6,92 |
14,21 |
|
Illinois |
7,38 |
9,72 |
8,07 |
5,90 |
4,97 |
16,92 |
|
Indiana |
10,58 |
9,87 |
9,42 |
10,02 |
10,92 |
15,90 |
|
Ohio |
10,11 |
11,07 |
10,24 |
9,86 |
10,15 |
16,75 |
|
Tennesse |
8,28 |
9,77 |
8,77 |
8,66 |
8,90 |
18,26 |
|
West Virginia |
12,49 |
12,65 |
10,89 |
11,51 |
12,63 |
22,05
|
Source : Conseil des impôts.
· La difficulté de mesurer la sensibilité des activités
industrielles à la fiscalité locale au niveau des États a conduit
bon nombre d'économistes à déplacer leur champ d'investigation au
niveau des agglomérations. Ainsi Fox (1981) montre que
l'accroissement de 1% du taux de property tax dans
l'agglomération de Cleveland a pour effet de réduire, dans le long
terme, la base imposable au titre de cet impôt d'environ 4,5%. En
revanche, une augmentation de 1% des services publics destinés aux
entreprises augmente cette base imposable de 2,78%.
Ces résultats semblent confirmés par des travaux plus récents
comme ceux de Wassmer (1990) et Bartick (1991). Ce dernier est le
premier, à notre connaissance, à établir, à partir d'un large
échantillonnage de données statistiques locales sur différentes
villes dans différents États, des corrélations robustes entre les
écarts de pression fiscale et leur impact sur la situation des
entreprises (mesurée à partir du niveau de l'emploi, de
l'investissement et de la production).
Il a notamment mesuré l'élasticité moyenne de la réaction des
entreprises aux variations de la fiscalité locale. Celle-ci étant
de 0,25, cela signifie, que toutes choses égales par ailleurs, une
différence de 10% au niveau des impôts locaux se traduit par un
écart de 2,5% au niveau de l'activité des entreprises. Bartick,
dans une étude complémentaire, note par ailleurs que la property
tax peut influer de façon significative sur l'implantation ou
la délocalisation d'activités d'un quartier à l'autre d'une même
ville. D'après ses calculs, l'élasticité moyenne de l'activité au
taux de prélèvement atteindrait un niveau élevé de -1,91. Enfin,
Benson et Johnson (1989) trouvent une corrélation positive entre le
niveau d'activité et le taux d'impôt local sur les entreprises mais
l'impact d'une variation du taux d'impôt local est nul dans
l'immédiat et ne se fait sentir que quatre ou cinq ans après.
Cet optimisme, partagé par le Conseil des impôts (1997, p. 237),
ne doit pas faire oublier les conclusions d'autres études
économétriques, en partie recensées par Newman et Sullivan (1988),
qui, si elles sont parfois plus anciennes, suggèrent l'absence
d'impact mesurable des variables budgétaires et fiscales locales,
soit une influence marginale, à la limite des seuils généralement
admis de significativité des tests, et donc difficilement
interprétables. A titre d'exemple, Coffin (1982) a étudié le
développement économique de la ville d'Indianapolis avant et après
l'adoption d'exonération des bases imposables au titre de la
property tax et il montre que l'effet galvanisateur de cette
incitation fiscale s'estompe après deux ans. Wolkoff (1985), de son
côté, montre qu'une réduction de 50% de la property tax
(grâce à une politique ambitieuse d'abattement) a un effet
négligeable sur le coût du capital et par conséquent sur le
développement économique local.
Dans ces conditions, certains économistes comme Mc Hone (1987) ou
Anderson et Wassmer (1995) justifient l'existence de régimes
fiscaux dérogatoires en terme de dilemme du prisonnier et d'effets
de mimétisme. Anderson et Wassmer examinent plus précisément la
politique d'incitation fiscale choisie par cent douze municipalités
appartenant à la métropole de Detroit sur la période 1974-1982.
Outre les résultats obtenus que nous développerons, l'intérêt
majeur de leur contribution tient à la méthodologie utilisée. Il
s'agit moins, pour ces deux auteurs, de discriminer entre les
facteurs qui concourent à la localisation des entreprises (Wassmer,
1994) que de s'attacher à analyser les caractéristiques des
municipalités qui, à partir du moment où l'Etat auquel elles
appartiennent les autorise à utiliser ce type d'incitation, vont
être les premières à l'adopter. Se pose alors la question de savoir
si les municipalités qui n'ont pas adopté tout de suite ce type
d'incitation vont le faire dans les années qui viennent.
L'efficacité de ce type de programme est lié à la réponse apportée
à ces questions.
Deux cas de figure peuvent se présenter. Soit les localités qui
adoptent cette politique d'exonération des bases imposables à la
property tax sont les plus fragiles économiquement et, dans
ce cas, ce type de mesure est efficace car il répond au souci du
législateur de réhabiliter ces zones, soit on observe un
comportement stratégique des municipalités qui proposent ce type
d'exonération pour ne pas être en reste. Anderson et Wassmer
postulent alors que vraisemblablement les municipalités qui
adoptent ces exonérations dans un objectif stratégique ne le font
pas immédiatement après que ce type d'incitation soit permise et
attendent de voir.
Le modèle utilisé est un modèle de durée analogue à celui utilisé
en économie du travail pour étudier la durée d'une grève ou du
chômage.71(*) L'estimation d'une
fonction de hasard permet en effet de discriminer entre les deux
cas de figure présentés plus haut. Si l'on trouve que la
probabilité pour une municipalité d'adopter cette politique
d'exonération fiscale décroît avec le temps, alors on peut
raisonnablement penser que, toutes choses étant égales par
ailleurs, les municipalités qui sont les plus défavorisées sont
celles qui adoptent les premières ce type de mesure. En revanche,
si cette probabilité croît avec le temps, on peut conclure que les
municipalités ont un comportement stratégique et l'objectif
recherché par les autorités de l'État considéré est dévoyé.
Anderson et Wassmer commencent par définir le taux de hasard à une
période t comme le probabilité conditionnelle qu'une
municipalité accorde une EBI sachant qu'elle ne l'a pas fait
jusqu'alors. Bien évidemment, la durée pendant laquelle elle ne
propose pas d'EBI varie en sens inverse de cette probabilité. Ce
taux de hasard à une date t, n'est pas, a priori, une
fonction constante du temps. En effet, comme nous l'avons souligné,
une municipalité adoptera, toutes choses étant égales par ailleurs,
d'autant plus vraisemblablement l'EBI que d'autres l'on fait avant
elle. Cette probabilité sera " régressée " sur un
ensemble de variables indépendantes selon trois spécifications
différentes. Le premier modèle utilisé est un modèle à la Weibull
qui permet de prendre en compte un taux de hasard, s, qui croît,
décroît ou est constant dans le temps. Le second est le modèle
exponentiel qui n'est finalement qu'un cas particulier du modèle de
Weibull dans le sens où le paramètre s est égal à un. Le troisième,
enfin est un modèle log logistique.72(*)
Les variables indépendantes retenues, en l'absence d'un modèle
théorique sous-jacent, peuvent être classées en trois
ensembles :
- Un ensemble de variables qui contrôlent les caractéristiques de
la localité et de l'électeur-médian (revenu médian de la
municipalité, population, distance à la ville-centre) ;
- Un ensemble de variables qui contrôlent les autres aides
accordées par cette municipalité mais aussi par ses
concurrentes ;
- Un ensemble de variables qui contrôlent les taux d'impôts
locaux, la composition et la répartition de la base imposable entre
les activités industrielles et commerciales d'une part et les
ménages d'autre part.
Sans entrer dans le détail des résultats, on peut toutefois
énoncer deux types de résultats concernant l'estimation des
paramètres s (probabilité d'adoption) et l (délai médian d'adoption
d'une mesure d'incitation fiscale par une localité). Ainsi la
valeur médiane de l est comprise entre 15 et 19 ans selon la
spécification retenue. La comparaison des modèles exponentiel et de
Weibull est éclairante car les deux auteurs montrent que ce dernier
permet de donner une estimation de s différente de 1 (s = 0,671
avec un écart type de 0,0923) et par conséquent de rejeter le
modèle exponentiel. La conclusion immédiate est que les taux de
hasard, non seulement ne sont pas constants dans le temps, mais
augmentent avec le temps (s < 1). Autrement dit, les
municipalités ont un comportement stratégique qui consiste à imiter
leurs concurrentes en proposant des exonérations d'impôt, même si
elles n'ont pas besoin de le faire.
Les études sur données américaines semblent montrer (1) que les
entreprises sont sensibles aux différentiels locaux de fiscalité -
même si les résultats obtenus sont fragiles -, (2) que les
entreprises mettent en concurrence toutes les municipalités en
cherchant à bénéficier des mêmes avantages financiers quelles que
soient les caractéristiques du lieu d'implantation. Par conséquent,
les municipalités les plus riches vont avoir un comportement
mimétique qui va les conduire à adopter et à offrir aux
entreprises le même type d'incitation fiscale que les municipalités
les plus pauvres.
2. La concurrence fiscale et taxe professionnelle
En France les travaux économétriques sont quasiment
inexistants, faute d'informations suffisamment désagrégées. Deux
études se distinguent cependant par leur originalité : celles
de Guengant (1992) et de Houdebine et Schneider (1997).
· Le premier soutient qu'il existe vraisemblablement une liaison
étroite entre le taux de taxe professionnelle et le prix du terrain
industriel, la variation du prix du terrain neutralisant les
inégalités locales d'imposition73(*). Ceci permet d'expliquer pourquoi, même au
niveau le plus fin il est difficile économétriquement de trouver un
impact significatif de la seule fiscalité locale sur l'implantation
de nouvelles entreprises. Une analyse multivariée réalisée sur les
communes d'Ille et Vilaine ayant connu de nouvelles implantations
en 1988 et/ou 1989 montre que le taux administratif de taxe
professionnelle n'a pas d'impact significatif sur les nouvelles
implantations d'entreprises. En revanche, en recalculant le poids
de l'impôt en proportion de la valeur ajoutée de l'entreprise (ou
plus exactement d'une approximation de la valeur ajoutée), les
variables budgétaires et fiscales municipales deviennent
significatives au seuil usuel des tests. La mise en évidence d'un
phénomène de capitalisation fiscale (capitalisation parfaite,
surcapitalisation ou sous-capitalisation) est toutefois plus
difficile à établir et suppose de recalculer le taux de taxe
professionnelle en proportion du seul coût du capital foncier et
immobilier.
· L'idée des seconds consiste à " mettre des prix sur les
distances " en cherchant à évaluer de quelle distance un
établissement qui se crée ou se développe est prêt à déplacer ses
activités pour bénéficier d'un point en moins de taxe
professionnelle. Houdebine et Schneider montrent, entre autres, que
pour un écart de taux de 10 points de taxe professionnelle, une
entreprise sera prête à délocaliser ses activités futures d'au
moins 6 kilomètres. Comme de tels écarts n'ont rien de rares,
notamment autour des grandes villes, l'impact de la taxe
professionnelle pourrait être plus significatif que prévu.
Il ne faut pas non plus oublier que la prise en charge par l'Etat
d'une part de plus en plus importante de la taxe professionnelle
peut aussi expliquer la difficulté à faire apparaître une relation
entre le niveau de prélèvement et la localisation des entreprises.
Celles-ci transfèrent une partie de l'impôt dont elles sont
redevables vers le contribuable national, non seulement grâce au
mécanisme de la déductibilité, mais aussi par le jeu du
plafonnement au titre de la valeur ajoutée.
Les études statistiques sur la localisation des entreprises
peuvent être utilement complétées par l'observation de l'évolution
de la dispersion des taux de taxe professionnelle entre
collectivités locales. L'idée étant que la concurrence horizontale
entre collectivités locales pour attirer de nouvelles activités
devrait se caractériser par un resserrement des taux de prélèvement
dans le temps de façon analogue à ce qui se passerait sur le marché
des produits et des facteurs.
Le Conseil des impôts s'est penché de façon incidente sur la
question et montre que, malgré une extrême dispersion des taux de
départs qui ont été initialement fixés aux différents niveaux de
collectivités par référence aux anciens produits de la patente, la
convergence des taux de taxe professionnelle semble opérer au seul
échelon communal. Autrement dit, la concurrence en matière de taux
ne jouerait qu'entre communes.
Cette conclusion s'appuie sur la comparaison de la moyenne et de
l'écart-type des taux communaux sur la période 1988-1995 avec ceux
des départements et des régions. Ainsi le tableau 3 montre que les
taux communaux ont en moyenne diminué de plus de 3% sur la période
1988-1995 et que l'éventail des taux a eu tendance à se réduire
dans les trois catégories de communes, mais que ce resserrement est
de loin le plus important dans les communes les plus
petites.
3. Moyenne et écart-type des taux communaux par tailles de communes
|
Moyenne |
Moyenne |
Ecart-type |
Ecart-type |
|
|
< 5 000 habitants |
11,47 |
10,49 |
6,31 |
5,42 |
|
Ensemble |
11,65 |
11,22 |
6,52 |
5,72
|
Source : Conseil des impôts ; les calculs réalisés par le Conseil sont fondés sur une moyenne arithmétique (rapport entre les taux votés par les communes de la même strate démographique par le nombre de commune de cette strate), les collectivités ayant des bases faibles pesant autant que celles ayant des bases importantes.
L'évolution des taux départementaux se distingue de celle des taux communaux par une accentuation de la dispersion entre 1988 et 1995, et par une plus forte augmentation relative. Ainsi, le tableau 4 fait apparaître que les taux départementaux ont augmenté en moyenne sur la période de 0,92 points, soit près de 15%. Autrement dit, la pression de la concurrence fiscale semble s'exercer moins fortement au niveau départemental qu'au niveau communal. Comme le souligne le Conseil des impôts, ce phénomène semble prolonger ce qui avait déjà été observé au niveau des communes, " à savoir que les pressions qui s'exercent dans le sens d'une baisse et d'un resserrement de l'éventail des taux diminuent lorsque la taille des collectivités locales augmente ". L'analyse de l'évolution des taux régionaux est, en revanche, plus difficile à interpréter tout simplement parce que, s'ils ont crû de plus de 80% entre 1988 et 1995, c'est aussi en partie du fait des transferts de compétences et de la liberté des taux, instituée à partir de 1990. On remarquera toutefois la moindre dispersion relative des taux régionaux par rapport aux taux départementaux.
4. Moyenne et écart-type des taux départementaux et régionaux
|
Moyenne |
Moyenne |
Ecart-type |
Ecart-type |
|
|
Taux départementaux |
6,19 |
7,10 |
1,65 |
1,91
|
Source : Conseil des impôts, à partir de données fournies par la direction générale des impôts.
Ces conclusions semblent conformes à l'idée selon
laquelle les décisions d'investissement des entreprises relèvent
d'un processus de choix hiérarchisé (Gilbert et Guengant, 1991). La
décision d'investir étant prise, l'entreprise effectuerait un
premier arbitrage entre les régions ou les départements, voire à
l'intérieur d'une même agglomération, en fonction des facteurs
traditionnels de localisation comme la proximité de ressources
naturelles, l'existence d'un bassin d'emploi important, le coût de
la main-d'oeuvre ou son niveau de qualification, ou encore les
coûts de transport (Bridges, 1965 ; Mulkey et Dillman, 1976 ;
Cornia et al., 1978).
Par exemple, si du fait de la mobilité des salariés à l'échelle
d'une région ou même d'une agglomération, le niveau des salaires
sont relativement homogènes, le critère des coûts salariaux devrait
permettre d'arbitrer entre deux régions (ou deux agglomérations)
mais pas entre deux sites d'une même région (ou d'une même
agglomération). Ce n'est que dans un deuxième temps
qu'interviendraient des facteurs de micro-localisation comme le
coût et la disponibilité du sol, le zonage administratif ou encore
la pression fiscale locale.
Ce choix hiérarchisé semble corroboré par les enquêtes auprès des
chefs d'entreprises et l'exploitation des demandes d'informations
fiscales locales. Ainsi, une étude réalisée par la Datar en 1992
montre-t-elle que si le niveau de la taxe professionnelle semble
important ou primordial pour les trois quarts des chefs
d'entreprises interrogés, elle ne figure plus qu'à la sixième place
quand il s'agit de classer les critères de localisation ou de
délocalisation après par exemple les conditions de desserte du site
ou l'importance du marché desservi.
Dans un tel modèle de décision des entreprises, les communes qui
ont des taux relativement élevés devraient se voir contraintes de
limiter la pression fiscale sur les entreprises de sorte qu'à la
longue pourrait apparaître une convergence des taux, au moins à
l'intérieur des agglomérations ou des cantons en zones rurales. En
revanche, ce resserrement des taux ne devrait pas opérer au niveau
des départements ou des régions car les taux de prélèvement ne
constituent vraisemblablement pas un facteur important dans la
décision d'implantation des entreprises.
Malheureusement la convergence des taux de taxe professionnelle à
l'intérieur des agglomérations (ou des cantons) ne semble pas
vérifiée, du moins lorsqu'on observe la dispersion des taux de TP
entre des communes qui ont créé par la suite une communauté de
communes ou qui appartiennent à une communauté urbaine. Or c'est
précisément entre ces communes que devrait s'exercer le plus
fortement la concurrence fiscale.
Le tableau ci-après faire ressortir, à titre d'illustration, la
dispersion des taux de taxe professionnelle au sein des communes
membres d'une communauté urbaine entre 1990 et
1994.
5. Évolution de la dispersion des taux de taxe professionnelle entre communes de plus de 10 000 habitants appartenant à une communauté urbaine
|
Communautés urbaines |
Taux moyen de |
Ecart-type |
Taux moyen |
Ecart-type |
|
Bordeaux |
12,18 |
1,5 |
13,22 |
1,7 |
|
Brest |
8,75 |
2,87 |
8,77 |
2,87 |
|
Cherbourg |
9,56 |
2,16 |
9,36 |
2,19 |
|
Dunkerque |
14,51 |
1,15 |
16,23 |
1,67 |
|
Le Creusot |
8,56 |
1,65 |
9,31 |
2,4 |
|
Lille |
13,65 |
3,16 |
14,01 |
2,08 |
|
Lyon |
11,08 |
2,49 |
11,1 |
2,36 |
|
Strasbourg |
6,85 |
1,3 |
7,79 |
1,6
|
Source : Conseil des impôts, calculs des auteurs.
On observe qu'à l'exception de la communauté urbaine de
Lille (pour laquelle le nombre de communes de plus de 10 000
habitants est élevé), la dispersion des taux communaux de taxe
professionnelle ne s'est pas réduite sur la période. Un calcul
complémentaire d'écart-type réalisé entre 1990 et 1995 pour les
communes de plus de 10 000 habitants du district du
Grand-Toulouse, de la communauté de communes de Strasbourg et du
district de l'agglomération nantaise confirme ce constat 74(*). L'étude de la dispersion des taux de
taxe professionnelle ne permet donc pas de conclure dans le sens
d'une concurrence fiscale accrue entre communes.
Si les disparités de taux de taxe professionnelle se sont
resserrées à l'échelon communal - ce qui n'est pas le cas au niveau
des départements et des régions -, il reste que dans les
agglomérations - où on la concurrence fiscale devrait se faire le
plus sentir -, les disparités de taux de taxe professionnelle sont
importantes et ne se sont pas réduites.
Notons enfin que les effets distorsifs de la taxe professionnelle
sur la localisation des entreprises doivent être tempérés par un
certain nombre d'éléments qui concourent à limiter non seulement le
poids effectif supporté par ces dernières au titre de cet impôt
mais aussi l'impact de la taxe professionnelle sur leurs décisions
de localisation.
Il s'agit avant tout de la prise en charge par l'État d'une partie
de plus en plus importante de la taxe professionnelle. Ainsi, le
produit fiscal de la taxe professionnelle s'élevait en 1995 à 120
milliards de francs mais le montant réellement supporté par les
contribuables s'établissait à 66,5 milliards de francs, la
différence étant supportée par l'État, soit 53,5 milliards de
francs. L'État intervient directement par le biais du dégrèvement
lié au plafonnement en fonction de la valeur ajoutée qui conduit ce
dernier à prendre en charge 50% de toute augmentation d'un point de
taxe professionnelle et indirectement à travers la perte d'impôt
sur les sociétés et d'impôt sur le revenu du fait de la
déductibilité de la taxe professionnelle.
Au total, comme le souligne la rapport du Conseil des impôts, près
du tiers des recettes des collectivités locales au titre de la taxe
professionnelle sont directement ou indirectement supportées par
l'État. Cet engagement de l'État permet en quelque sorte de
translater une partie de la charge fiscale supportée par le
contribuable local vers le contribuable national. Cela revient
en définitive à internaliser une partie des externalités fiscales
et donc à relativiser la pression à la baisse exercée par la
concurrence entre collectivités locales sur les taux de prélèvement
effectifs75(*).
B. CHARGE FISCALE LOCALE : QUELQUES ÉLÉMENTS DE COMPARAISON AVEC L'ALLEMAGNE, LE ROYAUME-UNI, L'IRLANDE ET LE DANEMARK
La charge fiscale que représente l'imposition locale sur
les entreprises peut faire l'objet d'une comparaison en
construisant très simplement un indicateur mesurant le coin fiscal
local. C'est la démarche retenue par Denny et Smith (1993) qui
simulent la charge fiscale supportée par une même entreprise dans
différents pays. Cette entreprise est supposée avoir une masse
salariale de 60 et un chiffre d'affaire de 100. La valeur des
immobilisations foncières bâties et non bâties est égale à 50 et
celle des autres imobilisations corporelles (mobilier, matériel,
outillage) est égale à 100. On suppose enfin que le coût du capital
représente environ 16 % du stock de capital de cette entreprise. Le
calcul de la charge fiscale locale tient compte dans l'ensemble des
simulations de l'éventuelle déductibilité de l'imposition locale de
l'assiette de l'impôt national sur les entreprises.
· En ce qui concerne la France, les simulations faites par les
deux auteurs reposent sur l'hypothèse que l'impôt sur les sociétés
(IS) est égal à 35 %. L'assiette de la taxe professionnelle est
égale à 18 % de la masse salariale et à 16 % de la valeur locative
des immobilisations corporelles et on suppose que cette valeur
locative est elle-même égale à 16 % du stock de capital. Le
résultat après impôt rapporté au stock de capital est utilisé comme
une mesure de rentabilité, toute variation de ce taux étant due à
la seule taxe professionnelle.
En Allemagne, l'imposition locale des entreprises est encore plus
complexe qu'en France. La taxe professionnelle allemande
( Gewerbesteur ), encore appelée impôt
commercial, est partagé entre les Länder et les communes, avec une
part prédominantes pour ces dernières (la quote-part de taxe
professionnelle représente 35 % des recettes fiscales communales en
1995). Le Gewerbesteur est en fait constitué de deux impôts
distincts : d'une part le Gewerbekapitalsteur, assise
sur le capital d'exploitation des entreprises, d'autre part le
Gewerbeertragsteeur, assise sur le bénéfice. Depuis 1979, la
masse salariale a été exclue de l'assiette de cet impôt. Outre
l'impôt commercial, les entreprises allemandes (comme d'ailleurs
les particuliers) sont généralement redevables des impôts fonciers
dont le plus important est le Grundsteur B qui frappent le
bâti et le non bâti.
En Grande Bretagne, l'impôt local sur les entreprises est
l'Uniform Business Rate. C'est un impôt foncier assis sur la
valeur locative nette annuelle des biens fonciers bâtis ou non
bâtis à usage industriel et commercial et des équipements
considérés comme partie intégrante d'un bâtiment et inscrits sur
une liste nationale. Son taux est voté par la chambre des communes
et son produit est redistribué aux collectivités territoriales en
fonction de leur population adulte. C'est en 1990 que les
britanniques sont passés d'une imposition locale à une imposition
nationale. Avant cette réforme, la situation était semblable à
celle que l'on observe en Allemagne avec des disparités de taux de
1 à 5 (contre 1 à 30 en France). Depuis cette réforme, les taux
effectifs sont les mêmes sur tout le territoire, du moins si l'on
fait l'hypothèse que les valeurs locatives sont révisées
régulièrement.
· Le tableau 6 fait clairement apparaître, en France, une
importante dispersion des taux de rentabilité après impôt entre les
communes. Cette dispersion est beaucoup plus importante que dans
les quatre autres pays étudiés. A l'inverse, cette disparité de
taux est très réduite au Danemark et, depuis la mise en place de
l'Uniform Business tax, il n'existe théoriquement plus de
différences de taux en Grande Bretagne.
Cependant, ce n'est pas tant la charge que représente la fiscalité
locale qui pourrait constituer un frein à l'implantation
d'entreprises en France que le manque de lisibilité qui provient de
l'émiettement de la carte administrative.
6. Taux de rentabilité après impôt dans 5 pays de l'Union européenne
|
Pays |
Echantillon |
Moyenne |
Ecart-type |
Moyenne/écart-type |
|
France
|
851 |
0,047 |
0,005 |
0,1094 |
Source : Denny et Smith (1993).
C. CONCURRENCE FISCALE ET RÉGIONS FRONTALIÈRES
On peut penser que si les collectivités locales
françaises sont effectivement engagées dans un processus de
concurrence fiscale avec les régions étrangères, on devrait au
moins observer une concurrence plus forte entre collectivités
locales à l'intérieur des régions frontalières. Toutes choses
égales par ailleurs, cela devrait se traduire par un rapprochement
des taux de rendement après impôt des communes appartenant à ces
régions.
Pour tester cette hypothèse, Denny et Smith ont réparti les 22
régions françaises en trois grandes catégories : (1) les
régions frontalières, (2), les régions adjacentes à une région
frontalière, (3), les régions " intérieures " sans
proximité avec un pays étranger.
Une analyse de la variance permet de montrer que le taux de
rendement après impôt n'est pas indépendant du type de région à
laquelle appartiennent les communes. Toutefois si l'on considère le
cas de la taxe professionnelle, on doit bien constater que le
coefficient de variation est le plus élevés dans les communes
appartenant à une région frontalière alors que l'on pourrait
s'attendre raisonnablement à un résultat inverse. En outre, les
taux moyens de taxe professionnelle sont plus élevés dans les
communes appartenant à une zone frontalière que dans les
autres.
7. Taux de rendement moyen communal après paiement de la taxe professionnelle
|
Commune |
Taille de l'échantillon |
Moyenne |
Ecart-type |
Coefficient de variation |
|
(1) Appartenant à une région frontalière |
392 |
17,2 |
4,6 |
0,27 |
|
Appartenant à une région " adjacente " |
345 |
14,8 |
4,3 |
0,29 |
|
(2) Appartenant à une région intérieure |
114 |
14,8 |
3,1 |
0,21
|
Source : Denny et Smith (1993).
D. CONCLUSION
1. Vers davantage de coopération fiscale ?
A la différence des autres pays de l'Union européenne, la
France a mis en place un système très complet d'intercommunalité.
Cette spécificité trouve son origine à la fois dans l'émiettement
communal, la décentralisation la récession économique et le refus
constant des municipalités de s'engager dans une politique de
fusion ou de réforme territoriale. L'Etat, de son côté, voit dans
le développement de la coopération une série d'étapes vers la
fusion communale jugée, certes, actuellement difficile à mettre en
place pour des raisons politiques et sociologiques, mais
souhaitable d'un point de vue économique.
Si l'intercommunalité technique gère essentiellement les besoins
collectifs des populations et les activités économiques déjà
présentes sur le territoire municipal, les enjeux de la coopération
stratégique - en matière de développement économique - concernent
l'avenir des communes. La multiplication des groupements locaux de
partage volontaire de la taxe professionnelle depuis cinq ans, dans
une perspective stratégique, relève à ce titre d'une logique
dominante d'efficacité économique face au risque de surenchères
coûteuses pour les budgets municipaux. En effet, c'est surtout la
répartition géographique de la taxe professionnelle qui est
critiquée, car cette taxe va aux communes qui sont des unités
administratives moins étendues que les bassins d'emploi, ce qui
favorise la concurrence fiscale en période de sous-emploi.
Sans aller jusqu'à préconiser une taxe professionnelle unique qui
s'inscrirait dans les limites d'un bassin d'emploi - car dans la
pratique ceux-ci ne sont pas figés et reposent essentiellement sur
une définition statistique peu susceptible de rencontrer l'adhésion
des élus locaux -, la loi du 6 février 1992 introduit un certain
nombre de dispositions fiscales et financières susceptibles de
conduire non seulement à une plus grande intégration des structures
déjà existantes mais aussi de promouvoir de façon concertée le
développement économique local en réduisant la compétition entre
communes face aux nouvelles implantations d'entreprises.
La promotion des regroupements de communes à fiscalité intégrée
reste à notre avis la seule issue possible sauf à remettre en
question l'esprit des lois de décentralisation. En effet, on voit
mal comment les élus locaux pourraient accepter la proposition du
Conseil des impôts d'instituer un taux unique de taxe
professionnelle au niveau national. Cette réforme reviendrait à
transférer au niveau national près de la moitié des recettes
fiscales des collectivités locales, même si, comme le souligne le
Conseil des impôts, " l'argument de la liberté de vote des
taux par les collectivités locales apparaît fallacieux, dès lors
qu'en réalité, c'est l'Etat qui en subit majoritairement les
conséquences, redistribuant ainsi plus de 50 milliards de francs
selon des mécanismes totalement opaques qui entretiennent, au lieu
de les réduire, les inégalités de richesse antre collectivités
locales ".
2. Concurrence fiscale et politique d'exonérations fiscales : quelques enseignements de la théorie économique
La littérature théorique sur l'effet des différentiels de
fiscalité sur la localisation des entreprises repose pour
l'essentiel sur l'idée selon laquelle les politiques fiscales
locales ont une influence significative sur les choix de
localisation des entreprises. Or, comme nous venons de le voir, il
est difficile empiriquement de vérifier cette hypothèse. On peut
alors avancer l'alternative suivante : la mise en concurrence des
Etats par de nouvelles entreprises signifierait tout simplement que
les entreprises sont parfaitement informées de la surenchère entre
Etats. Par conséquent, les exonérations fiscales et subventions en
tout genre peuvent tout simplement constituer une aubaine pour les
entreprises et se révéler coûteuse pour les finances publiques.
Ce constat nécessite de revenir sur la nature du capital
industriel. Ainsi, la littérature économique considère généralement
que ce dernier est parfaitement divisible, susceptible de se
déplacer sans coût d'un pays à l'autre et de s'ajuster passivement
aux choix fiscaux des gouvernements nationaux (voir modèle standard
du chapitre 1). Or, dans la réalité, les investisseurs privés et
les Etats entretiennent des relations stratégiques et les
entreprises ont un pouvoir de négociation qui leur permet de peser
sur les décisions fiscales des gouvernements.
La littérature économique modélise alors la compétition entre
Etats comme un jeu d'enchère entre un investisseur privé -
le plus souvent une multinationale - et plusieurs pays (Doyle et
Van Wijnbergen, 1984 ; Bond et Samuelson, 1986 ; King,
McAfee et Welling, 1990). Les pays ne présentent pas tous le même
attrait pour les investisseurs privés. Certains ont des atouts - en
fonction de la qualité de leur main d'oeuvre, de l'importance du
marché desservi, de la qualité de leurs infrastructures etc. - qui
leur confèrent un avantage concurrentiel par rapport aux autres (on
dira par la suite que ces pays offrent une forte productivité aux
entreprises). Les investissements privés doivent, en outre, faire
face à des coûts de mobilité, le plus souvent irrécupérables, de
sorte que l'arbitrage fiscal n'est profitable que si le gain qu'il
permet excède le coût de mobilité.
Dans ce type de modèle, on s'intéresse plus précisément à deux
pays A et B qui cherchent à attirer un investissement privé à
chacune des deux périodes que comporte le modèle. Au début du jeu,
les gouvernements, pas plus que l'investisseur privé, n'ont
d'informations sur le profit que celui-ci peut réaliser quand il
s'est installé chez eux76(*). Les
gouvernements vont participer à une séquence d'enchères anglaises,
chacun proposant, ex ante, des exonérations fiscales
temporaires ou une subvention à l'investisseur privé pour l'inciter
à s'installer chez lui.77(*) Une
fois que l'investisseur privé à choisi son pays d'accueil,
l'ensemble des joueurs connaît alors les perspectives de profits
dans ce pays. En revanche, aucune information nouvelle n'est
disponible sur la productivité du pays qui a perdu l'enchère à la
première période. Au début de la seconde période, les deux
gouvernements participent à une nouvelle enchère. Si l'investisseur
privé décide de changer de localisation, il doit supporter un
nouveau coût irrécupérable et la productivité de l'autre pays est
révélée.
Ce type de modèles permet d'apporter une justification théorique
aux politiques d'exonérations fiscales temporaires et de
subventions accordées aux entreprises par les Etats comme par les
collectivités locales. Deux types d'explications émergent. Le
premier type d'explication fait une large place aux coûts
irrécupérables supportés par les investisseurs privés lorsqu'ils
s'installent quelque part ; coûts que vont exploiter les Etats
en accroissant la pression fiscale sur les entreprises dans le
futur. Le deuxième type d'explications insiste plutôt sur le rôle
de signal que constituent les aides aux entreprises quand l'attrait
d'une région reste fortement aléatoire.
· Plus précisément, l'existence de coûts irrécupérables, qui rend
coûteux toute décision de délocalisation, a permis à la théorie
économique d'expliquer pourquoi les gouvernements accordent aux
entreprises des exonérations fiscales temporaires, voir des
subventions, qui se concentrent toujours sur les premières années
d'installation plutôt que d'accorder ces aides de façon échelonnée
dans le temps (Doyle et Van Wijnbergen, 1984) 78(* ).
L'existence de coûts irrécupérables se traduit pour l'investisseur
privé, quand il a décidé de s'implanter dans un pays, par la perte
de tout ou partie de son pouvoir de négociation. Le profit espéré
d'un changement de localisation est en effet d'autant plus faible
que les coûts irrécupérables sont élevés. Par conséquent, les
gouvernements peuvent adopter un comportement de chercheur de
rente, notamment en accroissant la pression fiscale sur les
entreprises devenues partiellement immobiles.
Les politiques d'exonérations fiscales temporaires et de
subventions résultent donc généralement du manque de crédibilité
des gouvernements, ceux-ci n'ayant pas les moyens de s'engager
a priori à ne pas augmenter la pression fiscale sur
les entreprises une fois que celles-ci se sont installées sur leur
territoire. Les investisseurs privés, s'ils sont en mesure
d'anticiper un tel comportement, vont faire monter les enchères
entre pays car ils savent que lorsqu'ils seront installées, les
gouvernements seront en mesure de les taxer davantage. Autrement
dit, les investisseurs privés cherchent à récupérer sous forme
d'exonérations et d'aides financières l'accroissement futur de la
pression fiscale. Mais si les gouvernements ne connaissent pas
exactement la propension des entreprises à se délocaliser, les
choses se compliquent. Une augmentation de la pression fiscale
identique pour les entreprises installées peut entraîner le départ
des entreprises qui ont les coûts de mobilité les plus faibles, ce
qui conduit à une destruction de la rente nationale.
Si les Etats profitent de ce que les investissements directs sont
partiellement mobiles pour augmenter la pression fiscale sur les
entreprises et que ces dernières anticipent correctement le
comportement des pouvoirs publics, on montre généralement que les
exonérations et subventions accordées pendant les premières années
d'installation sont égales à la valeur actuelle des impôts futurs.
Dans ce cas, les exonérations fiscales temporaires sont sans effet
sur le choix de localisation des entreprises et les effets
d'aubaine peuvent être massifs. 79(*)
· La littérature économique fournit un deuxième type d'explication
possible aux exonérations et autres subventions. On considère alors
que les investisseurs privés ne peuvent observer qu'imparfaitement
les caractéristiques du pays où ils souhaitent s'installer (Bond et
Samuelson, 1986). Chaque pays est caractérisé par un niveau de
productivité qui peut être faible ou élevé 80(*).Le niveau de productivité constitue une
information privée pour chaque pays et il n'est révélé à
l'entreprise que lorsque celle-ci décide de s'implanter dans ce
pays. Le niveau de productivité de chaque pays, conjointement à la
pression fiscale sur les entreprises, constitue alors le
déterminant majeur de localisation des firmes. Dans ces conditions,
Bond et Samuelson (1986) montrent que les schémas de taxe proposés
par les gouvernements locaux jouent le rôle de signaux permettant à
la firme de repérer les régions à productivité élevée et celles
caractérisées par une productivité faible.
Quand plusieurs pays sont en compétition pour attirer un
investisseur privé et que celui-ci n'est pas en mesure de
discriminer entre les pays à forte productivité et les pays à
faible productivité, les premiers peuvent utiliser les exonérations
d'impôt comme un signal de " qualité " adressé à
l'investisseur. Ils vont donc se distinguer des autres en proposant
des exonérations fiscales plus importantes car ils ont la
possibilité, en deuxième période, de capturer une rente plus
importante.
Les modèles d'enchère permettent enfin de montrer que l'issue de
la négociation entre l'investisseur privé et les pays en
compétition pour l'accueillir dépend non seulement de l'importance
des coûts irrécupérables auxquels est confronté l'investissur privé
mais aussi des différences de productivité entre pays (King, McAfee
et Welling, 1990). Plus précisément, on rappelle que dans ce type
de modèles les exonérations fiscales que peuvent offrir un Etat
sont d'autant plus importantes que sa productivité est élevée et
donc que les perspectives de profits des entreprises sont
favorables.
Ainsi, quand deux pays ont des atouts très différents, les
considérations fiscales sont beaucoup moins importantes et le pays
qui bénéficie des facteurs de localisation les plus attractifs
attire l'investisseur sans avoir besoin de s'engager dans une
surenchère coûteuse en termes de ressources propres. Dans ces
conditions, le montant d'exonérations que propose le pays le moins
attractif à l'investisseur constitue un seuil en dessous duquel le
pays le plus attractif ne peut pas descendre.
Plus deux pays sont proches du point de vue des facteurs de
localisation traditionnels et plus l'investisseur privé est en
position de force dans les négociation financières qu'il engage
avec les gouvernements. En les mettant systématiquement en
concurrence, l'investisseur peut ainsi obtenir des conditions
financières très avantageuses ; ce qui peut se traduire par
des pertes budgétaires pour les Etats concernés.
Réunie le mercredi 2 juin 1999 sous la présidence de
M. Alain Lambert, président, la commission a procédé à
l'audition de M. Jacques Le Cacheux, directeur de l'Observatoire
français des conjonctures économiques (OFCE), sur la concurrence
fiscale en Europe, accompagné de Mme Réjane Hugonenq et de M.
Thierry Madies.
M. Jacques Le Cacheux a estimé que l'étude commandée par la
commission des finances s'inscrivait dans une actualité brûlante,
celle du passage à la monnaie unique, accélératrice de la
concurrence en Europe et de la mobilité des agents économiques. Il
a ajouté que le contexte européen était en outre favorable à la
recrudescence de la concurrence fiscale, le chômage incitant les
gouvernements à attirer des activités, les contraintes pesant sur
les finances publiques agissant dans le même sens.
Puis il a observé que la concurrence fiscale supposait qu'elle
puisse exercer des effets induits sur les pays voisins, effets
eux-mêmes dépendants de l'ouverture économique des Etats et de la
mobilité des capitaux, soulignant que de tels effets étaient
susceptibles de nuire à l'efficacité économique en Europe.
Il a alors énoncé les principales conclusions tirées de l'examen
des différents types de prélèvements abordés dans l'étude.
En ce qui concerne la fiscalité des placements financiers des
ménages, il a rappelé qu'il s'agissait d'un dossier déjà ancien,
une précédente proposition de directive de la commission européenne
visant à instaurer une retenue à la source non libératoire de 10 %
n'ayant pas abouti. Il a estimé que cet échec avait conduit
jusqu'au milieu des années 90 à un désarmement de la fiscalité sur
l'épargne, compensé par un relèvement des impôts sur le travail,
phénomène interrompu depuis 1995.
Il a toutefois jugé que, dans le domaine de l'épargne, la
concurrence fiscale restait potentiellement vive, justifiant ainsi
la récente proposition de directive de la commission européenne
dont il a estimé les chances d'adoption assez faibles compte tenu
de l'opposition du Luxembourg et du Royaume-Uni et de la règle de
l'unanimité applicable aux décisions communautaires en matière
fiscale.
S'agissant de l'impôt sur les sociétés, il a indiqué que
l'ambition de l'étude était d'appréhender les écarts effectifs de
prélèvements, ce qui supposait de prendre en compte non seulement
les différences de taux, mais aussi les différences de calcul des
assiettes imposables. Il a ajouté que l'examen devait porter
surtout sur les grandes entreprises, seules vraiment en mesure de
se délocaliser. Il a alors observé que les régimes d'impôt sur les
sociétés en Europe étaient caractérisés par des différences telles
qu'il existait des incitations à la délocalisation assez fortes,
ajoutant toutefois qu'en pratique il n'était pas possible d'en
démontrer l'effectivité globale. Il a tout aussitôt tempéré cette
observation en indiquant d'abord que pour certaines activités ou
certains secteurs des phénomènes de délocalisation fiscale
pouvaient être relevés, et ensuite que les différences des régimes
fiscaux en Europe donnaient lieu à des stratégies d'optimisation
fiscale dans les groupes d'entreprises internationalisés.
S'agissant de la fiscalité sur le revenu des personnes, M. Jacques
Le Cacheux a présenté les deux questions examinées par le rapport :
celle de savoir si des écarts de fiscalité pouvaient inciter à une
mobilité géographique des personnes et celle de savoir si ces
écarts pouvaient influencer les niveaux de coût du travail dans les
différents états européens.
Il a jugé qu'une réponse négative pouvait être apportée à chacune
de ces questions, remarquant toutefois que certains pays pouvaient
être plus attractifs pour certaines catégories de population
mobiles.
S'agissant de la fiscalité indirecte, il a d'abord considéré que
le régime actuel de TVA, susceptible de poser des problèmes au
regard de la fraude -récemment estimée par la commission européenne
à 70 milliards d'euros- ne recelait pas globalement de grands
risques de détournement de trafic. Mais il a souligné que
l'hétérogénéité des régimes d'accises était susceptible, quant à
elle, de provoquer des distorsions de concurrence en accroissant
les coûts de production supportés par les entreprises localisées
dans les pays à fiscalité relativement lourde.
M. Philippe Marini, rapporteur général, a introduit son propos par
deux observations.
Il a indiqué en premier lieu que la démarche suivie par l'étude,
partant des différents types de prélèvement, ne permettait pas de
rendre pleinement compte de la pression fiscale subie par chaque
contribuable, pression résultant d'un empilement de
prélèvements.
Il a ensuite remarqué que la politique fiscale pouvant être
considérée comme l'expression de la souveraineté fiscale des Etats,
la vitesse d'harmonisation européenne en était nécessairement
affectée, le gradualisme prôné par le commissaire européen en
charge des affaires fiscales pouvant alors apparaître comme la
meilleure solution. Il a poursuivi son propos en se demandant
cependant si la logique " souverainiste " n'était pas de nature à
provoquer un alignement des taux vers les régimes fiscaux les plus
attrayants et, ainsi, susceptible d'aboutir en fait à une perte
pour chaque Etat de toute vraie souveraineté.
Puis, M. Philippe Marini, rapporteur général, a évoqué quelques
unes des interrogations suscitées par le rapport et relatives :
- la première, à la recommandation visant à introduire davantage
de péréquation fiscale entre collectivités locales, et comme telle,
susceptible de ne pas respecter l'autonomie de ces collectivités
;
- la deuxième, à l'effectivité des modes d'ajustement des salaires
nets face à une hausse des cotisations sociales décrits par
l'étude, lorsque les rémunérations des cadres sont concernées ;
- la dernière sur les justifications avancées par l'étude pour ne
pas tenir compte des contributions aux régimes complémentaires de
retraite pour apprécier les niveaux respectifs de cotisations
sociales.
En réponse, M. Jacques le Cacheux a concédé que le défaut de prise
en compte de la fiscalité locale constituait une limite de l'étude
imposée par la très grande variabilité de ce type de prélèvements.
Ayant partagé le sentiment du rapporteur général sur les
contradictions du processus d'harmonisation en Europe, il est
convenu que l'autonomie fiscale pouvait s'opposer aux
recommandations du rapport, mais a toutefois rappelé la proposition
du conseil national des impôts d'instaurer une taxe professionnelle
unique et le système centralisé existant en la matière au
Royaume-Uni.
Il a alors reconnu que des études portant sur des situations
particulières et non sur des moyennes seraient d'un grand intérêt
pour mieux comprendre les enchaînements économiques et fiscaux.
Il a concédé, en conclusion, que le choix d'exclure du champ des
prélèvements les contributions aux régimes complémentaires de
retraite pouvait être contesté lorsque l'équivalence actuarielle
entre ces contributions et les prestations servies ne pouvait être
établie.
M. René Trégouet ayant déploré le poids de l'imposition du
patrimoine en France, qui représente 5 % des prélèvements
obligatoires, contre 2,9 % en Allemagne, s'est inquiété de ses
conséquences sur les sorties de capitaux nécessaires au
développement des nouvelles technologies.
M. François Trucy a alors abondé dans le sens de ces propos.
M. René Ballayer a interrogé l'intervenant sur l'existence de
données statistiques rendant compte des phénomènes de
délocalisation en Europe.
Mme Maryse Bergé-Lavigne ayant rappelé que la localisation du
siège social d'une éventuelle future société Airbus avait constitué
un point d'achoppement dans le processus supposé l'instaurer et la
décision prise semble-t-il de situer ce siège aux Pays-Bas, s'est
inquiétée du poids des considérations fiscales sur les choix
d'implantation des grands groupes.
En réponse, M. Jacques Le Cacheux a confirmé l'augmentation
récente de l'imposition du patrimoine et considéré qu'en la matière
l'idéal serait de pouvoir discriminer les régimes fiscaux selon
l'utilité économique des patrimoines. Il a toutefois jugé illusoire
de vouloir influencer les choix des " riches " en leur offrant des
régimes fiscaux sur mesure.
Il a alors indiqué qu'il n'existait pas d'études empiriques sur
les délocalisations en Europe ni encore moins sur l'effet de la
fiscalité sur de tels phénomènes.
Mais il a observé que les flux d'investissements directs étrangers
paraissaient peu sensibles aux écarts de fiscalité entre Etats au
sein de l'Union européenne.
Evoquant le statut européen des sociétés, il a estimé que la
diversité des statuts constituait une vraie difficulté, les choix
de localisation des sièges sociaux, toujours cruciaux, étant
affectés par l'existence de régimes très favorables dans certains
pays comme l'Irlande ou les Pays-Bas.
1 On ne doit pas en déduire que la
fiscalité de l'époque doit être agrravée, mais bien plutôt que la
fiscalité des rémunérations doit décroître...
Cf. rapport de votre Commission sur le projet de résolution
relatif à la directive européenne sur la fiscalité de l'épargne.
2 Rapport n° 383 - 1998-1999. Commission des
finances. M. Philippe Marini - 26 mai 1999.
3 On peut considérer qu'un investissement n'est
rentable que s'il rapporte après paiement de l'IS, au moins le taux
de rendement que l'investisseur aurait pu obtenir en plaçant sur
les marchés financiers. Si l'on fixe ce taux arbitrairement à 5%,
on peut calculer le taux de rendement avant impôt qu'un projet
devra rapporter dans chaque Etat membre pour, après impôt, assurer
5% à l'investisseur. Plus le rendement avant impôt est élevé, plus
la charge fiscale pesant sur les entreprises est forte. Pour la
méthodologie, voir King et Fullerton (1984), Alworth (1988) et
Devereux et Pearson (1991-1994).
4 Il existe deux grands principes d'imposition
internationale du bénéfice des entreprises : le principe
de la source (ou de territorialité) et le principe de la
résidence (ou bénéfice mondial). Le premier suppose qu'un pays
impose tous les revenus engendrés sur son territoire, qu'ils aient
été réalisés par des résidents ou des non-résidents. Pour le
second, le pays doit imposer tous les revenus perçus par les
résidents nationaux, qu'ils aient été réalisés sur le territoire
national ou à l'étranger. L'application stricte de l'un ou l'autre
de ces principes évite les problèmes de double imposition. Le
principe de la résidence est neutre vis à vis de l'exportation des
capitaux mais dans la mesure où par définition il aboutit au
traitement fiscal différentié des résidents et des non résidents,
ne respecte pas la neutralité vis à vis de l'importation de capital
et inversement pour le principe de la source.
5 Voir : Petites affiches, la Fiscalité,
n°153, 23 décembre 1998.
6 Cela revient à considérer que la politique fiscale
des gouvernements européens est sans effet sur l'épargne des
ménages. En effet, dans ce type de modèles, les ménages n'épargnent
pas et leur revenu privé est entièrement consommé.
7 Pour certains économistes libéraux comme Brennan et
Buchanan (1980), la concurrence fiscale entre Etats (ou entre
collectivités publiques) est bénéfique car elle permet de limiter
le comportement de gouvernements-Leviathans.
8 Madiès, Th., (1997) : " Concurrence fiscale et
intercommunalité ", Revue de l'OFCE, n°53.
9 On comptait en 1989 365 zones d'emploi, 326
arrondissements et 3645 cantons. Notons que la question de
l'élargissement de la zone de prélèvement de la taxe
professionnelle peut aussi être envisagée au niveau départemental,
régional et pourquoi pas national. Des simulations sur les effets
redistributifs de telles réformes figurent dans les annexes du
dernier rapport du Conseil des impôts (1997).
10 La question de l'harmonisation de l'impôt sur les
sociétés et les difficultés que cela pose sont traitées de façon
approfondie dans le chapitre 4.
11 Il est très important de noter que seule une analyse
en équilibre partiel comme ici permet de tirer ce genre de
conclusions. On montrera plus loin, avec Zodrow et Mieszkowsky
(1986), que si l'on raisonne en équilibre général, la charge
fiscale repose en grande partie sur les propriétaires du capital.
12 En cela, les individus se comportent en " passager
clandestin ".
13 Contrairement aux résultats de la littérature
standard.
14 On suppose que les gouvernements ne peuvent pas pour
une raison ou une autre lever d'impôt forfaitaire. Si tel n'était
pas le cas, ils n'auraient nullement besoin de taxer le capital.
15 Ce glossaire doit beaucoup aux ouvrages de Généreux
(1990) et Guerrien (1993).
16 UX= U/X et UY= U/Y sont respectivement les utilités
marginales du bien X et du bien Y.
17 Ce chapitre ne traite pas de la fiscalité locale sur
les entreprises. Cette question fait l'objet d'un traitement
spécifique dans les Annexes générales.
18 Voir l'analyse en équilibre partiel développée
ci-dessous.
19 Sterdyniak et alli, (1991) :
op.cit, p. 65.
20 Lattès G., (1996) : " La protection
sociale : entre partage des risques et partage des
revenus ", Economie et Statistique, N° 291-292, pp
14-31.
21 A contrario, la règle de neutralité est respectée
quand les individus versent au système autant qu'ils sont
susceptibles d'en recevoir en moyenne. Pour des détails techniques
sur la règle de neutralité actuarielle, voir Blanchet,
(1996) : Economie et statistique, N° 291-292, pp 38-39.
22 Ces taux ne prennent pas en compte les cotisations
pour accidents du travail lorsque ces prestations sont financées
par des cotisations fonction du risque du secteur.
23 Le taux de base pour les salariés est de 13.07%.
Toutefois, à partir de 1994 est établi une cotisation spéciale
annuelle de sécurité sociale à charge des salariés; elle est
établie selon un barème.
24 Les cotisations à charge des salariés sont
forfaitaires, ce qui explique leur caractère dégressif.
25 uniquement pour les cotisations à charge des
salariés
26 Toutefois, il existe un plancher équivalent à 42% du
SMO.
27 uniquement pour les cotisations à charge des
salariés.
28 Il est à remarquer que ce graphique ne tient pas
compte du plancher qui existe en Espagne et qui a pour conséquence
de rendre le système dégressif pour les premières tranches de
revenus. Il ne tient pas compte non plus des abattements de charges
sociales pour les niveaux de salaires les plus faibles.
29 Voir Concialdi, P., Daniel, C. et C. Tuchszirer,
(1996) : " Coûts de main d'oeuvre, compétitivité et
emploi : les enseignements d'une comparaison
internationale ", La Revue de l'IRES, N° 22, pp. 5-45.
30 J.P. Cotis et A. Loufir (1990) : "
Formation des salaires, chômage " d'équilibre " et
incidence des cotisations sur le coût du travail " ,
Economie et Prévision , N°92-93.
31 Le lecteur pourra se référer, sur cette question, au
débat sur la fiscalisation de la Sécurité sociale (chapitre 1).
32 Voir l'article de Cotis et Loufir (op.cit) et
OCDE, (1994) : Fiscalité, emploi et chômage, Paris.
33 Euzébi, A., (1997) : " Le
financement de la protection sociale en Europe : des
interrogations communes ", Revue du Marché commun et de
l'Union européenne, numéro d'avril. Article repris dans
Problèmes économiques, 1997, N° 2532.
34 Voir Henriot-Olm, C.,(
1997) : " Allégement des charges sociales sur
les bas salaires, stratégie de l'entreprise et effets sur
l'emploi ", Travail et Emploi, n°73, pp. 53-73.
35 Voir OCDE (1994).
36 Hamermesh, D.S., (1993) : Labor Demand,
Princeton University Press.
37 Autrement dit, toute augmentation du coût du travail
de 1 % se traduirait par une baisse de l'emploi des jeunes peu
qualifiés de 1 à 2 %.
38 Voir Legendre, F. et Patricia Le Maître,
(1998) : La sensibilité de l'emploi au coût du travail,
document de travail n°6 du CERC, Paris. Voir aussi Cote-Colisson,
N. et F. Legendre, (1997) : Substitution capital-travail et
qualification de la main d'oeuvre, document de travail n°4 du CERC,
Paris.
39 Le lecteur intéressé par les effets d'une réduction
ciblée des charges sociales au niveau macroéconomique pourra se
référer à l'article de Assouline, M., Fodha, M., Lemiale, L., et P.
Zagamé, (1997) : " L'impact macroéconomique d'une baisse
des cotisations sociales employeurs sur les bas salaires
", Travail et Emploi, n° 73, pp. 41-52.
40 Cité par Assouiline et alii, op.cit.
41 Voir H. Le Bihan (1998), " L'impact de la
réduction des cotisations employeurs : quelques jalons
macroéconomiques ", Revue de l'OFCE, n° 66, pp. 171-197.
42 Proposition du 20 Mai 1998.
43 Cette matière sera développée plus en détail dans la
partie relative à la taxation des revenus de l'épargne.
44 Définition de la législation belge.
45 Une déduction complémentaire de 0.70 Dem par km est
accordée pour les trajets entre le domicile et le lieu de travail
lorsque le contribuable utilise son propre véhicule; les dépenses
sont totalement déductibles pour les trajets en transport en
commun.
46 Il existe un complément lié à la distance entre le
domicile et le lieu de travail du contribuable si celle-ci est
supérieure à 20km, compris entre 5.280 et 15.840 ATS.
47 Les frais de déplacements entre le domicile du
contribuable et son lieu de travail sont déductibles à concurrence
d'un minimum de 15.600flux et d'un maximum de 117.000 FLux.
48 Depuis 1990, les frais de déplacement portant sur
des trajets de 10km ou moins de 10 km ne sont plus déductibles;
pour les distances de plus de 10km, des montants forfaitaires sont
déductibles. Si les autres dépenses sont supérieures au plafond
(2507NLG), les frais réels peuvent être déduits à condition que le
contribuable puisse les justifier.
49 Les unités monétaires correspondent à la notation
anglo-saxonne.
50 Au niveau de salaire de l'ouvrier moyen
51 Au niveau de salaire de l'ouvrier moyen.
52 Les 3% de cotisations de crise sont inclus
53 Taxes locales inclues (taux moyen= 31%).
54 Taxes locales inclues (taux moyen= 18.79%).
55 Barème applicable sur les revenus de 1996 hors
cotisation sociale généralisée (en vigueur depuis le 1.2.1991) et
contribution au remboursement de la dette sociale (en vigueur
depuis le 1.2.1996). Ces deux impôts complémentaires représentent
un taux global de 8% pour les revenus perçus en 1997.
56 Taxes locales inclues (taux moyen = 31.65%).
57 La progressivité peut être définie de deux façons :
la croissance des taux moyens ou la croissance des taux marginaux.
La deuxième définition englobe la première puisque la croissance
des taux marginaux implique nécessairement la croissance des taux
moyens.
58 Cet abattement constitue une alternative aux
allocations familiales.
59 Voir " accounting for the family: the treatment of
marriage and children in European income tax system ", Cathal
O'Donoghue et Holly Sutherland, 1998.
60 Bien que la France n'a pas explicitement
d'allégement pour enfants à charge, une réduction d'impôt est
accordée via le système du quotient familial.
61 Le Portugal n'a pas explicitement d'allégement pour
les couples à un salaire; toutefois, dans le cas ou le couple ne
dispose que d'un salaire, le revenu est divisé par 1.95 (au lieu de
2) pour déterminer le revenu applicable au barème.
62 Voir " accounting for the family: the treatment of
marriage and children in European income tax system ", Cathal
O'Donoghue et Holly Sutherland, 1998.
63 CSG = Contribution Sociale Généralisée et la CRDS =
contribution pour le remboursement de la dette sociale.
64 Les graphiques représentant la pression fiscale pour
les autres cas envisagés dans cette étude sont présentés en annexe
65 Voir Valenduc C. (1994).
66 Toutefois les contribuables doivent choisir entre
l'abattement forfaitaire et les allocations familiales. Les
abattattements forfaitaires sont plus avantageux uniquement si le
revenu du ménage est supérieur à 150.000 DEM par an, ce qui n'est
pas le cas dans les cas envisagés.
67 Il s'agit d'un système extrêment complexe.
68 C'est particulièrement le cas pour la corporate
tax qui ne représente que 2 à 3 % du coût de revient total des
entreprises.
69 Pour plus de détails, voir Conseil des impôts (1997,
op.cit.).
70 ROI : return on investment ou rentabilité d'un
investissement supplémentaire
71 Voir Kiefer (1988) pour une description des modèles
de hasard et de leur utilisation.
72 Le taux de hasard dans une spécification à la
Weibull est : (l/s)(lt)1/s-1. Pour la fonction
log-logistique, il est : (l/s)(lt)1/s-1/[1+(lt)
1/s].
73 Autrement dit, l'impôt municipal se capitaliserait
dans le loyer du sol de sorte que dans le cas d'une capitalisation
parfaite, l'imposition locale des entreprises n'exercerait aucune
influence sur le développement économique.
74 District de Toulouse : le taux moyen de TP
passe de 19,29 % à 18,75 % mais l'écart-type est en 1990 de 3076
contre 3.30 en 1995. Communauté de communes de Grenoble : le
taux moyen de TP en 1990 est de 17,73 % contre 16,67 % en
1995 ; L'écart-type est égal à 3 en 1990 et à 3,37 en 1995.
Enfin, district de l'agglomération nantaise : le taux moyen de
TP est de 17,4 % en 1990 contre 15,8 % en 1995 mais l'écart-type
reste inchangé sur la période à 3,2.
75 Le mécanisme de liaison entre les taux des quatre
taxes directes locales, en venant encadrer les décisions des élus
locaux, devrait avoir pour effet de limiter encore la progression
de la pression fiscale sur les entreprises. Le taux de taxe
professionnelle voté par une commune ne peut en outre excéder deux
fois le taux moyen de cette taxe constatée l'année précédente au
plan national. Mais il faut bien reconnaître que cette règle n'est
pas très contraignante pour les élus locaux. Ainsi, l'abaissement
du taux de plafonnement de 2,5 fois à 2 fois la moyenne nationale
fait que le nombre de communes plafonnées est passé de 5070 à 49.
76 L'ensemble des parties sont neutres par rapport au
risque et partagent le même facteur d'actualisation.
77 L'enchère à l'anglaise consiste à attribuer un bien
au dernier enchérisseur dans une suite croissante de propositions.
Dans le cas d'une enchère ascendante, l'objet est alors attribué au
prix qui correspond à la deuxième enchère la plus élevée.
L'application de ce principe conduit chaque gouvernement, dans
notre modèle, à offrir une subvention à la firme au plus égale au
surplus net des coûts fixes. Pour une revue de la littérature sur
la théorie des enchères, voir par exemple Mc Afee et McMillan
(1987) et en français Naeglen (1989).
78 Pour comparer ces deux schémas d'imposition, il faut
bien évidemment supposer que les réductions d'impôt ont la même
valeur actuelle.
79 Voir par exemple Wison (1995).
80 Le modèle de Bond et Samuelson s'intéresse plus
particulièrement aux choix d'implantation de nouvelles unités de
production pour des multinationales. L'analyse est toutefois
transposable au cas d'un pays et de ses collectivités
territoriales.
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