La concurrence fiscale en Europe : une contribution au débat

MARINI (Philippe), Rapporteur général

Document fourni par le Sénat
RAPPORT D'INFORMATION 483 (98-99) - COMMISSION DES FINANCES


Table des matières






N° 483

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 1998-1999

Rattaché pour ordre au procès-verbal de la séance du 30 juin 1999

Enregistré à la Présidence du Sénat le 26 juillet 1999

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation (1) sur la concurrence fiscale en Europe,

Par M. Philippe MARINI,

Sénateur

Rapporteur général

(1) Cette commission est composée de : MM. Alain Lambert, président ; Jacques Oudin, Claude Belot, Mme Marie-Claude Beaudeau, MM. Roland du Luart, Bernard Angels, André Vallet, vice-présidents  ; Jacques-Richard Delong, Marc Massion, Michel Sergent, François Trucy, secrétaires ; Philippe Marini, rapporteur général ; Philippe Adnot, Denis Badré, René Ballayer, Jacques Baudot, Mme Maryse Bergé-Lavigne, MM. Roger Besse, Maurice Blin, Joël Bourdin, Gérard Braun, Auguste Cazalet, Michel Charasse, Jacques Chaumont, Jean Clouet, Yvon Collin, Jean-Pierre Demerliat, Thierry Foucaud, Yann Gaillard, Hubert Haenel, Claude Haut, Alain Joyandet, Jean-Philippe Lachenaud, Claude Lise, Paul Loridant, Michel Mercier, Gérard Miquel, Michel Moreigne, Joseph Ostermann, Jacques Pelletier, Louis-Ferdinand de Rocca Serra, Henri Torre, René Trégouët.



Impôts et taxes - Union européenne.

AVANT-PROPOS

Le présent rapport a pour objectif d'alimenter la réflexion et le débat sur les questions posées par la concurrence fiscale en Europe.

Il rend compte des conclusions d'une étude commandée par la commission des finances du Sénat à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Il s'agissait d'identifier plus précisément les aspérités associées à un état paradoxal de la construction européenne. Celui-ci est en effet caractérisé par une intégration de plus en plus complète des marchés (biens, services, capitaux), par les progrès réalisés dans le domaine des libertés d'aller et de venir (libertés d'établissement, de circulation, ...), par une unification monétaire très largement accomplie mais aussi par une harmonisation fiscale si limitée que des phénomènes de concurrence fiscale ont tout lieu d'être redoutés.

Le cahier des charges imposé à l'OFCE et qui a fait l'objet d'un suivi attentif demandait donc à l'institut :

- de préciser la situation et l'évolution de la fiscalité et des prélèvements obligatoires dans l'Union européenne ;

- d'évaluer les effets des écarts de taxation sur les marchés des biens, des capitaux et du travail ;

- d'explorer les voies d'harmonisation envisageables.

L'étude ici présentée, et qui n'engage ni l'OFCE ni la commission des finances du Sénat, répond très largement aux questions posées, ce dont il faut vivement féliciter ses auteurs.

Par son ampleur, par la complexité technique des sujets qui y sont abordés, elle représente un document dont les précieux enseignements appellent approfondissements et prolongements.

La commission des finances du Sénat s'emploiera à faire progresser la réflexion en la matière, indispensable effort pour éclairer un sujet qui, pour être économique et technique, n'en est pas moins avant tout politique et risque d'échapper aux Parlements nationaux, compte tenu de l'équilibre institutionnel - on est tenté d'écrire le déséquilibre institutionnel- qui caractérise le fonctionnement actuel de l'Union européenne.

LA CONCURRENCE FISCALE DANS L'UNION

ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE : UN PHENOMÈNE

DIFFICILE À APPREHENDER ET, PLUS ENCORE,

À MAÎTRISER

Selon l'étude ici présentée, l'Union économique et monétaire recèlerait un potentiel dangereux de concurrence fiscale entre les Etats membres mais ce diagnostic concernerait davantage le champ du possible que celui de l'expérience, les auteurs insistant sur le caractère globalement restreint des phénomènes de concurrence fiscale observés jusqu'à présent.

Ce diagnostic appelle quelques nuances de précision et de complément qui constituent autant de témoignages des difficultés d'appréhension des phénomènes de concurrence fiscale.

I. L'UNION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE, UN RISQUE ACCRU DE CONCURRENCE FISCALE ENTRE ETATS-MEMBRES

L'Union économique et monétaire accroîtrait le risque d'une concurrence fiscale entre les États en Europe. Celle-ci présenterait des dangers de toutes sortes.

A. UN RISQUE ACCRU DE CONCURRENCE FISCALE ENTRE LES ÉTATS

Les risques de concurrence fiscale entre États européens identifiés dès la fin des années 80 se sont encore accrus du fait de l'adoption de l'euro.

L'étude rappelle que la constitution du marché unique européen programmé pour le 1er janvier 1993 mais effectif dès 1990 pour les mouvements de facteurs, de capitaux en particulier, avait déjà suscité de nombreuses inquiétudes portant sur ses effets sur les systèmes fiscaux nationaux.

L'on supposait notamment que la liberté des flux de richesse et des mouvements de population exercerait une pression à la convergence spontanée ou à l'harmonisation négociée des systèmes de prélèvement réduisant beaucoup l'hétérogénéité des systèmes nationaux de prélèvements. Celle-ci ne résisterait pas aux risques de détournement de trafic dont la perspective pouvait constituer à son tour un puissant ferment de concurrence fiscale.

Selon l'étude, si ces craintes apparaissent rétrospectivement avoir été excessives, l'union monétaire et ses conditions de réalisation - le Pacte de stabilité et de croissance- sont susceptibles de constituer pour l'avenir un accélérateur de concurrence fiscale.

L'adoption de la monnaie unique prive les gouvernements du contrôle de la politique monétaire et de change qui étaient deux instruments majeurs d'ajustement économique via leurs effets supposés sur la compétitivité. Dans ces conditions, la fiscalité reste le seul instrument directement accessible aux gouvernements pour améliorer l'attractivité et la compétitivité de leur territoire économique national.

Le Pacte de stabilité et de croissance renforcerait en outre la probabilité d'un usage concurrentiel de la fiscalité. Le coût en déficit public -strictement réglementé par le Pacte- d'une politique de relance budgétaire serait atténué en cas d'une baisse des impôts grâce aux détournements d'assiette taxable qu'elle susciterait par rapport à l'hypothèse contraire d'une augmentation de la dépense publique.

Ces risques sont d'autant plus grands que l'Union européenne réunit tous les attributs d'une zone de surenchères fiscales.

La diversité des économies nationales y est accusée.

D'abord, se côtoient en Europe des petits pays très ouverts et des grands pays relativement moins dépendants de l'extérieur. Or, les modèles théoriques ainsi que l'expérience pratique démontrent que les premiers sont naturellement plus tentés de manipuler les prélèvements aux fins d'attirer des facteurs qui leur font défaut.

Ensuite, les pays européens se situent très différemment sur l'échelle des préférences publiques ce dont témoignent les niveaux très disparates des dépenses publiques dans les différents Etats de l'Union.

Dépenses totales des administrations publiques

(En % du PIB nominal)

1997

Suède

62,3

Danemark

56,4

France

54,2

Finlande

54,1

Belgique

51,7

Italie

50,6

Autriche

49,8

Zone euro

49,3

Pays-Bas

48,7

Allemagne

47,9

Portugal

43,9

Grèce

42,9

Espagne

42,2

Royaume-Uni

41,0

Irlande

34,7

Source : OCDE. Perspectives économiques de l'OCDE. Décembre 1998.

Les pays dans lesquels la place des dépenses publiques dans le PIB est relativement importante sont " ipso facto " ceux dans lesquels les marges de manoeuvre sont les plus réduites.

Enfin, l'Union européenne qui repose sur le principe si nécessaire de subsidiarité ne comporte en matière fiscale aucun mécanisme susceptible de passer outre la volonté d'un des Etats-membres.

Ainsi l'accroissement des risques de concurrence fiscale entre Etats du fait de l'approfondissement de l'Union européenne n'a pas trouvé de correctif institutionnel. Les règles européennes d'adoption de mesures fiscales demeurent en effet soumises à la condition d'unanimité, reflet d'un respect absolu du principe de souveraineté nationale dans le domaine de la fiscalité.

B. UNE CONCURRENCE FISCALE DANGEREUSE :

Globalement, l'étude ne relève pas de phénomènes accusés de concurrence fiscale observables en Europe à ce stade. Selon elle, " le Marché unique ne semble pas avoir eu de conséquences majeures sur la concurrence fiscale.... ".

Elle mentionne toutefois deux exceptions : la fiscalité des placements financiers des ménages pour laquelle elle juge que le "  moins-disant " fiscal a été la règle pendant plusieurs années et la fiscalité directe des sociétés dont les taux statutaires ont eu tendance à converger à la baisse.

Mais elle identifie les dangers que ferait naître une intensification de la concurrence fiscale.

Le premier d'entre eux réside dans l'atténuation qui en résulterait de la souveraineté réelle des Etats-membres . Dès lors que la fiscalité est un objet et un instrument de la concurrence entre Etats, la libre détermination par chaque Etat de son niveau et de sa structure de prélèvements obligatoires risque d'en être profondément affectée. La concurrence fiscale qui repose sur le respect absolu du principe de souveraineté est ainsi susceptible de déboucher sur une remise en cause de ce même principe. La question est alors de déterminer quels Etats sont les mieux à même de défendre leurs prérogatives nationales et quels sont ceux qui sont les plus vulnérables.

Pendant de ce premier danger, celui d'une perte de capacité à financer les fonctions collectives par assèchement des recettes publiques en constitue un deuxième. La concurrence fiscale est susceptible de provoquer des enchaînements tels que les dépenses publiques ne seraient plus finançables par l'impôt ou les cotisations sociales. Dans cet engrenage non-coopératif, les Etats les plus lourdement endettés partent avec un handicap puisque leur capacité à trouver dans l'emprunt un mode de financement alternatif à l'impôt est réduite. On observera que la concurrence fiscale, si elle devait se traduire par un endettement public supplémentaire, pourrait avoir des effets négatifs sur l'évolution des conditions monétaires dans la zone euro. Ce danger est toutefois largement sous contrôle du fait des règles du Pacte de stabilité et de croissance.

En vérité, un troisième danger qui résulterait d'une intensification de la concurrence fiscale paraît de nature à limiter celui qu'on vient de mentionner. Il s'agit du risque de voir les systèmes fiscaux nationaux se déformer aux dépens des bases économiques les moins mobiles. Dès lors que l'objectif des pratiques fiscales concurrentielles est d'attirer des richesses, la tentation est grande de compenser les pertes de recettes fiscales résultant des allégements de l'imposition des facteurs les plus mobiles en accroissant celle des facteurs plus " sédentaires ". Cette recomposition des systèmes fiscaux est susceptible de poser des problèmes d'équité des systèmes fiscaux. Il en va ainsi au regard de l'équité horizontale puisque des contribuables ayant des revenus comparables peuvent supporter des prélèvements différents selon l'origine de ces revenus. Il en va également ainsi au regard de l'équité verticale puisque l'inégale taxation des revenus selon leur origine est susceptible de déboucher sur une taxation plus lourde des contribuable les moins bien dotés.

A ce sujet, l'étude mentionne certains travaux aux termes desquels entre 1981 et 1995 le taux effectif d'imposition des revenus de l'épargne dans l'Union européenne aurait diminué de 10 % en moyenne alors que la taxation du travail augmentait de 7 %. Ces travaux s'inscrivent dans une perspective identique à celle soutenue par le commissaire européen en charge des affaires fiscales, M. Mario Monti lors de son audition le 2 octobre 1997 par la commission des finances du Sénat. Celui-ci avait alors indiqué qu'entre 1981 et 1995, le taux implicite de prélèvement sur le facteur immobile qu'est le travail avait crû de 34,9 à 42 %, tandis que ce même taux était passé, pour les autres facteurs, de 45,5 à 35 %. Il avait attribué 4 points du taux de chômage européen, qui s'élevait alors à 10,6 % à ce phénomène de distorsion fiscale. 1(*)

Les effets économiques de la concurrence fiscale font ressortir une dernière catégorie de dangers. La concurrence fiscale est susceptible de perturber l'allocation des ressources d'au moins deux façons.

D'abord, en faussant les prix et les coûts, elle peut favoriser le développement artificiel d'activités économiquement non justifiées au détriment de projets qui, eux, le seraient. A l'origine de distorsions de concurrence, la compétition fiscale est susceptible d'exercer les mêmes perturbations que n'importe quelle subvention.

Ensuite, et c'est l'optique privilégiée dans les propos rapportés plus haut, ses effets sur la répartition effective des revenus peuvent être de nature à pénaliser les revenus les plus utiles à la croissance - les revenus consommés - au profit des ree.s thésaurisés.

II. DES COMPLEMENTS ET DES PROLONGEMENTS S'IMPOSENT

L'étude jointe, du fait de son caractère novateur et de la richesse de ses développements, pourrait sembler à un lecteur trop pressé comporter quelques ambiguïtés. Une sorte de paradoxe pourrait en ressortir, la concurrence fiscale étant présentée tout à la fois, comme seulement virtuelle et extrêmement dangereuse.

La réalité est sans doute plus nuancée et la complexité du phénomène mérite une approche plus précise.

Il reste alors à aborder la difficile question des prolongements pratiques à apporter, autrement dit à envisager les modalités d'une maîtrise de la concurrence fiscale.

A. POUR UN APPROFONDISSEMENT DE L'ANALYSE DES PHÉNOMÈNES DE CONCURRENCE FISCALE EN EUROPE

De même qu'il est probablement excessif de considérer que l'union monétaire change radicalement les données de la concurrence fiscale, il serait hâtif de conclure à partir de constats trop globaux ou mal compris que celle-ci est restée très limitée jusqu'à présent.

1. Les effets de l'adoption de l'euro sur la concurrence fiscale ne doivent pas être caricaturés

Sur un plan théorique, l'adoption de l'euro est sans doute de nature à lever certains obstacles au développement de pratiques concurrentielles dans le domaine fiscal. Elle peut paraître supprimer deux facteurs d'inhibition de la concurrence fiscale entre Etats européens :

le polycentrisme monétaire européen qui comportait le risque de faire supporter un coût très élevé à un État tenté par la concurrence fiscale soit que les autres dévaluent leur monnaie pour contrer ses initiatives, soit que les déficits accumulés par lui entraînent une pénalisation financière via une hausse des taux d'intérêt ;

la situation dégradée des finances publiques (déficit + dettes) supposée surmontée dans un contexte de croissance molle qui supposait de particulières précautions.

En outre, l'adoption d'un signe monétaire unique favorise les comparaisons de prix et, du même coup, ôte le masque monétaire - l'illusion monétaire dans le jargon - derrière lequel pouvaient se dissimuler les écarts de taxation.

Ces considérations générales restent à vérifier en pratique. Il est sans doute plus tentant qu'avant l'euro d'utiliser le levier fiscal à des fins compétitives mais il est sûrement excessif de considérer qu'un tel levier puisse se substituer à la dépréciation monétaire.

Le Pacte de stabilité et de croissance limite l'utilisation de la politique budgétaire comme instrument de politique économique quel que soit le levier utilisé - la fiscalité ou les dépenses publiques. En outre, la situation des finances publiques en Europe n'est pas telle que les gouvernements puissent à court terme envisager sans précaution de recourir à l'arme fiscale.

Il est toutefois essentiel de prendre conscience qu'en union monétaire les pays disposant de marges de manoeuvre budgétaires acquièrent par là-même un avantage considérable au service de leur compétitivité.

En effet, ils sont plus que les autres en mesure de se livrer à des pratiques fiscales concurrentielles.

Enfin, les effets de la meilleure comparabilité des prix résultant de l'adoption d'une monnaie unique ne peuvent être entièrement établis tant que celle-ci n'aura pas reçu tous ses prolongements pratiques. Ces effets sont sans doute potentiellement très importants. Ils méritent à ce titre une analyse complémentaire. Il serait erroné de les apprécier à travers les seuls impôts indirects appliqués aux biens et services d'autant que le régime actuel de TVA tend à neutraliser les distorsions associées aux écarts de taxation à l'exception limitée des produits accessibles aux frontaliers. En revanche, les écarts de prélèvements entre États européens laissent supposer des écarts de compétitivité fiscale considérables dont tous les effets restent à élucider - v.infra.

2. La concurrence fiscale est déjà vive en Europe

Parmi les difficultés majeures de tout travail sur la concurrence fiscale figure celle d'établir des indicateurs fiables révélant l'existence de tels phénomènes. Ce problème, déjà important lorsqu'il s'agit d'analyser les phénomènes ponctuels de concurrence fiscale, devient considérable lorsqu'il s'agit de raisonner sur de grands agrégats.

En ce sens, il est certes loisible d'observer, d'une part, l'augmentation du taux de pression fiscale et d'autre part, l'hétérogénéité des structures et des niveaux de prélèvements en Europe.

Source : OCDE. Statistiques des recettes publiques. 1997.

A partir de l'idée que la concurrence fiscale aurait du se traduire par une baisse du taux de pression fiscale globale et par une homogénéisation des niveaux et des structures de prélèvements obligatoires, on pourrait en inférer que la concurrence fiscale entre pays européens appartient seulement au domaine du virtuel.

Une telle conclusion serait erronée. L'évolution et la situation d'ensemble des prélèvements obligatoires en Europe n'autorisent pas en soi à conclure à l'inexistence de la concurrence fiscale entre pays européens. En revanche, les exemples abondent de pratiques fiscales concurrentielles.

Les phénomènes de concurrence fiscale ne peuvent être correctement mesurés qu'à partir de données fines. Toute référence trop globale risque en effet d'être trompeuse. La seule considération d'indicateurs globaux ne renseigne que peu sur la composante fiscale des décisions des agents économiques qui ne dépendent pas des taux moyens apparents de prélèvements mais des taux marginaux effectifs qu'ils supportent.

En outre, la comparaison des différentes structures nationales de prélèvements en fonction de leur nature, si elle a le mérite de la simplicité, ne reflète pas en soi l'incidence économique de ces prélèvements.

Mais, pour s'en tenir dans un premier temps aux grandes caractéristiques des systèmes fiscaux européens qu'on vient de mentionner, il convient de dissiper les interprétations erronées qu'on pourrait en donner.

Les écarts de fiscalité en Europe, plutôt que de traduire l'absence de concurrence fiscale entre Etats, pourraient bien être le résultat d'une compétition sourde et, en tout cas, manifestent l'existence d'une hiérarchie des performances des Etats en matière de compétitivité fiscale.

La hausse tendancielle de la pression fiscale en Europe qui concerne des données très agrégées a été très variable selon les États. Forte en France, elle a été beaucoup plus mesurée en Allemagne ou au Royaume-Uni par exemple. Si l'on ne peut établir que dans ces pays la maîtrise de la dérive des prélèvements obligatoires serait le reflet de pratiques fiscales concurrentielles, une telle hypothèse mérite d'être posée et soigneusement étudiée.

Le maintien d'une certaine hétérogéïté des systèmes fiscaux en Europe ne peut quant à lui servir de démonstration à l'absence de concurrence fiscale.

Sans doute, de la même manière que pour l'évolution de la pression fiscale globale, il paraît difficile de conclure sans plus d'examen que les écarts de niveau constatés entre États ou ceux concernant la structure des prélèvements obligatoires résulteraient de stratégies gouvernementales axées autour de la recherche d'un avantage concurrentiel dans le domaine fiscal.

Pour autant, il serait pour le moins paradoxal de fonder sur la diversité des niveaux et modes de prélèvements le diagnostic d'une absence de concurrence fiscale. On est naturellement plus enclins à y voir le résultat d'une telle concurrence même si d'autres facteurs peuvent jouer.

On peut probablement tirer du constat de l'hétérogénéité fiscale en Europe une autre conclusion. Si hétérogénéité fiscale il y a, il est assez probable que certains "se débrouillent " mieux que d'autres, ce qui pourrait inciter les États les moins performants à s'ajuster.

Ces développements soulignent tout l'intérêt d'une tentative de typologie des États en fonction de la compétitivité de leurs systèmes fiscaux.

Il convient sans doute de mesurer plus finement les performances divergentes de chacun sous cet angle. La probabilité d'écarts significatifs semble importante compte tenu de la variété des systèmes fiscaux en Europe et des phénomènes de concurrence fiscale déjà observables. Ils pourraient augurer d'une recrudescence des tensions fiscales entre États européens.

En toute hypothèse, ces écarts sont l'expression d'une diversité des situations d'ores et déjà acquises par les différents États sur l'échelle de la compétitivité fiscale qui, au fond, est l'objectif pratique de la concurrence fiscale.

Les phénomènes ponctuels de concurrence fiscale entre Etats européens d'ores et déjà observables ne doivent d'ailleurs pas être minimisés.

Ainsi que mentionné plus haut, leur repérage n'est certes pas aisé. Une partie des travaux en cours dans les enceintes internationales qui se consacrent à ce sujet consiste d'ailleurs à forger des indicateurs plus fiables. L'étude jointe comporte une illustration des difficultés d'appréhension du phénomène. Elle relève en effet que l'un des domaines dans lesquels la concurrence fiscale s'est exercée avec le plus de virulence est celui de l'impôt sur les sociétés. A l'appui de cette observation elle fait valoir la convergence des taux statutaires d'impôt sur les sociétés. Pourtant, elle souligne plus loin le maintien d'une grande hétérogénéité des systèmes de taxation des bénéfices des entreprises en Europe qui résulte de la variété des règles utilisées pour définir l'assiette du prélèvement ce qui, pour les auteurs, est plutôt le signe de l'absence de phénomène de concurrence fiscale. Il y a là une contradiction. Mais, celle-ci semble seulement apparente.

Il suffit pour la résoudre d'éviter une vision trop restrictive des phénomènes de concurrence fiscale en Europe.

Il faut considérer la fiscalité comme un élément, parmi d'autres, de la position concurrentielle des différentes économies européennes. Plutôt que de se pencher sur les évolutions des différents systèmes fiscaux qui peuvent sans doute traduire la réponse donnée par les gouvernements à la pression concurrentielle des partenaires, il est possible, pour appréhender l'intensité de la concurrence fiscale et la position des différents Etats au regard de ce critère, de s'en tenir à la comparaison des niveaux de pression fiscale s'exerçant sur chacune des bases taxables. Dans une telle optique, le maintien d'importants écarts de prélèvement sur les bénéfices des entreprises ne traduit plus l'absence de concurrence fiscale mais la diversité des positions concurrentielles occupées par les Etats européens au regard de cette catégorie de prélèvements.

A partir de cette "grille de lecture", les développements consacrés par l'étude ici présentée à l'impôt sur les sociétés, à la fiscalité des produits de l'épargne mais aussi aux charges salariales révèlent d'une part, l'existence de positions concurrentielles très disparates au regard du critère de la charge associée à chacun de ces prélèvements et, d'autre part, mais pour certains impôts seulement -en particulier l'imposition des revenus de l'épargne- une tendance au mimétisme fiscal.

Ces observations qui concernent les régimes généraux des impositions étudiées se doublent du constat d'une multiplication de régimes spéciaux apportant des dérogations aux règles générales. Celles-ci sont souvent appliquées cas par cas si bien qu'il est difficile d'en faire un recensement exhaustif qui, seul, permettrait de mesurer concrètement leur contribution à la concurrence fiscale entre Etats européens. Mais leur foisonnement est à lui seul l'indice d'une vraie bataille fiscale livrée pour attirer capitaux, activités et emplois.

B. LES ÉCUEILS D'UNE MEILLEURE MAÎTRISE DE LA CONCURRENCE FISCALE

Les questions posées par la maîtrise de la concurrence fiscale sont d'un point de vue doctrinal extrêmement ardues. Sous un angle plus pratique, elles sont, en l'état de la construction européenne, quasiment insolubles.

1. Les problèmes de principe posés par la maîtrise de la concurrence fiscale en Europe

a) La question de la souveraineté fiscale

La détermination des règles fiscales appartient sans conteste à un domaine régalien par excellence. Il s' agit, en principe, de l'une des expressions majeures de la souveraineté nationale. Sa libre expression peut donc légitimement déboucher sur des règles fiscales pouvant paraître appartenir à la catégorie des pratiques de concurrence fiscale. En sens inverse, elle est susceptible d'être étroitement déterminée, voire entravée, par la concurrence fiscale exercée par les tiers. En bref, la coexistence des souverainetés fiscales, érigée en principe, est susceptible de produire une concurrence fiscale supprimant progressivement toute souveraineté.

Ce risque, globalement théorique, est toutefois important et très concret s'agissant des prélèvements sur les facteurs mobiles (impôt sur les sociétés, taxation des produits de l'épargne, ...).

Pour ces catégories d'imposition au moins, un choix doit alors être effectué entre le maintien absolu des souverainetés nationales et donc l'acceptation des conséquences d'une éventuelle concurrence fiscale et des atténuations apportées aux souverainetés nationales qui consistent à adopter des règles internationales plus ou moins ambitieuses, c'est-à-dire encadrant plus ou moins étroitement l'exercice de la souveraineté fiscale.

b) La question de la portée des règles internationales

En soi, l'édiction de règles internationales n'est d'ailleurs pas incompatible avec la préservation des souverainetés fiscales.

Mais, deux conditions s'imposent pour que cette compatibilité de principe perdure en pratique. Il faut, d'une part, que l'application de ces règles à un Etat résulte de sa décision propre, et, d'autre part, que ces règles ménagent jusqu'à un certain point sa capacité à moduler ses décisions fiscales.

Cette dernière condition renvoie à la question de la portée des règles internationales adoptées dans le domaine fiscal.

L'étude jointe rend bien compte des évolutions doctrinales qui sont intervenues à ce sujet au cours des années 90 à l'occasion des négociations conduites en Europe sur la question de la concurrence fiscale.

A l'origine, et le rapport Ruding de 1992 s'inscrivait dans cette démarche, ces négociations visaient à déboucher sur une harmonisation des règles fiscales la plus complète possible.

Les blocages rencontrés ont incité la Commission européenne à privilégier une orientation plus modeste qui devait déboucher sur le "Code de bonne conduite". Avec lui, il n'est plus question d'établir des règles uniformes contraignantes mais, s'inspirant du concept de "concurrence loyale", d'éliminer les pratiques de concurrence fiscale les plus excessives.

Une telle démarche a, théoriquement, des mérites importants. Elle est logique avec le principe de non-discrimination qui est un complément essentiel au fonctionnement harmonieux du Marché unique. Elle préserve, en pratique, un espace pour le libre exercice de la souveraineté fiscale des Etats tout en prohibant la "licence" fiscale. Elle respecte ainsi pleinement le principe de subsidiarité qui fonde la construction européenne.

Néanmoins, il est difficile de voir en elle la solution qui permettrait de maîtriser la concurrence fiscale entre Etats européens. Limitée à l'imposition des bénéfices des entreprises, elle repose sur des concepts qui demeurent vagues et n'est assortie d'aucune sanction.

c) L'Europe n'est pas seule

La maîtrise de la concurrence fiscale en Europe, à la supposer achevée, poserait la question de la compatibilité de ses modalités avec les règles fiscales en vigueur dans le reste du monde.

A cet égard, même en tenant acquise la capacité de régler les problèmes posés par les paradis fiscaux ou zones off-shore -qui, d'ailleurs, existent aussi en Europe-, il serait illusoire d'imaginer que leur seule suppression suffirait à éliminer les risques de "détournements de trafic" pour des motifs fiscaux.

On en conclut à la nécessité de lier le processus des négociations entre Etats européens avec celui engagé dans les enceintes internationales comme l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

2. La complète maîtrise des problèmes de concurrence fiscale est hors de portée compte tenu de l'état actuel de la construction européenne

Les traités successifs qui constituent les actes fondateurs de l'Union européenne ayant toujours pris soin de préserver la souveraineté fiscale des Etats membres, le droit communautaire fiscal ne peut se former que sur la base de l'unanimité. L'accord de chaque Etat est donc requis dans le domaine fiscal. Cette procédure est en soi évidemment peu propice à l'adoption de réglementations harmonisées.

L'histoire du processus européen de maîtrise de la concurrence fiscale dont on a donné un exemple, avec les projets relatifs à l'impôt sur les sociétés, l'illustre assez.

Cet obstacle de principe s'inscrit, rappelons-le, dans un contexte pratique où les intérêts des différents Etats membres sont divergents. L'occasion se présente de le vérifier au moment même de la rédaction de ce rapport avec les difficultés d'adoption de la proposition de directive visant à garantir un minimum d'imposition effective des revenus de l'épargne2(*).

Il paraît réaliste de tenir compte de cette situation et, sans renoncer à infléchir la position des partenaires en intervenant au besoin dans des domaines où la règle majoritaire prévaut, de s'attacher à démontrer sa propre compétitivité fiscale plutôt que de se reposer sur l'illusion d'une utopie fiscale européenne.

C. LA SITUATION DE LA FRANCE AU REGARD DE LA CONCURRENCE FISCALE APPARAÎT GLOBALEMENT MAUVAISE

L'étude qu'on présente ici procède à une analyse détaillée et successive des grandes catégories de prélèvements que sont l'impôt sur les sociétés (chapitre II), les cotisations sociales (chapitre III), l'impôt sur le revenu (chapitre IV) et la TVA et les droits d'accises (chapitre V).

Cette méthode analytique dont il convient de saluer la minutie débouche sur des enseignements précieux.

Toutefois, elle ne peut rendre compte à elle seule de façon exhaustive de la réalité de la concurrence fiscale.

L'une des lacunes de l'étude, inévitable compte tenu de l'extrême dispersion des prélèvements en question, vient du défaut de prise en compte de la fiscalité locale. Or, celle-ci revêt une grande importance en France si bien que les diagnostics qu'on peut établir sur l'imposition des entreprises ou celle des ménages ont toutes chances d'être tronqués si l'on ne prend en compte ni la taxe professionnelle ni la taxe d'habitation dont le nombre de redevables est d'ores et déjà supérieur à celui des foyers fiscaux supportant effectivement l'impôt sur le revenu.

Une seconde faiblesse de l'étude, également compréhensible compte tenu des difficultés de l'entreprise, est, malgré les efforts accomplis en ce sens, de ne pas toujours parvenir à présenter un bilan complet des prélèvements sur chacune des bases taxables ou effectuées à raison des différentes opérations imposées. Il conviendra à l'avenir de déployer des efforts supplémentaires afin de mieux appréhender les effets d'empilement des prélèvements sur la matière fiscalisée.

Ce complément d'analyse associé à une synthèse par pays -et non plus impôt par impôt- permettrait sans doute de dissiper le paradoxe fréquemment relevé au fil de l'étude selon lequel notre pays apparaît comme l'un de ceux où la pression fiscale est la plus élevée en Europe -v. tableau ci-dessus- en occupant, impôt par impôt, une position souvent moyenne au regard de cet indicateur. Cette situation n'est d'ailleurs pas vraiment suprenante, car elle ne fait que traduire l'absence de choix stratégiques en politique fiscale des gouvernements successifs, qui ont cumulativement fait usage de toutes les assiettes fiscales concevables, en application de raisonnements en général plus politiques ou budgétaires qu'économiques .


Prélèvements obligatoires au sens strict

(en % du PIB, année 1996)

Etats-Unis

27,9

Japon

28,5

Portugal

33,4

Espagne

33,7

Royaume-Uni

35,1

Canada

37,2

Allemagne

38,2

Grèce

41,4

Union européenne

42,4

Italie

43,5

Pays Bas

43,9

Autriche

44,1

France

45,7

Belgique

46,6

Finlande

48,8

Danemark

51,9

Suède

51,9

Source : OCDE

Note : les chiffres sont ceux de 1995 pour la Grèce, le Japon, les Etats-Unis et le Canada. Pour le Royaume-Uni et l'UE, données Eurostat

Dans ces conditions, les conclusions que l'on tirerait de l'étude sur la situation relative de la France apparaîtraient sans doute globalement moins rassurantes.

Le niveau des prélèvements obligatoires est, de fait, en France, particulièrement préoccupant au regard de la compétitivité fiscale et place notre pays en mauvaise situation pour affronter une recrudescence éventuelle de la concurrence fiscale.

Cette situation se vérifie dans le domaine des impôts indirects où, avec le Danemark, la Suède, la Finlande, la Belgique, l'Autriche et l'Italie, la France est parmi les pays qui taxent le plus la consommation.

Evolution des taux de TVA normaux entre 1990 et 1998

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1998

Allemagne

14

14

14

15

15

15

15

16

Autriche

20

20

20

20

20

20

20

20

Belgique

19

19

19,5

19,5

20,5

20,5

21

21

Danemark

22

22

25

25

25

25

25

25

Espagne

12

12

13(1)/15(2)

15

15

16

16

16

France

18,6

18,6

18,6

18,6

18,6

20,6

20,6

20,6

Finlande

-

-

-

-

22

22

22

22

Grèce

18

18

18

18

18

18

18

18

Irlande

23

21

21

21

21

21

21

21

Italie

19

19

19

19

19

19

19

20

Luxembourg

12

12

15

15

15

15

15

715

Pays-Bas

18,5

18,5

17,5

17,5

17,5

17,5

17,5

17,5

Portugal

17

16

16

16

16

17

17

17

Royaume-Uni

15

17,5

17,5

17,5

17,5

17,5

17,5

17,5

Suède

23,46

23,46

25

25

25

25

25

25

Source : Commission européenne. European Tax Handbook, IBFD publication 1998

(1) A partir du 1er janvier 1992

(2) A partir du 1er août 1992


Mais, on le vérifie surtout dans le domaine des impôts directs et des prélèvements sociaux.

En matière d'impôt sur les sociétés, c'est-à-dire sans même prendre en compte l'imposition des entreprises à la taxe professionnelle qui dégraderait encore la performance française ni les régimes spéciaux plus développés dans des pays apparemment moins bien classés comme les Pays-Bas, le tableau ci-dessous montre l'importance relative des contraintes fiscales sur les investissements des entreprises en France.

Taux de rendement avant impôt requis pour un rendement net de 5 % :
investissements intérieurs

(En %)

Mode de financement

Actifs

Auto-financement

Augmentation de capital

Endettement

Machines

Bâtiments

Stocks

Allemagne

6,83

3,42

3,33

3,17

7,24

7,50

Autriche

6,75

6,75

4,50

5,58

6,09

6,67

Belgique

5,38

5,38

2,88

2,53

5,93

7,18

Danemark

6,54

6,54

4,37

5,18

6,15

6,67

Espagne

6,82

4,93

4,51

5,22

6,34

6,53

France

6,65

4,39

4,54

4,91

6,01

7,04

Finlande

6,13

4,44

4,44

4,95

5,57

6,07

Irlande

6,34

6,09

4,31

5,01

5,96

6,50

Italie

6,91

4,40

4,40

5,43

5,74

6,62

Luxembourg

6,34

6,34

4,40

5,14

5,94

6,47

Pays-Bas

7,06

7,06

4,76

6,09

6,14

6,75

Portugal

6,64

5,11

4,22

5,04

5,84

6,75

Royaume-Uni

6,36

5,11

4,49

5,18

5,77

6,25

Suède

6,15

6,15

4,46

5,11

5,80

6,26

Moyenne

6,49

5,44

4,26

4,90

6,04

6,66

Calcul des auteurs (législation 1998)

Les taux d'imposition sur les revenus des actionnaires (dividendes, intérêts et plus-values) sont supposés nuls ainsi que le taux d'inflation. On suppose pour les colonnes 4, 5 et 6, c'est-à-dire pour chaque type d'actifs, que l'entreprise finance son investissement par autofinancement (55 %), par augmentation de capital (10 %) et par endettement (35 %). De même, pour chaque mode de financement, colonnes 1, 2 et 3, on suppose que l'investissement réalisé est constitué pour 50 % de bâtiments, pour 28 % de machines et 22 % de stocks.

Lecture : si une société française investit en France, pour qu'elle soit en mesure d'assurer à ses investisseurs français un taux de rendement après IS de 5 %, il faut qu'elle obtienne un taux de rendement avant impôt de 6,65 %, lorsque la filiale est financée sur les bénéfices non distribués de la société-mère, un taux de 4,39 % dans le cas d'une augmentation de capital et un taux de 4,54 % dans le cas où l'investissement est financé par endettement.



Ce tableau ne peut bien entendu tenir compte des réformes en cours dans plusieurs pays, en particulier en Allemagne, et qui détérioreront encore la situation relative de la France, au moment où le gouvernement s'apprête à réaffecter à d'autres usages la surtaxe " exceptionnelle et temporaire " à l'impôt sur les sociétés.

En matière de cotisations sociales, le tableau ci-après rend compte de l'exceptionnel dynamisme des prélèvements en France.

Evolution des cotisations employeurs et salariés de 1970 à 1995
dans les 15 pays de l'UE

(En % du PIB)

Cotisations employeurs

Cotisations salariés

70-80

80-88

90-96

70--80

80-88

90-96

Belgique

+ 2,5

+1

- 0,2

+ 0,6

+ 1

0

Danemark

- 0,1

- 0,2

- 0

- 0,7

+ 0,6

+ 0,1

Espagne

+ 4

- 0,2

- 0,1

+ 1,3

- 0,7

- 0,1

France

+ 2,6

+ 0,1

+ 0,3

+ 2,2

+ 1

+ 0,1

Grèce

+ 0,7

+ 1,1

+ 0,4

+ 1

+ 0,6

+ 0,9

Irlande

+ 1,8

+ 0,3

- 0,3

+ 0,4

+ 0,5

- 0,3

Italie

+ 0,7

+ 0,1

+ 1,1

+ 0,1

+ 0,3

+ 0,4

Luxembourg

+ 2

- 0,8

- 0,3

+ 1,3

- 0,2

+ 0,2

Pays-Bas

+ 2

- 0,1

- 0,4

+ 1,4

+ 1,9

+ 0,5

Portugal

+ 1,7

+ 0,6

+ 0

+ 0,9

+ 0

+ 0,2

Allemagne

+ 1,9

+ 0,1

- 0,8

+ 1,3

+ 0,2

+ 0,8

Royaume-Uni

+ 0,9

+ 0,1

- 0,2

+ 0

+ 0,8

+ 0,2

Source : OFCE et CEPII (pour la période 1980-1988) et OCDE (pour la période 1990-1996)

Ce dynamisme s'inscrit dans un contexte où les cotisations sociales sont les plus élevées d'Europe.

Cotisations sociales dans les 15 pays de l'Union européenne

(En % du PIB)

1990

1993

1994

1995

1996

France

19,3

19,6

19,1

19,3

19,7

Pays-Bas

16,7

18,1

18,4

18,3

17,1

Suède

15,1

13,7

13,8

14,4

15

Belgique

14,8

15,8

15,3

15,2

14,9

Allemagne

13,7

15,1

15,3

15,5

15,5

Autriche

13,5

14,8

15,2

15,3

15,3

Italie

12,9

13,8

13

13,1

14,8

Espagne

12,1

13,1

13

12,3

12,1

Luxembourg

11,8

12,3

11,8

11,8

11,9

Moyenne UE

11,5

12,2

12,1

12,2

12,2

Grèce

11,2

12,3

12,4

12,6

12,4

Finlande

9,9

12

12,6

12,7

12,4

Portugal

8,7

8,7

8,9

9,4

9

Royaume-Uni

6,2

6

6,2

6,3

6,2

Irlande

5,2

5,4

5,2

4,9

4,5

Danemark

1,5

1,6

1,6

1,6

1,6

Source : OCDE (1998)

Sans doute faut-il tenir compte pour apprécier les prélèvements sur les actifs du niveau de l'imposition des revenus. Le tableau ci-après démontre que le produit de l'impôt sur le revenu dans le PIB est relativement en France, même si cette proportion est en croissance sensible.